Books / Kavya Prakasa Nadine Stchoupak Louis Renou (French)

1. Kavya Prakasa Nadine Stchoupak Louis Renou (French)

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CAHIERS DE LA SOCIÉTÉ ASIATIQUE

VIII

6 7 LA KAVYAMĪMĀMSĀ

DE FREE MANS RAJAŚEKHARA .9 10 11 12 13 TRADUITE DU SANSKRIT

PAR

NADINE STCHOUPAK ET LOUIS RENOU

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PARIS 1718 19 20 222 IMPRIMERIE NATIONALE

MDCCCGXLVI

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CAHIERS DE LA SOCIÉTÉ ASIATIQUE

VIII

LA KĀVYAMĪMĀMSĀ

DE

RAJAŠEKHARA

TRADUITE DU SANSKRIT

PAR

NADINE STCHOUPAK ET LOUIS RENOU

PARIS

IMPRIMERIE NATIONALE

MDCCCGXLVI

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LA KĀVYAMĪMĀMSĀ

DE

RĀJAŚEKHARA

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Py 1210 CIT. SKR

CAHIERS DE LA SOCIÉTÉ ASIATIQUE

VIII

LA KĀVYAMĪMĀMSĀ

DE

RĀJAŠEKHARA

TRADUITE DU SANSKRIT

PAR

NADINE STCHOUPAK ET LOUIS RENOU

BIBLIOTHÈQUE KARAVELANE IN

PARIS

IMPRIMERIE NATIONALE

MDCCCXLVI

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LA KĀVYAMĪMĀMSA

DE

RĀJASEKHARA

TRADUITE DU SANSKRIT

PAR

NADINE STCHOUPAK ET LOUIS RENOU.

INTRODUCTION(1).

Sur l'œuvre de Rajaśekhara (RŚ.) (2) et sur la date de cette œuvre, on est informé un peu moins mal qu'il n'est habituel pour des écrivains de l'antiquité indienne. Ceci tient à ce que cet auteur a pris soin de donner lui-même, non sans complai-

(1) Abréviations (outre celles communément employées dans l'indologie) : AŚ. Arthasāstra de Kauțilya - De S. K. De History of Sanskrit Poetics, 2 vol., 1923-25 - GOS. édition de la Kāvyamīmāmsā dans la Gaekwad's Oriental Series, 1934 - Hem. Hemacandra's Kāvyānusāsana (avec commen- taire par l'auteur) - HSS. édition de la Kāvyamīmāmsā dans Haridāsa- samskrta-Sīrija n° 14 (avec un commentaire moderne par Madhusūdana Miśra) - Kane P. V. Kane édition du Sāhityadarpaņa2, 1923 - KM. Kāvyamī- māmsā - NŠ. Nātyasastra de Bharata - RS. R. Schmidt Nachträge zu pw. - RŚ. Rajaśekhara - Vagbh. Vagbhata's Kavyanasasana - Wa. J. Wacker- nagel Altindische Grammatik. La KM. est citee par chapitres (chiffre romain) et notes de la présente traduction (chiffre arabe). Le K(a)v(ya)Pr(akaśa) est cité d'après l'édition de la Trivandrum Series. (2) Bibliographie générale. Sten Konow dans l'édition de Karpūramañjarī (1901), p. 175 résume les données acquises et donne une bibliographie abon- 1

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sance, des renseignements sur sa famille, sur son œuvre, sur sa réputation de poète, dans les prologues de ses quatre drames, dans certaines strophes que les Anthologies ont recueillies sous son nom (1), enfin, incidemment, au terme du chapitre rer de la Kāvyamīmāņsā (KM.). Outre la KM., qui semble se situer chronologiquement entre le Balarāmāyaņa et le Balabhārata dans l'œuvre de RS., nous avons de cet auteur quatre drames, qui dans l'ordre présu- mable, sont Karpūramañjarī (4 actes, type de sattaka entière- ment en prākrit), la Viddhaśālabhañjikā (4 actes, type de nātikā), le Bālarāmāyaņa (10 actes, type de mahānātaka), enfin le Balabhārata ou Pracandapāndava (inachevé au terme du second acte, nātaka). D'autres œuvres sont perdues, mais leur authenticité n'est pas au-dessus de tout soupçon : peut-être Ratnamañjarī, une nātikā (E. V. Vīrarāghavācārya Āndhra Pattrikā 1930 p. 78); plus probablement le Haravilāsa, un mahākāvya, que cite notamment Hem. p. 335; sans doute aussi le Bhuvanakośa, un lexique géographique auquel renvoie un passage de KM. (XVII. 281); d'autres textes encore (GOS. p. XXXIII M. Krishnamachariar Class. Skt Lit. p. 627 $ 655). Au début du Balar. (I. 12), RŚ. fait lui-même allusion à ses c six œuvres n. Enfin toutes les grandes Anthologies sanskrites abondent en strophes attribuées à RS. (2) : une grande partie de dante, où l'on rappellera seulement la brochure de V. Sh. Apte Rajaśekhara : his life and writings (1886). Sur RS. et sur la KM. en particulier, v. plus récemment l'introduction (p. xI1) de l'éd. Dalal-Sastry-Siromani de la KM. dans la Gaekwad's Oriental Series (1934), laquelle est riche, mais non toujours sure. Plus brièvement, on peut consulter De 1 p. 192 II p. 356 A. B. Keith Sanskrit Literature p. 185 Kane p. LxxIV J. Nobel Festg. Jacobi p. 169 (analyse détaillée de KM.) B. N. Bhattacharya J. Dep. Letters 1923 p. 139 L. Barnett BSOS. I p. 123. (1) Cf. notamment Sūktimukt. p. 46 P. Peterson JBRAS. XVIII, 1, p. 58. (2) Cf. notamment F. W. Thomas, introduction à Kavīndravac. p. 80 Har Dutt Sharma, introd. à Saduktik. p. 100. En fait, les strophes d'anthologies attestées dans KM. sont relativement rares : v. ci-dessous ad III. 117 v. 40 v1. 59; 125; 130; 132 VII. 29 VIII. 21 XI. 27; 40; 47; 73 xII. 57; 58 XIII. 27;

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ces strophes ne se retrouve pas dans les drames ni dans KM., et on peut envisager qu'en certains cas on aurait affaire à un auteur anonyme, ainsi à l'auteur jaina du Prabandhakośa (XIV° s.). En tout cas il n'est pas douteux que la KM. ne soit bien l'œuvre du dramaturge. Outre les nombreuses coïncidences de vocabulaire qu'on observe entre les drames et les citations poétiques de KM., il y a plusieurs indices positifs, et tout d'abord le fait qu'à la fin du premier chapitre, RS. se donne pour l'auteur, avec le patronymique de Yayāvarīya, patro- nymique qu'on retrouve (généralement sous la forme Yayavara) dans les drames ainsi que dans les mentions de RS. attestées chez les écrivains postérieurs (GOS. p. XXVIII). La date de RS. se laisse préciser indirectement à la lumière de l'épigraphie. Du prologue des drames il résulte en effet que RŚ. a été le maître (upadhyaya ou guru) du roi Mahendrapāla, puis de son successeur (et sans doute son fils) Mahīpala ou Kșitipāla; que dautre part le Bālabhārata fut représenté à Mahodaya, c'est-à-dire à Kanyakubja, devant le roi Nirbhaya- (narendra). Or, tandis que J. F. Fleet (IA. XVI p. 175), grace à l'inscription d'Asni, identifiait ce Mahīpala avec un roi qui régnait à Kanauj en samv. 974 = 917 de notre ère (cf. déjà R. Pischel GGA. 1883 p. 1217), F. Kielhorn, à l'aide de l'inscription de Sīyadonī (Ep. Ind. I p. 171), était en mesure de préciser que Mahendrapala (alias Nirbhaya) avait occupé le trône en 903 ainsi qu'en 907 : ces deux souverains apparte- nant à la dynastie des Gūrjara Pratīhāra (1).

59; 71; 136 xIv. 31 XVI. 33; 35; 38 XVIII. 94; 99; 101; 105; 134; 204; 249. (1) Cf. encore sur cette dynastie F. Kielhorn Ep. Ind. IX p. 4 et 27 J. F. Fleet IA. XV p. 105 V.A. Smith JRAS.1909 p. 70 E. Hultzsch IA. XXXIV p. 177 C. V. Kumaraswami Sastriar J. Or. Res. VII p. 25 D. R. Bhandarkar Ep. Ind. VII p. 30 R. C. Majumdar Ep. Ind. XVIII p. 101. - RŚ. lui-même est men- tionné nommément dans l'inscription de Bilhari des rois de Cedi, F. Kielhorn Ep. I p. 251.

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La date du poète est ainsi établie, de manière quasi certaine, à la fin du Ix° et au commencement du xe s. Elle se trouve confirmée par le fait que les derniers auteurs que RS. connaisse sont Bhavabhūti qui est du vIne s. et Anandavardhana qui est du Ix° s .; que les premiers qui le connaissent lui-même sont Somadeva (Yaśastil. II p. 113, 7) qui est de la seconde moitié du xº s., Dhanika et Abhinavagupta (NŚ. comm. II p. 215 et indirectement II p. 29 et 320 I p. 323) qui sont de la fin du même siècle. La KM. est demeurée longtemps inconnue : seul d'abord Th. Aufrecht en avait mentionné le nom dans son Verz. Oxf. Hss. 135; puis un fragment fut publié par P. Peterson Fifth Report (1895-98) p. 19 (et cf. quelques années plus tard, Sh. R. Bhandarkar Report 1904-06 p. 23); mais Winternitz ne la mentionne encore, au tome III de son Histoire littéraire, que dans les Addenda, et il faut se reporter aux ouvrages de ces vingt dernières années pour avoir des informations plus précises. Dans la tradition indienne elle-même, la KM. est rarement citée : on trouve une mention isolée dans l'Alamkarasekhara p. 32, une autre dans le commentaire sur Sakuntalā dit Rasa- candrikā (Aufrecht, loc. cit.). Mais elle a élé copieusement uti- lisée, voire pillée, par les auteurs de poétique qui se sont fait une spécialité du plagiat, Hemacandra tout d'abord qui dans son Kāvyānuśāsana (texte et commentaire) a transcrit de longs extraits des chapitres VIII et Ix, ainsi que XIII à XVIII, soit près du tiers de l'original; Vagbhața junior (Kāvyānuśāsana) ensuite qui, sans doute à travers Hemacandra, a copié ou résumé les mêmes portions du texte. On trouverait des emprunts analogues chez Bhoja (Sarasvatīkaņthābharaņa), chez Kșemendra (Auci- tyavicāracarcā, Kavikaņthābharaņa), chez d'autres encore. La KM. n'a donné lieu à aucun commentaire de date ancienne, ou du moins aucun n'est conservé. Mais RŚ. doit lui-même beaucoup à ses prédécesseurs, soit

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qu'il les cite nommément (Vamana et son école, Udbhata et son école, Rudrata, Ânandavardhana et quelques autres plus ou moins mal identifiables), soit plus souvent qu'il résume leur enseignement sous le titre générique d'ācāryah «les maîtres». L'emprunt, au reste, ne se limite pas aux poéticiens : on constate dans la KM. des reprises textuelles de Kauțilya, du Kāmasūtra, de plusieurs Purāņa, la reproduction (amenée il est vrai par une sorte d'inadvertance) d'un passage entier du Mahābhāșya (VI. 115), sans parler des citations lyriques qui, présentées anonymement selon l'usage, remontent à des sources précises quand elles ne sont pas inventées par RS. lui-même : versets d'anthologies, Amaru, Kālidāsa, Mayūra, Bhāravi, Māgha, Bhavabhūti, Bhattanārāyaņa et d'autres utilisés de manière sporadique. Nombre de citations, lyriques ou didactiques, en vers ou en prose, ne sont pas restituables, alors même qu'un nom d'auteur les accompagne. En définitive, il plane un doute général sur l'originalité de la KM. : les portions banales se présentent comme un bien commun de la tradition sanskrite, et les données plus singulières peuvent remonter à quelque source inconnue. Mais ce qui demeure la part propre de RS., c'est le plan et la conception même d'un ouvrage qui tranche de façon souvent heureuse avec la moyenne des traités de poétique. Le style de la KM. révèle un parti-pris d'archaïsme : c'est le style mixte sūtra/bhāsya, d'allure raide et scolaire, avec ses kārikā ou versets épigrammatiques groupés en fin de chapitre (ou de développement) et récapitulant de manière lâche, ou amplifiant au contraire, ce qui a été enseigné dans la prose qui précède. C'est le style qu'on trouve dans quelques œuvres sanskrites d'époques diverses, mais dont le specimen le plus achevé est l'Arthaśāstra de Kauțilya. RŚ. va jusqu'à imiter le procédé kautilyen consistant à donner d'abord les opinions reçues (celles que suit la mention générique ity ācāryāh) pour

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-- +a.( 6)-c+ -- affirmer ensuite la saine doctrine, soulignée par un iti yāyāva- rtyah (comme on a iti kautilyah). Il se peut d'ailleurs que le mot yāyāvarīyah recouvre une notion familiale plutôt que per- sonnelle : nous savons que plusieurs ascendants de RS. ont été des écrivains, Surānanda (que KM. cite XIII. 101), Akālaja- lada, Tarala (Sūktim. p. 46 et suiv.). La KM. surgit au temps où la vieille tradition de poétique, celle que jalonnent les noms de Bhamaha, Daņdin, Udbhața, Vamana, Rudrața (sans doute aussi l'Agnipurāņa), et qui puise en son fond dans les portions non dramaturgiques du NS., vient d'être renouvelée par l'auteur anonyme des dhvanikārikā et par son commentateur direct Anandavardhana. C'est la théorie du dhvani ou de la « tonalité » suggestive qui se super- pose à la description de la poésie par l'extérieur, avec les orne- ments (alamkāra), les qualités (guņa), les styles ou allures (riti). Mais il est remarquable que RS., encore qu'il cite Ananda en un passage (V. 5), demeure au fond sur le plan des écoles anciennes : son exposé des rīti est conforme à celui de Vamana (cf. KM. III. 99); le terme même de dhvani n'apparaît pas, et la notion de rasa joue un rôle secondaire. Il est vrai que des ornements et des qualités il ne sera guère question davantage. C'est que la KM. ne se propose nullement de fournir une des- cription systématique des éléments constituant l'art poétique. Du moins la KM. dans l'état où nous l'avons, autrement dit le Kavirahasya, chapitre initial d'une œuvre considérable en dix- huit sections, qui nous est brièvement décrite en tête de la KM. et qui, malgré la présence de quelques références internes (cf. I. 57), n'a probablement jamais été rédigée ni même sérieusement envisagée. L'objet de la KM. est de donner un ensemble cohérent de règles pratiques à l'usage de l'apprenti poète : le moyen maté- riel et intellectuel de devenir poète, les relations des poètes et de leurs patrons royaux, la classification des sujets propres à

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la poésie, les procédés permis ou défendus d'emprunt, les conventions poétiques, etc. Les trois premiers chapitres forment une sorte d'introduction où l'on explique notamment l'origine de la poésie et de la poétique, la place que l'une et l'autre occupent dans l'échelle des arts et des sciences. Bref la KM. appartient au groupe d'œuvres qui se définissent comme des kavisiksā, des manuels pour l'apprentissage du poète; elle va de pair avec les compilations de Kșemendra et plusieurs autres moins connues. Mais elle les dépasse toutes par la façon singulièrement expressive dont le sujet est manié : l'entrelac ingénieux de citations bien choisies, formant comme une Samhitā poétique, et d'aphorismes didactiques dont la mono- tonie est rompue par quelques descriptions fort vivantes, pui- sées dans l'expérience de l'anteur ou dans son penchant pour l'allégorie. Comme dans tous les ouvrages indiens, l'objet pra- tique n'interdit nullement le recours à la fable ou à la spécula- tion philosophique, et l'exposé volontairement élémentaire est partout soutenu par une évidente familiarité avec l'ensemble des images mentales et religieuses dans lesquelles se meut le kavi. Sur deux points au moins, l'équipement du poète et les sources de la poésie, les poéticiens classiques avaient pris les devants : de manière rudimentaire Dandin I. 103-04, Bhamaha I. 4 et suiv .; 9 et suiv., Rudrata I. 18, de manière un peu plus élaborée Vamana I. 1, 4; 2, 1-5; 3, 1-20 et le dhvanikāra (passim). La composition de la KM. répond au besoin qui se faisait sentir d'un recueil de recettes pratiques, d'un aide- mémoire du poète, à une époque où la discipline tendait à se perdre soit dans les spéculations, soit dans le réseau des classi- fications d'alamkāra.

A la manière des grands sastra anciens, une introduction quelque peu emphatique (plus propre à vrai dire à un traité

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complet qu'au Kavirahasya tel que nous l'avons) retrace comment l'enseignement poétique, né de Siva, fut révélé aux 64 disciples du dieu, dont le plus notable était l'Homme- poésie (Kāvyapurușa), fils de Sarasvatī. C'est à lui que Prajā- pati, à son tour, révéla les dix-huit matières composant la science poétique, pour être transmises à dix-huit personnages plus ou moins fantastiques. Ces matières sont censées former, dûment résumées, les dix-huit livres de la KM. complète, dont seul nous est parvenu le livre initial, le Kavirahasya, lui-même subdivisé à la manière de l'AŚ. en 15 matières et en 18 cha- pitres. Le chapitre I répartit la littérature en œuvres didactiques (śāstra) et lyriques (kāvya), puis énumère, en commençant par les textes révélés, les différents types de āstra et, sur l'auto- rité du Yayāvarīya, aboutit à poser quelques axiomes nouveaux, à savoir que la science des ornements poétiques (alamkāra) est le 7e membre du Veda, que la poésie (kavya) est le 15° siège du savoir (vidyāsthāna), qu'enfin la science de la composition (sāhityavidyā) est la 5e des sciences fondamentales. Le chapitre s'achève par quelques définitions de termes valables dans tous les śāstra. L'ensemble, très élémentaire, est imprégné de rémi- niscences du Kamasūtra et surtout de l'AS. Le chapitre III est d'une toute autre allure. L'origine de la poésie est évoquée sous la forme d'une fiction dont plusieurs éléments sont empruntés au Rāmāyana, voire à certains épi- sodes cosmogoniques des Brahmana. Le personnage allégorique appelé Kāvyapurușa, reflet du Purușa védique, fut amené tout enfant à se servir d'un langage versifié, qui lui permit d'in- struire le sage Usanas, lequel devait porter le titre de Poète (kavi) par excellence, tandis que sa propre mère, Sarasvatī, joyeuse du don fait à son fils, accordait la même faveur à Vālmīki. Cependant Gaurī voulut un jour créer une femme qui ferait

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la conquête de Kāvyapurușa : elle suscita Sāhityavidyā(-vadhū), la Science de la composition, qui s'élança sur la voie de Kāvya- purușa, escortée de Sages chantant ses louanges. Cette course fabuleuse est le prétexte à une énumération des peuples indiens, distribués comme il est d'usage en quatre groupes déterminés par les points cardinaux; dans chacun de ces « quartiers » la jeune femme adopte une mode vestimentaire, crée un ensemble de figures artistiques, tandis que Kāvyapurușa préconise de son côlé un «stylen (riti) : l'ensemble, dont la substance est empruntée au NS., est présenté en une sorte de progression, les formes sont de plus en plus parfaites, et le but de cette randonnée est atteint dans le quartier du sud, quand le fils de Sarasvatī s'éprend enfin de Sahityavidyā et qu'un mariage à la mode gandharva parachève ce digvijaya d'un nouveau genre. Le chapitre Iv revient aux définitions techniques. On y pose d'abord trois sortes de disciples (sisya) suivant la nature de leur compréhension (buddhi). Ceci amène l'auteur à préciser le sens de plusieurs termes importants qui de proche en proche circonscriront le problème poétique : outre buddhi, ce sont pratipatti l'intelligence, samādhi le rassemblement mental, abhyāsa l'exercice, śakti le talent, enfin les deux plus riches de sens, pratibha l'inspiration et vyutpatti l'expérience. C'est la pratibhā qui permet au poète de retracer les faits dont il n'a pas été témoin : elle est créatrice (kārayitrī) ou réceptive (bhā- vayitrī) suivant qu'elle repose sur les moyens extérieurs propres à créer de la poésie, ou sur des ressources internes de nature à susciter un «état» poétique : la première est le don du poète même, la seconde est plutôt l'apanage du bhāvaka, c'est-à-dire de l'appréciateur d'une œuvre d'art, lequel, sui vant les vues indiennes, concourt à l'existence du poème, au même titre que l'inspiration de l'auteur. Parmi les bhāvaka, RŚ. reconnaît à la suite de Vamāna ceux qui « manquent d'appé- tit» et ceux qui «avalent tout jusqu'à l'herben, distinction un

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--- +a.(10).6+ -- peu vulgaire à laquelle il superpose bientôt les vrais bhāvaka, ceux qui possèdent le discernement (viveka) et qui s'attachent à l'essence des choses (tattvābhiniveśin). La cinquième leçon traite des cmodes de la maturation poétique». L'expérience combinée avec l'inspiration donne le poète parfait. Classement des auteurs suivant leur capacité au didactique, au lyrique ou bien aux deux genres à la fois. Le poète lyrique à son tour est réparti en huit rubriques selon qu'il se signale par l'arrangement des phrases, par la forme, par l'idée, par les figures, par les tours expressifs, par le sen- timent, par les procédés de style, ou enfin par l'apport didac- tique. Suit une autre énumération à peine moins scolastique, celle des sept « conditions du poète» par lesquelles le kavi est censé passer pour accéder à l'état de prince des poètes (kavr- rāja), et des trois conditions qui ne sont pas susceptibles de progrès. Enfin RS. expose la thèse curieuse de la maturation poétique (pāka), dans laquelle il discerne une appropriation de la forme et de l'idée au sentiment (rasa) qu'on désire mettre en évidence; résultant de l'expression, elle dépend en défini- tive des «gens de goût". Greffé sur la theorie du rasa, le terme de pāka a conservé ici sa valeur concrète : il évoque d'abord le mûrissement des fruits, et RS. distingue neuf sortes de pāka conformément à neuf espèces de fruits pris pour type. Le chapitre vI est consacré à des faits de langue, comme déjà Bhamaha et Vamana en avaient donné l'exemple. Mais il s'agit surtout ici de définitions : définition du mot (pada), des cinq procédés de formation grammaticale (vrtti), des cinq caté- gories notionnelles (dravya, etc.); définition de la phrase (vākya) ou plus justement de l'unité sémantique (qui coïncide avec l'unité strophique) et des dix types de phrase discrimi- nés d'après la présence, la forme et la nature du verbe qui les commande. Enfin : définition de la poésie (kavya) elle-même :

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--- +>( 11 ).c+ --- mérite-t-elle ou non d'être objet d'enseignement? RS. invite à ne pas tirer argument contre elle du fait que la poésie décrit de temps en temps des choses irréelles, ou même mauvaises ou indécentes : car les traités, qui font autorité, en décrivent pareillement, et même des traités « révélés ». Le VII° chapitre divise le langage (vākya ou vacas) en trois catégories, suivant qu'il dérive de Brahman, de Siva ou de Vișņu : application neuve d'un phénomène banal de triparti- tion. La langue de Brahman elle-même possède cinq formes distinctes suivant la nature des Sages divins qui en sont les patrons : la description, bien imprécise, fait penser tout au plus à des variétés du style puranique. Quant à la langue de Siva ou langue « divine », elle comprend la langue des dieux et celle de groupes d'êtres divins par nature comme les Vidya- dhara, les Gandharva, les Yoginī, ou par « transfert métapho- rique » comme les serpents : il est sensible que RS. ici pense non plus à un fictif échelonnement linguistique, comme dans la catégorie précédente, mais à la manière de faire parler les dieux et les devayoni au théâtre : on reconnait là le point de vue pratique de la KM., et l'on comprend que cet excursus dra- maturgique (qui n'est point le seul) soit mis sous le patronage de Śiva. Enfin la langue de Vișnu n'est autre que la langue «hu- maine» : c'est celle de Krsna descendu sur terre; elle est caractérisée par les trois styles (rīti), dont l'effet est multi- plié par l'intonation (kāku). L'intonation, propriété de la récitation poétique, est de deux sortes, expectante ou non expectante, suivant qu'elle implique ou n'implique pas un énoncé ultérieur : objection, question, expression d'un doute. Deux ou plus de deux into- nations peuvent se juxtaposer, se superposer même dans une seule phrase : en fin de compte, le kāku n'est pas seulement un mode de diction qui fait valoir le sens intime d'une phrase,

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--- +>(12).c3 --- c'est un ressort qui touche au fond même de l'œuvre : RS. fait passer ici, quoiqu'il déclare la rejeter, la substance de la vakro- kti ou «expression courbe» de Rudrata, âme de la poésie, qui est fondée sur le ślesa ou « paronomase » et sur la kāku. Une série de kārikā enseignent discursivement la manière de réciter suivant les textes et suivant la langue, les qualités d'une bonne récitation, enfin les habitudes propres aux prin- cipales régions de l'Inde. Le chapitre VIII énumère les sources des sujets poétiques. Ces sources sont traditionnellement au nombre de douze : sujets propres à la Révélation ou à la Tradition (par excellence, celle du dharma), à l'Épopée ou aux Purana, à la Philosophie, à la Scolastique (samaya), aux «trois Doctrines royales» (c'est- à-dire l'Arthaśāstra, le Nātyaśāstra, le Kāmaśāstra), sujets empruntés à l'usage courant, raffiné ou vulgaire, sujets forgés - œuvres d'imagination pure ou œuvres de circonstance - enfin sujets divers, qui complètent ce schéma universel du savoir indien. Le Yayāvarīya ajoute d'autres sujets encore, mais qui ne sont en fait que l'application de certains procédés stylistiques à des sujets connus, la relation-appropriée, la rela- tion-conjointe, la relation-avec-la-chose-à-produire, enfin le changement-de-relation. Suit (ch. Ix) la manière de réaliser le sujet, soit, en fait, de nouvelles classifications des sujets selon qu'ils concernent le monde divin, le monde humain ou les deux domaines à la fois. Le Yāyāvarīya ajoute quatre autres subdivisions du même type, reposant sur la combinaison des précédentes. A un autre point de vue, il n'y a que deux sujets, celui qui repose sur un rai- sonnement et qui est approprié aux Traités, celui qui « plaît sans raisonnement» et qui vaut pour la poésie proprement dite; dans l'un et l'autre cas, affirme RS. en se fondant sur le Nyāya, c'est la perception qui compte et non la réalité absolue.

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L'auteur aborde ensuite la question du rasa, cette perception de « saveur » agréable qu'éveille chez l'auditeur ou le lecteur le contact de l'œuvre d'art : ce ne sont pas les sujets qui com- mandent le rasa, mais les mots : n'importe quel sujet peut développer ou ne pas développer de rasa, cela dépend du talent de celui qui le traite et de l'état d'esprit de celui qui l'accueille. Enfin, à un dernier point de vue, étroitement formel, le sujet se présente soit en une strophe détachée (muktaka), soit en une œuvre composée (prabandha) : sous l'une et l'autre forme, il apparaît à l'état pur, ou « mixte » (c'est-à-dire comportant des développements), il relate un fait qui s'est réellement passé ou qui est imaginaire ou enfin un fait arrangé. Le comportement du poète fait l'objet de la dixième leçon. Après avoir rappelé quel doit être l'équipement intellectuel du poète et souligné l'importance de la « pureté», RS. décrit de manière vivante la maison du poète, les gens qui sont à son service et notamment le scribe (lekhaka). Ici intervient une digression intéressante sur les rois qui dans leur gynécée prescrivaient soit le sanskrit, soit le prakrit, ou qui enfin pro- hibaient l'usage de certains phonèmes. Comme en plusieurs autres passages de la KM., le problème de la répartition des langues préoccupe fort l'auteur, qui note les préférences de telle ou telle région pour l'une des quatre langues fondamen- tales, sanskrit, prākrit, apabhramśa, et paišācī ou «langue des Bhūta n. Suivent des kārikā discontinues sur les poètes et la poésie. Un curieux emploi du temps du poète, veille après veille, rédigé sur le modèle de l'emploi du temps royal qu'on trouve dans plusieurs textes. Une nouvelle classification des poètes d'après leur degré d'assiduité. L'affirmation que les femmes peuvent devenir poètes. Enfin la reprise des kārikā. Le cha- pitre s'achève par la description fort suggestive d'une réunion (sabha) poétique, sous la présidence du roi : on a là un sché-

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-+*(14).c+ -- ma, sans doute complaisant, mais cerlainement peint sur le vif, et qui aide à comprendre les allusions que la littérature lyrique fait maintes fois à ces sortes de tournois. Le principe en remonte au Rgveda, qui n'est autre que le produit de vastes compétitions littéraires; à défaut de se référer aussi haut, RS. a raison du moins d'évoquer quelques «épreuves» auxquelles se soumirent autrefois docteurs ou poètes. Chapitre xr : RS. passe maintenant au problème de l'em- prunt (harana), auquel il s'attache longuement. On sait que les écrivains sanskrits ne se sont jamais privés de prendre leur bien où ils pouvaient, et que la notion de propriété littéraire ne s'est jamais éveillée à leur esprit. Il est d'autant plus instruc- tif de voir RS. légiférer ici sur les emprunts licites, les em- prunts recommandables, les emprunts illicites ou plagiats : il est peu probable que cette distribution fort sinueuse ait jamais trouvé un écho dans la pratique. C'est la fantaisie clas- sificatoire d'un homme de cabinet. Ainsi RS. pose en règle que l'emprunt d'un mot isolé est permis, sauf s'il s'agit d'un mot à double sens; il est illicite à partir de trois mots, ou plutôt quand l'expression empruntable, quelle que soit son étendue, comporte un «trait» (ullekha). Ce qui est détermi- nant, c'est le souci de l'emprunteur de produire quelque chose d'autre. Est autorisée une strophe qui emprunte trois pāda sur quatre à des éléments de trois strophes indépendantes. En revanche, on a emprunt (c'est-à-dire plagiat) lorsqu'on repro- duit une phrase, même avec une nuance psychologique diffé- rente. Tout ceci est donné en fonction de l'emprunt de mots. L'emprunt de locutions (ukti) est assujetti à des règles ana- logues. Ce qui importe pour définir un emprunt, c'est de déterminer s'il y a ou non transfert (samkrānta) d'un sens à un autre. Le chapitre xII poursuit le sujet, en traitant de l'emprunt

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-+>(15 )-+- d'idée. RS. n'hésite pas à poser en principe la nécessité de puiser à des œuvres antérieures : il laisse à la « concentration» du poète le pouvoir de discriminer ce qui est à prendre et la manière de le prendre. A la suite du Dhvanyaloka, il distingue alors le sujet inédit (ayoni) et le sujet «ayant sa source ail- leurs » (anyayoni) : c'est ce qui retient presque toute l'attention de l'auteur. Il comporte la forme dite « reflet», qui reproduit un modèle en se bornant à modifier l'arrangement des mots ; la forme dite « portrait» qui reprend une idée en lui faisant subir un certain apprêt (samskāra); celle dite c pareille à une âme de même forme», qui diffère du modèle tout en mettant en évidence une idée similaire; enfin «l'entrée dans une cité étrangère » qui emploie des moyens tout nouveaux pour rendre une pensée analogue. Ces formes déterminent autant d'emprunts qui vont de l'illicite au louable, et qui permettent à RS. d'esquisser un nouveau classement des poètes, compa- rés à diverses sortes d'aimants. Quant au sujet inédit, il est soit « mondain », soit non mondain, soit combiné : les exemples choisis montrent d'ail- leurs que le thème général de ces sujets est à peine moins tra- ditionnel que celui des anyayoni. Suivent les variétés à l'intérieur des quatre espèces de sujets anyayoni : elles sont au nombre de huit pour chaque espèce, soit 32 formes d'emprunt au total. La forme «reflet», par exemple, se subdivise selon que le sujet est inversé, ou repris fragmentairement, ou qu'il s'étend comme «une goutte d'huile», selon qu'il est transcrit dans une autre langue, avec un autre mètre, que le motif est déplacé, que l'objet perçu est transféré ou qu'enfin l'idée est resserrée comme dans une a cassette ». Chapitre XIII : Pour la forme « portrait», le sujet peut être traité parallèlement, ou démuni des figures poétiques, l'ordre des éléments peut être transposé; il peut y avoir développe-

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ment d'un point particulier, mise en évidence d'une idée accessoire, introduction d'expressions nouvelles, changement dans le mode d'emploi, enfin restitution d'une forme primitive qui avait été modifiée. Par opposition au groupe précédent, celui-ci constitue l'emprunt acceptable. Le groupe d'emprunts qui suit, « pareil à une âme de même forme», est non seulement permis, mais recommandé : ce sont les formes qu'on observe quand un thème ancien est affecté à un autre domaine, un thème double repris sous un seul de ses aspects, quand des idées nouvelles sont introduites, que le nombre est modifié (dans une série numérique expressive), qu'une « excroissance n se produit, qu'une chose dite d'abord positivement est présentée ensuite négativement, qu'une strophe accumule plusieurs sujets, qu'un sujet est développé sous forme de «bourgeon ». Enfin pour l'emprunt d'a entree dans une cité étrangère» qui évidemment est digne de tous éloges aux yeux de RS., il y a modification du thème poé- tique, modification des procédés d'expression ou du terme de la comparaison ou de la nature de l'ornement, il y a « sur- élévation» du thème, changement dans la poursuite d'un sujet commencé conformément au modèle, emprunt intention- nel dit bizarrement «sceau des états d'âme» ou plus proba- blement «sceau des intentions», enfin emprunt par oppo- sition. Tel est ce classement pédantesque, qui semble viser moins à instruire qu'à justifier pour les auteurs et sans doute pour RS. lui-même certaines pratiques trop bien accréditées. A partir de la Leçon xIv et pratiquement jusqu'au terme de l'ouvrage, RS. traite des conventions (samaya) valables en poésie. Il les définit comme des notions traditionnelles, ne reposant ni sur l'expérience courante ni sur les Traités, et il incline à en voir l'origine dans des faits qui ont été effective- ment perçus au cours de voyages lointains. Parmi plusieurs

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classements possibles, RŚ. retient celui qui distingue les samaya suivant qu'ils relient telle chose avec telle autre, alors que dans la réalité cette relation n'existe pas (entendez, au moins pour une partie des cas : n'existe pas nécessairement); qu'ils négligent de poser cette relation alors qu'elle se produit en fait; ou qu'enfin ils restreignent un fait général à tel cas particulier. Les phénomènes ainsi décrits, et qui sont emprun- tés au stock banal des images poétiques (le jasmin au prin- temps, les lotus dans la rivière, le santal au Malaya, etc.) sont de l'ordre des noms d'espèce (sāmānya), des noms indivi- duels (dravya) ou des termes d'action (kriyā). Chapitre xv : Les mêmes séries de convention se pré- sentent pour des noms de qualité (guņa), ainsi pour les notions de couleur où RS. puise tous les exemples de ce cha- pitre. Autrement dit la confusion (jusqu'à un certain degré) des couleurs, dont le vocabulaire sanskrit porte indéniable- ment la trace, fait partie des conventions poétiques, et les poètes ont l'habitude, par exemple, de décrire les yeux comme s'ils avaient une couleur uniforme, nettement définie. Chapitre XVI : Les conventions énumérées jusqu'à présent concernent le monde terrestre. L'auteur passe en revue main- tenant une série d'identités, d'assimilations plus ou moins arbitraires concernant les faits célestes ou relatifs aux divini- tés. De même pour le monde infernal, où RS. prend pour exemple la confusion commune entre les divers types de « démons », Daitya, Dānava et Asura. La « répartition des lieux», qui fait l'objet du chapitre xvII, est un prolongement naturel des «conventions», en tant qu'elles s'appliquent à la cosmographie et à la géographie. Plus didactique ici qu'en aucune autre section de son ouvrage, RŚ. esquisse le schéma de ce que le poète doit savoir au sujet des mondes (la tradition lui fournit le choix, ou du moins des précédents, pour fixer le nombre des mondes entre un et

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---. (18 ).ca- vingt et un), au sujet de la terre avec ses sept « îles» et ses sept océans (d'autres chiffres sont aussi connus). Suit alors une description du mont Meru, du Jambudvīpa avec ses sept montagnes, où une place éminente est faite au Malaya, le mont « poétique » par excellence. Tout ceci repose sur les don- nées des Puraņa. Comme dans toute la tradition classique, l'Aryavarta est le centre de la civilisation : c'est en fonction de l'Āryavarta que sont énumérés, en une répartition qua- druple qui développe largement celle du chapitre III, les con- trées, les montagnes, les fleuves, les produits de l'Inde et de la périphérie indienne. Au point de départ de ces quatre expansionsn de l'Aryavarta est le Territoire du milieu, le Madhyadeśa, à l'intérieur duquel se laisse circonscrire l'An- tarvedī, dont le pivot est la ville de Mahodaya, autrement dit Kānyakubja. L'Inde entière se déploie donc, en quelque sorte, autour de la cité qui fut témoin des succès poétiques de l'auteur et de son patronage royal. Suit la définition des quatre, huit ou dix régions du ciel, avec la double manière dont les poètes peuvent mentionner l'est, le sud, l'ouest et le nord, à savoir tantôt comme des points «établis d'avancen, tantôt comme des points «limites entre deux emplacements particuliers». Par l'effet d'une con- vention poétique, le terme de «nord», par exemple, sera sus- ceptible de recevoir une valeur toute relative. C'est aussi par convention que le teint de peau des gens de l'est, du sud, de l'ouest et du nord est décrit respectivement comme foncé, noir, blanc ou jaune, tandis que les gens du Territoire du milieu peuvent être noirs, foncés ou jaunes indifféremment. Il n'est fait exception que pour les femmes de haute naissance, qui sont données comme jaunes ou blanches à l'est et au sud. La «répartition des temps», qui termine l'ouvrage (Livre XVIII), est le pendant de la Répartition des lieux et répond

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au même souci. Après des indications sommaires sur la divi- sion du temps, la détermination du mois lunaire et du mois solaire, les saisons, les mois et leurs noms, la direction du vent suivant les saisons (à nouveau R$. fait appel à la « con- vention» pour expliquer comment les poètes parlent unifor- mément du vent d'est durant les Pluies), l'auteur rattache ici, sous forme de strophes lyriques assez lâchement entrelacées, une description attentive des Six saisons. Le thème des Six sai- sons a été souvent évoqué en littérature depuis l'épopée, mais il n'a trouvé que dans quelques textes, dont le plus connu est le Rtusamhara, un traitement systématique. Plus heureux souvent que son anonyme devancier, RS. définit successive- ment les pluies, l'automne, l'hiver, les frimas, le printemps et l'été. Chaque saison, enseigne-t-il ensuite, peut être décrite sous quatre états, la transition d'une saison à l'autre, l'enfance, la maturité, enfin la récurrence (anuvrtti), c'est-à-dire la per- sistance dans la saison suivante de quelque trait propre à telle saison déterminée. Suivent de nombreux exemples, notamment pour le thème de la récurrence, empruntés aux diverses saisons. Le chapitre se termine par des indications pratiques sur la manière de décrire la durée des fleurs et des fruits, sur les six sortes de fruits distingués d'après leur «déchetn; enfin par quelques remarques plus générales, qui toutefois n'équivalent nullement à une conclusion.

Nous avons suivi le texte de la GOS. (1934), en tenant compte des variantes que présente, malheureusement sans garanties ni critique, l'édition de la HSS. L'établissement du texte, fondé sur deux manuscrits, l'un de la fin du XIII° siècle sur feuilles de palmier, l'autre du xve siècle sur papier, tous deux conservés dans des bhāndār jaina de Pattan, est loin 2.

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d'être sûr en tous points. Il est permis d'espérer qu'on pourra l'améliorer, soit directement, soit au travers des versions de Hemacandra et de Vagbhața qui elles-mêmes réclament une complète révision critique. Tel qu'il est, le texte de la KM. peut cependant être considéré comme admissible, et une tra- duction en peut être tentée sans trop de risques d'erreur. Dans les notes, qui auraient pu être gonflées aisément, nous avons évité de rappeler des faits trop élémentaires (1). Nous avons cru bien faire d'indiquer tous les mots qui manquent dans les Dictionnaires usuels ou qui ne sont attestés que par les lexiques indigènes : ils sont assez nombreux, mais peu d'entre eux nous apprennent quelque chose de vraiment nouveau. Une ébauche de traduction avait été préparée dès 1939 par les soins de Nadine Stchoupak, qui avait commencé aussi à rédiger des notes. J'ai repris l'ensemble, sans qu'il m'ait paru utile ni possible de distinguer sa part de la mienne. Je signalerai seulement que j'ai tiré profit des fiches que Mme Stchoupak avait élaborées en vue de décrire la termino- logie des poéticiens sanskrits. Je suis heureux de publier ce texte, la dernière œuvre à laquelle ait travaillé cette noble femme, si lamentablement disparue, dont l'activité dans le domaine de nos études comme dans celui de l'entr'aide humaine laissera chez tous ceux qui l'ont connue d'impéris- sables souvenirs.

L. R.

(1) Les śloka ne sont pas expressément mentionnés.

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L'INVESTIGATION POÉTIQUE

PAR

RĀJASEKHARA.

PREMIER LIVRE :

((LA DOCTRINE SECRÈTE DU POÈTE).

PREMIÈRE LEÇON : RÉSUMÉ DU TRAITÉ (śāstrasamgraha).

Nous allons (1) procéder à une investigation (2) de la poésie, telle que Srikantha (3) l'enseigna à ses soixante-quatre élèves (4),

(1) athatas : l'expression figure au début de maintes œuvres rédigées en sūlra : or RS. se pique de composer suivant le vieux style, surtout au com- mencement d'un chapitre. (a) mīmāmsişyāmahe : le terme mīmāmsā (attesté postérieurement à la forme verbale) rappelle le titre des rinvestigations» philosophiques, les Dharma= et Brahma-mīmāmsā, autrement dit les Pūrvā et Uttarā Mīmāmsā. (3) Śiva, nommé ici en premier, comme dans toutes les disciplines artis- tiques. (4) Le chiffre est traditionnel et designe en particulier les 64 upavidya ainsi que les 64 kalā des Pañcala dans le Kamas. I. 3, 16 et II. 2, 3 e

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[I] -+>.(22 ).c4 .- Paramesthin (5), Vaikuntha (6) et autres (7). A son tour (s) le bien- heureux Svayambhu (9) (l'enseigna) à ses propres disciples, nés de son désir (10). Parmi ceux-ci était le fils de Sarasvati(11), l'Homme-poésie (12), digne d'être révéré par les płus grands (13) (dieux) eux-mêmes. A lui qui connaît toutes les conventions, qui de son œil divin voit les choses à venir, Prajapati (1) assigna la charge de promouvoir(15) la science poétique, dans le désir qu'il avait d'aider les créatures habitant les trois (mondes) bhuh-bhuvah-svah (16). Le (fils de Sarasvati)

suiv .; autres références GOS. p. 117 et cf. encore Dasakum. chap. Il (début) Śrngaraprak. chap. xvi p. 192 et suiv .; 64 est un multiple de 8 et de 32, chiffres qu'utilise aussi la KM. (les huit sortes de poètes, les 32 sortes d'emprunts); de 8 dérivent 18, 108, 1008, nombres également consacrés. J. Scheftelowitz Fest. Geiger p. 85. (s) Brahman (MhBh.). (e) Vişnu (MhBh.). (7) Cf. KM. VII. 19. (8) Thème commun, depuis le MhBh., de la transmission des enseigne- ments, depuis la divinité suprême jusqu'aux humains, à travers des rema- niements et souvent des abrègements successifs. L'expression la plus voi- sine de KM. se trouve dans le Kamas., qui part de Prajāpati (I. 1, 5) et possède avec KM. un terme commun (Suvarnanābha). Tout ce chapitre est d'ailleurs librement imité du Kamas. (9) Brahman (MhBh.). (10) icchajanman : variante rare (manque pw.) des expressions connues manasa, manasija, etc. (MhBh.), designant les fils «spirituels» de Brahman, E. W. Hopkins Epic Myth. p. 189. (11) Cf. KM. III. 3. (12) Cf. KM. III. 2. (13) urndiyas : forme connue de Paņini, et qui emprunte ici à vrndāraka, sur quoi elle est censée se batir, le sens de adieun (attesté pour vrndaraka MhBh. Pur. Harivamsapur. éd. Alsdorf, index s. u. vandāraya). (14) Ici, autre nom de Brahman. (15) pravartana : feminin rare. (16) Les trois grandes enonciationsn (mahavyahrti) repondant aux trois principaux mondes, terre, espace intermédiaire, ciel : cf. bhurbhuvahsvas tribhuane Trikandas. III. 41, 1. Sur la forme bhuvah, cf. Wa. III p. 397, S 166 cd.

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---. (23.).c+ -- [I] promulgua donc en grand détail l'ensemble des dix-huit (17) matières (18) (composant cette science) aux êtres célestes versés dans la science poétique. Parmi eux, Sahasrakșa (19) transmit la doctrine secrète du poète (20); Uktigarbha (21) ce qui concerne les locutions (22); Suvarņanābha (23) l'exposé des styles (24); Pracetas (25) ce qui concerne les allitérations (26); Yama les

(17) Sur la valeur traditionnelle et l'extension considerable du nombre 18, cf. O. Stein Poona Orientalist I n° 3 et II p. 164. Le composé astādaśādhi- karaņī est du type trilokī (Wa. II, 1 p. 306), en grande faveur dans la KM. (18) adhikarana est employe ici au meme sens que dans l'Arthas. et le Kamas., pour désigner les divisions supérieures de l'ouvrage, auxquelles se subordonne la division mécanique en adhyāya. (19) Indra (MhBh. - sur la base d'une légende des Br.). Noter le rôle prééminent de cette divinité dans l'exorde du NS. (20) kavirahasya : nom de la portion conservée de la KM. (la seule qui ait été achevée?). (21) Personnage inconnu, dont le nom semble imaginé pour faire jeu (comme plusieurs autres de la série), soit par apparentement, soit par simple allitération, avec le nom de la science qu'il représente. (22) auktika : dérivé non attesté d'ukti, terme de poétique embrassant l'ensemble des tournures poétiques (cf. vakrokti, samāsokti, atisayokti, saho- kti, anyokti, svabhāvokti), ainsi Dhvan. p. 214; 243 Kāvyād. passim et cf. De, index s. u. Le terme désigne en outre un guna (Sarasv. I. 76, De II p. 406); un alamkara Agnip. CCCXLII. 19; 27 et suiv. (23) Le même personnage enseigne selon Kāmas. I. 1, 13 la partie «pra- tiquen de la discipline, de samprayogika. (24) Sur les riti, cf. KM. III. 79. (25) La forme Pracetayana de GOS. est peu satisfaisante grammaticalement (absence de orddhi initiale, malgré le précédent de RV. uksanyāyana) et inconnue. D'autre part il manque un nom de personnage devant yamaka pour obtenir le chiffre de 18, correspondant aux 18 sciences enseignees. On lira donc (comme HSS., mais sur quelle base manuscrite?) pracetah/ yamakani yamah. Pracetas est le nom-epithete de plusieurs divinites. (20) anuprāsika : dérivé non attesté. Sur l'anuprasa, cf. Dandin I. 44; 5a et passim Bham. II. 4 et suiv. Vām IV. 1, 8 et suiv. Udbh. 1. 6 et suiv. Rudr. II. 13; 18 et suiv. Dhvan. p. 5; 33; 85 Visnudh. III. 14 Agnip. CCCXLIII. 1 et suiv., etc., ainsi que P. V. Kane IA. XLI p. 207 P. Regnaud Rhétor. p. 238.

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[1] -- +>(24).+- consonances (27); Citrangada (28) les artifices poétiques (29); Śesa (30) les paronomases(31); Pulastya (32) (les figures) fondées sur fa réalité (33); Aupakāyana (34) celles fondées sur la compa- raison (35); Paraśara (36) l'hyperbole (37); Utathya (38) l'équivoque

(a7) yamaka, généralement considéré comme englobant l'anuprasa, Kane loc. c. De, index s. u. Références textuelles : NS. XVI. 40; 59 et suiv. Dandin I. 61 III. 1 et suiv. et passim Bhām. Il. 9 et suiv .; 17 et suiv. Vām. IV. 1, 1 et suiv. Rudr. II. 13 III. 1 et passim Dhvan. II. 16 et suiv .; p. 86 et suiv .; 220 Vişnudh. III. 14 Agnip. CCCXLIII. 12, etc. (98) Nom de divers personnages depuis l'épopée. (29) citra : disposition des syllabes d'un poème en une figure (cf. Rudr. V passim et notamment Agnip. CCCXLIII. 33 et suiv .; une illustration connue en est donnée au chant 19 du Siś.); plus généralement le mot désigne les jeux de société tels que la prahelika, le praśnottara (cf. sur ces mots KM. III. 28 et suiv.), le gūdha. Plus généralement encore l'ensemble des orne- ments verbaux (sabdalamkāra). On peut hésiter sur la valeur exacte ici. Le terme manque chez Bham. et Udbh .; Dandin III. 186 a l'expression citra- mārga; cf. ci-dessous citra yogah (X. 64). (30) Serpent mythique connu (J. Ph. Vogel Serpent-lore p. 192 et passim); donné comme l'un des Prajapati Vayup. LXV. 53. (31) śabdaślesa : l'une des ressources essentielles de la lyrique sanskrite, De, index s. u., Regnaud sous ślesa et surtout Kane p. 196. Références textuelles : Dandin II. 186; 313 et suiv. et passim Bham. III. 17 Vam. IV. 3, 7 Rudr. II. 13 IV. 31 et passim Dhvan. p. 91; 96; 115 Vișnudh. III. 14, etc .; aussi Vikramacar. éd. F. Edgerton p. 237. (32) Nom d'un Sage, fils de Brahman (MhBh.); not. Vayup. LXV. 45. (33) vastava : d'après Rudr. VII. 9 et suiv., l'une des quatre rubriques en lesquelles s'ordonne l'ensemble des cornements sémantiques» (arthālamkāra). Elle comprend en particulier le dipaka et 22 autres figures. (34) Nom cité chez Hemādri (pw.). (35) aupamya : l'une des quatre subdivisions précitées. Le terme est attesté encore, sans valeur technique, NS. XVI. 10 et Vam. V. 2, 57. La a compa- raison» (upama) est l'un des alamkara essentiels, voir parmi les auteurs modernes Kane p. 89 à 109 passim. (36) Connu comme fondateur d'une école de Smrti. (37) atisaya : le terme technique est atisayokti, voir notamment Rudr. IX. 1 et passim Dandin II. 214 et suiv. Bham. II. 66; 81 et suiv. Udbh. II. 24 et suiv. Vam. IV. 3, 10 Dhvan. p. 112; 207 et suiv. Vișņudh. III. 14, 10 Agnip. CCCXLIV. a; 25 et suiv .; De et Regnaud, passim, Kane p. 154. (38) Sage, fils d'Angiras (MhBh.).

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[I] de sens (39); Kubera l'un et l'autre types de figure (40); Kama- deva les divertissements (poétiques) (a1); Bharata ce qui est à représenter (42) en tant que drame (a3); Nandikeśvara (44) ce qui relève des sentiments (poétiques) (a5); Dhișaņa (46) le cha- pitre des défauts (littéraires) (47); Upamanyu (4s) ce qui repose

(30) arthaśleșa : défini Rudr. X. 1. Le terme s'oppose à śabdaślesa par l'imitation de la distinction entre sabda= et artha-alamkara; mais en fait la distinction est sujette à controverse, voir De II p. 249 et suiv. - Noter que l'énumération de KM. depuis auktika répond, presque dans l'ordre, à celle de Rudr. II. 13 : vakrokti-anuprāsa-yamaka-śleșa-citra. (40) ubhayālamkārika : dérivé non attesté, cf. ubhayālamkāra = sabdārthā- lamkāra Sarasv. IV. a et suiv. et autres poéticiens tardifs. Sarasv. dis- tingue a4 de ces «doubles ornements». - Sur la notion même d'alamkara, qui est à la base de la poétique ancienne, voir en dernier lieu V. Ragha- van Ind. Cult. III p. 675; sur le mot même, J. Gonda Mélanges F. W. Tho- mas p. 97. (41) vainodika : dérivé non attesté. Il y a ici une convenance interne entre la science enseignée (l'ensemble des vinoda, qui peuvent répondre aux krīda de Kāmas. I. 4, 42) et son instructeur cle dieu Amour» (Kamadeva est aussi un roi Kādamba, patron de poètes, et l'auteur de vers d'antholo- gie). Sur les vinoda en poétique, Sarasv. V. 93 et suiv. Bhavaprak. p. 137 et suiv. (4a) nirūpanīya : non attesté (Wilson). (43) Ici il y a une connexion sûre entre le nom du maître, l'auteur pré- sumé du NS., et la science enseignée, que désigne le terme rūpaka (cf. dasarupaka), sur lequel voir S. Levi Theatre ind. p. 29 et II p. 5. (54) Personnage connu d'abord comme l'un des « transmetteurs» de l'Ero- tique, au témoignage du Pañcasayaka et du Ratirahasya, introd. (le Kāmas. I. 1, 8 donne seulement Nandin). Le rasa ici mentionné serait alors le śrngara. Mais N° est aussi le parrain d'ouvrages divers, notamment sur la danse, Man. Ghosh éd. de l'Abhinayadarp. p. Lxv. (45) Le rasa, l'un des éléments majeurs de la poétique, ci-dessous III. 25. (46) Cf. KM. III. 1. (47) doșa : chapitre important de la poétique depuis NS. XVI. 88 et suiv. Dandin IIl. 125 et suiv. Bhām. I. 37 et suiv. et passim Vām. II. 1, 1 et suiv., etc. (48) Sage associé au cycle de_Siva (MhBh.).

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[I] sur les qualités (49); Kucamāra (50) ce qui concerne les choses occultes (51) : ainsi chacun d'eux a-t-il compose son traité respectif(52). Mais, ce faisant (53), la (science poétique) s'est quelque peu dégradée en se dispersant (5a). C'est pourquoi, résumant tout le sujet sous un faible volume, on a composé (l'ouvrage) que voici, avec ses dix-huit chapitres, muni des divisions requises (55). Voici la table des matières, sujet (par sujet) (56) : 1. Résumé

(so) guņa : chapitre de poétique, pendant des dosa (P. Ch. Lahiri Concepts of riti and g°, Dacca 1938). Notion connue depuis NS. XVI. 95 et suiv. Dandin I. 41 et suiv. - Le derive aupadanika est donne sans réference pw. et MW. (50) A Kucumara est attribuee aussi l'upanisad ou asection occulten du Kāmas. (I. 1, 17). Il existe un Kūcimāratantra, texte d'érotique muni d'une upanisad, M. Krishnamachariar Class. Skt Lit. p. 888 $ 1067. (51) Sans doute est-ce sur le modele du Kamas. et de l'AS., l'un et l'autre achevés par une asection occulte», que RS. a imaginé ce 18e chapitre. H y est fait allusion ci-dessous IV. 8. (sa) Toute cette enumeration reflete le contenu de la poétique manciennen, antérieurement au dhvani ; mais l'ordonnance est flottante. (s3) itthamkāram : mot de Panini, affectionné par RS. (54) La phrase imite Kāmas. I. 1, 18 evam bahubhir ācāryais tac chāstram khandasah pranītam utsannakalpam abhūt, et 19 tatra ... samksipya sarvam artham alpena granthena kāmasūtram idam pranītam. Analogue AS. I. 1, 1. (55) prayojaka rqui sont la cause déterminante (de l'activité poétique)", cf. Dhvan. p. 196; 199; 203. Inutile de corriger avec GOS. en prayojana. (56) prakaraņādhikaraņas muddeśa : même expression AS. et Kāmas. (init.). Le prakarana asujet, est une division à l'interieur des adhikarana. Mais l'énumération qui suit (et qui ne donne tout au plus que les prakarana) compte 15 titres et non 18. Seuls les quatre premiers répondent aux quatre premiers adhyāya de notre texte; le cinquième est compris dans le chap. vII; le sixième répond aux chap. VIII et Ix; le septième, aux chap. IV et vI; le huitième est compris dans le chap. v; les deux suivants correspondent à x; le onzième est inclus dans vII; le douzième englobe xI à XIII; le treizième, xIv à XV1; le quatorzième forme les chap. XVII et XVIII ; le dernier répond à une por- tion de XVII. Il y a là une disparité mal explicable. Noter que HSS. connait ici 18 chapitres en ajoutant 4 sisyapratibhe, 5 vyutpattikavipākāh, 10 kāvyārtha- yonayab, et en pratiquant plusieurs interversions.

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[I] du Traité. 2. Énumération des (divers) Traités. 3. L'origine de l'Homme-poésie. 4. L'analyse des mots et des phrases. 5. Les fondements de la récitation. 6. L'enseignement des sujets. 7. Les règles sur les expressions (poétiques). 8. Les différentes sortes de poètes. 9. La conduite du poète. 10. La conduite du roi. 11. Les modes d'intonation. 12. Les méthodes pour emprunter les mots et les sujets. 13. Les conventions poétiques. 14. La répartition des lieux et des temps. 15. Le globe terrestre. Tel est le (contenu du) premier chapitre, (appelé) La doctrine secrète du poète. (Il y a des divisions) analogues pour la suite (57). Viendront (d'abord) les Aphorismes (58), ensuite le Commen- taire qui leur (sert d') explication. Cet (59) exposé par voie d'abrègement et de développement (60) est (fait) pour la commodité des élèves. /1/ Alourdie par des exemples varies, tout en etant fort légère quant au texte (61), voici I'Investigation poétique, source de l'expérience poétique (62). /2/

(57) Cette formule (ityādi) provient peut-être du scribe qui aura négligé de donner le détail des 17 adhikarana suivants. Mais il est plus probable que ceux-ci, bien que projetés (v. les allusions aux rīti, III. 81 et 127, aux alam- kāra, II. 37, au bhuvanakośa, XVII. 281, à l'upanișad ci-dessus I. 51), n'ont jamais été rédigés. (58) sutra : cette indication révèle que RS. entend rédiger dans le style mixte sutra/bhasya qui caracterise l'AS. et le Kamas., et a du caracleriser primitivement le NS. En fait les deux elements sont mal discernables. Un autre trait commun à ces trois textes est l'emploi de versets du type kārikā, résu- mant ou développant la prose qui précède, et mis d'ordinaire en fin de chapitre. (59) saisa : licence poétique autorisée par Panini VI. 1, 134; L. Renou Gramm. p. 45 $ 41 b rem. Wa. III p. 539 $ 254 b e rem. (60) samāsavyāsa : mėme expression Kāmas. I. 1, 87; vyāsasa masa KM VI. 20; vyasta/samasta Sarasv. IV. 27. NŚ. VI. 15. (61) RS. insiste sur cette idée, et cf. alpagranthena ci-dessus 54/55; aussi (63) vyutpatti, cf. KM. IV. 18.

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[I] --- +( 28 ).c ;--

Voici l'Investigation poétique, investigation (qui porte) sur un fragment de la Parole (63) : celui qui ne la connaît pas à fond ne connaît même point un fragment de la Parole. /3/ Rajaśekhara le Yāyāvarīya (64), ayant résumé les doctrines extensives des Sages, a élaboré pour les poètes (cette) Inves- tigation poétique. /4/

DEUXIÈME LEÇON :

ÉNUMÉRATION DES (DIVERS) TRAITÉS (śāstranirdeśa).

Par littérature (1) (on entend) ici à la fois les Traités (didactiques) et les OEuvres poétiques. Les Traités étant anté- rieurs aux OEuvres poétiques, c'est aux Traités qu'il faut se consacrer en premier lieu. Car on n'inspecte (2) pas dans les ténèbres la caravane (3) des réalités si l'on n'a pas fait avancer des luminaires. (Les Traités sont) de deux sortes : ceux d'origine non humaine et ceux d'origine humaine (4). Ce qui n'est pas d'ori-

(63) Cette traduction repose sur la correction en vaglave (nullement néces- saire d'ailleurs) que donne HSS. L'expression semble inédite. (o4) Né dans la famille de Yayavara (connue dès le MhBh.). Quelques poètes ultérieurs le désignent du nom de Yayavara (références GOS. p. XXVIII). (1) vāńmaya : se divise en dhvani, varņa, pada et vākya pour l'Agnip. CCCXXVII. 1; en śāstra, itihāsa, kāvya ibid. 2; en apauruseya, ārsa et pau- ruşeya Srūgāraprak. VII (NIA. I n° 11 p. 19). (a) adhyakşayantı : dénominatif non attesté. (3) sārtha : terme favori de RS .; cf. kavisārtha Daņdin I. 100. (4) apauruseya/pauruseya : distinction connue, cf. Yasodhara ad Kāmas. p. 19 Dhvan. p. 198 Sāyaņa Introd. au RVBhāșya éd. M. Müller2 p. a, second alinéa. D'après un śloka moderne cité HSS., un texte paurușeya est celui dont

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[II] gine humaine, c'est la Révélation (śruti), qui consiste en Invocations (mantra) et en Exégèse (hrāhmaņa) (5). Les Invoca- tions révèlent la trame des actes (rituels) (6). L'Exégèse est un texte (donnant) l'interprétation et l'affectation des Invocations, (à savoir) la louange, le blâme (etc.) (7). Le Rgveda, le Yajur- veda et le Samaveda (forment) le Triple Savoir (8), et l'Atharva- (veda) (9) est le quatrième (Veda). Dans ces (Veda), les strophes (rc) sont des versets répartis suivant les sujets (10), les mélodies (saman) (sont des strophes) accompagnées de chant (11), les formules sacrificielles (yajus) (sont des phrases) dénuées de structure métrique et de chant (12). Strophes, mélodies, formules et (texte) des Atharvan (sont la substance des) quatre Veda. Le Veda de l'épopée (13), le Veda de

on peut se demander s'il comporte ou non des dosa, alors que cette question ne se pose pas pour un texte apauruseya. C'est surtout la Mīmamsa qui reven- dique l'apauruseyatva du Veda. Plus généralement la distinction rejoint ce'le du divya et du mānușa, qu'on a par ex. en dramaturgie pour caractériser les langues, ou (Dhvan. p. 145) les bhāva. 5) Définition analogue Sayana loc. c. p. 3 et 12 KauśSū. I. 3 ĀpŚS. XXIV. 1, 31, etc. (e) Définition analogue KauśSū. I. 4 ĀpŚS. XXIV. 1, 34 MīSū. II. 1, 32. (7) Cf. Sabara ad MīSū. II. 1, 33. Autres définitions Mi. ibid. ĀpŚS. XXIV. 1, 3a sq. Sayana loc. c. p. 4. (8) Cette definition de la trayi remonte fort loin, v. A. Barth OEuvres I p. 15 et suiv .; l'AŚ. 1. 3 (1), 1 a aussi : sāmargyajurvedās trayas trayī. (9) Atharvana : l'un des noms de l'AV., M. Bloomfield The AV. p. 9 $ 8; atharva turīyam HSS. (10) MiSū. II. 1, 35 teşām rg yatrārthavaśena pādavyavasthā; analogue Sar- vadarś. trad. p. 258. (11) Sur la question si les saman sont des strophes chantées, comme le dit RŚ., ou bien des chants (MīSū. II. 1, 36), v. notamment A. Barth OEuvres III p. 262. (12) Cf. MīSū. II. 1, 37. (13) D'ordinaire I'Itibasa(veda) figure comme «cinquième Veda», E. Sieg Sagenstoffe p. 21 M. Winternitz Ind. Litt. III p. 623 I (éd. angl.) p. 313. C'est tantôt les portions non prescriptives des Brahmana, tantôt, comme ici, un genre littéraire autonome, v. KM. ci-dessous n. 47 et AS. I. 5 (2), 14.

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[II] l'arc (14), les deux Veda de la musique (15) et de la médecine (16) sont les Veda secondaires. Le Drauhini (17) a dit : le Veda du chant (18) est le cinquième (Veda) (10), qui repose sur le Veda (proprement dit) et sur les Veda secondaires, et qui est accessible à toutes les castes. Phonétique, rituel, grammaire, étymologie, métrique et astronomie, voilà les six Membres (auxiliaires du Veda) (20), disent les maîtres (21). La Poétique (22) est le septième membre, dit le Yayāvarīya, vu qu'elle sert (à comprendre le Veda). En effet, si l'on n'en connaît pas à fond l'essence, on ne comprend pas la signification du Veda. Soit (le verset) : r Deux (23) oiseaux, joints l'un à l'autre, deux amis ont

(14) Le Dhanurveda (en fait, l'Art de la guerre), souvent compté comme branche auxiliaire de l'AS .; le Prasthanabheda en attribue la fondation à Viśvamitra; le comm. de Vișnup. III. 6, à Bhrgu. (15) Le Gandharvaveda, qui remonte au Sage Bharata (auteur du NŚ.) d'après le comm. de Visnup. l. c. (16) L'Ayurveda, ordinairement considere comme une branche de l'AV. et remontant à Dhanvantari ou à Atreya. - Ces 4 Upaveda se rattachent en gros à chacun des 4 Veda; le Prasthanabheda cite l'AS. comme Upaveda au lieu de l'Itihasa. (17) Cité comme docteur en musique Bhavaprak. p. 239. En fait ce pourrait être un patronym. de Bharata, cf. Balaram. III. 9/10 et 13/14 et Abhinavag. ad NS. IV. 1 (p. 86) ? RŚ. le mentionne encore IX. 2. Cf. note 19. (18) Geyaveda : syn. rare (manque dans les Dictionnaires) de Gandharva- veda. (19) De même le NS. (qui englobe un Geyaveda) est mun cinquième Veda, propre à toutes castes (sarvavarnika)» NS. I. 12. Cette coïncidence d'expres- sion donne quelque crédit à l'équivalence Drauhini/Bharata, et l'éd. HSS. substitue nalyaveda à geya° dans le texte. (e0) Les Vedanga, souvent cités depuis MuU. I. 1, 5 et ApDhS. II. 8, 11, ainsi notamment AS. I. 3 (1), 3; toujours dans cet ordre. (21) ity ācāryāh : expression d'AS. et de Kāmas., passim. (22) Alamkara(sastra). Selon Balar. X. 74, c'est le kavya lui-même qui est le septième membre du nigaman. (23) Strophe (tristubh) de RV. I. 164, 20, souvent citee dans la tradition ultérieure, notamment dans les commentaires du Vedanta et du Samkhya.

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-+(31).c+ --

embrassé un même arbre. L'un des deux mange une figue savoureuse; l'autre regarde intensément, sans man- ger ». /1/ C'est là une expression (qui s'explique par) les Traités. Après avoir mentionné, suivant leurs matières, le Rg(veda), le Yajur(veda), le Sama(veda), l'Atharva(veda) et l'Exégèse, nous allons mentionner la littérature parlée (20). Y (appar- tiennent) la Phonétique (siksa), qui détermine (25) la manière de produire (les phonèmes) avec leur lieu, leur organe (26), leur effort (27) et autres (particularités) : elle remonte à Api- śali (28) et autres. Le Rituel (kalpa) (donne) les aphorismes permettant l'emploi (29) des Invocations enseignées dans les diverses écoles (30) (du Veda) : c'est aussi la science des for- mules sacrificielles (31). La Grammaire (vyākaraņa) est la dis-

L'interprétation première est peut-ètre naturiste (soleil et lune A. Hille- brandt Lieder des RV. p. 105); mais de bonne heure spéculative (K. Geldner ad loc. : deux êtres sont également désireux de connaissance, mais inégale- ment qualifiés, et l'un des deux seul parvient à la connaissance suprême). Pour Sayana, il s'agit des deux atman du Vedanta. (2%) bhāsā : le mot désigne ici ce qu'on appelle d'ordinaire la Smrti, bhāsa désignant la langue «parléen en tant qu'elle s'oppose à la langue psalmodiée ou chantée du Veda (chandas), v. en dernier lieu L. Renou, éd. de Durgha- tav. Introd. p. 7. (25) nirņayin : non attesté. (26) La juxtaposition de sthana et karaņa est donnée dans TaiPr. et MhBha- sya, v. L. Renou Terminol. s. uu. (27) prayatna, qui se confond partiellement avec karaņa (op. c., s. u.). Les trois termes figurent comme ici dans les versets préliminaires et dans le sü. initial de l'Āpisalisikșā. (28) L'un des maitres de la Siksa au témoignage de Paņini, de Pataõjali, etc., v. Raghu Vira J. Vedic Stud. I n° 2. - Autre définition de la Phonétique dans le Prasthanabheda. (29) viniyojaka : dérivé non attesté. (30) śakha : forme particulière que prennent Invocations et descriptions rituelles suivant l'autorité du maitre qui les a colligées et transmises. (31) En tant que le Rituel établit sa description sur la base des yajus. Autres définitions chez Durga ad Nir. (Infrod., cite BR. s. u. kalpa) et ailleurs.

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[II] -+*(32).+ --- quisition des formes (du langage)(32). L'Étymologie (nirukta) est l'interprétation (des éléments des mots) (33). La Métrique (chandoviciti) (34) fournit l'exposé des mètres (35). L'Astronomie (jyotisa), les calculs relatifs aux planètes (36). Quant à la défi- nition de la Poétique, (on la verra) ci-dessous (37). (Les œuvres) d'origine humaine sont l'Antiquité (38), la Phi- losophie (39), l'Investigation sacrée (40) et les textes didactiques (dits) Mémoration (41) : voilà les quatre (types de) Traités. Parmi eux, l'Antiquité, qui se divise en dix-huit (ouvrages) (42), se relie (43) en majeure part aux récits (44) du Veda. On dit à ce sujet :

(39) Le Mahābhāșya emploie souvent le mot anvākhyāna; mais la définition courante de la Grammaire est sabdānusāsana. La țīka de l'Abhidhanacint. suit RŚ (33) Cf. atha nirvacanam Nir. II. 1. (34) Ailleurs, simplement, chandas, mais la locution est connue, A. Weber Metrik, index s. u. (35) D'ordinaire definie chandasam vicayah NidSū. I. 1 chandasām visesah RkPr. XVIII. 34, etc. - pratipādayitrī : RS. affectionne les noms en -tr- au féminin, ainsi IV. 31 et passim. (36) Ailleurs kalavidhonasāstra (A. Weber ed. du Jyotișa p. 21) ou gaņita (ibid.); l'expression de la KM. (grahaganita) figure ibid. p. 88. (37) purastat (qui signifie au contraire aci-dessus» RkPr. n° 759) renvoie aux portions perdues de la KM. (I. 51). (38) Purāņa : ici, terme générique (purānam akhyanam crécit antique»), qu'on rencontre généralement associé à itihasa, M. Winternitz Ind. Litt. I (éd. angl.) p. 518. Souvent le Purana est compté parmi les textes crévelesn, op. c. p. 527. (39) Ānvīksikī, v. ci-dessous n. 75. (40) Mīmāmsā, v. ci-dessus I. 2. (s1) Smrti : soit, en gros, la littérature du Dharmasastra, cf. Mn. II. 10. (42) Les 18 agrands Puraņan en lesquels s'est répartie la matière de l'Ādi- purāņa, Winternitz p. 531; en fait cet Ādip. n'est pas restituable, W. Kirfel Pañcalakșaņa p. XLVIII. (43) upanibandh- bandhana °bandhanīya, expressions familières de RS. (44) akhyāna. Le terme et la notion qu'il recouvre ont soulevé jadis une vaste discussion : références L. Renou Bibliogr. védique p. 24. - L'expres- sion vedākhyānopa° est reprise Vāgbh. p. 6.

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-+>.(33).e+ -- [II] Création (45) et résorption du monde, ères cosmiques (46), règne des Manu, ordonnance des dynasties (royales) : une œuvre consistant en cela, voilà, sachons-le, une Antiquité. /2/ L'Épopée (itihasa) n'est qu'une subdivision (47) de l'Anti- quité, disent certains. Et elle est de deux sortes, (suivant qu'elle décrit) une geste (48) ou une histoire du passé. On dit à ce sujet : La geste et l'histoire du passé, tel est le double procédé de l'épopée : la première comporte un héros unique, la seconde un grand nombre de héros. /3/ Les deux exemples en sont le Rāmāyaņa et le (Mahā)bhā- rata (49). Quant à la Philosophie, nous en parlerons à propos des sciences (50). L'Investigation (sacrée) est une analyse en mille

(45) Mètre āryā. Cette strophe se lit généralement en sloka, sous la forme sargaś ca pratisargaś ca vamso manvantarāņi ca/ vams(y)ānucaritam caiva purā- ņam pancalaksanam, cf. Kirfel op. c. p. XLVI F. E. Pargiter Ind. Hist. Trad. p. 36. Les acinq caracteristiquesn definissent l'aspect ancien d'un Purana, antérieurement aux accrétions qui l'ont submergé. (40) kalpa : le terme remplace celui de vamśa (mal approprié, vu la simi- litude avec vams(y)anucarita), pour désigner les généalogies des dieux et des Sages. Il se peut toutefois que le vamsavidhi de RS. embrasse vamśa et vam- s(y)anucarita, auquel cas kalpa désignerait le rituel : une masse de kalpa sont agrégés à la littérature puranique. (47) pravibheda : non attesté. - Inversement le Purana est englobé dans l'ltihāsa AŚ. I. 2 (5), 14. - Phrase reprise Vagbh. p. 6. (48) La leçon correcte est parakriya : la parakriya ou krti cacte fait par d'autres, acte exemplairen forme avec le purakalpa al'histoire du passen l'arthavāda, c'est-à-dire la portion descriptive des Br., qui se trouve coïncider avec l'Itihasa. Cf. ĀpŚS. XXXIV. 1, 33 HirŚS. I. 1, 11 MiSū. VI. 7, 26 NySū. II. 1, 64 (où toutefois le Bhasya commente parakrti par relation sur une injonction jadis mal exécutée par d'autres», soit à peu près cavertissement») Vāyup. LIX. 136 et suiv. (49) On voit par là le sens précis du mot itihasa; nombreuses références en ce sens chez E. Sieg Sagenstoffe p. 22. (50) Ci-dessous n. 62 et 75. 3

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[II] -** (34)-e+ -- axiomes (51) des énonciations védiques. Elle est de deux sortes, celle qui analyse les prescriptions (rituelles), et celle qui instruit sur le Soi suprême (52). Il y a enfin dix-huit Mémorations (53), (ainsi dites) parce qu'elles remémorent le sujet des textes révélés. Tels sont, disent les maîtres, les quatorze Sièges du Savoir (54) : les quatre Veda, les six Membres (du Veda) et les quatre Traités (susdits). Ils ne laissent pas d'embrasser (55) la totalité des trois (mondes) bhuh-bhuvah-svah (56). On dit à ce sujet : Il (57) est impossible d'arriver au terme des Sièges du Savoir, vivrait-on un millier d'années. C'est donc en la résumant qu'on a exposé la masse des sujets, on a renoncé à développer (cet exposé), afin de plaire à ceux qu'effarouchent les livres (58). /4| Unique refuge de tous les Sièges du Savoir, la Poésie ( kãoya) est le quinzième Siège du Savoir, dit le Yayavarīya. Du fait

(31) Cette définition s'applique approximativement à la Pūrvamīmamsa et a son millier de sūtra. Les règles de cette Mimamsa sont souvent appelées des nyāya. (52) Autrement dit la (Karma)mīmāmsā et la (Brahma)mīmāmsā ou Vedānta. (53) Le chiffre de 18 Smrti est bien connu (P. V. Kane Hist. of Dharmas. I. p. 133), ainsi Tantravārttika. (s4) Ces 14 vidyasthana, d'après YajnSmrti I. 3 sont les (4) Veda, le Puraņa, le Nyāya, la Mīmāmsā, le Dharmasāstra et les 6 Vedānga; de mėme Nyāya- mañj. I p. 4a4, et cf. les citations chez J. J. Meyer trad. de l'AS. p. 669. Allusion au 14 vidya° est faite Balar. IV. 28 et cf. Dasak., pūrvapīth. 1, vers la fin; J. F. Fleet Gupta Inscriptions p. 115 Ep. Ind. XHII p. 11. (55) urt- avec l'absolutif pour noter le continu, J. S. Speijer Skt Syntax P. 598 $ 381. (56) Ci-dessus I. 16. (57) Mètre vaisvavedi. Idée analogue Mahābhāșya I p. 5, 25 et suiv., mais le modèle direct est NS. VI. 6 na sakyam asya nātyasya gantum antam katham cana. (58) Gf. le début de la Bharatatika ad Bhattik. granthagauravabhītitah Dhvan. p. 238 granthavistarabhayāt; Sarasv. p. hg4 granthagauravabhayāt etc. formule conventionnelle.

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[II] qu'elle comporte prose et vers (59), qu'elle est la Loi du poète (60) et qu'elle enseigne quelque chose d'utile, elle est conforme aux Traités (61). Économie, Code de l'amour, enseignement des Beaux-Arts et Politique, disent certains, cela fait avec les précédents les dix-huit Sièges du Savoir. Philosophie, Triple Savoir, Écono- mie et Politique, voilà les sciences (62), (disent d'autres). La Politique, voilà la science unique, disent les tenants d'Usa- nas (63). C'est en effet par crainte du châtiment (base de la Politique) que les hommes, tant qu'ils sont, accomplissent chacun leur ouvrage (64). Économie et Politique, voilà les deux sciences, disent les tenants de Brhaspati (65) : assurer la sub- sistance et la discipline (publique), voilà ce qui détermine la stabilité dans le train du monde (66). Triple Savoir, Écono- mie et Politique, voilà les trois sciences, disent les adeptes de Manu (67) : le Triple Savoir étant le professeur de l'Économie et de la Politique. Philosophie, Triple Savoir, Économie et

(59) Cf. gadyapadyamayī Dandin 1. 31; analogue Bhām. I. 16 Agnip. CCCXXXVII. 8. Définition de ces mots Srngaraprak. IlI p. 228. (60) Comme les Traités sont la Loi (dharma) pour l'homme de tel varna, de tel āśrama. (61) anudhāvati et non °dhāvanti (var.) : les traités ont la priorité comme le rappelle RS. ci-dessus II. 1/2. (62) Phrase d'AS. I. 2 (1), 1 (var. : ānvīkșakī), qui fait double emploi avec la phrase ci-dessous attribuée par RS. à Kautilya. Il y a ici quelque confu. sion. Pour tout cet exposé, voir J. J. Meyer trad. de l'AS. p. 669. (63) dandanītir ekā vidyety ausanasāh AS. loc. c. 6. L'enseignement est sans doute tiré du Nītis. (perdu) attribué à Usanas, Kane op. c. p. 110. (64) Idée analogue AS. I. 2 (5), 1 et suiv. (65) vārttā daņdanītiś ceti bārhaspatyāh AS. I. 2 (1), 4. Brhaspati comme auteur d'un traité d'artha, Kane op. c. p. 123. (66) Cf. AŚ. I. 1 (4), 7. Sur le terme lokayātrā, Meyer op. c. p. 2 n° 1. (67) trayī vārttā dandanītis ceti manavah, dit l'AS. loc. c. 2. En fait Mn. VII. 43 énumère ces trois sciences et l'ānvīkșikī en sus. 3

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[II] Politique, voilà les quatre sciences, dit Kauțilya (68) : le Triple Savoir analysé (69) à l'aide de la Philosophie commande en fait Économie et Politique (70). La cinquième (science), c'est la science de la Composition (poétique) (71), dit le Yaya- varīya : car elle est une émanation (72) des quatre sciences. Ce qui fait que ces sciences sont des sciences (73), c'est qu'on connaît par elles la Loi (morale) et le Profit (maté- riel) (74). On a expliqué ce qu'est le Triple Savoir. La Philosophie (75) est de deux sortes, suivant (qu'on envisage) les Thèses limi-

·(68) L'AŚ. I. a (1), 1 lit : ānvīkșikī trayī vārttā dandanītis ceti vidyāh (comme KM. donne elle-même ci-dessus 62). Plus loin (AS. 6) on a : catasra eva vidya iti kauțilyah : de la vient sans doute la double mention chez RS. (69) vivecita : non attesté. (70) Phrase librement imitée de Kautilya loc. c. (71) sāhityavidyā, l'un des noms de la poétique (De II p. 47 n. Kane éd. SahD.ª p. CXL B. Bhattacharya J. Dep. Letters IX p. 97. Dans le Śrnga- rapr. VII (NIA. I n° 10, supplément, p. 8 et n° 11 p. 18 et suiv.) le terme désigne dix sortes de relation entre la forme et le sens; cf. aussi Bhāva- prak. p. 145, 6 et suiv. Les sāhityavid sont distingués des alamkāravid dans Vikramacar. éd. F. Edgerton p. 237. (72) nisyanda (nisyanda HSS., glosé sāra), cf. KM. IV. 56/57 nisyandante. L'emploi figuré du terme n'est relevable qu'en bouddhique (p. nissan- da), cf. par exemple Abhidharmakośa trad. La Vallée Poussin, index s. u. Sur le -8-, Vam. V. 2, 89. (73) Tour connu depuis SB. XI. 1, 6, 7 devānām devatvam, H. Oertel SB. Bay. Ak. 1941, II, 9 p. 41. (74) Phrase empruntée à l'AS. I. 2 (1), 15 qui lit tabhir au lieu de abhir. (75) On voit qu'anvīkşikī embrasse ici (comme chez Kautilya, mais de manière plus compréhensive) les hétérodoxes - «vues» des Arhant, des Bhadanta et des Lokāyata (sur ce dernier nom, voir Meyer op. c. p. 669 A. Hillebrandt Fest. Kuhn p. 14 etc.) - et d'autre part les orthodoxes, Sāmkhya ainsi que Nyāya-Vaiśeșika; le Yoga est omis comme étant inclus dans le Samkhya. Les deux Mimāmsa sont citées à part. Le Sarvadarsanas- se sert des termes ārhata, bauddha et cārvāka. - Ailleurs l'ānvīkşikī désigne seulement le Nyaya(-Vaiseşika), H. Jacobi SBBerl. 1911 p. 734.

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[II] naires ou les Thèses finales (76). Les doctrines jaina, boud- dhiste et le matérialisme (lokāyata) sont les thèses liminaires ; le Sāmkhya, le Nyāya-Vaiśeșika, (les thèses) finales. Tels sont les six (Modes de) raisonnement (77). Parmi ces (doctrines), il y a trois (types d') Exposition : la controverse, l'argutie et la calomnie (78). La controverse consiste en ce que deux per- sonnes impartiales traitent des principes d'une chose, afin d'en comprendre l'essence. L'argutie a lieu quand deux per- sonnes cherchant à l'emporter recourent pour le succès de leur thèse (éventuellement) à des arguments fallacieux, des sophismes, des faux fuyants, etc. La calomnie consiste à noir- cir (79) le parti adverse sans rendre service à son propre parti. L'Économie (vārttă), c'est l'agriculture, l'élevage et le com- merce (80). Le Droit penal (danda) est le moyen d'acquérir et de conserver (81) la Philosophie, le Triple Savoir et l'Écono- mie : l'art d'appliquer le (Droit pénal forme ce qu'on appelle) la Politique (dandanīti); d'elle dépend le train du monde. Voilà les Traités. Et en voici les caractères communs : Quand (82) les Traités qu'on a entrepris sont petits d'abord,

(76) Les termes pūrva = et uttara-pakșa sont communs dans le raisonne- ment de la Mimamsa; cf. aussi la Tantrayukti en fin de l'AS. (77) tarka aréflexion» (W. Ruben éd. des NySu. p. 180) : le terme désigne tantôt la philosophie en général (ainsi les six tarka de Vagbh. p. 5 : jina, sāmkhya, śiva, bhātļa, bauddha, laukāyata), tantôt le Nyāya-Vaiseșika et les manuels élémentaires qui le décrivent synthétiquement. (78) vāda, jalpa et vitandā sont définis, de manière partiellement sem- blable, NySū. Il. 2, 1-3, comme représentant les trois types de kathā. vitandā est attesté NS. V. 140. (79) dūşayitri : non attesté en ce sens. (80) Phrase de l'AŚ. I. 1 (4), 1; de même la phrase suivante = AŚ. ibid. 4 et 5. (81) Sur yogaksema, compris comme un dvandva, voir H. Oertel Syntax of Cases p. 223 et (erroné) Amarnath Ray BSOS. VII p. 133. (82) Mètre āryā.

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[II] -- +»(38 ).c+ --- vastes ensuite (83), à l'instar du cours des rivières, ils sont dignes de la louange des hommes. /5/ Les (Traités) sont présentés en forme d'aphorismes et autres (modes d'expression. Le mot) Aphorisme (sūtra) vient de (la notion) d'enfiler (84). Ce (85) qui a un petit nombre de syllabes et (pourtant) ne laisse pas place au doute, ce qui est substantiel, qui fait face à lout, exempt de chevilles (86), irréprochable, voilà l'Apho- risme, tel que le connaissent les auteurs d'aphorismes. /6/ (On appelle) glose (vrtti) l'explication de tout le contenu des aphorismes; guide (paddhati), l'analyse des gloses d'apho- risme; le commentaire (bhāsya) (s'appelle ainsi) du fait qu'il commente après avoir émis des objections (87); la réflexion (88) est un commentaire (situé) à l'intérieur (d'un autre), servant à discriminer un sens secondaire. (On appelle) tīkā (89) ce qui fait surgir le sens quand il y a lieu ; la pañjikã (90) décompose

(83) Par les commentaires et les développements qui enflent la matière du sūtra initial. (84) Ceci vise sūtra veșțane X. 362 de la Dhatuvr. de Madhava ou d'un texte analogue (Unadis. IV. 162 : sivimucyos țer ū ca). Sur le mot, voir notamment Th. Goldstücker Panini p. 21. Le sūtra est sūcanakrt Abhidhā- naci. II. 168. (85) sloka connu, cf. Vayup. LIX. 14a (première attestation ?) Vișnudh. III. 5, 1 Durgadasa ad Mugdhab. éd. de Calc. 1902 p. 15 Madhvabhāsya éd. C. Palle p. 10. (80) Le stobha est un phonème ou un groupe de phonèmes modifié ou ajouté dans un saman pour adapter le texte aux nécessités de la mélodie, cf. Nyayamālāvi. IX. 2, 11 p. 356 Sabara ad MīSū. IX. 2, 7 (sü. 29) (J. M. v. d. Hoogt Ved. Chant p. 1). L'acception est donc ici fort élargie. (87) bhāsyam sūtroktārthaprapaňcakam Abhidhānaci. II. 168. (88) samīkșā : non attesté en ce sens; cf. parīkșa Abhinavag. ad NŚ. VI. 34. (89) Le mot désigne habituellement un commentaire bref ou un sous- commentaire, Abhidhanaci. II. 170. Même étymologie citée chez Br. s. u. (90) Même explication Abhidhanaci. loc. c.

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[II] les mots difficiles; la kārika (91) fournit une illustration du sens ; le vārttika (92) examine ce qui a été énoncé, ce qui n'a pas été énoncé, ce qui a été mal énoncé. Voilà les divers (modes d'exposition des) Traités. Étaler (93) le sens caché, clarifier ce qui est noyé, allonger ce qui est bref, (voilà ce que fait) le poète didactique. /7/ La mise en œuvre d'une portion de Traité (forme) une section (94), mais les divisions secondaires, leçons et autres, sont introduites par les auteurs à leur gré, elles ne se laissent dénombrer ni dénommer. La science de la Composition (poétique) (sāhitya) est une science consistant à associer comme il se doit les formes et les idées (95). Quant aux Sciences Auxiliaires (96), elles sont (au nombre de) soixante-quatre (97) : le langage raffiné les appelle des Arts (kala). C'est ce qui fait vivre la poésie. Nous en parlerons dans le (chapitre) relatif aux choses occultes (98). On n'en finirait pas de développer les initiatives des

(91) En fait, c'est un versus memorialis qui résume une doctrine, ainsi les k° du Samkhya et celles de Bhartrhari. Definition analogue Abhidhanaci. Il. 172 Abhinavag. loc. c. NS. VI. 12 et 15. (92) Définition connue, Abhidhanaci. II. 170 Nyayamañj. I p. 418. (93) Mėtre āryā. (94) prakaraņa (que l'Abhidhanaci. II. 168 enregistre à côté des noms de commentaires) est une division du texte justifiée par le contenu, un «sujet» (AS. et Kāmas.), voir ci-dessus I. 56. (95) L'alliance de la forme et du sens définit le kavya, ainsi Rudr. II. 1 Bham. I. 16 Hemac. p. 16 (Kane p. CXLV). Cf. ci-dessous VI. 99. (96) upavidyā : non attesté (Apte, sans références). (97) Sur ce chiffre, ci-dessus I. 4 : ce sont les 64 angavidya de Kamas. ou plutôt les 64 mūlakalā que donnent des textes comme le Saivatantra; cf. les 64 arts et les 104 upakalā cités dans la Kāmadhenu ad Vām. I. 3, 7, ainsi que Srogarapr. XVI (NIA. 1 n° 12, supplément, p. 34). (98) Renvoi (fictif?) au Livre final de KM. (ci-dessus I. 51).

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experts en la matière; les esprits subtils peuvent y accéder; on y a renoncé (ici) afin d' (éviter d') alourdir le livre (99). /8/

TROISIÈME LEÇON :

L'ORIGINE DE L'HOMME-POÉSIE (kavyapurusotpatti).

Voici les saintes et antiques paroles que nous avons enten- dues des Anciens : on dit qu'à l'occasion d'un entretien, Dhi- sana (1) fut interrogé par ses disciples. Quel est donc, dirent- ils, cet Homme-poésie (2), ce fils de Sarasvati (3), votre maître ? Le Seigneur des Hautes (prières) (4) leur dit :

(99) Cf. ci-dessus II. 58. (1) = Brhaspati (Harsacar. chez pw.), proprement «le sagen ou al'inspiré», sens extrait plus ou moins artificiellement de véd. dhisana compris comme signifiant «sagessen (= dhī), cf. J. as. 1939, 2 p. 381. (2) Kāvyapurușa, nom fictif destiné à «masculinisern le neutre kāvya. En même temps Kāvya peut s'interpréter à la rigueur comme afils de Kavin, soit un autre nom de Bhrgu (voir note suiv.). (3) Sarasvateya : forme non attestée. Les Purāņa et notamment le Vayu (dont RS. s'est inspire en plus d'un point) parlent d'un Sarasvata, fils de Sarasvatī et de Dadhīca (lui-même descendant par Cyavana de Bhrgu sur- nommé Kavi, fils de Brahman), ainsi Vayup. LXV. 91 et cf. déjà le MhBh. (index Sörensen s. u.). Le Harşacar. p. 43 (trad. p. 29) fait allusion aussi à Sarasvata, dont il dit que apar la faveur de Sarasvati tous les Veda avec leurs portions secrètes, tous les traités et tous les arts se manifesteront à luin : la KM. ne fait qu'illustrer cette donnée. Cf. enfin Buddhacar. I. 42 Saundar. VII 31 où il est dit que Sarasvata promulgua les Veda perdus. (4) brhatam pati : l'expression, qui vient de Sis. II. 68, repose censément sur un substantif neutre brhat, et vise à analyser le nom de Brhaspati, avec brhas génitif de brh.

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Autrefois Sarasvati, qui désirait un fils (5), se livra à l'ascèse sur le Mont des Neiges (6). Le cœur satisfait, Viriñci (7) lui annonça alors : je vais te créer un fils. Ainsi donc elle mit au monde l'Homme-poésie. Celui-ci, se dressant et touchant (8) les pieds (de sa mère), émit cette phrase versifiée : Tout (9) ce qui est fait de parole, et qui prend l'apparence illusoire de l'objet, c'est moi, (l'Esprit) mâle de la poésie : je veux adorer tes pieds, mère ! (10) /1/ Reconnaissant alors, dans le domaine de la langue pro- fane, l'empreinte (11) du mètre (12) qui avait été attesté jadis (13) dans la Tradition (sacrée), la déesse prit avec joie (l'enfant) dans son giron et lui dit ces mots flatteurs : Mon enfant, toi qui as composé ces vocables versifiés, tu me surpasses, moi la mère, qui suis pourtant la mère de (tout) ce qui repose sur la parole (14). Or c'est là ce qu'on cite comme le plus méritoire, être vaincu par son fils ; c'est, dit-on, une seconde naissance

(5) putrīyanti : emploi du RV., remis en honneur dans le kāvya tardif, Anargh. V. 1 Campūrām. I. 22/23. (6) tuşāragiri (MhBh.) : Himālaya. (7) Visnu (Pur .; médiatement, sous la forme Virinca, MhBh.). (8) sapadopagraham : type mixte compose adverbial et namul (upagraha non attesté en ce sens). (9) Le premier hémistiche ressemble au verset initial du Vakyapad. : anā- dinidhanam brahma sabdatattvam yad akşaram / vivartate 'rthabhāvena prakriyā jagato yatah. Le monde développe ses formes illusoires (vivarta) à partir du sabdabrahman (ou nada), du amotn pris comme entité absolue. Conceptions du Vedanta et du tantrisme vedantique. (10) Cf. Raghuv. I. 1 jagatah pitarau vande. (11) mudra : terme affectionne de RS. (Balar. passim). Nom d'un ornement verbaln Agnip. CCCXLII. 26 Sarasv. II. 40 et suiv. (12) Le sloka dérive de l'anustubh védique. (13) °cara en fin de composé, au sens de purva; traité en suffixe par les grammairiens. Un ex. Balar. IV. 54/55. (14) Rôle de Sarasvatī, connu depuis le Veda : cf. vedanam mata MhBh. cité Br. s. u. (3g).

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[III] --- +>(42 ).c+ ---

d'un fils. Les sages qui t'ont précédé ont vu (15) la prose, non point le vers. Inventé par toi, le langage versifié va désor- mais se développer. Ah, tu es digne de louange ! La forme et le sens (16) (composent) ton corps (17), le sanskrit (18) ton visage, le prākrit ton bras, l'apabhramsa (19) ta croupe, la (langue) des Piśāca (20) tes pieds, la (langue) mixte (21) ta poitrine. Tu es égal (d'humeur), gracieux, doux, noble et vigoureux (22).

(15) Au sens fort, au sens vediquen du terme voirn. (16) Cf. Raghuv. I. 1 vāgarthāv iva samprktau, Bhām. I. 16 sabdārthau sahitau kāvyam, šabdārthau kāvyam Rudr. II. 1 etc. (17) L'expression de acorps», à propos de la poésie, remonte à Bham. I. 23 et Daņdin I. 10; le kāvyaśarīra opposé au kāvyātman De II p. 44 et passim. La locution de la KM. sera reprise par les théoriciens jusqu'à Vis- vanātha et Jagannātha. (18) Les langues sont réparties ici (comme les castes dans l'hymne védique du Purușa) selon les parties du corps, par rang de préséance. Il y a quatre langues chez Dandin I. 32 (sanskrit, prakrit, apabhramsa et amixte»), Agnip. CCCXXXVII. 8 (sanskrit et trois sortes de prakrit) et déjà NS. XVII. 26 mentionne la bhāșa comme caturvidhā (avec une implication diffé- rente); cette quadripartition est reprise fréquemment par les théoriciens tardifs, ainsi Vagbh. II. 1 Alamkāratil. XV. 3 Sarasv. II. 9, qui (II. 16) cite dans le même sens Balar. I. 11. Elle est apparemment à l'origine de la tradition des «quatre languesn (sanskrit, prākrit, apabhramsa, paiśācī) chez les bouddhistes. A côté, on mentionne parfois «trois langues», Jayamang. ad Bhattik. XIII introd. Visnudh. III. 2, 9 Bhām. I. 16 Kathās. V. 129 Srngarapr. III p. 191; six langues Rudr. II. 11 Caurap. 19 Srīkanthacar. XXV. 34; nombreuses langues Rudr. XVI. 36 (admises en poésie). (19) L'apabhramsa qui pour les grammairiens est une sorte de prakrit (H. Jacobi éd. de Sanatkum. p. XIX et de Bhavisattak. p. 53* L. Nitti- Dolci Gramm. prakrits, passim) en est distinct selon les poéticiens. Sur l'a°, en dernier lieu, L. Alsdorf ZDMG. XCI p. 432. (20) paiśaca : la forme usuelle est pisacī (Rudr. II. 11 IV. 13; 18) ou paiśācī, pišācabhāşā. Prākrit aberrant (voir notamment F. Lacôte Guņādhya p. 40 et références citées), elle porte aussi le nom de «langue des démons», bhūtabhāșā ou bhautika (KM. VII. 23) Daņdin I. 38 Vagbh. II. 1 (autres références R. Pischel Gramm. Prakrit-S. p. 27). (21) miśra(ka) : langue propre au théâtre d'après Dandin 1. 37, donc, suc- cession du sanskrit et de divers prakrits selon les personnages. (22) Ces qualites sont celles memes que la theorie attribue au style poé- tique, ainsi samatā, prasāda, mādhurya, udāratva, ojas Daņdin I. 41 (par-

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--- +>(43).c ;--- Ton langage est renommé (23) pour ses locutions (24), ton âme est le sentiment (25) (poétique), tes poils sont les mètres (26), les jeux (27) de ton discours, ce sont les questions et réponses (28), les énigmes (29), etc .; tu as pour ornements les allitérations (30), les comparaisons (31) et autres (figures poétiques) (32). Enon- ciatrice des choses à venir, la Révélation elle-même fait ton éloge : Quatre (33) sont ses cornes, trois ses pieds, deux ses têtes,

tiellement aussi Vam. III. 1, 11; 20; 2, 5; 12 etc.) et déjà NS. XVI. 100; 110 AŚ. II. 10 (28), 8 H. Jacobi SBBerl. 1928 p. 660. (23) cana en fin de composé : emploi rare, mais enseigné par les gram- mairiens. (24) ukti, ci-dessus I. 22. (25) L'école de Bharata définit le rasa et Abhinavagupta notamment en fait la base de la poétique. Sur le rasa, voir en dernier lieu V. Raghavan J. Or. Res. X-XII, passim. (26) Convenance du genre grammatical entre roman et chandas. (27) vākkeli : cf. NŚ. XVIII. 114, repris Daśar. III. 19 (S. Lévi Théâtre ind. p. 112). Le mot keli est affectionné par RS., notamment en premier terme de composé, KM. passim et kelikailāsa Viddh., kelisāra Bālar. kelika- lita Balar. kelipankaja Viddh. (Br. pw.). (28) praśnottara : figure ade mot» introduite par Rudr. V. 26 et suiv., sorte de devinette dont la réponse est pour ainsi dire incluse, à qui sait l'entendre, dans la question même. On a aussi séparément le praśna et l'uttara. Références : Vagbh. IV. 144 Sarasv. II. 143 Kuval. 150 etc. (29) pravalhika : le mot désigne en propre le dialogue phallique à base d'énigmes qu'on a AV. X. 133. Mais il n'est guère douteux que RS. n'em- ploie le terme au sens de prahelika, qui désigne chez les poéticiens un type de devinette fondé sur des jeux de mots. Références NS. XVIII. 118 Bham. II. 19 Rudr. V. 25; 29 Dandin III. 96 et suiv. Agnip. CCCXLIII. 22; 25 Visnudh. III. 16. (30) anuprāsa, ci-dessus I. 26. (31) upamā, ci-dessus I. 35. (32) Appelées cornement» (alamkara) dans la théorie. (33) Strophe (en tristubh) du RV. IV. 58, 3 (avec śrngā nt. plur. et mar- tyam accus. plur.). Cette strophe, qui décrit le soma sous la forme d'un taureau miraculeux, a été souvent citée (GB. I. 2. 16 Nir. XIII. 7 et notam ment Mahabhāșya I p. 3, 15 où elle est interprétée comme faisant allusion aux parties du discours : de là l'emploi qu'en fait ici RS.). Cf. la série numérique donnée NS. XVII. 102/103. - La comparaison de la «parole»

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[III] sept sont ses mains. Trois fois lie le Taureau mugit avec force : le grand dieu est entré dans le mortel. /2/ Cache cependant tes actes de mâle audacieux, conduis-toi comme il sied à un enfant! Elle dit, et l'installant sur une dalle massive de pierre (en guise de) couche, bien abritée sous un arbre, elle s'en fut se baigner dans le Gange céleste (34). Là-dessus le grand ascète Usanas (35) était sorti pour ramasser (de l'herbe) kuśa et du bois à brûler (36). Le soleil (37) ayant tourné, il aperçut l' (enfant) tout inondé de sueur. Ah qui est cet enfant abandonné? se dit-il, et il l'emmena dans son ermitage. Réconforté en un instant, le fils de Sarasvati proféra (38) à l'intention de son (hôte) une phrase versifiée : s'adressant à lui stupéfait, il lui dit soudain : Celle (39) qui n'est jamais tarie, bien qu'elle soit traite de jour en jour par les poètes - ces trayeurs -, puisse-t-elle se fixer en notre cœur, cette vache (40) (qui donne le lait) du beau langage, Sarasvatī! /3/ Alors (Uśanas) enseigna aux étudiants la sagesse (41) ainsi présentée. C'est depuis ce temps que les connaisseurs appellent Uśanas un poète (kavi) (42); et par extension (43) l'usage dans le

avec un taureau ou une vache est traditionnelle; cf. S. Bhattacharyya Asu- tosh Mookerjee Vol. III, 2 p. 662. (34) abhragangā : expression de la Kad. (pw.); = Mandākinī. (35) Appelé aussi Sukra ou Kāvya (ce dernier nom étant compris comme «fils de Kavin, kavisuta); plus tard Uśanas est appelé lui-même Kavi (cf. BhagGīta X. 37) : d'où son rôle dans la présente narration. (36) Scène typique, depuis ChU. IV. 6, 1. (37) pūșan : emploi de Kad. et Bālar. (pw.). (38) samcaray- appliqué à la parole Balar. VI. 33/34. (39) Ce slokc est cité dans quelques mss. de la Nalacampu, str. initiale. (40) L'assimilauon de Sarasvatī à une vache (ci-dessus n. 33) semble remonter à VS. VIII 43. (41) sumedhastva : dérivé non attesté. (42) Ci-dessus n. 35. (43) upacāra : références en poétique Dandin II. 97 (var.) Vam. I. 2, 19;

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-- +o(45).63 -- monde est (d'appeler) les poètes des kavi. Le mot kavi est une forme de la racine kav- au sens de « décrire» (44), (racine qui désigne) l'activité poétique. Et par suite de son identité avec la poésie, on a appliqué aussi par métonymie (45) (le nom d') Homme-poésie au fils de Sarasvati. Là-dessus la déesse de la Parole fut de retour. Ne voyant pas son fils, elle gémit au-dedans de son cœur (46). Or Val- mīki (47), le taureau d'entre les ascètes, qui survint sur ces entrefaites, relata respectueusement à la bienheureuse ce qui s'était passé, et lui montra l'ermitage d'(Usanas), fils de Bhrgu. Alors, les seins ruisselants, ouvrant son giron (48) pour son fils et le baisant sur la tête, elle conféra secrètement au grand Sage fils de Pracetas, (à Valmīki, le don) des paroles versifiées. Et tandis qu'elle le regardait avec faveur, il aperçut un jeune héron dont la compagne avait été abattue par un Nișāda (49) et

3, 6 V. 2,12 Dhvan. p. 51; 175; 191 (distinct de lakşaņā) Agnip. CCCXL. 2 et suiv. Visnudh. III. 5, 18 et 21 Abhinavag. ad NS. I p. 266; 278; 291; 309 etc. Emploi analogue chez les grammairiens (L. Renou Terminol. s. u.) et les philosophes. Cf. Har Dutt Sharma Poona Orientalist I, 1 p. 26. (44) Ceci repose sur un enseignement tel que Kşīratar. I. 405 kabr varne ... kabate ... ih kabih (tandis que la forme kavi est donnee I. 999 sous kun śabde). Kșīrasvāmin ad Amarak. II. 7, 5 explique de mėme kavi par kavate = varņayati, et Ujjvalad. ad Uņādis. IV. 138 pose ku śabde ku varņa ity ato vā kaviḥ. (45) bhakti : capacité secondaire de connotation, souvent identifiée à laksanā, à upacāra, à gunavrtti. Références Vam. I. 1, 1 Dhvan. I. 17; p. 51 et 56 Hem. p. 16 Vișņudh. III. 5, 20. (46) madhyehrdayam : type de compose affectionné de RS. Les Dictionnaires citent madhyevyoma et madhyenareśvarasabham de Balar. - madhyehrdayam manque. (47) L'intervention de Valmīki vise à tenir compte de la légende connue qui veut que ce Sage ait inventé le śloka (Ram. I. 3, 18). RS. a amalgamé cette légende avec son récit propre. Dans le Buddhacar. I. 4a et suiv. Valmīki voisine aussi avec Sarasvata. Comme Usanas, il est Kavi (cf. Medinik. éd. de la KāshiSS. p. 171). (48) Cf. dehy ankapālim me Vīracar. VIII. 37. (49) Nom générique de clans sauvages, sans doute anaryens, connus depuis

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[III] qui gémissait d'une voix pathétique en faisant kren (50). Saisi de douleur, il prononça (51) ce verset : Puisses-tu (52), ô Nișāda, ne pas trouver(53) de repos dans l'éternité des années, toi qui as tué l'un de ces deux hérons quand il était ivre d'amour ! /4/ Alors la déesse à la vision divine accorda une faveur pour cette stance : celui qui, sans avoir appris autre chose, l'appren- dra en premier lieu, deviendra un poète voué à Sarasvati. Quant à ce grand ascète, prenant la parole, il tressa en guir- lande (54) l'épopée du Rāmāyana. Et Dvaipāyana (55), qui le premier apprit le verset, (composa) de par la puissance dudit (verset) un recueil de cent mille (56) (vers), le (Maha)bhārata. Or, un jour que les sages brâhmaniques et les dieux (57) discutaient sur la Révélation, (Brahman) Svayambhū, le dieu ingénieux, désigna la (déesse Sarasvatī) pour arbitre. Appre- nant cette nouvelle, (l'Homme-poésie) suivit sa mère qui s'en

la VS. et que la théorie a englobés dans la série des castes mixtes (ainsi Mn. X. 8). Type conventionnel en littérature. (50) krenkāra : expression de Kad. et Balar. (pw.). - L'anecdote, avec le Nișāda, le couple de hérons et le verset, vient du Ram. I. 2, 9 et suiv., mais dans l'épopée c'est le mâle qui est tué. La variante de KM. peut dériver de Dhvan. I. 5 (p. 27) où figure l'expression samnihitasahacari° : Abhinavagupta lit samnihata° et RS. comprend aussi comme s'il y avait samnihata°. Sur cette légende, H. Jacobi Ram. p. 80. (51) udgad- : non attesté. (52) Strophe du Ram. I. 2, 15, reprise Uttarar. II. 5. (53) ma ... agamah : sur l'augment en emploi prohibitif, L. Renou Gramm. p. 414 S 294 rem. et p. 439 $ 315 rem. (s4) samdrbh- : les Dictionnaires ne donnent que samdarbha, samdrbdha, samdarbhita. Terme affectionné de RS. ainsi que Vam. I. 3, 31 Agnip. CCCXL. 2 et suiv. (55) Patronym. de Krsna, alias Vyasa, cauteur» du MhBh. (56) Au témoignage même du MhBh., la portion du poème qui fut composée ce pour les hommes» forme un total de 100.000 vers, ekam satasahasram tu mānuseșu pratisthitam, vers éliminé de l'éd. critique (I. 1, 63/64), cf. S. Lévi Essays ... R. G. Bhandarkar p. 105= Mémorial p. 297. (57) vrndāraka, ci-dessus I. 13.

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[III] allait : Mon petit, lui dit-elle, tu n'y as pas été autorisé par le Seigneur suprême, le voyage au monde de Brahman ne te sera pas salutaire. Et, le faisant retourner de force, elle se mit seule en marche. L'Homme-poésie sortit alors en colère, et comme son cher ami Kumāra pleurait et se lamentait (58), (la mère de celui-ci) Gaurī l'interpella en ces termes : Tais-toi, mon enfant, c'est moi qui vais le retenir ! Et ce disant, elle fit cette réflexion : Il n'y a d'ordinaire pour les êtres vivants d'autre lien que l'amour (59) : je vais donc créer une femme qui fera sa conquête. Cela considéré, elle fit naître (pour devenir) la jeune femme (de Kāvyapurușa) la Science-de-la-composition (60), et lui donna ses instructions : Ton époux selon la Loi s'en va droit devant lui, en sa colère. Marche à sa suite et fais-le revenir! Quant à vous, ascètes versés dans la science poétique, célébrez leur histoire à tous deux, et la poésie vous écherra tout entière! Cela dit, la bienheureuse Bhavanī (61) garda le silence, tandis qu'eux se mirent en devoir de faire comme (elle avait prescrit). Ils (62) gagnèrent donc tous, en premier lieu, la région orientale (63), où se trouvent les pays d'Anga (64), de Vanga, de (58) Cf. les pleurs de Rudra, SB. VI. 1, 3, 7 et suiv. Analogues dans les Pur., v. J. Muir Skt Texts IV2 p. 339 et passim. (50) Remarque analogue KM. XII. 41. (60) Le sāhitya (ci-dessus II. 71) personnifié en femme. (61) « Épouse de Bhava = Siva». L'intervention de la Déesse rappelle le role éminent que joue Siva dans les origines de l'art dramatique, cf. par ex. S. Lévi Théâtre ind. p. 17; 119; 298; 318; 334 et Append. p. 53 Th. Bloch ZDMG. LXII p. 655 L. v. Schroeder Mysterium p. 17. (62) Pour la géographie de ce passage, v. les descriptions connues de l'épopée et des Pur. (ainsi que Brhats. XIV) et plus précisément NS. XIII. KM. chap. XVII reprendra la description avec plus de détail. (63) Les descriptions (ainsi celles du MhBh. et du Ram.) commencent par l'est. (64) Pays cité souvent en liaison avec Vanga (S. Lévi J. as. 1923, 2 p. 10), Anga étant le district de Bhagalpur, Vanga le Bengale central et occidental (R. Ch. Banerji Ind. Cu. II p. 755). Les deux noms, dans la tradition drama- turgique, sont déjà NS. XIII. 45.

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[III] Suhma (65), de Brahma (66), de Pundra (67), etc. Là, s'appliquant (à subjuguer son mari), la fille d'Uma (68) adopta un costume à son gré, lequel fut imité par les femmes du pays. C'est la mode (69) d'Odra et de Magadha (70). Les ascètes en firent l'éloge comme suit : « Seins (71) humides de santal frais et pares d'un collier de perles, raie qu'effleure le tissu, épaule découverte : puisse longtemps ce costume resplendir sur les femmes Gauda (72), qui brillent comme des tiges de panic grâce à l'aloès qu'elles emploient! » /5/ Quant aux hommes, ils prirent la tenue (73) qui était celle qu'(avait revêtue) au hasard le fils de Sarasvali. Ce devint leur mode même. De plus, la danse, la musique instrumentale, etc. que (la fille d'Umã) avait inventées (constituèrent) la figure (74)

(65) Delta du Gange (entre Vanga et Kalinga Brhats. XVI. 1). (06) Mod. Birmanie (Brahmadeśa); NŚ. XIII. 46 mentionne les Brahmottara, la haute Birmanie. (67) Mod. Chota Nagpur. Nom souvent associe à celui des Odra, S. Lévi loc. c. p. 20. Le NS. XIII. 45 a paundra. (68) aumeyī : non attesté. (69) pravrtti : terme de NS. VI. 10; 26 et suiv. (qui donne la même division quadripartite et les mêmes noms) XIII. 36 et suiv .; le terme sera défini ci- dessous 122. Chez Bharata, il désigne les usages régionaux en matière de tenue, langue, coutumes, activités. (70) audramāgadhī (odra° NS. XIII. 37). Le Magadha est le Bihar méridional. (71) Mètre vasantatilaka. (72) Bengale, et spécialement Bengale du nord-ouest. Sur le nom, v. en dernier lieu P. Lal Paul IHQ. XIII p. 162. (75) nepathya : en dernier lieu sur l'origine du mot H. Luders ZDMG. XCV p. 258. (7%) NŚ. VI. 25 mentionne les 4 vrtti que reprend ici RS .; cf. encore ibid. I. 41 et suiv. VI. 10 XIII. 37/38 XX. 24 Agnip. CCCXL. 5 et suiv. Dhvan. p. 161 et 163 etc. Sur la notion, S. Lévi Théâtre p. 88 V. Raghavan J. Or. Res. VI p. 346 VII p. 33 et 91. La valeur exacte de chacune des vrtti et l'ori- gine des termes qui les désignent sont controversées. La bharati semble être la afiguren où domine la parole (vagurtti Abhinavag.). On est tenté de mettre ces noms en rapport avec les tribus des Bharata, Sattvata, Kaisika (et *Āra-

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[III] (dite) bhāratī. Les ascètes ... et ainsi de suite, comme ci-dessus. Bien qu'elle fut attifée de la sorte, (l'Homme-poésie) ne se laissa pas subjuguer (75). Il s'exprima (dans une langue) riche en séries de termes analysables (76), avec des composés (77) et des allitéra- tions (78) : c'est le style(79) (dit) gaudi(80). Les ascètes ... et ainsi de suite comme ci-dessus. Nous dirons en temps utile quelle est la nature propre des Figures et des Styles (81). Il s'en fut ensuite chez les Pañcala (82), là où se trouvent les

bhata?); Raghavan y voit des manifestations caractérisées à l'origine par un tournoi, une lutte. (75) avaśamvadikrta : non attesté. (76) yogavrtti, opposé a l'emploi de termes aconventionnels» ou rudhi. On pourrait entendre aussi cexpression directen oppose à gunavrtti cexpression indirecte», comme abhidha à laksanā. La première signification a pour elle de correspondre avec ce que Dandin I. 46 dit du style gauda : natirūdha. (77) samāsa (L. Renou Terminol. s. u.) : références en poétique Bham. II. 1 NŚ. XIV. 37 Dhvan. III. 5 p. 133 et suiv .; 139 et suiv. III. 16 p. 153; 156 Vam. V. 2, 17 Rudr. II. 3 Dandin I. 80, et v. n. 80. (78) anuprāsa, ci-dessus I. 26; sur les allitérations des Gauda, Dandin I. 44. (79) riti (parfois marga). Sur ce thème important de la poétique, v. les travaux récents de S. K. De Poona Orientalist II p. 15 (et Poetics passim) V. Raghavan IHQ. IX p. 448 X p. 767 P. Ch. Lahiri IHQ. IX p. 835 Ind. Cu. II p. 211 (et Concepts of riti, Dacca 1938). RS. se tient sur la ligne de Vam., il n'admet pas la lațīyā rīti de Rudr. II. 4 et suiv. Agnip. CGCXL. 1 et 4 etc., alors que dans la strophe initiale de Karpūram., il citait la pañcālikā, la māgadhī et la vacchomī. (so) La gaudi ou gaudiya rīti est le contraire de la vaidarbhi Dandin I. 42; elle a des composés non délimités Rudr. II. 5; possède vigueur et éclat Vam. I. 2, 12; anavasthitasamdarbha ... dirghavigraha Agnip. CCCXL. a, et cf. Sarasv. II. 31 p. 134. Ce sont les théoriciens ultérieurs qui insistent sur la caractéristique des composés, que donne déjà Vam. loc. c. Harșacar. Introd. str. 7 parle de l'akșaradambara des Gauda. Cf. S. K. De NIA. I, 1 p. 74 P. Ch. Lahiri IHQ. VII p. 59 S. P. Bhattacharyya IHQ. III p. 376. (s1) Définition brève ci-dessous n. 123; le détail sera exposé au livre de KM. sur le rītiņirnaya (I. 24). (sa) Régions au nord du Gange et de la Yamunã dans leur ensemble, le Pañcala (septentrional) proprement dit, mentionné aussitôt après, étant le Rohilkhand moderne, avec pour capitale Ahicchattra = Ramnagar. NS. XIII. 49 énumère analoguement pāncālah śaurasenāś ca kāśmīrā hāstināpurāh/ bählikāh ... 4

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--- +>.(50).c ;-- pays de Pañcāla, de Śūrasena (83), de Hastināpura (84), de Kāś- mīra (85), de Vāhīka (86), de Bāhlīka (87), de Bāhlaveya (88), etc. Là, s'appliquant à le (subjuguer), la fille d'Umā ... et ainsi de suite comme ci-dessus. C'est la mode du Pañcala central (89). Les ascètes en firent l'éloge comme suit : or Les (90) boucles d'oreille sautillent, faisant ondoyer le contour des joues; pendant jusqu'au nombril, le collier de perles se balance doucement; des hanches aux chevilles s'enroule le vêtement de dessus : saluez ce costume des belles de Maho- daya (91)! » /6/ (Quant aux hommes, ils prirent) la tenue qui était celle qu'(avait revêtue) le fils de Sarasvati, le cœur quelque peu (92) attendri (93) ... et ainsi de suite comme ci-dessus. Et le peu de danse, de chant, de musique instrumentale, de gestes gracieux etc., que (la fille d'Uma) avait fait voir (constitua) la figure

(83) Région dont Mathura (Muttra) était la capitale. (84) Ancienne capitale des Pandava; doit répondre à Delhī. (85) Cachemire. (86) Ou Bahīka : forme moins authentique du nom suiv., dont elle est arbi- trairement scindée. (87) Le sens propre du nom est Bactriensn, gens de Balkh (Bahli). Mais le nom s'applique souvent par transfert de population ou simple confusion à des peuples du Panjāb, entre Vipāsā et Satadrū, S. Lévi BEFEO. IV p. 570 et suiv. (88) Encore une var. (non attestée) du précédent; le Balar. (et KM. XVII. 176) a Bahlava. (89) Expression de NS. VI. 27 : il s'agit sans doute du Doab gangétique. (90) Mètre vasantatilaka. (91) Autre nom de Kānyakubja (Kanauj), attesté dans Bālar. (formant assonance avec le nom du roi Mahendrapala et de son successeur Mahīpala, patrons de RS.). Sur la connexion de RS. avec Mahodaya, Konow-Lanman

XIX p. 17. éd. de Karpūr. p. 181 GOS. p. xIXIx et sur le nom de M° Ep. Ind. VII p. 30

(92) Le thème de cette partie de l'exposé est dominé par la répétition de l'élement « un peun. (93) ārdrita, cf. ārdrayati Bālar. et Kād. (pw.). (94) NŚ. XX. 37 (distinguée de l'ārabhațī 55) I. 41 VI. 25 XX. 37 et suiv. : manovyāpārarūpā sattvikī Abhinavag. ad I. 41. C'est le mode noble, sublime.

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[III] (dite) sāttvati (94); comme elle comporte des mouvements impé- tueux, (on l'appelle) aussi ārabhațī (95). Les ascètes ... et ainsi de suite comme ci-dessus. Bien qu'elle fût attifée de la sorte, (l'Homme-poésie) ne se laissa subjuguer qu'un peu. Il s'exprima (dans une langue) riche en expressions figurées (96), avec un peu de composés (97) et un peu d'allitérations (98) : c'est le style dit) pāñcāli (99). Les ascètes ... et ainsi de suite comme ci- dessus. Il s'en fut ensuite chez les Avanti (100), là où se trouvent les pays d'Avanti, de Vaidiśa (101), de Surāștra (102), de Malava (103), d'Arbuda (10s), de Bhrgukaccha (105), etc. Là, s'appliquant à le (subjuguer), la fille d'Uma ... et ainsi de suite comme ci- dessus. C'est la mode de l'Avanti (106); elle est intermédiaire entre celle du Pañcala central et celle du Dekkan : c'est pour- quoi il y a là deux figures, sāttvatī et kaišikī (107). Les ascètes en firent l'éloge comme suit : (95) NŚ. I. 41 VI. 25 : sotsāhā analasā kāyavrttih Abhinavag. ad I. 41. NŚ. XIII. 51 a déjà l'expression aviddhagati(vikrama). C'est le mode violent. (98) upacāra (ci-dessus III. 43); cf. Agnip. CCCXL. 1 et suiv. upacārayutā. (97) Lire isatsamasam; cf. Agnip. loc. c. hrasvavigraha et Rudr. II. 4 et suiv. (98) anuprāsa, ci-dessus I. 26; cf. Vām. I. 2, 13 anulbaņapadā vicchāyā ca. (99) Terme connu depuis Vam. I. a, 9; 13 et autres références ci-dessus. Ni Dandin ni Bhamaha ne connaissent cette rīti, citée Sūktim. (vers attribué à RS.) p. 47, 91. (100) Autre nom d'Ujjayinī (Ujain). Partie occidentale du voyage. NŚ. XIII. 4ı2 donne āvantikā vaidisikāh saurāsļrā mālavās tathā/. .. sārbudeyakāh. (101) Pays de Vidisa (Bhilsā), capitale du Dasārņa (Bhopal). (102) Kathiyāvar et côte continentale en regard; le nom survit dans mod. Surat. (103) Mod. Malva, capitale, précisément, Avanti. Sur les Malava, J. Ch. Ghosh Ind. Cu. II p. 352 A. Ch. Banerji Annals Bhandarkar XUII p. 218 et J. Bihar Soc. 1737. (10%) Pays autour du mont Abu, au Rajputana; on y plaçait l'ermitage de Vasistha. (105) Ou Bharukaccha, mod. Broach, à l'embouchure de la Narmada. (106) NS. VI. 26. (107) NS. I. 42 et suiv. XIII. 38 XX. 47 et suiv. : cette vrtt est à base de plaisanterie fine (narman).

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[III] « Puisse (108) nous réjouir la tenue des hommes et des femmes, en usage au Pañcala ainsi qu'au Dekkan! Ce qu'on récite, ce qu'on exécute, etc. se combine (des avantages) de l'un et de l'autre au pays d'Avanti.» /7/ Il s'engagea enfin dans la région du sud, là où se trouvent les pays de Malaya (109), de Mekala (110), de Kuntala (111), de Kerala (112), de Palamañjara (113), de Mahārāștra (114), de Gānga (115), de Kalinga (116), etc. Là, s'appliquant à le (subjuguer), la fille d'Uma ... et ainsi de suite comme ci-dessus. C'est la mode du Dekkan. Les ascètes en firent l'éloge comme suit : cr Les (117) boucles qui ondoient depuis la racine (forment) un chignon ravissant, le front est marqué à profusion de poudre de laque, la robe est étroitement serrée à la hauteur des aisselles. Que triomphe longtemps le costume des beautés de Kerala!» /8/ (Quant aux hommes, ils prirent) la tenue qui était celle qu'(avait revêtue) le fils de Sarasvati, le cœur épris de cette (jeune femme) ... et ainsi de suite comme ci-dessus. Et la variété des danses, des chants, de la musique, des gestes gra-

(108) Mėtre indravajrā. (109) Ghat occidentaux au sud de la Kaverī : a donné son nom au Malabar. NŚ. XIII. 38/39 a malayah ... mekalah pālamanjarah et 40 kalingāh ... mahā- rāstrāh. (110) Ou Mekhala : mod. Maikal Range, au sud-est de Jabalpur. (111) Entre Narmada et Tungabhadra, soit le Maharastra meridional ou Karnātaka. (112) Malabar actuel (v. Hobson-Jobson s. u. Malabar). (113) Identification douteuse (Pal près de Mahad) de ce nom (double?) que confirme NS. précité. (114) Pays marathe, Hobson-Jobson s. u. Mahratta. (115) GOS. a Ganga (HSS. Ganga) : pays Kongu, sud-ouest de Salem? Non attesté. (116) Pays au sud de la Mahanadī, entre Orīsa et Andhra; cf. mod. Kalinga- patam. (117) Metre vasantatilaka. Str. de Saduktik. II. 18, 1 (avec 'prakara° b, kuntala° d).

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-- +>(53).c+- [III] cieux, etc. que (la fille d'Uma) avait déployée (constitua) la figure (dite) kaiśikī(118). Les ascètes ... et ainsi de suite comme ci-dessus. (L'Homme-poésie) fut alors subjugué par elle au delà de toute mesure. Il s'exprima (dans une langue) riche en termes analysables (119), avec des allitérations bien płacées, mais sans composés (120) : c'est le style (dit) vaidarbhī (121). Les ascètes ... et ainsi de suite comme ci-dessus. Mode (pravrtti) (signifie) manière d'arranger le costume; Figure (urtti), manière d'arranger les jeux (dramatiques) (122); Style (riti), manière d'arranger les paroles (123). Il y a quatre sortes de figures et de modes, et pourtant il y a un nombre illimité de pays, comment donc les y inclure en leur totalité ? Ainsi disent les maîtres (124). En répartissant les contrées, tout illimitées qu'elles sont, sous quatre rubriques, on répartit en gros le Territoire du Cakravartin (125); mais pour ce qui est des particularités secondaires, (le nombre des contrées) est bien illimité en fait, dit le Yayavarīya. De l'océan méridional à la région du nord, le Territoire du Cakravartin compte un millier de yojana (126) : c'est dans ce (territoire que s'applique) la dis- (118) Cf. n. 107. (119) Ci-dessus n. 76; upacārair vivarjitā Agnip. CCCXL. 3. (190) Rudr. II. 6 (asamāsa), Agnip. loc c. (muktavigrahā), Sarasv. II. 29 p. 134. (121) Du Vidarbhan (mod. Berar et adjacents). Cf. Dandin I. 40 et suiv. Bham. I. 31 et suiv. Vam. I. 2, 11 Rudr. loc. c. Agnip. loc. c. Dhvan. p. 6. Noter la préférence donnée par RS. au sud. (122) RS. restreint le sens de ces deux termes. (123) La définition de Vam. I. 2, 6 est visistā padaracanā. (12%) Idée analogue NS. XIII. 37/38. (125) cakravartiksetra (cf. ci-dessous XVII. 55). Sur la notion du «maitre du cercle (des terres), celui qui fait tourner la rouen, v. notamment E. Senart J. as. 1873, 2 p. 122 F. Lacôte Guņādhya p. 275 H. Jacobi ERE. III p. 336 J. Przyluski Légende d'Aśoka p. 102. Même expression AŚ. IX. 1 (135), 18 dans le même contexte. RS. emploie plusieurs fois le terme dans ses drames. (126) Cette distance est celle que donnent les Purana pour chacune des neuf zones en lesquelles se divise le Bharata ou Inde (W. Kirfel Kosmogr.

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[III] tribution des tenues. Au delà de ces limites, en quelque contrée que séjournent (les personnages), divins ou autres, il faut les représenter comme adoptant le costume de la contrée en ques- tion. Mais dans son propre domaine, (chacun est libre) d'agir à son gré. Pour ceux qui habitent des continents lointains, la figure et la mode se conforment (au continent respectif). Quant aux styles, qui sont au nombre de trois, (ils seront examinés) par la suite (127). Il existe chez les Vidarbha (128) une cité nommée Vatsa- gulma (129), séjour d'agrément du dieu Amour. C'est là que le fils de Sarasvati épousa la fille d'Uma suivant le rite Gan- dharva (130). Puis le jeune couple, revenant sur ses pas et se complaisant dans ces parages, se rendit au Mont des neiges où demeuraient Gauri et Sarasvatī, parentes par alliance. Après avoir béni les deux époux qui leur présentaient leurs hommages, elles accordèrent à ceux-ci, de par leur forme prestigieuse, de résider dans l'esprit des poètes. Et c'est pour eux deux aussi qu'elles s'employèrent à créer le ciel des poètes, le monde où les poètes, tout en habitant parmi les mortels avec leur corps fait de poésie, goûtent la félicité jusqu'à la fin de l'Ère avec leur corps divin (131). Voilà l'Homme-poésie, tel que Svayambhu le créa jadis. Celui qui le connaît, ayant ainsi réparti (son domaine), est heureux dans l'au-delà et ici-bas (132). /9/ p. 60), et qui vont d'ouest en est. Sur la valeur, incertaine et sans doute variable, du yojana, v. notamment S. Lévi J. as. 1918, 1 p. 153. (127) Portion perdue de KM. (livre III ?); sur purastat, ci-dessus II. 37. (128) Ci-dessus n. 121. (129) Une ville ou un pays de Vatsagulma est cité entre Abhira et Vidarbha dans Kāmas. V. 6, 35 (vātsagulmaka) : peut-être identique au Vamśagulma du MhBh. (GOS. p. 148). (130) Mariage par consentement mutuel, l'une des huit formes reconnues, Mn. III. 32. (131) Idée analogue Bham. I. 6. (133) Cf. AŚ. I. 3 (1), 15 pretya ceha ca nandati. Fin de chapitre hiératique, à l'imitation des formules upanisadiques en ya evam veda ...

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[IV]

QUATRIÈME LEÇON :

(LES DISCIPLES ET L'INSPIRATION) (sisyapratibhe) (1).

On enseigne qu'il y a deux sortes de disciples (śisya), à savoir celui qui possède la compréhension (buddhi), et celui qui tire de l'extérieur la compréhension (2). Possède la compré- hension celui dont la compréhension suit naturellement (l'en- seignement) des Traités; celui qui tire de l'extérieur la com- préhension est celui dont la compréhension est apprêtée par l'exercice des Traités. Or la (compréhension ) a trois formes, la mémoire, la réflexion el la connaissance. La mémoire consiste à se souvenir des choses passées (3). La réflexion, à réfléchir sur le présent. La connaissance, à connaître(a) l'avenir. Sous ces trois formes, la (compréhension) est l'auxiliaire des poètes. Celui des deux (disciples) qui a la compréhension obéit (5), écoute, saisit, retient, discerne, admet, écarte (6) et détermine

(1) Le titre padavākyaviveka ne répond pas au contenu et coïncide avec celui du chap. vI. Nous le restituons d'apres HSS. (2) Cf. AŚ. I. 17 (13), 46 : buddhimān āhāryabuddhir durbuddhir iti putra- visesāh (suit : śisyamāņah) : les défin tions chez KM. ne concordent pas exac- tement avec As. - Cf. aussi Kavikaņthābh. I. 14/15 et les guņa chez Rudr. VII. 4 qui sont sahaja, āhārya ou avasthitabhāva. (3) Tarkasamgr. 34 : samskāramātrajanyam jnānam smrtih. (4) prajñātr : attesté en véd. (5) NŚ. I. 22 grahane (gurumukhat Abhinavag.) dhārane (avismaraņam A.) jñāne (ūhāpohavicārah A.) prayoge (parsadi prakațīkaranam A.). Mais RS. a pu sé plus directement dans AS. I. 5 (2), 5 śuśrūsāśravanagrahanadhāraņavi- jnānohāpohatattvābhiniviștabuddhim (et cf. Nītivākyām. IX. 9 °tattvābhiniveša- vidyah; analogue Kamand. IV. 21); abhinivesa est un mot typique d'AŚ. (6) ūha et apoha sont des termes conjoints du Nyaya : ūha le raisonnement positif, qui prend appui sur une chose connue et vise à englober tout le connu dans la définition; apoha procède par exclusion de tout ce qui est contraire à la chose à identifier. Ou encore ūha est la connaissance du général, apoha celle d particulier (Nītivakyām. loc. c.). Cf. Nyāyakośa s. u. K. K. Handiqui trad. lu Naișadh. p. 543.

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[IV] -- +>.(56 ).c+ --- l'état de fait. Celui qui tire de l'extérieur la compréhension a les mêmes qualités, mais elles requièrent un moniteur. Jour après jour s'asseoir aux pieds d'un bon maître, c'est la qualité éminente de l'un et de l'autre, car (cette assiduité) est une vache d'abondance qui fait s'épanouir la compréhension. On dit à ce propos : D'abord (7) elle étend la lumière de la connaissance, afin (de permettre) d'acquérir les notions correctes, puis elle rend l'esprit apte à admettre et à écarter, après quoi (l'esprit) déter- mine l'état de fait, unique résultat qu'il vise : ainsi la fréquen- tation de ceux qui ont vieilli en savoir devient progressivement une ambroisie. /1/ (Le disciple dont la compréhension) se présente autrement que chez ces deux-là a une mauvaise compréhension. Celui qui a la compréhension a le don de saisir (pratipatti). Dès un seul énoncé en effet il a saisi le sens des choses exprimées : c'est pour suivre la voie du poète qu'il devra s'initier dans la maison d'un maître. (Le disciple) qui tire de l'extérieur la compré- hension a deux traits : incapacité à saisir et incertitude. C'est donc pour saisir une chose qu'il n'a pas saisie et pour faire cesser l'incertitude qu'il devra se soumettre à des maîtres. Quant au (disciple) à la compréhension mauvaise, son état d'esprit est en tous points à l'opposé : il ressemble à un tissu teint en bleu indigo : il est impossible d'en changer la modalité. Nous dirons dans (la section des) choses occultes (8) si l'influ- ence de Sarasvatī peut lui donner la grâce. Dans l'activité poétique, le Rassemblement mental (9) du

(7) Metre harinī. Cf. l'invocation du Locana p. 1. (8) Livre final de KM. (ci-dessus l. 51). (9) samādhi, terme du Yoga (Yogas. III. 3), caractér sé par les mots ekágratā manasaḥ ou analogue (Nyāyakośa s. u.); Vām. I. 3, 18 donne avadhana au meme sens. Ailleurs, en poétique, samadhi est l'intuition du sens (en tant que cette intuition réclame de la concentration d'esprit); c'est

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[IV] poète joue le rôle décisif, dit Śyamadeva (10). Le rassemblement, c'est le fait pour l'esprit d'être fixé sur un seul (objet). La pensée rassemblée voit les choses (11). On a dit en effet : Il (12) est on ne sait quel très grand mystère de la Parole, dont les savants seuls peuvent cultiver le domaine avec art. Le moyen suprême pour y réussir, c'est le rassemblement de l'esprit qui a reconnu ce qu'il s'agissait de connaître. (2/ L'Exercice (13), voilà ce que Mangala (14) (préconise). L'exer- cice consiste à pratiquer sans interruption. C'est lui qui, accédant à tout, confère partout une habileté insurpassée. Le rassemblement mental est un effort intérieur; l'exercice, un (effort) extérieur. Les deux réunis font rayonner le Talent (15). Le (talent) est à lui seul la cause déterminante en poésie, dit le Yayāvarīya. Il se développe (16) en partant de l'Inspiration (17)

un des guņa, NS. XVI. 96; 102 Dandin I. 41; 93; 100 Bhām. II. 77 = Udbh. II. 20 Vam. III. 1; 12 et suiv .; 17; 2, 6 Agnip. CCCXLV. 13 Sarasv. I. 72 p. 54 Kuval. I. 117, etc. (10) Nom inconnu. Mais Śyamilaka (type Devila/Devadatta des gramm., Paņ. V. 3, 79) semble avoir exprimé la même idée dans le Padatāditaka- bhana (GOS. p. 150), et cf. le Syamala cité par Kșemendra (De I p. 154 n.) (11) avahitam cittam arthan pasyati Vam. III. 2, 7. RS. rejoint ici les deur acceptions de samadhi, celle des poéticiens et celle des Yaugika. (12) Mètre vasantatilaka. (13) abhyāsa. Vām. I. 3, 24 (presque identique à KM.) Rudr. I. 14; 20 (cf. Namisādhu) mettent pareillement l'abhyāsa en évidence. (14) Mangaleśa ? Probablement un adepte de Vamana, dont Hemac. parle dans son commentaire p. 195. Il y a un poète du nom cité dans le Saduk- tikarņ. (15) sakti : RS. semble le seul auteur qui distingue sakti et pratibha, cf. Rudr. I. 14 et suiv. (qui subdivise en sahajā et utpādyā) Agnip. CCCXXXVII. 4 Dhvan. p. 137 et suiv.KvPr. I. p. 13, etc. (16) viprasrti : non attesté. (17) pratibha. Références anciennes en poétique sur ce terme important Dandin I. 103 Bham. I. 5 Rudr. I. 16 XII. 13 Vam. I. 5 Dhvan. I. 6; 17 p- 96; 154 etc .; le véritable tenant de la pratibhā est Kuntaka (Vakroktijīv. p. 58). Pour le terme en philosophie, Gopinath Kaviraj Annals Bhand. V p. 1; 113; en poétique, T. N. Sreekantaiya IHQ. XIII p. 59, et cf. encore Sūktim. p. 37, 3.

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[IV] et de l'Expérience (18). Car les deux actions consistant en l'ins- piration et l'expérience ont le talent pour agent. Celui qui a du talent est inspiré, celui qui a du talent est accessible à l'expé- rience (vyutpadyate). L'inspiration est ce qui fait rayonner dans l'esprit (19) la masse des mots, la caravane (20) des idées, la trame des ornements (poétiques), les procédés d'expression (21) et autres choses de ce genre. Pour qui n'a pas d'inspiration, la caravane des mots et des idées est pour ainsi dire hors la vue; pour qui possède l'inspiration, fût-il privé de regard, elle est dans le champ de sa vue. C'est ainsi qu'on entend parler de poètes qui sont aveugles de naissance, Medhāvirudra (22), Kumāradāsa (23) et autres. Et les grands poètes, en nous faisant voir d'(autres) contrées, des continents lointains (24), des héros d'une histoire et autres choses encore, ne retracent-ils pas la

(18) vyutpatti : le terme enveloppe les notions de connaissance ou d'infor- mation (cf. le sens grammatical : ranalysen des éléments du mot, sur la base d'une «information» correcte), et de gout ou de jugement. La traduction par rexpériencen rend assez bien cette double acception. Références en poétique : Bham. I. 14 et suiv. (sens grammatical) Vam. I. 3, 13 Dandin I. 9 Rudr. I. 14; 18 et suiv. Dhvan. p. 137; 147; 197 Abhinavag. ad NS. XIII. 56 Agnip. CCCXXXVII. 4 KvPr. I p. 15 Hem.p.5 Sarasv. I.72 p.53. Le Locana p. 137 définit vyutpatti l'habileté à juger la convenance relative de toutes les choses utiles a (la composition d'un sujet nouveau). Parfois le terme évoque l'idée du style raffiné. (19) adhihrdayam : non attesté. (20) sārtha : ci-dessus II. 3. (21) mārga : terme de Dandin I. 40, auquel la tradition ultérieure substitue rīti. (22) Poéticien cité par Namis. ad Rudr. I. 2 II. 2 et par l'Aucityavic., d'où par abréviation, sans doute, le Medhavin cité chez Bhamaha, Namisadhu, Vallabhadeva (comm. de Magha). Medharudra Trik. II. 7, 26 est un nom de Kalidasa. Cf. sur la question P. V. Kane JRAS. 1908 p. 545. (23) Poète bien connu, auteur du Janakīharaņa (5°-6° s .? ). La tradition fait de lui un contemporain de Kālidāsa. Au dernier vers du poème il fait allusion à une maladie qu'il avait contractée enfant. Sur K°, en dernier lieu M. Doraswamayya Tirumalai J. oct. et déc. 1932. (24) dvīpāntara, au sens propre criles et continents des mers du Sud», v. S. Lévi Bijdr. Volkenk. 88, IV p. 621 = Mémorial p. 392.

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[IV] manière d'être propre (à ces pays ou à ces hommes) ? Voici la manière dont se traite (25) (la description d')une autre conlrée : « Soutenir (26) sa vie (en se nourrissant) de vent la plupart du temps, dans une forêt où les arbres (exaucent) les désirs; pratiquer les saintes aspersions dans une eau que rougit le pollen des lotus d'or; méditer dans une maison aux dalles (décorées) de joyaux; discipliner (ses sens) en présence des femmes divines : - ainsi donc ces ascètes se livrent à l'ascèse parmi les (objets) mêmes dont d'autres cherchent (à jouir) grâce à l'ascèse ! n /3/ Manière dont se traite (la description d')un continent loin- tain : cr Amuse-toi (27) en sa compagnie sur les rivages de l'océan où murmurent les bois de palmiers, tandis que les vents qui amènent des continents lointains (l'odeur) des fleurs de girofle t'enlèveront les gouttes de moiteur ! » /4/ Manière dont se traite un héros d'histoire : r Śiva (28) lui-même, perdant quelque peu sa constance, tel l'océan quand la lune commence à monter, dirigea ses regards vers la bouche d'Uma, dont les lèvres étaient rouges comme le fruit du bimba (29). n /5/

(25) vyavahrti : première attestation du mot en ce sens. (26) Metre sārdūlavikrīdita. Sak. VII. 12 (dharma° b, °talesu c; les var. données KM. sont connues); strophe reprise Sarasv. p. 66. C'est la descrip- tion des Sages pratiquant leurs austérités sur le mont Hemakūta, au delà du Himālaya. (97) Metre upajati. Raghuv. VI. 57. Il s'agit ici des cilesn au dela de l'océan bordant la cote du Kalinga : c'est en effet le roi du Kalinga que désigne dans cette strophe la suivante d'Indumati. (28) Metre upajati. Kum. III. 67 (avec haras tu kimcit paripluta° a). Le poète decrit le comportement de Hara quand il s'eprit d'Uma. Il n'a pu évidemment assister à la scène (d'où l'emploi du parfait). (29) Momordica monadelpha Roxb., sorte de bryone.

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[IV] --- +>(60)c3 --

(Et voici ce qui peut résulter) de l'emploi (du mot) cet autres choses encore» (29 a) : cc (Voyant) (30) son amie en cet état, sa compagne l'huissière dit en riant : Passons à un autre, mon enfant! Alors la jeune femme lui lança un regard froncé de dépit. » /6/ L'(inspiration) est double, créatrice (kārayitrī) et récep- tive (31). La créatrice est l'auxiliaire du poète. Elle est elle-même triple : innée, empruntée et apprise (32). Elle est innée (sahaja) quand elle dépend d'un apprêt (mental (33) provenant) d'une naissance antérieure; elle est empruntée (āhārya) quand la source en est un apprêt (produit dans) la naissance (actuelle); apprise (aupadesika), quand elle résulte de l'instruction des versets sacrés, des rites, etc. On nomme la première innée alors même qu'elle a lieu par suite de quelque apprêt (produit) ici-bas : c'est (seulement si ledit apprêt est) important (que l'inspiration sera dite) empruntée. Quant à (l'inspiration) apprise, le temps d'instruction est uniquement dans l'ici-bas, dans l'ici-bas aussi le temps d'apprêt. Les poètes sont aussi de trois (sortes) (34) : (le poète) par la

(29a) Id. KvPr. I p. 76; 101 etc. (30) Mètre upajāti. Raghuv. VI. 82 (ārye c au lieu de bāle). La scène n'est pas du ressort d'un poète mâle : il s'agit en effet des sentiments qu'éprouve une jeune femme quand sa compagne veut par taquinerie l'éloigner de l'être aimé. (31) bhavayitrī (non attesté en ce sens) ce qui provoque un état, bhavan. La part prise par le bhavaka, le «récepteur» d'une œuvre poétique, est l'une des originalités de la poétique sanskrite, cf. Locana p. 19 et 29 Sreekantaiya loc. c. p. 59; 82 et suiv. (32) Tripartition comme ci-dessus IV. 2. - aupadesiki : non attesté en ce sens. (33) samskara. Théorie philosophique connue des «condensations» mentales qui commandent l'activité et le caractère de l'individu, v. O. Lacombe Vedanta p. 134 et suiv. Même idée chez Dandin I. 104 Vam. I. 3, 16 Abhi- navag. ad NS. VII. 2 (p. 346), etc. (34) Cf. la classification des poetes dans Anguttaranik. II p. 230 et comm. du Dhamm. I p. 95 où figurent cintākavi le poète par réflexion, suta° le

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[IV] grâce de Sarasvatī, (le poète) issu de l'exercice (35) et (le poète) issu de l'instruction. (Le poète) par la grâce de Sarasvatī est doué de compréhension et la Parole en lui résulte de l'apprêt (provenant) d'une naissance antérieure. (Le poète) issu de l'exercice est celui qui tire de l'extérieur la compréhension : l'éloquence en lui s'illumine par l'exercice dans la naissance (actuelle. Le poète) issu de l'instruction a une mauvaise com- préhension : la puissance du langage se manifeste en lui pour avoir été enseignée. Les deux (sortes de poètes) précédant ce dernier n'ont pas à se plier aux autres règles : le raisin, étant sucré par nature, ne demande pas à être apprêté (36) au jus de canne, disent les maîtres. Si, dit le Yāyāvarīya : car deux actions (faites) en vue d'un même objet donnent un bénéfice double. Parmi ces (trois sortes de poètes), la première vaut mieux que la seconde, la seconde mieux que la troisième, dit Śyama- deva (37). En effet : Le poète par la grâce de Sarasvati agit à sa guise; (le poète) issu de l'exercice a (un champ) limité; quant au poète par instruction, il bavarde (en un mélange) de gracieux et de vain. /7/ L'Excellence (utkarsa), voilà ce qui vaut le mieux, dit le Yāyāvarīya. Or elle est dans le concours de qualités multiples. Autrement dit : La compréhension, l'action de s'exercer aux sciences, qui sont les membres de l'art poétique, enfin le talent, cause (38) poète qui a appris, attha° le poète didactique, pațibhāna° le poète par inspi- ration. Ici les trois sortes répondent aux trois formes d'esprit précédemment décrits. (35) ābhyāsika : mot de Kāmas. II. 1 (2), 2 (éd. KāshiSS. 1929 p. 80). (36) Ici samskara apparait en l'un de ses sens matériels, apprêt culinaire. (37) Ci-dessus n. 10. (38) En donnant à upanisad le sens connu par le skt bouddhique et le pāli (upanisā), attesté aussi par les lexiques, ainsi Nyasa ad Paņini I. 4, 79. Meme expression Dhvan. p. 11 (cf. Locana).

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[IV] mystérieuse de la poésie, voilà trois choses difficiles à trouver en un seul homme. /8/ S'il s'est exercé dans la poésie et dans les sciences, membres de (l'art) poétique (39), s'il est doué de sagesse et ferme dans l'observance des préceptes, il est tout près du rang de prince des poètes (40). /9/ Pour ce qui est de la hiérarchie des poètes, voici un dicton (41) : La (42) poésie de tel (auteur) demeure dans la maison même du poète, celle de tel autre s'en va tout juste dans des résidences amies; mais celle de certains autres, déposant ses vocables (jusque) dans les bouches (de gens) incultes (43), che- mine sans cesse, comme curieuse de toute chose. /10/ Voilà (pour l'inspiration) créatrice. (L'inspiration) récep- tive est l'auxiliaire du (sujet) qui reçoit (44) (l'impression poé- tique). Elle fait venir à l'être le labeur et l'intention du poète. C'est grâce à elle, en vérité, que cet arbre, l'activité du poète, porte ses fruits : autrement il serait stérile (45). Mais quelle est donc la différence entre ces deux (sortes de poésie), si le poète reçoit (une impression), et si (le sujet) qui reçoit est poète? Voilà ce que (demandent) les maîtres. On dit à ce propos : Le siège (de la poésie) sur terre est multiple (46), suivant le degré de l'inspiration. Or un poète qui en même temps reçoit

(39) kāvya est mis ici pour kāvyašastra. (40) kavirāja, v. ci-dessous V. 65. (41) prāyovāda : expression de RS. (Bālar. et Viddh.). (4a) Metre vasantatilaka. Idée analogue dans l'hymne à Vac RV. X. 71. (43) Mieux que : déposant (nyasyad) ses vocables dans les bouches des gens cultivés (vidagdha). Cf. Srngaratil. de Rudrabhatta cité GOS. p. 152. (44) bhāvaka : non attesté en ce sens précis, mais v. Abhinavag. ad NS. V1. 34/35 p. 278 bas. Il s'agit au fond du acritiquen. (45) avakeśin : mot de lex., attesté Naiș. (46) bhūridhā : non attesté.

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---- +>(63).c+ -- [IV] (une impression) n'occupe pas d'ordinaire une situation des plus basses. /11/ Non (47), dit Kalidāsa. Recevoir (une impression), c'est autre chose qu'être poète, être poète, autre chose que rece- voir : il y a différence de nature comme il y a différence d'ob- jet. On dit à ce propos : L'un (48) est capable d'arranger des mots, un autre ne sait que les entendre. Ton esprit bienheureux à ces deux égards nous emplit d'émerveillement, car il n'y a pas (d'ordinaire) chez un seul homme le concours de qualités insurpassées : telle pierre engendre l'or, telle autre est susceptible d'en faire l'épreuve. /12/ Les (sujets qui reçoivent une impression) sont de deux sortes, ceux qui manquent d'appétit et ceux qui avalent tout jusqu'à l'herbe (49), dit Mangala (50). De même sont les poètes, disent les tenants de Vamana (51). Ils sont de quatre sortes, dit le Yāyāvarīya : (outre les deux catégories précédentes, il y a) les envieux et ceux qui (se vouent à) déterminer l'essence des choses. Parmi ceux-là, disent les tenants de Vamana (52), les premiers ont du discernement, ceux qui viennent après ont

(47) Kalidāsa tient ici une opinion qui concorde avec celle de Śak. I. 2 et plus lointainement Ragh. I. 13 Malat. I. 2 (cités GOS. p. 153). (48) Metre mandakranta. Strophe attribuee a Kalidasa dans Saduktik. III. 3, 4 (avec vāco, vodhum, tāh en a, sā kalyāņī b, nanv et samniveśo c, analas d) Th. Aufrecht ZDMG. XXXIX p. 307. (49) Mêmes expressions Vam. I. 2, 1 et suiv., qui ajoute qu'il faut les entendre figurément et qu'elles désignent celui qui discrimine - et est capable d'ètre éduqué - et celui qui ne discrimine pas - et n'en est pas capable. Cf. arocakatva Abhinavag. ad NS. II p. 309. (50) Ci-dessus n. 14. (51) vamanīya : dérivé non attesté. En effet la distinction s'applique aux kavi chez Vam. loc. c., mais RS. emploie les termes avec un sentiment diffé- rent des valeurs. (52) L'observation de Vam. ne vaut que pour les deux premières catégo- ries ; il ignore les deux suivantes.

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[IV] tout le contraire. Le manque d'appétit (53) de certains ou bien est inné, ou bien émane de la connaissance. S'il est inné, on ne le perd guère, pas plus que le plomb (ne perd) sa noir- ceur (54), eût-il passé par cent apprêts. Quand il émane de la connaissance, il se change en appétit devant une œuvre qui mérite singulièrement d'être connue, dit le Yayavarīya. Quant au fait d'avaler tout jusqu'a l'herbe, c'est là un trait commun à tous (55) (les poètes et les sujets qui reçoivent). Ainsi chez tout homme curieux, soucieux de s'éduquer (56), c'est ce (trait) qui en toutes choses (prend) le premier rang. Être privé d'ins- piration et de discernement, c'est ne pas faire tomber le fil (à plomb) qui départage qualités et défauts. Par suite, (celui qui ne discerne pas) rejette beaucoup et accepte beaucoup (sans raison). C'est en se laissant guider par le discernement que les intelligences distillent le miel. En fin de compte (celui qui discerne) voit les choses comme elles sont : laissant tom- ber les erreurs, il se rapproche du souverain bien. Quant à l'envieux, l'inspiration pour lui n'est pas de l'inspiration, car il retient sa parole en présence des qualités d'autrui. Mais un connaisseur dénué d'envie (57) est rare. On dit à ce propos : Eh là (58), qui es-tu? - Je suis poète. - Récite, ami, quelque belle œuvre nouvelle! - J'ai renoncé maintenant aux récits poétiques. - Pourquoi cela? - Écoute : celui qui, tout en étant lui-même un bon poète, discerne correctement l'essence des défauts et des qualités, un tel (sujet) recevant (ces impres-

(s3) arocakitā : dérivé non attesté. (s4) vanga et kālikā, mots de lex. (k° aussi dans l'Āryasapt. de Govardhana p. 357). (55) sarvasadhāraņī, cf. Dhvan. p. 140. (56) vyutpitsu : non attesté. (s7) Meme idée Harșacar. VI. 202 (trad. Cowell-Thomas p. 171 bas). (58) Metre sardulavikrīdita. Type de str. dialoguée qu'on retrouve Dhvan. p. 219 Kāvyapr. X. 447 et dans les anthologies (ainsi les str. commençant par kas tvam).

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[IV] sions) n'existe pas en ce monde, ou s'il existe par hasard, il n'est pas dénué d'envie. /13/ Quant à celui qui (se voue à) déterminer l'essence des choses, c'est tout juste s'il en est un entre mille (59). On dit à ce propos : Il (60) discrimine les règles de l'entrelac (61) des vocables, il se délecte aux beaux dits, il lèche intensément le nectar du sentiment, il discerne l'intention profonde (62) (de l'auteur, qui est son) cachet (63). Grâce à des mérites (acquis), seuls quelques beaux esprits - dépérissant eux-mêmes faute d'un (juge) capable de discerner, et se détournant de l'extérieur - rencontrent, et parfois seulement, un (tel) homme qui comprend la peine (64) (que donne) une œuvre poétique. /14/ Patron, ami, conseiller (65), disciple, voire un maître, le poète peut en (rencontrer) : mais quoi d'étonnant s'il ne (tombe) pas sur un (sujet apte) à recevoir (dignement une impres- sion)?/15/ A quoi (66) sert au poète sa composition poétique, si elle n'existe que dans son esprit, si les (sujets aptes à la) recevoir ne conduisent pas son œuvre aux dix points de l'espace? /16/ Consignés (67) dans les livres, les lextes poétiques sont dans chaque maison, mais deux ou trois (seulement) sont gra-

(30) madhyesahasram : non attesté, cf. ci-dessus III. 46. (60) Metre sārdūlavikrīdita. (61) gumphana : terme affectionné de RS. (cf. aussi Balar. X. 86 et gumpha Sūktim. p. 47, str. attribuée à RS.). La gumphanā sera un ornement «ver- bal» Sarasv. II. 3; 53 = śabdārthayoh samyagracanā. - Sur ces versets rela- tifs au poete, v. une serie analogue. Suktim. p. 37 et suiv. (62) tātparya Dhvan. p. 35; 51; 89; 149 Abhinavag. ad NŚ. VI. 34/35 p. 273 Locana p. 26; 50 Vam. IV. 2, 21. (63) mudrā, ci-dessus III. 11. (4) Thème connu : ainsi Suktim. p. 38 n° 17 et suiv. (65) mantrin : emploi å relever. (66) Cf. Harşacar. strophe introductoire n° 9. (07) Cf. ibid. n° 5.

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[IV] vés (6s) sur ces dalles de pierre qu'est l'esprit des (sujets aptes) à recevoir (les impressions poétiques). /17/ Dans un bon poème certaines malformations apparaissent au (sujet apte) à recevoir (une impression), que n'avait pas vues le Créateur de l'art dramatique (69) quand il organisa toute la mise en scène (70). /18/ Tel est réceptif quant au langage, tel est réceptif quant au sens intime, tel autre est réceptif pour les attitudes, pour les gestes (71), ou bien pour les manifestations des (sentiments) (72). /19/ L'un est enclin a accepter les merites, l'autre est enclin à rejeter les défauts : rare est le (sujet) réceptif qui soit enclin (à la fois) à prendre les qualités et à répudier les défauts (73). /20/ Bien que l'application (70) soit la même, si la manière (de sentir) est si diverse, c'est que, nous le savons, la faveur des hommes en ce monde est un mobile surhumain. /21/ Quiconque fait des vers (75) sans être un poète né, ni rompu

(68) nikuttita : attesté seulement comme terme de danse NS. IV. 69. (60) Brahman (cf. NS. I. 19 et suiv.), ainsi le comm. (moderne) de HSS. ; ou simplement un dramaturge? (70) abhinaya : sur le terme complexe, v. en dernier lieu Man. Ghosh trad. de l'Abhinayad. p. XXIII. Étymologie du mot NS. VIII. 6 et Abhinavag. ad XIII. 85 (71) sāttvika et angika, termes du NS., deux des quatre modes d'expres- sion dramatique (abhinaya), le troisième étant la parole (vācika), le qua- trième les accessoires (aharya), cl. NS. VI. 24 Ghosh op. c. p. xXVI. En poétique, Agnip. CCCXLII. 1 et suiv. Vișnudh. IlI. 27 Sarasv. Il. 157 p. 264. (72) anubhava, effet exterieur révélant les sentiments des personnages, l'un des facteurs du rasa NS. VI. 33/34 p. 274 Dhvan. p. 84; 144 Namis. ad Rudr. VII. 30 Locana p. 57 Agnip. CCCXXXIX. 45. (73) Cf. Süktim. p. 40 (n° 37) Ind. Sprüche 2 n° 148. 174) abhiyoga : Dandin 1. 103 Vam. I. 3, 11. (79) kavate : mot de lex. et de Srikanthac. et Yasast. (RS.).

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[V] dans les Traités, il se leurre lui-même (76) : c'est en vérité un pur obstiné (77). 22/ Celui chez qui la nature de poète n'est pas bien établie, mais qui a de la curiosité pour la poésie, il doit son suecès à l'emploi de rites et de versets à Sarasvati (78). /23 Quand un bon esprit connaît l'intervalle entre ses œuvres et les œuvres d'autrui, il faut considérer qu'il a réussi, - qu'il soit mauvais poète ou poète tout court. /24/ Créatrice et réceptive, telles sont les deux subdivisions de l'inspiration. Et maintenant nous allons parler de l'expérience, mère de la poésie. /25/

CINQUIÈME LECON :

LES MODES DE LA MATURATION POÉTIQUE (kavyapākakalpa).

Savoir beaucoup de choses (1), voilà l'Expérience, disent les maitres. Car les paroles du poète vont dans toutes les direc- tions (2). On l'a dit : Sa (3) parole se répand peu à peu, on ne sait comment, sur un domaine qui n'a pas encore été frayé : c'est cela le propre du poète, celui dont les paroles vont dans toutes les direc- tions. /1/ Discriminer ce qui sied et ce qui ne sied pas (a), voilà l'expérience, dit le Yayavarīya. De l'inspiration et de l'expé-

(76) sātmānam, cf. ci-dessus (saisa) I. 59. (77) agrahagrahila : meme expression Hem. Parisistap. (pw.) (78) Meme expression ci-dessus entre n. 33 et 34. I s'agit d'operations magiques, qui devaient être enseignées dans l'Aupanişadika. (1) Cf. Dandin I. 103 bahu śrutam. (2) sarvatodikka : mot de comm. (3) Metre arya .. (4) Rudr. I. 18 yuktāyuktaviveko vyulpattih. 5.

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[V] -- +>(68).c+ -- rience, c'est l'inspiration qui vaut le mieux, dit Ānanda(var- dhana) (5) : car elle dissimule toute faute que le poète commet par manque d'expérience. Et il ajoute : Une faute provenant du manque d'expérience peut être voi- lée par le talent du poète, mais une qui provient de son manque de talent saute aux yeux immédiatement (6). /2/ Le mot talent figure ici métonymiquement (7) au sens d'in- spiration. (Exemple d'inspiration avec manque d'expérience) (8) : rr Qu'est-ce (9) qui est placé ainsi sur la tête de mon père ? - Un fragment de lune. - Qu'est-ce qui est sur son front? - Un œil (10). - Qu'a-t-il dans les mains? - Des serpents. - Tandis que l'ennemi des (monts) Krauñca lui pose tour à tour ces questions sur le (dieu) vêtu d'espace (11) et armé de la pique, la Déesse de sa main gracieuse refrène un joli sou- rire : puisse-t-il vous protéger !» /3/ C'est l'expérience qui vaut le mieux, di Mangala (12) : car elle dissimule toute faute du poète commise par manque de talent. On l'a dit en effet :

(5) L'auteur du Dhvanyaloka (sous Avantivarman du Kaśmīr, 857-884). RŚ. résume ici la pensée de Dhvan. p. 137 et 147. Ānanda° est cité Sūktim. p. 46, 78. (6) Dhvan. p. 137 avyutpattikrto dosah saktyā samvriyate kaveh/ yas tv asak- tikrtes tasya sa jhad ity avabhasate .- Jhag iti est une var. rare de jhad iti, qu'on a par ex. Karp. passim ; jhag iti Brhatkathāśl. XXVI. 9 Jagadūc. p. 4 Tantrakhy. éd. J. Hertel p. 96, 21. (7) upacarita, v. ci-dessus III. 43. (8) Cf. ci-dessous vyutpattir yathā. La faute dans l'ex. en question vient de ce que l'ennemi du Kraunca» (Karttikeya) pose des questions qui risquent d'être indiscrètes au sujet de son père (Siva) nu (HSS. ad loc.). Mais le talent du poète supplée en partie à ce défaut, détournant l'attention du lec- teur vers le sourire de, la Déesse (Parvatī). (9) Mètre sārdūlavikrīdita; cf. la str. 35 de Kavīndravac., pāda final. (10) L'œil frontal de Siva. (11) digvāsas épithète connue (MhBh.). (13) Ci-dessus IV. 14.

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-- +( 69 )+- [V] Dans la carrière poétique le manque de talent chez le poète est voilé par l'expérience : les pensées conçues avec intelli- gence peuvent se dispenser de l'harmonie des formes et des idées (13). /4/ Exemple d'expérience (avec manque d'inspiration) : « Point (14) de bijou d'or sur la gorge, ni de fin collier; un mince pétale gracieux fixé à l'oreille, qui est dénuée de ses parures; point de robe en soie diaprée; un vêtement tout blanc : ainsi (se présente) la jeune femme à l'approche (15) des frissons (16) amoureux. » /5/ Inspiration et expérience mêlées ensemble, voilà ce qui vaut le mieux, dit le Yayāvarīya. Le fait est que, sans la grâce, la perfection de la forme n'est pas apte à (créer) une grande beauté, ni la grâce sans la perfection de la forme (17). Exemple où l'une et l'autre s'associent : « La jambe (18) est comme une large tige où les duvets aux longues rangées sont éclairés par le rayon (émanant) des ongles; (sur ceux-ci) l'éclat de la laque toute fraîche est comme une poussée de bourgeons, et les gracieux anneaux des che- villes (y figurent) les abeilles. Ainsi, tandis qu'elle imite la danse de (Siva) son époux, le pied dressé (19) de Bhavānī,

(13) gumphanā, ci-dessus IV. 61 ; HSS. lit sabdasya g°. (14) Metre sikharinī. Cette description est celle d'un poete ceprouven ou «cultivé» puisqu'elle se fonde sur le Kamas. qui recommande (IV. 1, 25) une toilette simple pour les divertissements amoureux (vaihāriko vesah). D'après HSS., le manque d'inspiration se manifesterait par la présence de certains phénomènes impropres à susciter le rasa Erotique. (15) samāsannībhūta : dérivé non attesté. (16) nidhuvana : terme de Karpür. (17) La grâce (laranya) répond à pratibhā, la perfection de forme (rūpa- sampad) à vyutpatti. (18) Mètre sragdharā. Str. citée KvPr. II p. 17 (avec abhinavo en d). (19) dandapāda : terme de chorégraphie NS. IV. 143, l'un des 108 karana. Consiste d'après NS. X. 44 à étendre la jambe en avant après l'avoir mise dans la position nūpura (mouvement qui sera suivi d'un croisement des

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[V] --- +( 70 )-e+- & triomphe, a la jeune splendeur d'un lotus qui surgirait de son corps, cet étang translucide et charmant. » /6/ Un poète qui a l'inspiration et l'expérience est vraiment un poète. Il en est de trois sortes : auteur d'œuvres didactiques, auleur de poèmes (lyriques) et auteur des deux à la fois. Parmi eux, le second est plus important que le premier (20), le dernier plus que le second, dit Śyamadeva (21). Non, dit le Yāyāvarīya, chacun d'eux est plus important (que les autres) dans le domaine qui lui est propre. Le cygne n'est pas fait pour boire le clair de lune (22), pas plus que la bartavelle pour séparer le lait de l'eau (23). Car un poète didactique met en relief la perfection du sentiment (lorsqu'il compose une œuvre proprement) poétique, et l'auteur d'un poème (lyrique), grâce à la joliesse de ses expressions, détend dans le poème didac- tique l'idée que le raisonnement a durcie. Mais celui qui compose des deux sortes vaut mieux encore que l'un et l'autre, si toutefois il excelle aux deux (genres). Donc le poète didactique et le poète (lyrique) ont même valeur, et nous apprécions chez les deux la faculté de se deman- der et de se rendre mutuellement service. Un apprêt (sams- kāra) didactique sert la poésie, alors qu'une tendance exclu- sivement didactique la gêne. De même un apprêt de poésie

jambes, d'un décroisement, d'une flexion et d'une extension de la jambe droite); v. encore Samgītaratn. VII. 711. (20) uttarottarīya : non attesté. (21) Ci-dessus IV. 10. (22) C'est le cakora (Caccabis Chukor Gray) qui passe pour boire les rayons lunaires, ainsi Kathas. XXVI. 246 LXXVI. 11 et dans toute la littérature ; Hobson-Jobson s. u. chickore. (23) C'est le hamsa qui sépare le lait de l'eau, thème commun en litté- rature, ainsi Sak. VI. 33 Nītiś. de Bhartrhari 18 Ch. R. Lanman JAOS. XIX p. 151 ; déjà en védique, Vedic Index s. u.

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--- +o(71 ).c+ --- [V] contribue à mûrir l'énoncé didactique, alors qu'une tendance exclusivement poétique lui fait obstacle. Un poète didactique est de trois sortes, suivant qu'il rédige un traité, qu'il combine un poème dans un traité ou que dans un poème il introduit un sens (propre) au traité. Le poète lyrique), lui, est de huit sortes, à savoir : poète pour l'arran- gement (des phrases), poète pour les formes, poète pour les idées, poète pour les figures, poète pour les tours expressifs, poète pour le sentiment, poète pour les procédés (de style) (21), enfin poète pour le sens 'didactique (25). Voici un poète pour l'arrangement (racanākavi) : Ces (26) bosquets ou les échos dans les cavernes ravinees, leurs demeures, sont réveillés par les singes hurleurs, dont les queues frétillantes enserrent comme des lianes le tronc arrondi des arbres bakula (27), - c'est là que sont parvenues, franchis- sant le rivage, les brises chargées de parfums, pour avoir secoué balsamodendrons (28) et dattiers (29) à la tige élancée, et pour avoir frayé avec les lotus épanouis sur les vastes étangs (30). » /7/ Le poète pour les formes (sabdakavi) est de trois sortes, sui- vant la division entre les uoms, les verbes ou l'une et l'autre (31)

(21) marga, ci-dessus IV. 21. (25) Cf. śleşe ke cana śabdagumphavişaye ke cid rase cāpare 'lamkāre kati cit sadarthavişaye canye kathavarņike Sarng. 177 ab. (26) Mètre sardulavikrīdita. Il y a ici carrangement du fait que les mots, même ceux qui semblent en trop, n'ayant pas d'utilite pour le sens, sont arrangés en conformité avec le sujet aux fins d'allitération, ou pour compléter le mètre» (Sarasv. p. 157, où la str. est citée pour illustrer la padaracana). Noter en effet les allitérations. - Var. sandesu° en a (HSS.). (27) Mimusops Elengi Linn., mimusope. (28) pinditagara : mot de lex. (et cf. RS.). (29) taralaka : mot de Kād. p. 316, 11 Brhats. LXXXI. 35 (taralanāh HSS.) (30) talla : mot de lex. (cf. R. Pischel Hofdichter p. 17). (31) La correction ubhaya (admise HSS.) s'impose. L'arthakavi sera défini plus loin.

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[V] --- +>(72 ).c- (catégories) à la fois. Voici le poète pour les noms (32) : cr Comme (33) la science a l'homme, la grandeur au roi, la sagesse au savant, la miséricorde au saint, la modestie au héros, la chasteté au jeune homme - ainsi est-elle (Lakșmī?) la parure de ce prince. » /8/ Poète pour les verbes (34) : Ils (35) rirent aux éclats, jubilèrent, poussèrent des cla- meurs, se frappèrent (36) les bras de leurs mains (37) étincelantes ; ils louèrent et fêtèrent et révérèrent la parole du maître (Brhaspati) contenant (la promesse) qu'ils obtiendraient l'am- broisie lorsqu'elle surgirait. » /9/ Poète pour les noms et les verbes : « Leur (38) éclat disparu, aveugles, épaules et bras affaissés, les femmes, comme privées de conscience par le désespoir, n'ont gémi ni pleuré ni proféré un son : elles sont restées sans bouger comme (si elles étaient fixées) sur une peinture (39). » /1 0/ Poète pour les idées (arthakavi) : La (40) Déesse (Gaurī Camunda) a mis au monde un fils

(32) naman, terme grammatical connu dès l'origine (L. Renou Terminol. 1 et III s. u.); en poétique, Rudr. Il. 2 NS. XIV. 4. (33) Metre indravajra. La str. est sans verbe. (34) akhyāta, terme grammatical, Terminol. I et III s. u. En poétique : NŚ. XIV. 4; 29 Rudr. II. 2; 6 Namis. ad Rudr. VII. 5 et cf. AŚ. II. 10 (28), 17. (35) Metre vasantatilaka. La str. depeint la conquete de l'ambroisie par les dieux. Les formes de parfait s'accumulent dans cet épisode puranique, ainsi Matsyap. CCL. 56 et suiv. Vayup. II. 30 et suiv. (36) ajaghnire : voix moyenne conforme à Pan. I. 3, 28 et vart. (L. Renou Gramm. p. 394 rem. et cf. Śiś. XV. 10). (37) La meilleure leçon est celle du ms c : bhujatațāni karair. (38) Mètre vamsastha. Les femmes à la mort de l'époux. Str. de Buddhacar. VIII. 25 avec anyāh a; nāśru jahur na saśvasur c; sthitāh d. (30) Image banale, v. BR. s. u. likh(ita). (40) Mètre sārdūlavikrīdita. Str. citée Saduktik. I. 32, 3 et attribuée à Yogeśvara (avec sūnum a, ayācita° b, avyād c, ainsi que hatadundubhisvana- ghanadhvānātiriktas; enfin anyo'nyapracalāsthipanjaraņatkankārajanmā d); analogue Sktim. p. 25 Sarasv. p. 436.

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[V] (Kārltikeya) : dansez, troupes (41) (célestes), pourquoi restez- vous immobiles? Tandis que Bhrngiriti lève les bras (42) plein d'allégresse, Camunda l'embrasse en clamant ces mols : Puisse- t-il vous protéger, ce cri qui, surpassant le roulement continu des sons du tambour divin, jaillit éclatant de leurs vieilles poitrines (43) qu'ils écrasent en s'étreignant ! » /11/ Le poète pour les figures (alamkārakavi) est de deux sortes, suivant la distinction entre les (figures) de mots et celles de sens (44). Voici une figure de mots : «r Je (45) n'ai pas subi un combat inégal, j'ai subi la mort par le poison sans (avoir commis) d'action mauvaise; je ne suis pas mort sur la Bhagīrathī, je suis mort, infortuné, en me cachant sur la grand'route.» /12/ Figure de sens : or Ce Vasuki (46) avec son drapeau (fait de) sa langue mobile et son parasol qu'est le chaperon, mon bras est de force à le déposséder de cette flèche qu'est sa dent. » /13/ Poète pour les tours expressifs (47) : cc Ce (as) ventre irréprochable, les soupirs de la belle peuvent (41) Les ganah assistants de Śiva, dont l'un s'appelle Bhrigiriti, person- nage cité Balar. II, intermède. (42) udbhuja : attesté Dharmaśarm. (pw.) (43) sthulasthi : non attesté, cf. sthūlāntra. (4s) La division en sabda = et artha-alamkāra remonte implicitement à Bham. et explicitement à Rudr .- Vam., De Il p. 47 et 78. (45) Mètre āryāgīti. Exemple de sabdasleșa : double sens sur visamaraņam (vişa-maraņam) et sur bhāgīrathyām ((a)bhāgī rathyām). C'est un yamaka. (s6) Roi des serpents, qui servit de corde pour le barattement de l'océan (J. Ph. Vogel Serpent-lore p. 198). Ici il est comparé à un roi. Le rūpaka ar métaphore» consiste à faire concider jihva avec patāka, phaņa avec chattra, damsļrā avec šalākā. (47) uktikavi; ukti, ci-dessus I. 22. (48) Mètre malinī. Il s'agit ici d'une belle cexpressionn donnée à certaines idées. Cette str. et la suivante illustrent le samadhi ou atransfert» d'une propriété à un autre objet, Dandin I. 93 et 100. Ainsi le samādhi serait suggéré ici par les noms verbaux lāvya, lehya, nipeya, les comparaisons employées éveillant des images érotiques (HSS.).

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[V] le rompre (49); l'ampleur de ses seins, la liane des bras peut en frôler les contours; la lune rayonnante de son visage, les canaux (que sont) ses yeux peuvent l'absorber : ainsi chez cette femme aux beaux yeux les jeux (d'amour) de la jeunesse sont prêts.» /14/ Ou encore : Sa (50) Jèvre va au-devant d'un changement (de couleur) à l'instar des boutons d'asoka (51); sa joue en sa pâleur incarne la maturité du palmier; son regard imite le lotus près de se faner : c'est ainsi qu'elle accède à la grâce et qu'(en même temps) elle possède la ténuité. » /15/ Poète pour les sentiments (rasakavi) : Regarde (52), femme à la taille mince, cette Tamraparnī (53) : tirées du creux des coquillages qui s'ouvrent au sein de l'onde, ses eaux, sur les seins plantureux des (femmes aux) gracieux sourcils, se transforment pour prendre l'aspect de colliers de perles. » /16/ Poète pour les procédés (de style) (mārgakavi) : tc Racine (54) de vétivers, écorces odorantes de jasmin, suc des arbres à santal et boutons humides de l'asoka (55), floraison

(49) lāvya : forme de grammairiens (attestée Ravaņārj. IX. 32). (50) Mètre sikharini. Le samādhi serait suggéré ici par les formes verbales praticchati etc., qui soulignent que les propriétés de la plante sont attribuées au visage. Str. citée Sarasv. p. 54. (51) Jonesia asoka Roxb. (légumineuses); asokī, dérivé non attesté. (52) Metre vasantatilaka. La str. developpe le rasa Erotique, cf. la str. vaguement analogue Balar. X. 56. (53) Rivière du Malaya, coulant vers le golfe de Manaar (Tinnevelly). Les pêcheries de perles en sont réputées, c'est l'une des huit origines de la perle Brhats. LXXXI. 2 AS. Il. 11 (29), 2. Le nom semble etre demeuré dans la Taprobane des Grecs (Ceylan). - Cf. Sūktim. p. 373. (s4) Metre sardūlavikrīdita. Viddh. IV. 5 (avec kisalaya b; onnatih et mocaś c). Ex. de style vaidarbha, qui d'après HSS. se signalerait par des phonèmes et des groupes de phonèmes à prédominance nasale. (55) Ci-dessus n. 51.

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[V] d'acacias et de moringas mûrissants, - ce cortège (50) qui supprime la chaleur, l'été le donna jadis, dit-on, à l'Amour consumé (57). » /17/ Poète pour le sens didactique ( śāstrārthakavi) : r Ceux (58) qui se plaisent dans le Soi, qui mettent leur joie dans la concentration mentale indifférenciée (59), qui par l'émi- nence du savoir ont tranché les nœuds des ténèbres, qui se sønt fixés dans l'essence pure (60), - ils voient (l'Être) indé- tinissable (Krsna) au delà des ténèbres et des lumières : mais (l'homme) que voici, aveuglé par l'égarement, comment connaîtrait-il ce dieu antique?» /18/ Parmi ces (poètes), celui qui a deux ou trois des mérites (décrits) est le plus médiocre, celui qui en a cinq ou six (61) est moyen, celui qui réunit tous ces mérites est un grand poète. Il y a en outre dix conditions de poète : sept pour ceux à la compréhension (innée) ou venue de l'extérieur, et trois pour ceux (dont le talent) provient de l'instruction (62). Ce sont : (d'une part le poète) versé dans la science poétique, le poète intime, celui qui feint d'être un autre, celui qui rend hommage, celui qui s'essaie, le grand poète, le prince des poètes ; (d'autre part le poète) par inclination (soudaine), l'incontinent et

(56) Lire gano. (57) Thème conventionnel : Kamadeva brulé par Siva irrité d'avoir été par son initiative détourné de son ascèse (Pur., et déjà Ram. I. 23, 10 et suiv.). (58) Mètre mandākrāntā. Veņīs. I. 23 (avec °matayo a). La str. est prononcée par Bhīmasena en réponse à Sahadeva qui demandait : comment Duryodhana n'a-t-il pas reconnu le dieu Krsna ? Elle fait allusion à la vision des yogin : le sastra en question est le Yoga. Str. citée aussi KvPr. II p. 127 Abhina- vag. ad NS. I p. 42. (59) nirvikalpasamādhi (répondant à l'asamprajñātasamādhi du Yoga), terme du Vedānta (par ex. Vedāntasāra n° 208; 211); cf. Sarvadarś. trad. p. 271. (60) sattva, le plus haut des trois guna, l'essence (pure). (61) pañcasair avec HSS. (formation non décrite Wa. III). (62) D'après ci-dessus IV. 2 et 34.

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[V] l'adaptateur. Le (poète) versé dans la science (vidyāsnātaka) est celui qui, aspirant à devenir poète, s'initie dans la maison d'un maître afin d'acquérir la science poétique et les sciences annexes. Le poète intime (hrdayakavi) est celui qui ne fait des vers qu'au fond de lui-même et se cache. Celui qui feint d'être un autre (anyāpadeśin) récite sa propre poésie en prétendant qu'elle est d'un autre, par crainte (qu'on n'y trouve) des défauts. Celui qui rend hommage (sevitr), en entreprenant une œuvre, s'exerce (à retenir) tel ou tel beau trait de ses devanciers. Celui qui s'essaie (ghatamāna) est celui qui fait des vers irrépro- chablement, mais ne compose pas d'ouvrage (63). Le grand poète (mahakavi) est celui qui est habile en l'une et l'autre compositions (6s). Le prince des poètes (65) est celui qui agit à son gré dans toute langue particulière (66), dans toute composition, pour tous les sentiments : c'est tout juste s'il en est quelques- uns dans le monde. Est (poète) par inclination (āvesika) (67) celui qui fait des vers au moment où il s'y sent enclin, et y trouve le succès grâce à l'instruction (qu'il a reçue) des formules(68), etc. Est incontinent (avicchedin) (69) celui qui œuvre

(63) Le prabandha désigne une œuvre où al'intention de l'auteur est sou- tenue jusqu'au bout» (Dandin II. 364), ex. le mahākāvya ou le nāțaka (Dhvan. p. 170). Cf. à ce sujet tout le 16° chap. de Rudr., ainsi que Aucity. 8 Dandin III. 131 Dhvan. p. 144; 161 Sarasv. p. 642 et suiv. Śrngārapr. XI (NIA. I n° 11, supplément p. 27 et suiv.) Sarng. 174 (str. attribuée précisément à RS.). (64) Prose et vers ; ou sanskrit et prākrit ? (85) kavirāja : ainsi se dénomme RS. lui-même Karpūr. I. 9 Viddh. I. 5; cf. aussi l'inscription de Bilhari (Ep. Ind. I p. 262 str. 85) où l'on voit le nom de RS. avec ce qualificatif; R. Pischel Hofdichter, index s. u. (66) RŚ. se proclame lui-même sarvabhāşāvicakșaņa Bālar. I. 10, savva- bhāsācadura Karpūr. I. 7. (67) Mot non attesté en ce sens; le comm. moderne de HSS. glose par abhiniveśa. (68) Formules amagiquesn de l'Aupanisadika et des Tantra; ci-dessus IV. 78. (09) Non attesté.

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[V] sans discontinuité, sitôt qu'il en a envie. Est adaptateur (samkrāmayitr) (70) celui qui fait passer sa parole aux jeunes filles, aux jeunes gens etc., lorsqu'il a exécuté les formules (requises). Grâce à l'exercice, la composition d'un bon poète gagne continuellement en maturité (71). Qu'est-ce donc que cette Matu- rité ? disent les maîtres. - (Le terme de) l'évolution (72), dit Mangala (73). - Qu'est-ce donc que (le terme de) l'évolution ? disent les maîtres. - C'est le fait qu'on perçoit (74) les dési- nences nominales et verbales (75), (autrement dit) la formation (grammaticale correcte) (vyutpatti) (76), dit Mangala. - Mais c'est là la correction des vocables (77). La maturité, c'est la sûreté (78) dans l'emploi des mots, disent les maîtres. On a dit en ce sens : On ajoute (79) ou on supprime (des mots) tant que la pensée balance; quand les mots sont fermement établis, eh bien la parole est parfaite. /19/ C'est après les avoir pris et repris qu'on finit (80) par fixer les mots : ainsi la maturité consiste à se détourner (du besoin)

(70) Non attesté; cf. kāvyacchāyāsamkrānti Vām. I. 3, 15. (71) pāka (cf. De II p. 300 K. Trivedi Bhandarkar Vol. p. 404) Vam. I. 2, 18; 3,15 III. 2, 14 Agnip. CCCXLVI. 19; 22 Sarasv. 1. 77 V. 125 et p. 609 Prataparudr. p. 67. Vamana ou plutot l'auteur anonyme qu'il cite semble avoir été le premier à employer le terme en poétique. (79) Agnip. loc. c. définit pāka : uccaih pariņatih kāpi. (73) Ci-dessus IV. 14. (74)- śrava = śruti des grammairiens (L. Renou Terminol. s. u. śravana). (75) sup et tin, termes de Panini (Terminol. s. uu.); en poétique Bham. I. 14 et 36 Rudr. IV. 28 Dhvan. III. 16 p. 153; 155 Vam. III. 2, 14 IV. 1, 7 V. 2, 12 Dandin II. 327 Sarasv. p. 640 et suiv. KvPr. I p. 193. (76) Ci-dessus IV. 18. (77) sauśabdya, défini supām tinām ca vyutpattim Bhām. I. 14 et suiv. et cf. śabdaśuddhi Vam. I. 3, 4 H. Jacobi SBB. 1928 p. 663. (78) Cf. nişkampa Vām. I. 3, 4 (var.) et III. 1, 34. (79) Str. de Vam. I. 3, 15 (avec ādhāna au lieu d'āvāpa). (s0) paryavasāya : Bālar. II. 35/36.

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[V] de changer (81) les mots, disent les tenants de Vamana. Comme on le dit : Quand (82) les mots ne sont plus susceptibles (83) de changer, c'est ce que les gens versés dans la manière de poser les formes appellent maturité des formes. /20/ C'est là manque de talent et non pas maturité, dit Avanti- sundarī (sa). Car pour un seul et même sujet les grands poètes trouvent plusieurs expressions qui ont une parfaite matu- rité (85). La maturité consiste donc à composer (une œuvre) où les formes, les idées, les locutions soient appropriées au sen- timent (rasa). Comme on l'a dit : La maturité d'une œuvre, c'est à mon avis ce dont l'ajuste- ment, en dû ordre, des qualités, des ornements, des styles, des locutions, des formes et des idées délecte les beaux esprits. /21/ On a dit aussi : Y eût-il (86) auteur, y eût-il sujet, y eût-il forme, y eût-il sentiment, sans (la maturité, l'œuvre) manque de ce qui fait que la parole coule comme un miel. /2 2/ La maturité se laisse communiquer, par telle ou telle forme, dit le Yayavarīya, puisque l'effet (qu'elle engendre) permet de l'inférer. Elle est du domaine de l'expression, et entre dans

(s1) parivrtti, terme de poétique désignant un échange entre deux choses, notamment la substitution d'un membre de composé à un autre, ainsi rathanga pour cakra. Références Dandin II. 351 Rudr. VII. 11; 77 et suiv. Bham. III. 8; 41 Udbh. V. 31 et suiv. Vam. IV. 3, 16. (82) Vam. 1. 3, 15. (83) sahisnuta : non atteste en ce sens. (84) Femme de RS. (citée trois fois dans KM., ici et IX. 65 XI. 25) : cf. Karpūr. I. 11 (prologue) où RS. l'appelle le diadème de la famille des Cāhuāņa = Cahuvana». Sans doute avait-elle composé un ouvrage de poétique. Le nom figure encore Desīnamam. I. 81 et 157. (85) paripakavant : dérivé non attesté. (86) Str. citée Vām. I. 2, 11 (avec sati śabdānuśāsane b).

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-* >(79).c ;-- [V] l'usage pratique quand les gens de goût (87) en ont établi la vałeur (artha). Pour l'ensemble des poètes s'exerçant à la composition poé- tique, cette (maturité) a lieu de neuf manières (88) : (une œuvre) dénuée de saveur au commencement et à la fin mûrit comme 'azadirachta (89); sans saveur au commencement, (de saveur) moyenne à l'achèvement, elle mûrit comme la jujube ; sans saveur au commencement, savoureuse à l'achèvement, elle mûrit comme le raisin; (de saveur) moyenne au commence- ment, sans saveur à la fin, elle mûrit comme l'aubergine; moyenne au commencement et à la fin, elle mûrit comme le tamarinde; moyenne au commencement, savoureuse à la fin, elle mûrit comme la mangue; excellente au commen- cement, sans saveur à la fin, elle mûrit comme l'arec; excel- lente au commencement, moyenne à la fin, elle mûrit comme le concombre; savoureuse au commencement et à la fin, elle mûrit comme la noix de coco. Il faut renoncer aux maturations figurant en tête de chacune de ces trois triades. Plutôt ne pas être poète qu'être un mau- vais poète : l'état de mauvais poète (00), c'est la mort vivante. (Les œuvres à maturation) moyenne se laissent apprêter (91), car l'apprêt rehausse la qualité de toutes choses : même l'or

(87) sahrdaya : Dhvan. I. 1 p. 3; 7 et suiv .; 2 p. 160; 179; 211; 233 Vām. 1. 2, 18 Abhinavag. ad NS. I p. 283 et 288 Locana p. 11 (cf. la Sahr- dayalila et autres traités de poétique). Sens mal attesté dans les Diction- naires. (88) Sur l'origine de cette désignation par fruits, voir De Il p. 303 n. On en a une ébauche Bham. V. 6a Agnip. CCCXLVI. 29 et cf. Vam. III. 2, 14. Traitement développé Sarasv. I. 77 V. 195 et p. 609. (80) picumanda, mot de lex. et des textes médicaux, = nimba (Azar. indica Juss.), voir Hobson-Jobson s. u. neem ; margousier. (s0) Cf. kukavitva Bham. I. 12. (91) paka et samskara ont aussi un sens culinaire, acuissonn et rappret" des aliments.

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[VI] -- +a(80).c3 -- de bas aloi (92) devient de l'or(03) (pur) par la maturation au feu. Le reste (des maturations) est à accepter (tel quel), car ce qui est pur naturellement n'a que faire d'un apprêt : la pierre à polir ne saurait faire irradier (0s) la perle fine. (Une œuvre) de maturation instable, on la considère comme mûre à la façon de la pomme sauvage (95) : on en obtient de belles paroles comme on obtient des grains de riz, en secouant la paille. L'œuvre poétique de celui qui s'exerce comme il faut mûrit de neuf manières : l'homme doué de compréhension classera d'après la règle du rejet et de l'admission (06). /23/ Ce comportement des disciples (en poésie), on l'a montré ici sous son triple aspect, mais dans les trois mondes il se pré- sente en fait de manière diverse (97). /24/

SIXIÈME LEÇON :

ANALYSE DES MOTS ET DES PHRASES (padavakyaviveka).

La Forme (1) est établie par la tradition grammaticale et

(92) dvādasavarņa cor à 1/12 de couleur» (?), terme technique inconnu; noter que varna figure au sens de cmodèle, standard», précisément en par- lant d'or, AS. II. 13 (31), 18. (93) hemībhū- : non attesté. Donc hema cor raffinen par opposition à suvarna. Distinction analogue AS. I. 18 (14-15), 9. (91) tāratā : dérivé non attesté. (95) Cf. Bham. V. 62. (96) Cf. ci-dessus IV. 6; règle analogue à ce qu'on appelle en Nyaya anva- yavyatireka (ci-dessous IX. 51). (97) En conservant la leçon vividham (avec HSS.). (1) sabda, opposé à artha, et distinct de pada amotn (en tant qu'unité grammaticale), opposé à vākya ou à aksara. Cf. L. Renou Terminol. II et III s. u .; définition du MhBhasya I p. 18, 19 alieu dans l'espace qui est perçu par l'ouïe, peut être saisi par l'entendement et éclairé par l'emploin. Réfé- rences en poétique : Dandin I. 4; 65; 75 et passim Bham. VI. 3 et passim Rudr. II. 1 et suiv. IV. 35 Dhvan. p. 5; 10; 80; 136; 183; 201 Hemac. p. 22 et suiv. KvPr. Il passim, etc.

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exposée dans les (traités d')étymologie (2), dans les lexi- ques (3), etc .; le Sens (4) est ce qui est exprimé par la (forme; forme et sens réunis constituent) le Mot (5). Le (mot) a cinq (procédés de) formation (6) : formation par désinences ca- suelles (7), formation par composé (8), formation par dérivation secondaire (9), formation par dérivation primaire (10), formation par désinences personnelles (11). Vache, cheval, homme, élé- phant (12) : voilà des formes énonçant l'espèce(13). Hara, Hari, Hiranyagarbha, temps, espace, région, sont (des formes)

(2) Ci-dessus Il. 33. Le terme nirukta désigne en fait, par excellence, le Nirukta de Yāska. (3) nighantu : le terme, qui désigne en propre les lexiques védiques du type de celui sur le RV. qui fut commenté par Yaska, s'applique parfois aux kośa classiques, notamment dans l'Inde du sud, ou pour désigner les lexiques médico-botaniques (Th. Zachariae Ind. WBücher p. 38). (4) artha, Terminol. I et III s. u .; en poétique : Dandin I. 62; 64; 71 et passim Rudr. VII passim Dhvan. I. 2; 5 Vām. III. 2, 7, etc. (5) pada (Terminol. II et III s. u. et J. as. 1941, 2 p. 190). En poétique : Bham. IV. 3 (arthavan varnasamghatah suptinantam) Agnip. CCCXXXVII. 6 Auc. 8 SahD. 9. Le Pradīpa ad MhBhāsya I. 2, 42 vt. a définit pada par artha a(ce qui a) un sens». Plus souvent la definition est par dhvani arsonn, ainsi MhBhāsya I p. 1, 12. Ratnadarpana ad Sarasv. I. 24 AS. II. 10 (28), 16. (6) vrtti (Terminol. s. u.), cf. les cinq vrtti (dérivation primaire et secon- daire, composition, ekasesa, déverbation) données par Siddhantakaum. XXII init., et MhBhāsya I. 1, 2 (p. 19, 19) catustayī sabdānām pravrttih/ jātisabdā guņašabdāh kriyāsabdā yadrcchasabdās caturthah, distinctions que reprendra KM. ci après. Le mot vrtti est attesté en poétique, avec une valeur identique ou ana- logue, Rudr. II. 3 Vam. V. 1, 11. Partout il désigne de préférence la com- position nominale. (7) Sur le terme sup, voir ci-dessus V. 75. (8) samāsa, ci-dessus III. 77. (9) taddhita (Terminol. s. u.); en poétique Dhvan. p. 153; 156 Vam. V. 2, 17 KvPr. II p. 252. (10) krl (ibid.); en poétique Dhvan. loc. c. Vam. V. 2, 36. (11) tin, ci-dessus V. 75. (12) Cf. MhBhāsya I p. 1, 3 gaur aśvah purușo hastī ... iti. (13) MhBh. loc. c. distingue successivement dravya, kriya, guņa et ākrti (=jāti). Pareillement Dandin II. 13 Rudr. VII. 1 et suiv. Bhām, VI. 21. 6

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[VI] énonçant l'individu. Blanc, noir, rouge, jaune énoncent des qualités (14). Pra et autres (particules) (15), ca et autres (con- jonctions) énoncent (quelque chose qui) n'est pas une sub- stance (16). Dans «le chemin mene a (upa) la villen, «l'éclair brille sur (anu) l'arbre» (17), on a des prépositions (18). La formalion par désinences casuelles, qui est quintuple elle aussi (19), est la mère du langage, disent les connaisseurs. La formation par composés se fonde sur la formation par dési- nences casuelles : leur différence vient de ce que l'une est ana- lyse, l'autre synthèse (20). La (composition) est de six sortes (21), suivant la distinction en (composés) copulatifs et autres. Voici un dicton qui réunit les six composés : Je suis (22) un couple, j'ai deux vaches et (pourlant) dans

(14) L'éd. HSS. intercale ici pācakah pāthaka iti kriyavacinah, qui parait en effet attendu. (15) prādi : désignation des upasarga (et gati) chez Paņini. (16) cādi : cf. cādayo 'sattve Pāņ. 1. 4, 57 (valant aussi pour les prādi 58, cf. la Kāsikā). Hors des grammairiens, prādayah est attesté AŚ. II. 10 (28), 20. (17) Cf. vrkşam anu vidyotate MhBhāşya ad I. 4, 90, vrksam abhi vidyotate vidyut Namis. ad Rudr. II. 2. (18) karmapravacanīya (Pāņ. I. 4, 83). Ces mots sont également mis à part Rudr. II. a Garudap. I. 205, 10. (19) Comme les vrtti en général; cette division en cinq est celle qui vient d'être dite, ou plus logiquement jātiguņakriyādravyādravya comm. (moderne) de HSS. (20) vyāsasamāsa, cf. samāsāsamāsabhedena Rudr. II. 3. (21) Les six sortes sont enseignées Vopad. (cf. B. Liebich Zwei Kapitel d. Kāsikā p. vi Wa. II, 1 p. 141 $ 58 a d rem.), bien entendu sur la base de Paņini. D'autres grammairiens (Siddhāntakaum. XXII init.) ne reconnaissent que 4 sortes distinctes (avyayībhāva, tatpuruşa, bahuvrīhi, dvandva). (22) Mètre āryā. La str. contient en jeu de mots les noms des six compo- sés (sur ces noms, voir Terminol. s. uu .; en poétique Bham. VI. 34 et 38 Vām. V. 3, 19 et 65; 1, 7). Elle est attribuée à Bhatlamuktikalaśa dans Kavikanthabhar. p. 134 qui lit dvigur api sadvandvo 'ham grhe ca (etc.). D'après le comm. (moderne) de HSS. elle s'adresse au Seigueur supréme (puruşa).

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[VI] ma maison il n'y a jamais d'économie. O serviteur, fais ton travail afin que j'aie beaucoup de riz (23) ! /1/ La formation par dérivation secondaire, elle, est illimitée. C'est un axiome courant dans les Traités que les tenants de Paņini sont fous de dérivés secondaires (24). Ainsi «rouge garance» (25), c couleur de bile »(26), « solaire » (27), « fluvial » (28), a relatif à Vyasa » (29) sont (des formes) terminées par un suflixe secondaire. Cette (formation) a pour domaine le thème nomi- nal (30). La formation par dérivation primaire a pour domaine la racine verbale (31) : «agent », «qui enlève» (32), fabricant de cruchesn, « constructeur de villes » (33) sont (des formes) termi- nées par un suffixe primaire. La formation par désinences per- sonnelles est de dix sortes, suivant la distinction entre les dix affixes de conjugaison (34). Elle est aussi de deux sortes, sui- vant qu'elle a pour domaine une racine verbale ou une racine dénominative (35) : apākșīt, pacati, paksyati (36) sont des formes

(23) Non attestés en ce sens dvigu, avyayībhāva, bahuvrīhi. (24) Cf. l'importance ertrême qu'ont les taddhita dans la description pani- neenne, ou ils occupent les livres 4 et 5. (a5) manjistha, fait d'après Pan. IV. 3, 154 avec un taddhita añ. (26) raucanika, d'après Pan. IV. 2, 2 qui donne le mot même; taddhita thak. (27) saura, sans doute avec un taddhita an, est fait sur un sūtra de Panini mal déterminable, sans doute IV. 1, 112 ou 2, 92 ou 3, 120. (28) saindhava : d'après Pan. IV. 2, 133 ou 3, 33 et 93, cf. la Kāsikā aux trois passages ; taddhita an ou añ. (29) vaiyāsīya (non attesté) : d'après Pan. V. i, 1, suffixe cha. (30) pratipadika (Terminol. s. u.); en poetique Bham. VI. 33. (31) dhātu (Terminol. s. u. et J. as. 1941, 2 p. 194); en poétique Vam. V. 3, 2 Rudr. VII. 5. (33) kartr et hartr, exemples de la Kāś. ad Pāņ. III. 1, 133, suffixe pri- maire trc. (33) kumbhakāra et nagarakāra, exemples de la Kāś. ad III. 9, 11, suflixe primaire an. (34) Les dix modes (ou temps) dont les noms (fictifs) commencent par l : lan lat lin lit lun lut Irn Irt let lot. Terminol. s. u. la. (35) subdhātu, expression du MhBhāsya (vārtt.). (36) Exemples des grammairiens passim, cf. Agnip. CCCLVIII. 13. 6.

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[VI] -- +>(84).c+- verbales radicales (37); apallavayat, pallavayati, pallavayişyati (38) sont des formes verbales dénominatives. L'ensemble des mots ainsi formés, bien que (réparti) en cinq classes, est apte (à varier) à l'infini quand il y a connexion mutuelle. De là vient l'axiome des connaisseurs (39), aux termes duquel Brhaspati enseigna (les mots), dit-on, pendant mille années divines (40), Indra les étudia (autant) et pourtant la masse des mots (n'arriva point) à son terme. Parmi les (for- mations énumérées), les gens du Vidarbha (41) aiment la for- mation par désinences casuelles (42), les Gauda (43) sont épris de la formation par composés, les gens du sud affectionnent les dérivés secondaires (44), ceux du nord se plaisent à l'emploi des suffixes primaires (45), et tous les gens de bien recherchent les formations verbales (46). Et la liste des verbes s'est accrue (47), par le fait que leurs caractères particuliers ont été dûment explorés. On a dit à ce propos :

(37) ākhyāta, ci-dessus V. 34; dhātavīya (et saubdhātavīya qui suit) non attesté. (38) Forme verbale de la lyrique tardive, ainsi Gitagov. (BR.) Ep. Ind. IX p. 155 R. Pischel Hofdichter p. 14 et suiv. (39) Allusion à MhBhasya I p. 5, 25 et cf. Dhvan. IV. 10 et suiv. Analogue Hemadri II p. 4 (introd. str. 18). (40) Sur l'année divine (=mille années humaines), voir Visnup. I. 3 pas- sim (H. H. Wilson trad. p. 49 et suiv.); W. Kirfel Kosmogr. p. 334. (41) Ci-dessus III. 121. (42) La vaidarbhi rīti est en effet caractérisée par l'emploi modéré des com- posés (SahD. IX n° 625 qui se réfère à Rudr.). (43) Sur les Gauda et la gaudiya rīti, ci-dessus IlI. 72 et 80. (44) Cf. priyataddhitā dākşiņātyāh MhBhāsya I p. 8, 8 (A. Weber Ind. Stud. XIII р. 317). (45) Le style pāñcāli (ci-dessus III. 99) a peu de composés. (46) Sur l'importance des formes verbales, Bham. I. 36 (corrige en na tinantādi°). Tout ce développement est vaguement imité de Harsacar., str. 7 de l'introduction : ślesaprāyam udīcyesu/ pratīcyesv arthamātrakam/ utprekșā dākşiņātyeșu/ gaudeșv akșaradambarah, observation qui se réfère au style. (47) Cf. vardhate hi dhātugaņah Kşīratar. X. 392 dhātuganasyāsamāpteh Vām. V. 2, a et Durghatav. éd. L. Renou Introd. p. 105 $ 29.

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-- +( 85).c+ --- [VI] Leurs emplois, mis en lumière par ceux qui en connaissent les caractères particuliers, font que de jour en jour la masse des verbes prend de l'extension. /2/ Une gerbe de mots connectés (48) par une idée qu'on veut exprimer (49) (s'appelle) Phrase (50). La fonction de dénomina- tion (51) pour la (phrase s'exprime) de trois manières, disent les tenants d'Udbhata (52) : elle se fonde sur la flexion (53), sur le pouvoir (de connotation) (54), ou bien sur le(dit) pouvoir et la flexion (à la fois). Quand on perçoit dans chaque mot les désinences propres aux emplois adnominaux (55) et les dési- nences propres aux relations verbales(56), (la fonction est dite) fondee sur la flexion. Quand on comprend le sens de la (phrase) par la force (57) des composés, malgré l'aboli- (s8) granthana : non attesté. (49) abhiditsita : non attesté. (50) vākya (Terminol. s. u.), cf. notamment les définitions données MhBha- sya Il. 1, 1 vt. 9 Kāś. VIII. 1, 8 Vākyapad. II. 1 et suiv. En poétique (où vākya est moins une phrase qu'une unité de thème poétique, une «sentencen), voir les définitions Bham. IV. 4 Dhvan. p. 178 Rudr. II. 7 SahD. 6 Śrigarapr. III p. 191. (51) abhidha, terme de poétique, Dandin I. 85 Bham. I. 9 Dhvan. p. 26, ete .; souvent opposé à lakșanā ou gaunī ortti (De II p. 184). (sa) Udbhata eut comme patron le roi du Kaśmīr Jayāpīda (779-813). Rien de pareil à ce que dit la KM. ne se trouve chez Udbhata. (53) vaibhakta : sur vibhakti (Terminol. s. u.) en poétique, cf. Rudr. IV. 1; 28 et suiv. Vam. IV. 1, 7 V. 2, 22 Sarasv. Il. 69 KvPr. I p. 197, etc. (s4) śakta : non attesté en ce sens. La śakti est un terme de grammaire (Terminol. s. u.) et de philosophie grammaticale (P. Ch. Chakravarti Phi- los. of Skt Gr. p. 202 Lingu. Specul. p. 212; 319 et passim); en poétique, cf. ci-dessus IV. 15 et Srigarapr. cite NIA. I n° 11, suppl., p. 20 et suiv. (ss) upapadavibhakti : désinence casuelle dépendant d'un mot particulier (préposition, etc.), par opposition à karakavibhakti, desinence qui fait fairen l'acte et qui dépend du verbe personnel : cf. MhBhāsya 1. 4, 96, la pari- bhāșa 94 du Paribhașenduśe. et Terminol. s. uu .; Dhvan. Ill. 16 p. 153. (s6) Voir note préc. (57) sāmarthya (Terminol.) : le sāmarthya est proprement la capacité de deux mots à former un composé, soit par suite de leur connexion mutuelle (vyapekșā), soit par suite de l'unité de sens (ekārthībhāva) Chakravarti Phi- los. p. 282 Lingu. p. 447.

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[VI] -.. +-( 86 )-c+ ·.- tion (58) des désinences, (elle est dite) fondée sur le pouvoir (de connotation). Quand elle comporte l'une et l'autre (caractéri- stiques, elle est dite) fondée sur le pouvoir et sur la flexion (à la fois). Voici (un exemple de fonction) fondée sur la flexion : cr Adoration (59) au Sanglier qui souleve la Terre en se jouant, lui entre les sabots de qui craque le (mont) Meru! n/3/ Fondée sur le pouvoir (de connotation) : " Toi (60) qui fais trembler tes ennemis, qui rends l'univers envieux, vers qui accourent les vassaux et que soulève le cou- rage, toi que dominent les vertus de noblesse et qui as conquis la terre au tranchant de l'épée, - il n'est pas d'autre roi que toi.n/4/ Ou bien : r Avec (61) leurs guirlandes de lotus bleus démesurés qui se balancent à leurs cous, on dirait des tribus entières de serpents Kāliya prenant refuge par crainte de Hari. n /5/ Fondée sur le pouvoir et sur la flexion à la fois : rr Alors (62) vint à lui, un jour, la saison de l'automne, manifestant l'éclat des quatre points cardinaux, ses visages, - tel Brahman sur son siège de lotus épanouis. n /6/ Ainsi (définie), la phrase est de dix sortes : elle a un scul

(38) lupta, voir Terminol. s. u. : dans un composé les désinences du pre- mier membre sont amuies selon Pan. Il. 4, 71. (59) Str. citće Subhāșitāv. 7 (avec khuramadhyagato c, khurakhurāyate d ainsi que helaya b); appartient au Gajendramoksastava de Vyasa. La strophe, qui decrit Visnu dans l'avatar du Sanglier, comporte six finales casuelles. (G0) Metre upajati. Il y a ici six bahuvrihi, chacun supposant une vibhakti distincte. (61) Str. entièrement en deux longs composés. Description de femmes dont les guirlandes sont comparées à des Kaliya : nom du nāga quiu Krsņa enfant. (62) Les qualificatifs s'appliquent à Brahman, le dieu aux quatre visages, ainsi qu'à l'automne ; jeu de mots entre asana asiègen et asana Terminalia tomentosa W. et A. Ici le vaibhakta n'est représenté que par tam, le sakta l'est par protphullakamalāsanah.

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-- +>( 87 ).ca --- [VI] verbe, plusieurs verbes, un verbe répété, des verbes syno- nymes, un verbe à changer de forme, un verbe (précédent implicitement) repris, un verbe (notant une action) cumula- lative, un verbe à suppléer, un verbe exprimé par un dérivé primaire, un verbe (absent et dont la présence) n'est pas re- quise (63). Un seul verbe : « Victoire (6s) à Siva, qui d'un seul pas a franchi la triade des mondes en entier, et dont le second pas en se posant a bouleversé la représentation (65) (de l'univers) ! » /7/ Plusieurs verbes : elle est de deux sortes suivant que (les verbes) sont séparés ou sans séparation. Premier (cas) : « Lorsque (66) le bruit du barattement eut cessé, dieux et démons s'adressèrent à (Brahman, le dieu) au siège de lotus : victoire, victoire! Aussitôt, de toutes parts, ils se donnèrent à lui, le révérèrent, le mirent à leur tête et l'adorèrent. » /8/ Deuxième (cas) : « Tu (67) protèges, tu frappes, tu étends, tu penses, tu sou- tiens, tu resplendis, tu crées, tu résorbes, tu hurles, tu sièges, tu détruis (68), tu te meus, tu donnes, tu prends (69), tu joues, tu te caches (70), tu réunis (71), tu te réjouis. » /9/ (63) Cette série est reprise Srigarapr. III p. 194 qui connait même douze sortes de phrases. (01) La str. ne contient que le verbe jayati. (85) abhinaya (ci-dessus IV. 70), que le comm. (moderne) de HISS. glose : imitation des gestes qui font allusion à un état du cœur. Siva dirigeant le drame du monde, Sivasūtravimarsinī III. 9 p. 89. (66) Metre vasantatilaka. Scene du barattement de l'ocean, cf. ci-dessus V. 35. (67) Metre vasantatilaka. Les verbes sont souvent associes, soit par le sens, soit par la forme. (68) sarasyasi inattesté et improbable : lire samasyasi, faisant jeu avec nirasyasi. (09) Sur la racine la-, voir Th. Aufrecht Fest. Roth p. 129 J. Hertel Fest. Jacobi p. 140 F. Edgerton JAOS. XXXVIII p. 206. (70) vrud-, racine sautra, attestée Sivasūtravimars. III. 16 (vrodana) et cf. pw .- Nachtrag (RS.) ainsi que G. Bühler WZKM. VIII p. 122. (71) medh- : racine sautra, cf. O. Franke WZKM. VIII p. 325.

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[VI] La structure de la phrase est commandée par le verbe : autant il y a de verbes, autant de phrases, disent les maîtres (72). (Non), dit le Yayāvarīya, il n'y a ici qu'une seule phrase, car l'ensemble des relations verbales (73) y a la même forme, et les mots visent un seul et même objet. Verbe répété (74) : ce Victoire (75) à Hari dont la vaste poitrine est fleurie de l'immaculé (joyau) kaustubha! Victoire aux (belles) dont les yeux de gazelle (lancent) une série d'œillades mouvantes! Vic- toire ensuite au jasmin, et enfin victoire à la voix du coucou (76), qui s'entend à abolir toute souffrance! (77) » /1 0/ Verbes synonymes (78) : er Il (79) se réjouit des manguiers, il se complaît longuement aux bakula (80), il se délecte du vent : en ce (mois de) madhu (81) il trouve son plaisir, lui l'amoureux, dans les coucous mélo- dieux. » /11/ Verbe à changer de forme (parinata) : « Victoire (82) au chant du coucou (83), qui ranime (84) le (dieu)

(72) Cf. les définitions de la phrase rappelées ci-dessus n. 50. (73) kāraka, ci-dessus n. 55. (74) avrtta, avrtti (Terminol.), cf. Dandin II. 116 Agnip. CCCXLVII. 17; Rudr. III. 3 a avrti au même sens. (75) Mètre prthvi. Répétition du verbe jayati. (70) Proprement : le son de la cinquième (note)» qui caractérise le coucou indien (kokila, Eudynamis orientalis Linn.), cf. Hobson-Jobson s. u. koël. Cette allusion est fréquente chez RS. (cf. Karpür. index s. u., Viddh. I. 21 Balar. et KM. passim). (77) samvedana : non attesté. (78) Cf. ekābhidhāna MhBhāşya III p. 366, 2. (79) Metre arya. Str. reprise Sarasv. p. 450. (80) Ci-dessus V. 27. (s1) Ou caitra, premier mois du printemps, ou printemps en général. (s2) Le jayati du premier hémistiche est à «changer» en jayanti pour le second. (83) pancamadhvani (non attesté), voir ci-dessus n. 76 et ler. pancamasya. (8s) jivātu : sur la forme, L. Renou Monogr. sktes II p. 10 bas.

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[VI] aux cinq flèches (l'Amour! Victoire aussi) en (ce mois de) cai- tra (85) aux brises qui jouent dans les charmants cardamomes et les muscadiers! » /12/ Verbe (précédent implicitement) repris (86) . Les (87) elephants circulent dans les bosquets sur les bords des quatre océans, et tes vertus à l'éclat de jasmin (circulent) dans les fourrés des monts encerclant (la terre) (88). n /13/ Verbe (notant une action) cumulative (89) : « Écrasé par le poids de ce qu'il assume, aiguillonné par sa condition misérable, l'esprit gémit (90) et avance (à la fois), tel un chariot (91) sur une mauvaise route. » /14/ Ou bien encore : cr Ce (92) dieu (et) cette défense que les ébats du Sanglier ont radieusement blanchie, puisse ce couple t'accorder la joie, puisse-t-il, sublime, l'emporter! Avec ses assises toujours plus ébranlées par les souffles que (le dieu) exhalait, la Terre

(85) Ci-dessus n. 81. (86) anuvrtta. Terme de grammaire (Terminol. s. u.), qui en poétique a un autre sens (NS. XVI. 3 ; 34 SahD. 494). (87) Str. de Dandin II. 99 (où elle illustre le dipaka). «Circulent» est sous- entendu. Comparaison des vertus d'un roi avec les éléphants gardiens des quatre coins de l'horizon (E. W. Hopkins Epic Myth. p. 17 $ 10 sur cette no- tion mythique). Str. citée Sarasv. p. 448. (88) cakravāla, voir J. Przyluski Légende d'Ašoka p. 135 EI. III p. 126. (80) samuccita : le nom de samuccaya désigne en grammaire la particule ca en sa valeur proprement additive, comme citkaroti ca yati ca. L'éd. HSS. lit à tort samucita (samuccita est confirme par Srngarapr. precite n. 63) et le comm. (moderne) estime qu'il y a une «convenance» des deux verbes au cha- riot et à l'esprit à la fois. (90) citkr- : non attesté sous la forme personnelle. (91) L'esprit comparé à un char, image classique : M. Bloomfield JAOS. XXXIX p. 280, qui explique par là le terme banal manoratha. (92) Metre sikharini. L'avatar de Vișnu-Sanglier. Il y a ici acumul» du dieu et de la défense considérés comme formant un couple. Pour le comm. de HSS., «convenancen d'udavahat à l'acte de jouer et à l'avatar!

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[ VI] (fichée) à la pointe de sa (défense) imitait le jeu de la balle (93). » /15/ Verbe à suppléer (94) : «r Lui (95) qui porte une masse d'étoiles chues de la danse frénétique de ses bras, en ce lieu jonché d'offrandes fleuries, (dieu) couronné de lune, qu'il (soit) pour votre bonheur! » /1 6/ Verbe exprimé par un dérivé primaire : ce L'œil (96) tourné vers moi, mais contracté; un sourire, mais (semblant) introduire un signe différent; un comporte- ment (favorable, mais) entravé par la modestie : ainsi l'amour n'est par elle ni manifesté, ni dissimulé. » /17/ (Absence du) verbe (dont la presence) n'est pas requise (anapekșita) : « Combien (97) d'eau, brahmane? - Jusqu'aux genoux, roi. - Voilà la situation où tu te trouves ! - Tout le monde n'est pas pareil à vous. » /18/ Une œuvre litteraire (98) pourvue de qualites et douee de figures, voilà (ce qu'on appelle) la poésie (99).

(93) giriguda(ka) : mot de lex. et de Harsacar. p. 238, 7. (os) adhyahrta °hara, termes de grammaire, voir Terminol .; en poétique, Vam. V. 1, 14 Sarasv. I. 130. (95) Siva dansant le tandava. Str. reprise Sarasv. p. 448. Le verbe à sup- pléer est bhavatu. (96) Metre drutavilambita. Sak. Il. 11 (avec krtodayam en b, ovarita° en c). Il s'agit du roi qui hésite sur les sentiments de Sakuntala à son égard. La force verbale est rendue ici par les mots à suffixe -ta -. (97) Str. citée Sarasv. p. 105 et 255 Sarng. 561 (attribuée ici à Bhoja) Bhojaprab. v. 185 p. 143 (avec īdrsī kim avasthā te, ainsi que kiyanmā- nam) Prabandhaci. II trad. Tawney p. 37 (avec katham seyam avastha te). D'après ce dernier texte, il s'agit d'un dialogue entre le roi Bhoja et un brâhmane pauvre, qui vient de passer à gué une rivière et qui porte une charge de bois. Le verbe n'est apas requis», sans doute parce qu'il s'agit de phrases empruntées au langage vivant. (98) vakya : le mot, qui signifie aussi «phrase», sert de transition entre le développement qui précède et celui qui va suivre. (99) Définition qui rappelle celle de Vam. I. 1, 1 kāvyam grāhyam alamkā- rāt et kāvyasabdo 'yam gunalamkarasamskrtayoh sabdarthayor vartate. Autres

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-- +>( 91 )-e+ --- [VI] Étant donné qu'elle exprime des choses qui ne sont pas vraies (asatya), disent certains, la poésie ne mérite pas d'être enseignée. Par exemple : tt Pas (100) une goutte d'humidité (101) sur le corps, la respira- tion intacte, les yeux ayant même aspect : pourtant nous sommes plongées dans un océan de lait (102), comment cela s'explique-t-il? - Ainsi les (belles aux) yeux de gazelle s'émerveillent quand ta gloire puissante, réfractaire au moindre arrêt, revêt de blancheur (103) le triple univers, dans (toute) son extension, qui frappe au rempart des horizons. » /1 9/ Ou encore : cr En (104) s'affaissant la terre ploya le chaperon du prince des serpents dont le souffle gonflait la voûte des enfers (105); en s'écrasant, la chaîne des montagnes royales aux (formes) diverses bouleversa l'océan du choc rude de ses cimes ; en s'éle- vant, la poussière (106) compacte molesta les femmes célestes (107) et leur fit quitter ces parages : telle fut, maîtrisant les trois mondes, la charge écrasante de ses armées lorsqu'il s'apprêta (pour une expédition) de bon matin. » /20/ On dit à ce propos : Telle (108) chose qu'on a vue, telle autre qu'on n'a pas vue, définitions Bham. I. 16 et suiv. V. 4 Rudr. I. 19 XII. 1 Agnip. CGGXXXVII. 7 et suiv. Vișnudh. IlI. 15, 1 et suiv. Sarasv. I. a p. 2 ; cf. De Il p. 370 et suiv. et ci-dessus II. 95. (100) Metre sragdhara. Str. reprise Hem. p. 12 (avec ksemah en al) et ci- dessous XV. 2. C'est la description de la gloire d'un roi, avec la figure atisa yokti (cf. par ex. Dandin II. 214). Suite d'images sans réalité. 101) stema : mot de lex. (103) madhyeksīrabdhi, composé adverbial d'un type affectionné par RS. (103) Blancheur de la gloire, cf. Rudr. I. 21 et ci-dessous XV. 1. (101) Metre sragdhara. Description de l'armée d'un roi, avec même figure et mêmes caractéristiques que précédemment. (10s) pātālatālu : forme citée Vām. I. 3, 23. (10s) dhūli : finale en -i dans dhūlikadamba Harșacar. et Karņasund. (pw.). (107) Sur l'expression sura° et analogues, P. Thieme ZDMG. XCI p. 127. (108) Metre sārdūlavikrīdita.

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[VI] telle encore transmise par une rumeur loquace ou transformée en partant d'une haute légende, ou bien apprise dans les Trai- tés, sitôt la matière arrangée avec art en de belles expressions : voilà de la poésie irrésistible. Son origine n'est pas comme celle de la pierre précieuse, dans l'océan ou sur le mont Rohana (109). /21/ Non, dit le Yāyāvarīya. Aucun (110) sujet n'est faux en poésie : (la description d')un état de fait (111) à des fins laudatives, on ne la (trouve) pas seulement dans l'œuvre des poètes, mais encore dans le Veda, dans les Traités et dans l'Usage. /22/ Dans le Veda : Fleuris (112) sont les pieds du marcheur ; son corps est pros- père et fécond; tous ses péchés gisent tués par la fatigue au cours du chemin. /23/ Dans les Traités : Les eaux (113) sont le premier purificateur sur terre, les invocations sont le purificateur suprême des eaux, et le purifica-

(109) L'une des origines de la perle est Ceylan (Brhats. LXXXI. 2) où se trouve le mont Rohana (Adam's Peak); cf. L. Finot Lapidaires p. xx, XXIV et passim. (110) Metre arya (incorrect; proposition de correction GOS. p. 166). (111) L'arthavada est un expose non prescriptif, mais qui vise a clouer», c'est-à-dire à recommander un acte rituel (éventuellement à «blâmer», c'est- à-dire à en détourner) MīmSū. I. 2, 1 et suiv. L'emploi du mot est ana- logue dans le Nyaya, ainsi NySū. II. 1, 62 où l'arthavāda est divisé en stuti, nindā, parakrti et purākalpa. (113) AB. VII. 15, a (gatha) (avec phalagrahih ; phale° est la leçon de ŚŚs. XV. 19 qui reprend la strophe). Épisode de Sunahsepa : Indra a conseillé au jeune Rohita, fils de Hariscandra, de voyager dans la forêt. L'éloge intéressé de la marche que fait Indra ne correspond pas à la réalité. Sur phale°, cf. Pan. III. 2, 26. (113) Metre upajati. Idee analogue au début du Vakyapad., notamment au v. 14, où la glose (ainsi que Nyayamañj. I p. 425) cite précisément ce vers (avec paramam en a); il est donné comme un apramattagitah ślokah.

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-+>( 93 ).c3- [VI] teur de ces (invocations), mélodies, strophes et formules (114), c'est la grammaire, disent les grands sages. /24/ Quoi donc encore? Quiconque (115), expert à discriminer, emploie les formes comme il sied, au moment où il les énonce, celui-là, connaisseur des lois du langage, obtient un gain éternel dans l'au-delà ; il se souille au contraire par (l'emploi) des formes incorrectes (116).

Qui donc (obtient un gain éternel)? - Celui qui connaît les lois du langage. - Pourquoi? -Celui qui connaît les formes (correctes) connaît aussi les formes incorrectes. Et comme il y a du mérite à connaître les formes (correctes), il y a du démérite à connaître les formes incorrectes. En fait, le démérite l'emporte, car les formes incorrectes l'emportent en nombre sur les formes (correctes). Pour une forme prise isolément, il y a de nombreuses malformations (117) : ainsi pour le mot go « vache», on a les malformations gāvī, goņī, gotā, gopotalikā (118) et d'autres encore. - Celui qui ne connaît pas les lois du lan- gage a pour refuge son ignorance. - L'ignorance ne saurait être tout-à-fait un refuge. Car celui qui sans le savoir tuerait un brâhmane ou boirait de la liqueur (119) serait, je pense,

(114) Les éléments composant la trayi. (115) Mètre indravajrā. A partir de cette citation jusqu'aux mots cainsi dit le Gonardīyan, on a affaire à une longue citation du MhBhasya I p. 2, 19, à quoi RS. semble s'être laissé entraîner mécaniquement après la définition des apasabda. La str., comme la précédente, contient une évidente eragération. (116) apaśabda : définition AS. II. 10 (28), 65. (117) apabhramsa, proprement forme adégradée, déchue (de la correction)n. (118) Formes de lex. (gonī attesté au sens de sacn seulement; gāvi MhVastu II p. 125, 4). Ces formes sont discutées dans la Mimamsa, ainsi Tantrava. 1, 3 (9), 24 (trad. Jha p. 270 et suiv.) Nyayamañj. I p. 419; R. Pischel Pkt-Sprachen p. 274 $ 393. (119) Le breuvage de la sura est souvent condamné, A. Hillebrandt Ved. Myth.ª I p. 483 W. Gampert Sühnezeremonien p. 103 et suiv. (et pour le

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[VI] --- +>(94 ).c+ -- déchu (de sa caste.) C'est en ce sens qu'il est dit : connaisseur des lois du langage, il obtient un gain éternel dans l'au-delà, il se souille au contraire par (l'emploi) des formes incorrectes. - Qui donc? - Celui qui ne connaît pas les lois du langage. (Celui qui les connaît) a pour refuge sa connaissance. - Où ceci est-il donc enseigné? - Dans les versets appelés bhrā- jāh (120). - De simples versets font-ils autorité? - Pourquoi pas? - S'ils font autorité, le verset suivant devra faire auto- rité également : Si (121) de boire une grande quantité de pots (de vin) à cou- leur de bois de figuier ne vous fait pas aller au ciel, est-ce (de les boire) au cours du sacrifice (122) qui vous y mènera? /26/ Ce (vers que) vous (citez) a été composé sans réflexion. Seul fait autorité ce qui est composé avec réflexion : ainsi dit le Gonardīya (123). Dans l'Usage : or Mélange (124) de vertu et de passion, ta gloire en se répan- dant produit soudain sur le visage des femmes célestes (une marque) moitié (blanche, moitié) rouge-safran. » /27/ meurtre du brâhmane, ibid., p. 65 et suiv.) : le Tantrava. I. 3 (4), 7 (trad. Jha p. 192) rappelle et discute longuement cette double prohibition. (120) Versets attribués à Katyāyana (A. Weber Ind. Stud. XIII p. 400). (121) Strophe émanant des milieux Lokayata, analogue aux versets finaux du chap. I du Sarvadarśanas. (199) Allusion à la Sautramanī qui utilise une oblation de sura Weber op. c. p. 339 A. Hillebrandt Rituallitt. p. 159 $ 82 K. Ronnow Monde Or. XXIII р. 153. (193) La tradition indienne voit communément dans G° un nom de Patañ- jali en tant que bhāsyakrt; mais en fait ce doit être l'auteur des kārika seulement, cf. la discussion ancienne A. Weber ISt. V p. 156 XIII p. 402 F. Kielhorn IA. XII p. 227 XV p. 82 XVI p. 101 et plus récemment S. Lévi Asutosh Mookerjee Vol. III, a p. 197=Mémorial p. 306. (124) Str. citée Sarasv. p. 981 Hem. p. 12 : description de la valeur d'un roi, avec les images conventionnelles de la gloire «blanchen et un jeu de mots sur raga apassion» et wrougeur». L'exemple est profanen, comme le souligne l'image du safran. La str. sera reprise ci-dessous VIII. 90 et XV. 9.

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[VI] C'est parce qu'elle enseigne des choses mauvaises (asat) que la poésie ne mérite pas d'être enseignée, disent les autres. Par exemple : « Enfants (125), nous aimons les jeunes garçons (126); jouven- celles, les jeunes hommes; dans l'âge mûr, les hommes d'âge : c'est là ce qui résulte de la loi du mariage. Pourquoi perdre ton temps en t'engageant dans une mauvaise voie ? Dans notre famille, il n'y eut jamais, ma fille, la marque de l'épouse ver- tueuse. n /28/ C'est (127) là (tout de même) un enseignement, dit le Yāya- varīya, en ce sens qu'(il indique) ce qui est à prohiber, . ce qui est à prescrire. Puisque de telles règles existent chez les femmes (qui vivent avec un homme) autre (qu'un mari) (128), il vous faut les connaître, voilà ce que veulent dire les poètes. D'ailleurs les affaires du monde dépendent de la parole des poètes, et ces (affaires sont elles-mêmes) la racine du souverain bien (129), disent les grands Sages. C'est ainsi qu'on dit : Tant (130) que circulent sur terre, lumineuses, les paroles poétiques, le poète parvenu au rang d'un inspiré de Sarasvati goûte le bonheur. /29/

(125) Metre sikharini. Paroles d'une courtisane a sa fille. La str. (citee dans le Subhașitabhāņd. comme asaticarita) est connue par le Saduktik. II. 13, 1 (où eile est attribuée à Vidya), avec les leçons balams en a; tad iha kula- rakşā samucitā en b; anenaikapatinā en c (cf. aussi Kavīndravac. p. 107). Elle est reprise Sarasv. p. 330 Hem. p. 4 Vagbh. (Alamkāratil.). (126) Lire dimbhams avec HSS. (197) Hem. loc. c. ajoute en tête du commentaire à la str. : une poésie telle que celle-la apparait comme enseignant une chose mauvaise; et l'on peut considérer que la culture (vyutpatti) el'e aussi a pour domaine quelque chose de semblable : ainsi il ne faut pas l'enseigner ... », et à la fin a ... il faut, les ayant reconnues, les évitern. (128) Cf. le chapitre pāradārika Kāmas. V et notamment le verset 6, 50. (129) Cf. AŚ. I. 1 (4), 7. (130) Sarng. 171 (avec tisthati en d)+ strophe attribuee a okasyapi".

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[VI] De plus : Les (131) exploits illustres des rois, les jeux majestueux des dieux, le prestige des exercices ascétiques des Sages, - la réputation en émane des bons poètes. /3o/ On dit encore : Les (132) monarques sont renommés grâce à leur association avec les poètes; les poètes accèdent à la notoriété en prenant appui sur les rois; le poète n'a pas un auxiliaire de choix qui soit comparable au roi; le roi n'a pas de compagnon pareil au poète. /31/ L'antique (133) poète « né de la fourmilière » (Vālmīki), et le prince des poètes fils de Satyavatī (Vyāsa Dvaipāyana) (134), qui ne révèrerait pas la voie irréprochable de Sarasvati pour laquelle ils sont ici-bas les guides ? /3 2/ La poésie ne mérite pas d'être enseignée, disent certains, du fait qu'elle exprime des choses indécentes (asabhya) (135). Par exemple : cr Le (136) bruit mélodieux des ceintures en or pur, (bruit) que ponctue et rehausse le claquement, continu et distinct, des cuisses entrechoquées dans l'échange des caresses, - se répand à travers les balcons (137), emplissant les demeures;

(131) Mètre indravajrā. (132) Mètre vasantatilaka. Subhāșitāv. 160, str. attribuée à Bhattagovinda- svāmin. Sur le thème largement traité des rapports entre les rois et les poètes, v. Dandin 1. 5 Bham. I. 6 et suiv. Rudr. I. 4 et suiv. Vikramānkacar. I. 26 Ind. Spr. 2934; 4597; 4773; 5547; 5934 Bhojaprab. passim, et ci-dessous X passim. (133) Mètre indravajrā. (134) Auteurs respectifs (d'après la tradition) du Ramāyaņa et du Mahabha- rata. (135) Cf. sabhyetara Dandin I. 65; terme de Rudr. VI. a1 Vam. II. 1, 15 Sarasv. I. 15. (136) Metre sikhariņī. (137) Sur le sens exact de pragriva (qui manque dans les Dictionnaires), cf. les Silpasastra (ainsi Samarang. LI. 16) ainsi que AS. II. 30 (47), 4.

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-- +>(97).c3 --- [VI] grossi du tintement des clochettes, il proclame l'audace las- cive (138) des jouvencelles (139) à l'égard de leurs amoureux. »/33/ Ou encore : « Puissent-elles (140) t'aimer toujours, les jeunes filles avec leurs joues aux dessins abondants et variés (141), toutes pâles sous le heurt des pendants d'oreilles; avec leurs ceintures gemmées qui confèrent le charme de leur cliquetis (142) aux hanches dansant sous le tourment d'amour !» /34/ Un tel sujet est apte à (figurer dans) une composition (littéraire) (143), lorsqu'il se présente occasionnellement, dit le Yayāvarīya. Car on le rencontre dans le Veda et dans les Traités. Ainsi, du Yajur(veda) (144) : le (145) mortier c'est la vulve, le pilon c'est le pénis, c'est cela la copulation, d'où résulte la procréation. Du Rg(veda) (146) : Tâte-moi (147) de tout près, ne crois pas que j'en aie peu, je suis toute poilue comme une brebis du Gandhāra. /35/ D'un Traité :

(138) prāgalbhya, terme du NS., désignant l'une des attitudes de la nāyikā, S. Lévi Théatre ind. p. 80 R. Schmidt Beitrage Erotik p. 192 et suiv. (139) taruņī, désignation précise d'âge, cf. Abhinavag. ad NS. XVI. 6 Schmidt op. c. p. 175 et suiv. (140) Metre vasantatilaka. (141) pattrabhangī (°bhangi, °latā, °cchațā °rekhā °lekhā °višeşaka °avali, etc.): décoration en forme de afeuillen sur la figure ou le corps des jeunes femmes, à l'aide de musc ou d'autres substances fragrantes. (112) ranana : non attesté. (13) nibandhaniya : non attesté en ce sens. (14s) yajușa : forme frequente en epigraphie. (155) ŚB. VII. 5, 1, 38 yonir ulūkhalam ... śiśnam musalam; passim : mithunam prajananam. La forme udukhalam, avec -d- resultant de -l- (Wa. I p. 181 S 156 c) est enseignée Ganaratnamah. 148 Candravrtti V. 2, 197. (116) arca : terme de grammairiens (BR.) et de commentaires (BR. V). (147) RV. I. 126, 7 : une fille donnée à titre de dakșina fait l'éloge de son propre corps. Ce verset est discute Nir. III. 20 Brhaddev. I. 52 IV. 3. L'amour est interdit avec une ajatalomnī GobhGS. III. 5, 3.

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[VII] ---* >.(98 ).c+ --- Celle (1as) qui a l'œil d'un blanc limpide, avec des cils drus, son temple d'amour est pareil à du beurre frais. /36/ Voilà, exposée avec quelque détail, l'Analyse des mots et des phrases. Apprenez maintenant quelques autres modalités du langage. /37/

SEPTIÈME LEÇON :

LES FONDEMENTS DE LA RÉCITATION (pathapratistha).

Le Langage (vakya) est le fait de parler (vacana), suivant la (définition) courante. Il est de trois sortes, d'après ceux qui en sont les promoteurs : il derive de Brahman, de Siva ou de Vișnu (1). Il résulte du Purana énoncé par Vayu (2) et d'autres (textes analogues) que la langue de Brahman est quintuple : celle de Svayambhū, celle des Seigneurs, celle des Sages (3), celle des Rşīka (4) et celle des Rşiputraka. Svayambhu, c'est Brahman

(148) Str. (empruntee à quelque traite d'érotique) reprise Srigarapr. (cf. GOS. p. 168) avec prakāmadhavalam yasyāh). La description des yeux est donnée pour la plupart des nayika, Schmidt op. c. p. 154 sqq. (1) Thème commun de la tripartition brahma/saiva/vaisnava (appliquée par ex. aux trois guna, aux trois séries de Puraņa, etc.). (2) Le Vayupurāņa LIX. 80 suiv. énumère en effet divers types de Sages (rsi) parmi lesquels les isvara, les rsiputra, les rsīka; les isvara sont appelés svayam udbhūtā mānasā brahmaņah sutāķ 81, les rşiputraka : rsīņām ca sutās te tu 86. RS. a repris ces categories en les appliquant au langage. En ceci il semble avoir suivi de près Visnudharmottara III. 4 où sont définis les langages de Svayambhū, des rsi, des rcīka (sic), des rșiputra, des mitra, des rājarși, des devatā, des dānava, des gandharva, des rākșasa, des yakșa, des nāga, des purușa. Voir les notes ci-après pour quelques concordances particulières. (3) arșa : le terme désigne d'ordinaire chez les commentateurs une langue archaïque (ainsi Rama glosant le Ram., passim); de même chez les boud- dhistes (Lüders SBB. 1930 p. 532) et les jaina (Pischel Gramm. Pkt-Spra- chen p. 13 S 16). Pour le Srugarapr. III, arsa désigne la langue de la Smrti et des Puraņa. (4) arsika : non attesté, non plus que arsiputraka qui suit.

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[VII] (même) : sa (langue s'appelle) «dérivée de Svayambhu». Bhrgu (5) et les autres fils nés de l'esprit de (Brahman) sont les Seigneurs; leur (langue s'appelle) « dérivée des Seigneurs ». Les fils des Seigneurs sont les Sages, leur (langue s'appelle) a dérivée des Sagesn. Les Rșika sont les descendants des Sages, leur (langue s'appelle) « dérivée des Rsika n. Les fils des Rşīka sont les Rșiputraka (6), leur (langue s'appelle) ar dérivée des Rsipulraka ». La première langue de Svayambhu est le Veda, mais (la langue dite) « dérivée de Svayambhu» est autre que le Veda. On dit à ce propos : Le langage de Svayambhu (exprime) l'essence de tout ce qui existe; il est discursif(7), et définit même parfois l'objet de la Délivrance (s). /1/ La même langue, modifiée (de manière à prendre) une forme quelque peu différente, (s'appelle la langue) « dérivée des Seigneurs ». On dit à ce propos : La langue des Seigneurs est clairement ordonnée, espli- cite, lumineuse (9), profonde (10), pleine de sens, comportant à la fois (un sens) immédiat et occulte : voilà comment on la caractérise (11). /2/ (Langue) des Sages : La langue des Sages, d'après la tradition, est en rapport (3) Bhrgu est cité en tête d'une liste de Sages, Vayup. au passage pré- cité (88). (6) Ceci suppose un putraka apetit-fils», non attesté, mais plausible. (7) parivādam (namul ?), sens incertain : l'acception blame» des Diction- naires ne convient évidemment pas. (8) L'authenticite de cette expression, notamment du mot moksa, est dou- teuse. La langue est définie Visņudh. (1) comme suit : tatrājñāyuktam advai- dham dīptam gambhīrasabdavat/ kva cin niruktasamyuktam vākyam etat srayam- bhuvah. (9) dipta, cf. NS. XVII. 113 (l'un des six alamkāra). (10) gambhīra, cf. le gāmbhīrya comme sabdaguņa Agnip. CCCXLVI. 5; 8 Sarasv. I. 73; 85 (NŚ. XXII. 36 S. Lévi Théâtre ind. p. 71). (11) On a vu que c'est la langue de Svayambhu qui dans Visnudh. est dip- tam gambhīrasabdavat. 7.

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[VII] -+>(100).c+ -- avec certaines formules sacrées; elle est pourvue de désinences nominales (12) et exprime un sens immédiatement (percep- tible) (13). /3/ (Langue) des Rsīka : La langue des Rșika est riche en particules (14), avec des formes védiques diverses; elle comporte des phrases pas trop longues (15). /4/ (Langue) des Rşiputraka : La Langue des Rsiputra abonde en mots indistincts et comporte beaucoup d'équivoque : c'est la confusion (16) inté- grale (17). /5/ Des exemples de cette (langue de Brahman) se rencontrent dans les Purāņa (18). Les anciens poètes, inspirés par Sarasvati, nous content ce qui suit : la langue du Seigneur Suprême avait été enseignée à Brahman, à Vișnu, à Rudra, à Guha (Kārttikeya), à Brhaspati, au descendant de Bhrgu (Sukra) et au reste de ses soixante-quatre disciples (19). Au cours du temps elle fut cultivée (20) à leur gré par les dieux et par les êtres de souche

(12) vibhakti, v. ci-dessus VI. 53 et 55. (13) Meme strophe Visnudh. (2). (1%) nipāta (Terminol. I et III s. u. et J. as. 1941, 2 p. 204). Le mot, hors les grammairiens, est attesté Vam. V. 2, 10 Rudr. II. 2 NS. XIV. 31 Dhvan. p. 153 et 156 sq. Auc. 9; 25, ainsi que AS. II. 10 (28), 17 et 21. (15) Meme strophe Visnudh. (3). (16) paridevana : le mot n'est attesté que NS. XVI. 3 et 39, avec un sens incertain. (17) Visnudh. (4) commence comme RS. (avispastapadam), mais continue d'une manière qui rappelle la description de la langue de Svayambhu ci-dessus : bhutabhavyabhavajnanam janmaduhkhavikutsanam. (18) Les Purana attestent en fait des styles et même des procédés linguis- tiques fort variés suivant les passages : c'est sans doute cette notion qui se reflète dans la classification de RS., où il est impossible de déceler une réa- lité précise. (19) Reprise développée de KM. init., ci-dessus I. 4. (20) upajiv- : expression affectionnée de RS., cf. upajivana (au sens de

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--- +>.(101 ).e+ --- [VII] divine, durant leurs pérégrinations. On l'appelle ainsi (la langue) divine. Voici les êtres de souche divine (devayoni) : Les Vidyādhara, les Apsaras, les Yakșa, les Rakșas, les Gandharva, les Kimnara, les Siddha, les Guhyaka, les Bhūta, les Piśāca sont de souche divine (21). /6/ Parmi eux les Piśaca et autres suivants de Siva (22) sont à représenter comme parlant sanskrit dans leur propre sphère, et comme parlant la langue des Bhūta (23) dans le (monde) mortel; les Apsaras en revanche (parlent dans le monde mor- tel) la langue prakrite (24). La (langue) divine est de quatre sortes : celle des dieux (25), celle des Vidyadhara, celle des Gandharva et celle des Yoginī (26). Pour fes autres (êtres célestes), on déduira leurs caractères (des précédents) (27), vu la similitude naturelle (entre les uns et les autres). Voici (la langue) des dieux : Tresse (samdrbdha) de composés et de formes analytiques (samāsavyāsa), telle est la langue des Mangeurs d'ambroisie,

ar emprunt») Hem. p. 10, upajīvin et upajīvya Kavikanthābh. II. 1; en gram- maire, Paribhāsenduś. p. 100, 8; 109, 7 et cf. R. Pischel Hofdichter p. 26. (21) Etres divins ou demoniaques connus, cf. par ex. E. W. Hopkins Epic Myth., index s. uu. Numerations analogues dans les. Pur. et le MhBh. (Hariv.) passim. (22) Les Pisaca sont représentés parfois comme adorateurs de Śiva MhBh. III. 85 (8168) XII. 285 (10477) XIV. 8 (184); créés par Siva XIII. 18, 73 et suiv. (23) Autrement dit la paisacī, v. ci-dessus III. 20. (2s) Les Apsaras au théâtre parlent tantôt sanskrit, tantot prakrit, NŚ. XVII. 42 et suiv. On voit que RS. traite ici, non plus de la langue de telle ou telle aépoquen mythique, mais des conventions linguistiques propres à la poésie, et plus particulièrement au théâtre. (25) Cf. l'atibhāşā devānām NS. XVII. 27. (26) Noter : a. que les Yoginī ne figurent pas dans l'énumération précé- dente; b. qu'on retombe ici sur une division quadripartite des langues, comme ci-dessus III. 18. (27) upalakșaņa, mot de grammairiens (Terminol. s. u.) et de philosophes, en poétique Udbh. IV. 18 Rudr. VII. 103 Dhvan. p. 28; 58; 192 Kavyapr. X. 29 p. 354; upalaksyate NS. XVI. 102.

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[VH] chargée (des sentiments) d'Érotique (śrngara) et de Mer- veilleux (adbhuta), comportant des allitérations (anuprasa), douée de noblesse (28). /7/ Par exemple : a Puisse (29) vous purifier cette onde du fleuve divin (le Gange), égarée dans les brunes profondeurs du chignon de Hara qui porte le poids de ces bourgeons que sont les rayons du croissant de lune; (cette onde) qui bourdonnante et grondante emplit de fracas (30) les fourres et les rochers du Mont des neiges !» /8/ (Langue) des Vidyādhara (31) : La langue des Vidyadhara, sache-le, est nuancée d'un petit nombre d'allitérations, elle a d'ingénieuses locutions, de longs composés, elle est limpide (32). /9/ Par exemple : «r Les dieux (33) prosternés répandent sur tes ongles les foi- sonnants rayons de joyaux qui seintillent dans leurs diadèmes - pointes de flammes illuminant la roseur de tes pieds. Tel l'éclat déchaîné d'un essaim de soleils levés, le flamboiement

(28) udara : l'un des guņadlaptique (ci-dessus Il. 29). Ces car- ristiques sont voisines de celles du style gaudiya (III. 80). Visnudh. (6) définit la langue des devata simplement par les mots : bahvabkidhānam bah- varthe. (29) Metre vasantatilaka. Str. citée Saduktik. I. 10, 3 (altribuee a ckasya citn) avec °bhava° a; 'patale b; °satkara° d; reprise Sarasv. I. 67 p. 45 avec "bhara", "patale, "jhamkara°. - Deseription classique de Siva; la plupart des strophes de ce groupe composent une sivastuti. (30) jhatkara : la forme est attestee Salibhadrac. (JAOS. XLIII p. 300) Pancatantra (ZDMG. LVII p. 70/) pw. RS. (31) Sur ces etres divins, voir en dernier lieu L. Alsdorf ZDMG. XCII p. 464 H. Lüders XCIII p. 89. (32) G'est-a-dire douee du guna prasada (Dandin 1. 41 et suiv. ; 45 Bham. Il. 3 NŚ. XVI. 96; 99 Vam. III. 1, 6; 2,3 etc. Cette description répond partiellement à la pancali riti (ci-dessus III. 99); elle vaut à peu près pour le Vidyadhara de l'Uttararamac. (VI, scène 1). (33) Metre malini.

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-- F>(103).4+ -- puissant de ton œil frontal a brûlé le corps du (dieu Amour) Ananga : adoration à toi (Siva)!n /10/ Ou encore : Jaune (3) bouquet de campaka (35) du parc Nandana (36) ou les abeilles foisonnent, (l'astre) amant de Rohini (37) erre dans les cieux, comme frappé par l'ouragan, avec ses taches bien apparentes. » /11/ (Langue) des Gandharva : La parole des Gandharva a des composés brefs et nom- breux, une parure de mots choisis (38) : elle est facile à saisir, l'arrangement des idées (étant conforme) au réel (39). /1 2/ Par exemple : er Adoration à Siva, compagnon d'Uma (40), avec sa troupe(a1) et son fils (42), avec son taureau, ses serpents et sa lance, avec ses cranes et (son croissant de) lune!» /13/ (Langue) des Yogini : La langue des Yogini abonde en métaphores (43 (mises dans)

(31) Mètre āryā. (35) Michelia champaka Linn., arbre à feuilles jaunes odoriférantes, Hobson- Jobson s. u. chumpuk ; sorte de magnolia. (36) Nom du parc d'Indra, séjour paradisiaque (MhBh). (37) Le dieu Lune qui eut pour épouse préférée Rohini, l'une des filles de Daksa; cf. rohinīvallabha Viddh. I. 2. (38) padoccaya : NS. XVI. 2 ; 18 (où le terme designe un laksana, Theatre indien p. 106) SahD. 443. (39) La langue des Go est alpābhidhānam alpārtham Visnudh. (7). La descrip- tion ressemble un peu à celle de la vaidarbhi rīti (ci-dessus III. 121). (40) soma : attesté Sayana ad TA. X. 1, 15 et autres références chez RS .; cf. l'expression somasiddhanta (par ex. Prabodhacandr. III. 11/12) que la tradition interprète par sa-uma. (s1) Les gana ou guhyaka ou encore pramatha, assistants de Siva. (sa) Gaņeśa : ou ravec ses deux filsn, Gaņeśa et Kārttikeya. (13) rūpaka : Bham. Il. 21 et suiv. III. 15 Dandin II. 4; 66 et suiv .; 313; 358 NS. XVI. 40; 56 et suiv. Vam. IV. 3, 6 Udbh. I. 21 et suiv. Rudr. VIII. 2; 38 et suiv. Dhvan. II. 18; p. 209 et suiv. Agnip. CCCXLIV. 5; 22 et suiv. Visņudh. III. 14, 4 et suiv. ; samāsarūpaka Rudr. VIII. 40 et suiv.

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[VII] -+>(104).e+ --- des composés, elle a des séries de mots au sens profond (44) el repose sur des conventions (poétiques) bien établies (45). (14/ Par exemple : « Adoration (46) à toi (Śiva), maîlre des héros, toi qui seul consumes ce combustible qu'est la douleur; nuage qui a pour pluie l'ambroisie (46a); seul soutien pour la main de celui qui choit dans ce puits (a7) qu'est le cycle des naissances; miroir des plus grands ascètes ; le meilleur de ceux qui sous nos yeux ravissent l'éclat tout entier du monde!» /15/ (La langue) des serpents (a8) s'appelle aussi « divine» par métonymie (upacaryate), vu le grand pouvoir (de ces êtres) (49) : La langue des serpents est limpide, suave, élevée (50), com- binaison de composés et de formes analytiques (samāsavyāsa), comportant nombre de mots dénués de vigueur (51). /16/ Par exemple : cr Son (52) luth bien accorde, doux a l'oreille, de belle forme, à la hampe agrémentée par l'éclat de nombreux joyaux, le prince des Vidyadhara le prend en mains et chante des béné-

(As) gambhira, ci-dessus n. 10. (a5) Cette description ressemble en gros au style des Lata (Rudr. Il. 4 et suiv. Agnip. CCCXL. 1 Sarasv. II. 28; 33; 102 et suiv.), lequel n'est pas reconnu comme un style autonome par RS. (16) Metre vasantatilaka. (40 a) Cf. Saddharm. p. 452, 7. (A7) Le samsara comparé à un puits, cf. l'apologue célèbre du MhBh. XI. 5 (E. Kuhn Fest. Böhtlingk p. 68). (48) bhaujangama : non attesté. (40) La langue des Naga (sur ces êtres, J. Ph. Vogel Serpent-lore) est ati- vispaştam punaruktasamanvitam selon Visņudh. (9). (50) Trois termes reconnus de la théorie ; sur le prasada, v. ci-dessus n. 32 ; sur le mādhurya, Dandin I. 41 ; 68 Vam. III. 1, 18; 2, 10 NŚ. XVI. 95 et suiv .; 104 Dhvan. II. 8 et suiv. Bham. II. 1 Agnip. CCCXLVI. 12 et suiv. Sur l'udatta, qui est le nom d'un alamkara, Bham. III. 1; 11 et suiv. Dandin II. 300 et suiv. Udbh. IV. 18 et suiv. Sarasv. I. 70 ; 82. (51) ojas est aussi le nom d'un guna : Bham. II. 2 NS. XVI. 96; 105 Dan- din I. 41; 80; 83 Vam. I. 2, 12 III. 1, 5; 2, 2 Dhvan. p. 79; 136 et suiv. Agnip. CCCXLVI. 10, etc. (52) Metre upajati.

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--.* >.( 105 ).e+ --- [VII] dictions en l'honneur de (Siva) porteur du pināka.» /17/ A quoi bon, disent les maîtres, mentionner ces deux modes d'expression (mārga), (la langue) de Brahman et celle du Sei- gneur Suprême, puisqu'il n'est pas possible de les enseigner? Cette (mention) vise à instruire les poètes, dit le Yayāvarīya. Car dans les drames héroïques (53) et autres (pièces), lorsque les dieux, par exemple le Seigneur Suprême, font leur entrée, il convient de prescrire les expressions avec les nuances (54) qui leur (sont propres). Voilà pour (la langue) divine. Il est ici un dicton courant (prayovada), suivant lequel la langue (dite) de Vișnu est celle du bienheureux Vasudeva qui s'est plu à descendre et à vivre parmi les mortels (55) : on la désigne de ce fait comme « humaine » (56). Or celte (langue) est (elle-même) de trois sortes suivant la distinction des trois styles. On dit en effet : Il y a(57) trois Styles, vaidarbha, gaudīya, pāñcāla (58). Ce qui les caractérise est que la Parole réside en eux de manière immédiate. /18/ Il y a trois types d'expression (vakya) ayant forme de « styles». C'est l'intonation (59) qui les multiplie (60). L'expression

(53) națaka : le plus important des rupaka ou genres dramatiques, S. Lévi Théatre indien p. 153; 325, etc. (s4) chāyā (terme affectionné de RŚ.) : le mot désigne un śabdālamkāra qui est une sorte d'eimitationn, Agnip. CCCXLII. 19 et suiv. Sarasv. II. 3; 39 p. 141 et suiv. (55) C'est l'avatar de Visnu en Krsna, fils de Vasudevan. (56) C'est la langue paurușa de Visnudh. (9), définie ragadveșasamāyuktam hetumat. (s7) Metre āryā. (58) RŚ. se rallie ici implicitement à Vam. (I. a, 9); au surplus, sur les rīti, v. ci-dessus IlI. 79. (50) kāku, mot connu depuis NS. XVII, notamment 110 et suiv. (Abhina- vag. p. 385; 391) Dhvan. p. 212 et suiv. Rudr. II. 16 Locana p. 21; 77; 219 Hem. p. 237 Kuval. I. 159 KvPr. I p. 8a etc. Bhavapr. p. 146 (qui reprend tout le développement suivant de KM.) SahD. 98 Srigarapr. VII.

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[ VII] figurée (qu'on appelle) Intonation (61) est, dit Rudrata, une figure (poétique du type) verbal. L'intonation est une pro- priété de la récitation, (répondant) à une intention : comment (une telle propriété) comporterait-elle une figure? (62) dit le Yāyāvarīya. Elle est de deux sortès, expectante et non expec- tante (63). Quand elle requiert un autre énoncé, elle est (dite) expectante; quand elle implique elle-même la réponse à un énoncé, elle est non expectante. Ainsi un énoncé est expectant par suite d'une intonation particulière; il est non expectant avec une autre intonation. (L'intonation) expectante contient en germe soit une objection, soit une question, soit un doute; la non expectante a forme soit d'une affirmation, soit d'une réponse, soit d'une solution. Voici (une intonation) ayant en germe une objection (64) : er Si (05) ma messagère est aimée, suis-je aimée moi aussi? Si ses paroles sont agréables, les miennes le sont-elles aussi au plus haut degré (66)?n /1 9/ Le terme désigne (du moins chez RS.) une différence de ton correspondant à une nuance psychologique. (60) anekayati : dénominatif non attesté. (o1) Cf. Rudr. loc. c. qui a l'expression kakuvakrokti a vakrokti (notee) par la kakun. Sur la figure poetique» appelee vakrokti, v. Bham. I. 34 II. 85 et suiv. Dandin II. 363 Vam. IV. 3, 8 Rudr. II. 13 Dhvan. p. 9 ; 97 Agnip. CCCXLII. 33 ete .; H. Jacobi ZDMG. XLIV p. 751 et suiv. De II p. 60 et suiv. et passim. (62) alamkarin : non alteste. (63) Cf. NŚ. XVII. 110 p. 391 : dvividhā kākuļ sākānkşā nirākānkșā ceti vakyasya sākānkşanirākānkşatvāt| aniyuktārthakam vākyam sākānksam iti sam- jnitam/ niyuktārtham tu yad vākyam nirākanksam tal ucyate. Developpement repris Hem. loc. c. Srgarapr. VII p. 22. (64) aksepa (terme connu en poétique, Bham. II. 66 et suiv. Dandin II. 4; 120 et suiv. etc. Vam. IV. 3, 27 Udbh. II. 1, 2 et suiv. Dhvan. p. 35 et suiv. ; 140; 209 Rudr. VIII. 3; 89 etc.); glosé nisedha dans le comm. (mo- derne) de HSS. et cf. Dhvan. p. 16. (6) La str. implique un blame de la part de l'heroïne qui admet qu'elle a pu être trahie auprès de son amant par sa messagère. Str. reprise Sarasv. p. 164 (avec priya priya) et SahMīm. p. 105. (66) priya vocatif (HSS.)? Ou plus vraisemblablement «intensif» priyapriya

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[VII Cette même (phrase peut avoir une intonation) en forme d'affirmation (vidhi) de la part de celui qui énonce un fait (67). (Voici une intonation) ayant en germe une question (pra- śna) : « Est-il (os) passé le temps où les perles naissaient des lianes (69)? Leur origine à présent, ce sont les valves de coquil- lages.» /20/ Cette même (phrase peut avoir une intonation) en forme de réponse (uttara) de la part de celui qui donne un enseigne- ment. (Voici une intonation) ayant en germe un doute (vitar- ka) : « C'est (70) un nuage nouveau qui se prépare, ce n'est pas l'orgueilleux Rôdeur-de-nuit (71)? C'est un arc-en-ciel qui se tend au loin, ce n'est pas l'arc (d'un guerrier)? C'est une averse violente, ce n'est pas une pluie de flèches? C'est un éclair poli comme la pierre à toucher l'or, ce n'est pas ma bien aimée Urvaśī? (72)» /2 1/ Cette même (phrase peut avoir une intonation) en forme de solution (nirnaya) de la part de celui qui donne un enseigne-

(type enseigné Wa. II, 1 p. 148 $ 61 b), cf. priyapriyena donné expressé- ment par Paņini. (67) On admet alors que la messagère a execute loyalement sa mission. L'intonation est asi tu accueilles bien ma messagère, c'est que tu m'aimesn. (os) Balar. III. 2. On veut dire que les jours sont revolus ou Ravana etait le prince le plus puissant de la terre : Rama est apparu. Suivant qu'on dit r est-il passe?n ou til est passe», on a une question ou une reponse. (0o) L'une des origines de la perle est dans les nœuds du bambou, cf. L. Finot Lapidaires ind. p. xXxI. (70) Mètre hariņī. Vikram. IV. 1, str. peignant le désespoir du roi Purūra- vas cherchant partout la trace de son amante, l'apsaras Urvasi. Str. reprise Kāvyapr. II p. 25. (71) Le démon Rakșasa. Comparaison banale entre les Rākșasa et les nuages, ainsi Kathas. LXXXVI. 126 XCIV. 68. (72) La même strophe peut se lire avec la kaku de la «solution» en sup- primant l'interrogation.

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[VII] --- +>.(108 ).c+ -- ment. Ces trois (intonations sont celles) qui ont entre elles des connexions fixes. Mais il y en a d'autres, qui sont en nombre infini. Voici deux intonations (impliquant) l'une une conces- sion (abhyupagama), l'autre une excuse (anunaya) : rr Soit (73), je me suis plongé dans cet océan qu'est la déso- béissance à vos ordres; j'ai encouru le blâme de mes jeunes frères, fidèles à leur devoir. Mais c'est un seul jour - aujour- d'hui même - que tu n'as pas été mon maître, que je ne l'ai pas été soumis, (ce jour) où je vais en massacrant les Kau- rava rougir ma massue du sang qu'a fait jaillir mon courroux. » /22/ Voici deux intonations (impliquant) l'une un acquiesce- ment (anujñā), l'autre une ironie (upahāsa) : cr Je (74) n'ecraserai donc pas dans ma colere les cent Kaurava sur le champ de bataille, je ne boirai pas le sang de Duhsāsana à sa poitrine, je ne pulvériserai pas de ma massue les cuisses de Suyodhana. Que votre maître fasse donc la paix au prix d'un marché!» /23/ On peut ainsi combiner jusqu'à trois ou quatre intona- tions. Voici une combinaison de trois : cr C'est (75) bien elle qui me regarde, non, ce n'est pas une biche effarouchée qui lève ainsi les yeux. C'est bien sa main, ce n'est pas un rameau dont la brise agite les feuilles, - ces doigts. C'est bien elle qui pleure bruyamment, ce n'est pas un

(73) Metre sārdūlavikrīdita. Venīs. I. 12 (var. : amhasi). Bhīmasena recon- nait qu'il enfreint l'ordre de Yudhisthira en se révoltant contre les Kaurava qui ont insulté Draupadī. Il s'en excuse en quelque manière au dernier pāda. Ici les kaku se succedent au lieu de s'echanger l'une l'autre suivant la nuance psychologique mise en évidence, comme dans les ex. précédents. (71) Metre vasantatilaka. Venīs. I. 15. L'ironie est impliquée dans les trois premiers pāda, l'acquiescement au dernier. Ici encore Bhīma exhale sa haine pour les Kaurava et son dépit pour l'attitude conciliante de Yudhisthira. Str. reprise Kāvyapr. I p. 228. (75) Metre sardulavikridita. Chaque pada contient trois kaku : certitude, dénégation et regret. Une partie du second pada est citée Locana p. 107.

BIBLIOTHEQUE KARAVELANE

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[VII ]

roseau qu'emplit le vent. C'est bien elle qui m'adresse la parole, la très chère, ce n'est pas un coucou qui chante. » 724/ Combinaison de quatre : cr Dis (76) lui tout ce qu'il faut lui dire. - Amie, la rigueur (77) envers le maître n'est pas profitable. -- Alors amène-le en lui demandant pardon. - Mais comment demander pardon à celui qui vous a causé de la peine?» /25/ Que ce soit un énoncé de l'amie ou de l'héroïne, ou de l'amie et de l'héroïne (à la fois), ou de plusieurs amies, il y a ici une intonation bien établie. /26/ L'intonation modifie le mode d'expression (marga) quand elle est illustrée (78) par la mimique et par les gestes (79), même si les connaisseurs des mots et des phrases ont fixé (ledit mode) d'une autre manière. /27/ Ce n'est pas seulement l'usage profane qui repose sur l'in- tonation; elle est souveraine dans les Traités mêmes, elle est la vie de la poésie (80). /28/ L'intonation révèle à son gré, inlassablement, le sens caché (81); elle met en évidence l'habileté à représenter l'état d'âme des beaux (caractères). (29/ Le poète doit composer et l'homme d'esprit réciter en sorte que l'œuvre dite répande on ne sait quel attrait. /3o/ Comme la poésie se crée d'ordinaire d'un esprit tout formé,

(76) Metre svagata. Kir. IX. 39. Les intonations sont celles de rudesse, d'avertissement, de nostalgie et de découragement. (77) parușatā : dérivé non attesté. (78) dyotya : mot de grammairiens. (79) sattvāngābhinaya : allusion au sāttvika et à l'āngika abhinaya, v. ci- dessus IV. 71. (80) Sur la notion du jivita en poésie, v. ci-dessus III. 17 ; cf. le titre Vakro- ktijīvita. (81) Cf. arthāntaragatih kākvā yā caișā paridrśyate ... Dhvan. III. 39 et kāku- prabhavad arthantare gatih Abhinavag. ad NS. XVII. 112 p. 392.

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[VII] ---. >.( 110 ).c+ -- ainsi il sait réciter celui qui possède parfaitement le langage (82). /31/ Si quelqu'un a du charme dans la voix (83), c'est pour l'avoir exercée dans une autre existence (81); de même la beauté de la récitation ne se constitue pas en une seule existence. /32 Le sanskrit et l'apabhramsa doivent êlre récités avec une grâce caressante; le prākrit et la langue des Bhūta (la paišācī) doivent être prononcés avec une extrême intelligence. /33/ Dans un texte calme (85), il faut rendre la voix grave (86); la rendre aiguë (87) dans le cas contraire ; dans la narration (88) on arrangera le grave et l'aigu alternativement. /34/ Gracieuse (89), pourvue d'intonations, brillante, avec les cou- pures (90) commandées par le sens, enfin avec des sons distincts agréables à entendre : telle est la récitation que louent les poètes. /35/ Ils condamnent (une récitation) trop rapide ou trop lente, d'une résonance (nada) (90a) excessive ou sans résonance, où les mots ne sont pas séparés (91), où il n'y a pas d'obscurité (92), enfin trop molle ou trop rude. /36/ (s2) Cf. pour cette strophe et pour la précédente Suktimuklāv. p. 49, notamment str. 111. On voit comment le problème de la récitation est mis maintenant en évidence, préparé par la kāku. (83) Cf. avec l'expression kanthe ... raktatā le terme śrīkantha. (84) Sur l'exercice dans les existences antérieures, ci-dessus IV. 33. (85) prasanna : doué du guņa prasāda, ci-dessus n. 32. (86) mandrayati non attesté; man!ra (références védiques L. Renou Termi- nol. III s. u.) est l'une des kāku NS. XVII. 126 et l'un des six rornements de la récitation» 113 et p. 393; 119 et suiv .; 12/. (87) tārayati : non attesté comme dénominatif de tāra. Sur ce mot (Termi- nol. s. u.), voir NS. XVII. 113 «son qui a pour siège la lête». (88) nirvahin : non attesté en ce sens, mais cf. nirvāha. (89) lalita : nom d'une qualite du cheros" NS. XXII. 22; 37 XXIV. 5 Sarasv. V. 41 p. 533. (90) pariccheda : cf. viccheda (considere comme l'un des six membresn de la récitation) NS. XVII. 129/130 p. 396. (00a) Terme grammatical, Terminol. s. u. (91) Entendre sans doute : où le samdhi est observe de manière excessive.

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--- +>( 111 ).c ;-.- [VII] Les qualités de la récitation (93) passent pour être la profon- deur (du ton) (gambhīratva), l'absence de rudesse (anaisthu- rya) (oa), l'exécution des (sons) graves et aigus, le charme (qui résulte) de phonèmes bien joints. /37/ Comme (95) une tigresse emporte ses petits avec ses dents, sans leur faire de mal, craignant qu'ils ne tombent et ne se blessent, ainsi faut-il exécuter les phonèmes (96). 38 Quand les désinences (vibhakti) sont nettes, que le composé (samāsa) n'est pas maltraité (96a), ni flétrie l'euphonie des mots (97), la récitation est bien posée. /39/ L'homme avisé n'opérera en récitant ni une fusion de deux mots dissociés, ni une rupture entre deux (mots) associés, ni la flétrissure (mlāni) des formes verbales (98). /4 o/ Il faut que (la récitation) puisse être savourée (99) jusque chez les bouviers, jusque chez les femmes : le poète qui récite

Sur la manière reelle de pratiquer le samdhi, voir les justes remarques de B. Liebich Katantra (SB. Heid. Ak. 1919) p. 16. (92) anavrta? On attend coù les mots sont trop séparésn. (93) Ces qualités chez NS. XVII. 102 et suiv., p. 385 et suiv. sont les 7 timbres, les 4 lieux d'émission, les 4 accents, les 2 kaku, les 6 orne- ments, les 6 membres et la mpausen (virama). 91) Lire tres probablement avaisvaryam anon-discordancen, qui semble confirmé par NS. p. 397.

Pāņ. Šikșā 25. (95) Str. empruntée (avec d'infimes variantes) aux Siksa, cf. par exemple

(96) varna : terme connu de grammaire (Terminol. II. et III); en poétique, Sarasv. 1. 67 II. 109. Sur le mot, J. as. 1941, 2 p. 206. (96a) C'est-à-dire, sans doute, il faut que les membres du composé soient exactement délimités. (97) padasamdhi (expression de grammairiens tardifs et du Ram. d'après BR.); sur le terme samdhi, voir Terminol. s. u .; en poétique, NS. XIX. 16; 35; 46-Bham. I. 19 Dhvan. II. 12 p. 144; 148 et suiv. Rudr. XVI. 19, etc. (notamment comme terme dramaturgique, Théatre ind. p. 35 et suiv.). (98) C'est-à-dire leur altération par usure. Prescriptions analogues, notam- ment sur le samdhi, dans plusieurs Siksa : Pan. 33 et suiv. Yajū. 198 et suiv. Nar. I. 3, 11 et suiv. Mand. 41 et suiv., etc. (99) lehyata : dérivé non attesté.

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[ VII] ainsi son poème est le grand favori de la déesse du lan- gage. /41/ Quant à ceux qui ne connaissent pas les formes et ne s'entendent non plus aux idées, la récitation, (si elle est faite) par de bons (récitants), est un excellent élixir pour leurs oreilles (100). /4 2/ Certaines (gens) à l'est de Benares, ceux du Magadha (101) et autres, récitent excellemment le sanskrit, mais ils sont obtus en langue prākrite (102). /43/ On dit à ce propos : Brahman, (c'est comme) j'ai l'honneur de vous dire, si j'ai le désir de quitter mon rôle : que le Gauda (103) renonce à la strophe prakrite, ou bien qu'il ait une autre langue (103a)! /4 4/ Le brâhmane, quand il récite chez les Gauda, ne doit être trop clair ni équivoque, rugueux ni trop délicat, grave ni trop aigu. /45/ Quel que soit le sentiment (rasa), quel que soit le style (rīti) et quelle que soit la qualité (guņa), les Karņāta (104) récitent tous avec pathos, en terminant par une note stri- dente (105). /46/ Qu'il s'agisse d'une œuvre en prose, en vers ou bien mixte, tout poète dravidien, même s'il a l'esprit poétique, s'en tient à la récitation mélodramatique (geyagarbha). /47/ Les Lata (106), qui détestent le sanskrit, récitent le prakrit

(100) kcarnarasāyana, var. de l'expression connue karņāmrla. (101) Cf. ci-dessus III. 70. (102) Strophe analogue Sarasv. II. 16. (103) Ci-dessus III. 72. (103a) Strophe reprise Sarasv. II. 14 (et que le comm. attribue à RS.). (101) Actuel Maisūr et districts avoisinants ; karņātījana Sūktim. p. 373, 23. (105) țamkāra, mot du Balar., etc .; on pourrait songer a țakāra apar un phonème cérébraln. (106) Gens du Gujrat sud et de la zone continentale en regard, la Larike des Grecs (cf. B. Ch. Law Ind. Cu. III p. 736). RS. mentionne ce pays avec aveur en plusieurs passages de ses drames.

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--. +>-( 113).c+ ·. [ VII] avec joliesse : leur voix porte le sceau de la beauté que lui vaut une élocution gracieuse (107). /48/ Les Suraștra (108), les Travana (109), etc., récitent de manière habile les phrases sanskrites assaisonnées de (mots) apa- bhramsa. /49/ Par la faveur de Sarada (Sarasvati), les Kaśmiriens sont un peuple de bons poètes : mais leur manière de récier s pour l'oreille comme une bouche pleine de gudūci (110). /5o A l'est (du Kaśmīr), les poètes du nord (en général), si grande que soit leur préparation, récitent d'une voix nasil- larde (110a). 51/ La (111) belle récitation poétique chez les poètes du pays des Pañcāla (112), avec ses sonorités adaptées aux modes (de style), son trésor de qualités, l'arrangement accompli des phonèmes et les césures (113) qui la divisent, déverse dans l'oreille on ne sait quel miel (113). /52/ Un parler où se trouvent à tort et à travers (115) des l gra- ciles et des r aux vibrations amorties est louable pour les liber- tins (116), non pour les amateurs de poésie. /53/

(107) Idee analogue Balar. X. 78. Strophe reprise on partie Sarasv. II. 31 p. 122. Est-ce parce que les L° «détestent le sanskrit» que RS. omet la lātiya rīti? (108) Ci-dessus III. 102. (109) Contrée occidentale indéterminable ; le mot manque dans les Diction- naires. (110) Cocculus cordifolius D. C. (ménispermacées) [alias : amrta], plante (amère Astangahrd. I. 10, 29) très employée en médecine (Materia Med. II p. 30); citée encore X. 72 XI. 22/23. (110a) anunāsika : terme de grammaire (Terminol. s. u.). (111) Metre vasantatilaka. (112) Ci-dessus III. 82. (113) yati : terme des Pingalasutra. (114) RS. est plus favorable ici a la récitation chez les Pancala qu'il ne ete a leur astylen III. 92 et suiv. (115) Var. jihmā (HSS.), épithète de bhujangah. (116) bhujanga : expression de Dandin en ce sens ; le comm. moderne de 8

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[ VIII] --- +.(114).c --- L'essence de la récitation, c'est une prononciation conforme à la nature propre de chacun des phonèmes émanés des cinq lieux (d'articulation) (117), ainsi que (l'emploi de) la pause (118) suivant le sens. /54/ On a montré ici les fondements de la récitation, y compris l'arrangement des intonations. On va décrire maintenant com- ment le sujet doit être enseigné. /55/

HUITIÈME LEÇON :

LES SOURCES DES SUJETS DE POÉSIE (kavyarthayoni).

Révélation, Mémoration, Épopée, Antiquité, science des Normes (de connaissance), Science dogmatique, les trois Doc- trines royales, Usage, Composition (indépendante) et (sources) variées : voilà, disent les maîtres, les douze sortes de sujets de poésie. Il y en a seize, dit le Yāyāvarīya, (en complant) en sus la Relation appropriée, la Relation conjointe, la Relation avec la chose à produire, enfin le changement de Relation (1).

HSS. comprend : vaiyakaraņah! Faut-il voir ici une allusion à la langue des śakāra, des vița, etc .? (117) Les cinq sthana sont enumeres par ex. TPrat. II. 3 : poitrine, gorge, tête, bouche, nez. (118) virati : sens altesté dans le Srutab. (chez BR.); le mot sert à gloser le lerme techn. virāma Kāś. I. 4, 110. (1) Sur le sens de plusieurs de ces mots, voir le chap. Il. Les sources de la poésie sont pour Bham. I. 9 grammaire, métrique, lexicographie, épopée, usage, logique et arts ; pour Rudr. I. 9 métrique, grammaire, arts, usage, lexicographie ; pour Vam. I. 3, 1 et suiv. usage, sciences (grammaire, lexi- cographie, métrique, arts, érotique, politique, enfin implicitement poé- tique), divers (connaissance des modèles poétiques, exercice, assistance auprès d'un maitre, réflexion, imagination, attention). L'énumération est allongée par les poéticiens ultérieurs ; elle est amorcee NS. I. 117 KvPr. I. 3.

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--- +o-(115 ).ca --- Voici (un sujet) tiré de la Révélation : la nymphe Urvaśi aima Purūravas le fils d'Idā (2). (Reprise) du même sujet : a De Candra (3) naquit le bienheureux Budha, qui mit au monde le roi originel, Purūravas le fils d'Ida. Une nymphe amoureuse s'éprit de lui. Qu'en dire de plus? C'est Urvasi qui conquit par son sourire le cœur de Sakra (Indra). » /1/ Ou encore : ce (a) cercle qui brille, c'est là le Grand hymne, ce sont les strophes, c'est le monde des strophes. Et cette lumière qui rayonne, c'est le Grand vœu, ce sont les mélodies, c'est le monde des mélodies. Et l'homme qui est dans ce cercle, il est (l'autel du) feu, il est les formules sacrificielles, il est le monde des formules : voilà le Triple Savoir qui brille. (Reprise) du même sujet : tr Ce (5) cercle qui brille au ciel, (disque) du soleil, ce sont les strophes ; ces lueurs qui éclairent, ce sont les mélodies; ce personnage atomique dans le cercle, ce sont les formules sacri- ficielles. Puisse servir votre gloire ce Soleil que sait être ainsi composé des trois Veda cette cohorte entière connaissant les Veda, (ce Soleil), base immuable de félicité céleste et de déli- vrance!n /2/ C'est là un emprunt (6) au Veda dont il est dit :

(a) ŚB. XI. 5, 1, 1; citation reprise Hem. p. 5. (3) Metre vasantatilaka. La strophe (reprise Hem. loc. c.) fait allusion aux origines de la «dynastie lunaire» (somavamsa). (a) SB. X. 5, a, 1-2. Exaltation du Purusa ou Esprit male, cosmique, assimilé aux trois parties du Veda. Le Grand hymne (mahad uktha), le Grand vœu (mahavrata) et les rites du Feu (agnicayana) sont pris comme portions typiques du Rgveda, du Samaveda et du Yajurveda respectivement. (5) Mètre sragdharā. Sūryaś. 89; voir les notes de l'éd. G. P. Quackenbos p. 211 qui donne notamment des références pour l'identification du soleil et du Veda. (s) harana : c'est le sujet même de KM., chap. XI-XIII. La théorie distingue 8.

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[VIII] Hommage soit à la Révélation, que traient de place en place les Sages et les auteurs de Traités, ainsi que les poètes, cha- cun selon son génie! /3/ (Source) tirée de la Mémoration : Celui(7) qui est accusé pour plusieurs affaires et qui nie (8) entièrement, devra payer, s'il est reconnu (coupable) pour une partie, pour (tout) ce dont il est accusé. /4/ (Reprise) du même sujet : c Cygne (9), rends-moi ma bien aimée, tu as dérobé sa démarche. Celui qui est reconnu (coupable) pour une partie doit payer pour (tout) ce dont il est accusé. » /5/ (Source) tirée de l'Épopée : Le chemin (10) par où est parti Valin une fois tué ne s'est pas refermé. Tiens-toi dans l'ordre, Sugriva, afin de ne pas suivre (11) le chemin de Valin ! /6 (Reprise) du même sujet : Abandonne (12) l'ivresse que te procure ton lambeau de fraîche souveraineté! Réfléchis aux circonstances passées! Vālin lui-même n'a pas étanché l'appétit de la Mort, dont la gorge se dessèche du désir de dévorer le monde. » /7/ (Source) tirée de l'Antiquité :

les sabda= et artha-haraņa, cf. Kavikanthābh. II. 1 Vāgbh. p. 12 et suiv. Hem. p. 8 et suiv. (7) Cf. Yajñ. Smrti II. 20; strophe reprise Hem. p. 6 avec sambhāvita °. La teneur exactement conforme à KM. se trouve dans une citation de Narada chez Jīmūtavāhana (GOS. p. 178). (8) vyapalapin : non attesté. (9) Vikram. IV. 17. Strophe reprise Hem. p. 6 Sarasv. p. 159. Purūravas demande à un cygne de lui rendre son amante Urvasi dont cet animal est censé avoir «dérobén la démarche. (10) Ram .. IV. 34, 18; strophe reprise Hem. p. 6. Menaces de Lakșmaņa à Sugrīva qui hésite à donner son appui à Rama. (11) ma. .anvagah : sur cet emploi, voir ci-dessus III. 53. (12) Metre vamsastha. Janakīh. XII. 36 (avec padam navaiśvaryabalena ... purvam). Str. reprise Hem. p. 6.

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[VIII] A mesure (13) que le démon Hiraņyakaśipu apercevait en sou- riant telle région du ciel, les dieux éperdus d'effroi ren- daient (14) hommage à cette (région). /8/ (Reprise) du même sujet : « A quelque (15) région du ciel qu'il accedat par hasard, lui, ce réceptacle de gloire qui aimait circuler dans les trois mondes, - les dieux dont les mains (levées) tremblaient (en s'aggrippant) aux pierreries de leurs diadèmes rendaient hom- mage à cette (région) aux trois jointures (16) du jour ! » /9/ On dit à ce propos : Pratiquer des récits dont l'affabulation (est tirée) des Veda, avec leurs Membres (annexes) et leurs Ecoles, ou encore de l'Épopée et de l'Antiquité : voilà l'unique salut pour l'art du poète. /10/ A l'aide de l'Épopée et de l'Antiquité, le bon poète voit jusqu'au (plus menu) sujet, comme à l'aide d'yeux qu'a clari- fiés le collyre de la discrimination. /11/ Par la mise en œuvre d'un sujet (tiré) du Veda, les poètes méritent l'éloge, tout comme (par un sujet tiré) des Smrti, de l'Epopée et de l'Antiquité. /12/ (La source) tirée des Normes (de connaissance) (17) est de deux sortes, celle de l'Investigation (sacrée) (18) et celle de la Spéculation (19). Voici pour la première : (il y a un axiome aux

(13) Strophe analogue Vayup. LXVII. 64 et suiv .; str. reprise Hem. p. 6 Sarasv. p. 260. Le demon H° terrorisant les dieux. (14) cakre de sens passif, trait de la poésie tardive, cf. O. Walter Überein- stimmungen (= Indica III) p. 35. (15) Metre vamsastha. Siś. I. 46 (avec bhuvanantaresu). Str. reprise Hem. p. 6 avec śriyām Sarasv. p. 260. S'applique également à Hiranyakasipu. (16) Les trois samdhya (aurore, midi, crépuscule), que marquent des rites domestiques. (17) prāmāņika. C'est-à-dire la philosophie en général, en tant qu'elle repose sur les pramāņa : c'est la pramānavidya. (18) maimamsika : derive non atteste. Cf. ci-dessus II. 51. (19) tārkika : le terme de Tarka (ci-dessus Il. 77) s'applique ici aux dar-

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termes duquel) un mot exprime une notion générale (20) : et (pourtant) le sens (exprimé vise bien) un objet particulier. (Reprise) du même sujet : rr Quand (21) un mot me parvient, même s'il exprime (par nature) une notion générale, il se produit une spécification de la chose qu'il désigne : quand on dit «une femme», mon esprit se représente toujours telle (femme) aux yeux ravis- sants.»/13/ Parmi les (doctrines de) Spéculation, celle du Sam- khya (22) : Ce (23) qui n'est pas ne saurait devenir, ce qui est ne saurait ne point devenir. Ceux qui voient la réalité voient jusqu'où mènent ces deux (constatations). /14/ (Reprise) du même sujet : cr Ces (24) sacrifiants que nous voyons, ces rois a l'éclat large- ment répandu, et ces (femmes) aux yeux de gazelle, - à quoi bon parler des autres (formes) de renaissances? - et ces arbres qu'on voit ployer sous les fruits et les fleurs : voilà comment brille dans le monde cette glèbe bienheureuse (qui forme la Terre). » /15/

sana autres que les deux Mimamsa, qui ont en commun de faire appel au raisonnement par opposition auc Mimamsa qui recourent a l'autorite essen- tielle du averben. (20) Cf. MīmSū. I. 3, 33 ākrtis tu kriyārthatvāt a(le mot designe bien) en fait le genre, parce qu'il vise a l'actionn; akrti agenre» étant defini par la e notion generalen Slokava. XIII. 3. Cf. encore Sarvadars. trad. p. 189. Phrase reprise Hem. p. 6. (21) Metre vasantatilaka. Str. citée Kavīndravac. 270. (avec hi mano madi- yam en c). (22) sāmkhyīya : non attesté. (23) BhagGita II. 16. Cette strophe touche en effet un point essentiel du Samkhya, la théorie suivant laquelle l'effet est présent dans la cause (satka- ryavāda); cf. par ex. le Sarvadars. (trad. p. 224) qui cite précisément ce pas- sage. Str. reprise Hem. p. 6 (avec °darsibhih d). (21) Ces êtres et ces plantes ne sont que terre : ils ne diffèrent pas de leur

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--.* >(119).c+ --- Celle du Nyāya-Vaiśeşika (25) : Quel est l'ensemble des per- fections (qui font que) le Seigneur est créateur? Telle est la thèse préliminaire. Thèse définitive : il est créateur parce que sa souveraineté est insurpassée (26). (Reprise) du même sujet : «c Par (27) quel desir, avec quel corps, par quel moyen l'ordonnateur (des choses) crée-t-il les trois mondes ? Avec quel support, et par quelle cause? Ta souvereineté étant in- scrutable, ce faux raisonnement (2s), instable bien mal à propos, fait divaguer certaines personnes à l'âme troublée, pour l'éga- rement du monde.» /16/ Celle du bouddhisme (29) : Les mots (30) (n'existent qu'en lant qu'ils ont) l'intention d'exprimer (quelque chose) : c'est cette intention qu'ils doivent suggérer. (Reprise) du même sujet : a Les mots (31), qu'on le sache, suggèrent l'intention de celui qui parle. Lorsque l'amant épris embrasse de force celle qu'il aime : Non, non, ne ... me ... touche pas !... La même parole qui sert à défendre devient prescriptive lorsque s'est relâché le lien de l'orgueil.» /17/

cause, la glèbe (mrd). Illustration du satkarya, vu a travers ChU. VI. 1, 4. Strophe reprise Hem. p. 6. (25) nyāyavaišeşikīya : non attesté. (26) Cf. NySū. IV. 1, 19 et suiv. (et NyVa. ad loc.) NyMañj. p. 190 et suiv. Praśastap. p. 48 et suiv. pour la doctrine générale. Phrase reprise Hem. p. 6. (27) Metre sikharini. Mahimnahstotra 5. Str. reprise Hem. p. 6 Vagbh. p. 5 .. (28) kularka : cf. Sāmkhyapravac. VI. 34. (29) bauddhīya : non attesté. (30) Il s'agit des Vijuanavadin pour qui le monde extérieur n'a aucune réalité ; les mots ne désignent pas l'objet, mais transmettent à ceux qui les entendent l'intention de celui qui les prononce, cf. Tattvasamgraha p. 289 et suiv. Phrase reprise Hem. p. 6. (31) Metre harini. Les memes mots na et ma servent a refuser et a accepter. Strophe reprise Hem. p. 6. Analogue NS. XXII. 264.

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[VIII] -... >.(120 )-e3 --- Celle du matérialisme (32) : La conscience pour les êtres est comme le pouvoir de l'ivresse (33). (Reprise) du même sujet : (r Ceux (31) qui réfléchissent de maintes manières sur (l'ame) Témoin (35) proclament qu'il y a quelque chose d'autre que le corps. Et pourtant, (femme), aux belles dents, ces gens réflé- chis s'en vont avec leur réflexion vers l'anéantissement.» /18/ Celle du jainisme : L'àme (36) a pour mesure le corps, sinon il y aurait inutilité du corps ou inutilité de l'âme. (Reprise) du même sujet : ar Ceux qui disent que l'ame a le corps pour mesure ont raison, puisqu'un hérissement (de plaisir) se produit dans tout mon corps rien qu'à l'embrasser. n /1 9 Il faut envisager pour l'éducation (du poète) ces matières- là et d'autres encore, parce que la science poétique se réfère à tous les groupes (d'études) (37). On dit en effet : Les sujets difficiles (provenant de traités) de Spéculation, vers lesquels le poète a son attention attirée, confèrent à ses

(32) laukāyatika : non atteste. References sur le systeme, La Vallee Poussin Siddhi p. 32. (33) Cette thèse est mentionnee par ex. dans le Tattvasamgraha p. 520; analogue Sarvadarsanas. trad. p. 3 (où figure p. 5 l'expression caitanyam ... madaśaktivat). La conscience est le produit des acinq éléments», comme la liqueur celui d'une combinaison de quelques ingrédients. Phrase reprise Hem. p. 6 Vagbh. p. 5. (3i) Metre mal déterminable, sorte de vaitaliya. Strophe reprise Hem. p. 6. (35) Ce sont les Vedantin avec leur theorie de l'ame saksin, cf. par ex. 0. Lacombe Vedanta p. 173 et passim. (36) Sur cette these, v. W. Schubring Lehre der Jainas p. 87; 95 H. Jacobi GGA. 1919 p. 17. Phrase reprise Hem. p. 6 avec la strophe suiv. (vidanti b). (37) sarvapārşada : attesté Sarvadarsanas. (pw.) : a(traité) reconnu par toutes les écoles (de grammaire)n; parșada designe en effet au sens restreint un texte (phonétique) valable pour toutes les écoles (d'un même Veda), à savoir un Pratisakhya. Ici le sens est naturellement plus général. Le comm. (moderne) de HSS. glose sabhya. Cf. l'expression connue du MhBhāșya II. 1, 58 VI. 3, 14 sarvavedapārişadam hīdam śāstram.

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[VIII] -. >(122 ).c+- trois Doctrines royales (46), voici (un exemple) fondé sur le Traité du Profit (47) : rr Quand (48) un roi a pris un système de mesures, tant pour le repos que pour l'activité, sa capacité offensive fructifie comme un arbre dûment arrosé. La royauté comporte nombre de stratagèmes ; elle est difficile à exercer sans espions (au ser- vice) du roi. La Fortune est malaisée à satisfaire : elle déçoit l'esprit négligent.» /24/ (Un autre) fondé sur le Traité d'Art dramatique : Tiens (49) ton bras comme ceci, deesse, (ton bras) pareil à la liane; donne cette pose à ton corps, ne lève pas trop haut, ne contracte pas (50) la pointe du pied, regarde-moi comme je me tiens ! Puissent vous protéger les claquements de main (51) de Sambhu qui fait danser la déesse en battant la mesure d'un tempo ralenti, au son du tambourin - son propre visage - grondant comme le nuage (d'orage) !» /25/ (Un autre encore) fondé sur les Aphorismes de l'Amour : t Rien (52) d'etonnant que Laksmī, abandonnant Adho' kșaja, soit venue à toi : il avait été gagné par elle à cause du Mandara (53), tu le fus toi-même par suite de la guerre. » /26/

(56) rajasiddhānta : doctrines à l'usage du roi? L'expression, inconnue ailleurs, désigne l'Artha=, le Natya= et le Kāma-sastra. (47) arthaśastrīya : dévivé non attesté, comme les deux qui suivent. (18) Metre sikharini, Balar. I. 24; strophe citee Abhinav. ad NS. I. 117 et Sūktim. p. 408. Les idées sont celles de l'AS., en particulier VI. 2 (97), chapitre qui s'intitule précisément samavyāyāmau. L'expression param praty āvāpah rappelle pratyāvāpa AŠ. X. 5 (155-157). (49) Metre sardulavikrīdita. Cf. les designations lata, kuncita du chapitre sur la danse de NS. (IV. 105; 113 et passim); en outre, pour laya et vilambita, XXXI. 331. (50) kuñcay- n'est attesté qu'en commentaire. (31) lālika : mot de lex. (aa) Strophe adressée à un roi victorieux, Lakșmī étant la déesse de la Fortune en même temps que l'épouse de Visnu = Krsņa (Adho'ksaja, mot du MhBh.). (s3) Montagne sacree, qui servit pour le barattement de l'ocean. Jeu de

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--- +(123 ).e3 -.- (La source) tirée de l'Usage (loka) est de deux sortes, vulgaire ou raffinée. Voici (un exemple) de la première : « O (54) mon bien-aimé, quand nous étions jadis dans des maisons rivales, le lien de l'affection entre nous était aussi recommandable qu'une ligature sur une marmite cassée. A présent, comme tout le monde, nous habitons ici dans la même demeure ... Malheur à l'amour qui a cessé d'être familier, (malheur) à la vie des femmes, pour longtemps!» /27/ Ou encore : cr Voici (55) que passe ce (mois de) phalguna (56), (mois) de la canne à sucre, de l'eau de riz, du lait sûr, des gâteaux de farine et de la viande de sanglier. » /28/ La deuxième (catégorie) se divise en deux : ce qui est propre à un ensemble de gens et ce qui est propre à quelques personnes. La première de ces deux (sortes) est elle-même diverse, vu la multiplicité des pays. Voici (un exemple) tiré du Dekkan : tr Les (57) femmes tamoules (58), après avoir goûté le poivre

mols entre mandara-tas adu Mon et manda-ratas afaible quant a la capacite amoureusen; de meme entre samara-tas apar suite du combatn et sama-ratas cayant une capacité amoureuse égale à la sienne» (cette dernière expression est du Kamas. II. 1, 3 et cf. 9 et 13). (51) Metre harinī. Paroles d'une femme sans culture a son amant qui a changé de comportement avec elle; expressions familières, voire vulgaires. (55) saisa : ci-dessus 1. 59. - Sans doute s'agit-il d'un dicton populaire concernant l'approche du printemps. La strophe est reprise SahMim. p. 10 Sarasv. p. 520. L'ed. HSS. lit : seso gacchati phalgune aquand le mois de pho s'en va, (ce qui est énuméré) prend finn. Analogue ci-dessous XVIII. 114. (56) Second mois des frimas, février-mars. (57) La strophe decrit un usage du Dekkan. Le marica ou poivre noir est originaire du Malabar et du Travancore. Sur le bétel, v. Hobson-Jobson s. u. betel, tembool, pawn, areca. (58) Var. dravida (cf. ci-dessus VII. entre 105/106), qui est la forme usuelle; dramila (et variantes) est surtout attestée dans les lexiques (ainsi Ksīrațar. passim, éd. B. Liebich p. 206); en outre dans Hem .- Parisista-

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[VIII] ---* (124 ).c+ --

avec leurs bouches embellies par le bétel, boivent ces doux (vins) stimulants que sont les lèvres de l'amant.» /29/ Ou encore : «r Arrête (59), Madana (60), qui es-tu, caitra (61), quel est le pou- voir de la lune? Ici trébuchent les flèches de fleurs; leurs pointes s'émoussent, car le cœur des amoureuses du Kuntala (62), à force d'être frappé (par l'amour), a de rudes callosités, solides comme le diamant. n /3 o/ (Exemple) tiré du nord : «r Les Nepalaises (63) parées de musc frais passent avec leurs amants les nuits d'été dans les allées (64) de granthiparņaka (65). » /31 Deuxième (sorte) : Tandis que (66) (la belle) aux yeux de gazelle fait semblant de fermer ses yeux aux cils courbes qui, intérieurement agités par les vagues de ses longues œillades, se tournent vers le lit, alors ses amies, interrompant le récit de l'époux enjoué, après s'être mutuellement chatouillées : « Qui parle donc ?», disent- elles, et elles se sont retirées adroitement. » /3 2/ La Composition (67) consiste, soit en la trame d'un récit fabriqué par l'imagination du poète, soit en une œuvre de

parvan (pw.) et dans NS. XVII. 44; 48; 54 (Man. Ghosh J. Dep. Letters XXV, 4 p. 14); cf. enfin damila dans le MhVamsa. (59) Metre malinī. Strophe analogue Balar. X. 75. (60) Kamadeva, le dieu à l'arc fleuri. (61) Premier mois du printemps. (62) Cf. ci-dessus IIl. 111. (63) Mot attesté NS. XIII. 45; cf. S. Lévi Nepal I p. 222 II p. 66. (64) Non pas kapālī (HSS.), mais le mot connu pālī, des Kāvya. ' (6s) Plante odoriférante, mentionnée aussi Kad. (= sthauņeya?) et (gan- thivanna) Karpur. Ci-dessous XVII. 100. (66) Metre sardulavikrīdita. Une heroïne veut mettre un terme à l'entretien de son amant avec ses amies; devinant ses intentions, celles-ci cedent la place en prétextant qu'elles sont appelées au dehors. (67) viracana : non attesté en ce sens.

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--- +.( 125 ).e+ -- [VIII circonstance (arthamātra). Voici un exemple de la première (sorte) : « Il y avait (68) un homme du nom de Citrasikha, chef des détenteurs de la science de l'épée, seigneur de la ville de Ratnavatī (69), sur la pente sud du Malaya (70); sa femme était Citrasundarī, fille de l'Océan, sœur de la déesse Srī (qui l'avait épousé) suivant le rite svayamvara (71)." /33/ (Exemple) de la seconde : c Il oint (72) le clair de lune avec du santal, il asperge d'eaux parfumées la guirlande de jasmin, il sucre le miel avec du jus de canne, celui qui fait connaître les vertus déjà connues du glorieux Vīracūdāmaņi; c'est comme s'il éprouvait à la meule l'éclat des perles mêmes. » /34/ On dit à ce propos : Celui qui, en créant une œuvre de circonstance, ne détruit pas bassement son inspiration (73), est le chef de la commu- nauté des poètes; les autres sont ses serviteurs. /35/ Outre les (sources) déjà énoncées, il en est d'autres (qui représentent des Sciences) variées (prakīrņaka). En voici une fondée sur le Traité des Eléphants (74) : «r Puisse (75) vous protéger cette pluie que lance l'éléphant

(68) Type de début de conte. Personnages inconnus. (69) Non attesté. (70) Ci-dessus III. 109. (71) Choix solennel de son époux par la jeune femme, type de mariage ksatriya bien connu par l'epopée (premières traces dans le RV. selon R. Pischel Ved. Stud. I p. 16; 28 et suiv.). (72) Metre sardulavikridita. Type de prasasti, panegyrique du roi (inconnu) Viracūdāmaņi. Tout éloge fait de lui n'est qu'une tautologie. (73) La leçon de GOS. «celui qui crée un récit sans bassesse et dont l'in- spiration ne périclite pas» est peu satisfaisante. Il faut garder nīcair nārtha- kathasarge (il vient d'etre question de l'arthakatha). Double na au sens d'un na unique, L. Renou Gramm. p. 512 $ 379. (74) hastisiksīya : dérivé non attesté, de même que les suivants. (75) Metre sardulavikrīdita. Description de l'elephant d'Indra Airavaua,

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[ VIII] -+>(126 ).c+ -- céleste sous l'empire du rut, (pluie) extraordinaire, pareille à une lune pulvérisée, qui est comme le rire soudain des nuages, collier brisé des régions de l'espace qui vient battre le sein gonflé des innombrables filles du ciel folatrant au firmament, (pluie) qui dérobe sa beauté à la lavali (76) (si) pâle en sa maturité!» /36/ (Source) fondé sur le Lapidaire : cr Les (77) Sages assignent aux rois seuls, non point à toutes les castes, deux des couleurs du diamant : celui qui est rouge comme un fragment de corail ou comme la rose de Chine, et celui qui ressemble au safran jaune (78). » /3 7/ (Source) fondée sur le Veda de l'Arc : t: (Śiva) (79) vit Kāma qui s'apprêtait à le frapper : le poing fixé (au niveau) de l'angle de l'œil droit, l'épaule inclinée, le pied gauche légèrement replié, son arc gracieux formant un un cercle.» /38/ (Source) tirée d'un Traité sur le Yoga : ar Toi (80) qui es l'âme unique de tous les êtres animés, dans le lotus de leur cœur tu veilles et dors et t'éveilles constam- ment et n'es jamais éveillé. Quand ils ont gagné ta faveur, (les êtres) voient leur sagesse s'étendre; ayant réussi à briser

rejetant l'eau par sa trompe au cours de son bain : allusion litteraire connue. (76) Averrhoa acida Gaertn. (oxalidées); attesté Viddh. (77) Metre indravajrā. Str. de la Ratnaparīksa de Buddhabhatta 24 (avec prthivio en a, sarvavarņau en b, java° en c). (78) Sur les couleurs du diamant, v. L. Finot Lapidaires p. XXVII. (79) Metre upendravajra. Scène connue du dieu Kama decochant sa fleche contre Siva (avec la pose dite alidhasthānaka Agnip. CCXLIX. 19 et suiv. NS. X. 68). La strophe, qui est de Kum. III. 70, est reprise Vagbh. p. 6 Sarasv. p. 267. L'expression Dhanurveda (cf. ci-dessus Il. 14) est donc prise ici en son sens strict : science de l'Arcn. (30) Metre mandakranta. Exaltation de Hamsa, principe universel qui siège dans l'etre individuel : références chez Deussen Sechzig Upanishad's index s. u. hamsa ainsi que Herz als Lotosblume».

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[VIII] leurs lie s, ils dépouillent leur angoisse et revêtent un éclat immaculé. » /3 9/ Il y a d'autres (sujets) variés du même genre. (Voici main- tenant un exemple de) Relation appropriée (81) : «r Voici (82) le (roi des) Pandya (83); il a fixé sur son épaule un collier qui retombe, donnant à son corps la couleur du santal jaune. Ainsi ressemble-t-il au roi des montagnes avec son dos coloré par le soleil et les torrents qu'il profuse. »/4o/ (Exemple de) Relation conjointe (84) : « La poussière (85) rend insipide aux abeilles la sécrétion du rut des Éléphants des dieux (86), elle cause un malaise aux mille yeux du bienheureux ennemi de Namuci (87), et lors- qu'elles plongent dans les flots du Fleuve céleste (la Ganga) qu'elle embourbe, les femmes du monde céleste, désolées, ont blâmé comme une faute cette expédition (militaire). » /4 1/ (Exemple) de Relation avec la chose à produire (utpādyasam- yoga) (88) : « Si (89) les deux cours d'eau du Gange céleste au firmament

(81) ucitasamyoga : d'après HSS., connexion entre un terme comparant et un terme comparé, ou analogues. (82) Metre indravajra. Ragh. XI. 60, strophe visant à comparer un roi avec le Himalaya. La strophe est reprise Vam. IV. 2, 3 Sarasv. p. 347. Les traits particuliers du roi sont cappropriésn à la comparaison avec la montagne. (83) Pays de l'extrème sud, au sud-ouest des Cola. (81) yoktrsamyoga : dans l'exemple qui suit, la poussière est en connexion avec l'expédition, la boue avec ladite poussière, la désolation des plongeuses avec ladite boue, le blâme des Apsaras avec ladite désolation. Il y a une concaténation. (85) Metre sārdūlavikrīdita. (80) Les Dinnaga ou Diggaja qui sont les gardiens des quartiers du ciel. (87) Indra Sahasrākșa, vainqueur du démon Namuci. (88) utpadya est en poetique un type d'upama, equivalent a rimaginaire». Rudr. VIII. 15 = adbhutopamā Daņdin II. 24, = utprekșita 23, = kalpita NŚ. XVI. 49. (89) Mètre upajāti. Śis. III. 8, strophe citée Vam. IV. 3, 10 Sarasv. p. 43 et 352 (comme ex. d'utpadyopama). Il s'agit d'une connexion du tyre compa-

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[IX] --- +>(128 ).c- tombaient séparément, la poitrine de (Hari-Vișnu) leur res- semblerait, étant foncée comme le tamala (90) et parée d'un collier de perles. » /42/ Changement de Relation (samyogavikāra) : « Mélange (91) de vertu et de passion, ta gloire en se répan- dant produit soudain sur le visage des femmes célestes (une marque moitié blanche), moitié rouge-safran. " /43/ Ou encore : «r L'océan (92) s'affole, le nénufar (de nuit) s'entrouvre, les lotus (de jour) se recroquevillent, les pierres de lune ruis- sellent et les sephālikā (93) ont perdu leurs fleurs; les bartavelles boivent l'eau du clair de lune, dressant peu à peu leurs cous, tandis que la lune, revêtant l'éclat blanc du camphre, devient le joyau du diadème de la nue. » /44/ Voilà donc, décrit pour les poètes, l'essentiel sur l'origine des sujets (de poésie); un (esprit) audacieux, (s'il se conforme) à ceci, ne sera pas en tourment quant (au choix de) ses sujets. /45/

NEUVIÈME LEÇON :

MANIÈRE DE REALISER LE SUJET (arthavyāpti).

Le (Sujet) (1) est de trois sortes, dit le Drauhini (2) : il

rant : comparé entre le firmament et la poitrine, entre les perles et les cours d'eau. (90) Xanthochymos pictorius Roxb., arbre a ecorce noiratre, cinnamome. (91) Str. déjà citée KM. VI. 124. Le visage voit changer les relations nor- mates et devient moitie blanc sous l'effet de la vertu, moitie rouge sous l'effet de la passion. (92) Mètre sragdhara. Changement des états et des actions au moment où la lune se lève. (93) Nyctanthes arbor-tristis Linn. (nyctanthe, jasminees) ; Suktim. p. 230, 28. (1) Tout ce debut de chapitre est repris et resume Hem. p. 122 et suiv .; cf. aussi Vagbh. p. 60 et suiv. (2) Ci-dessus II. 17.

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-+>(129 ).c+ -- [TX] concerne le monde divin, le monde divin et humain à la fois, le monde humain. De sept sortes, dit le Yayāvarīya : (outre les trois précédents il y a le sujet) qui concerne le monde infernal (3), le monde humain et infernal à la fois, le monde divin et infernal à la fois, enfin le monde divin, humain et infernal ensemble. Voici (un sujet) concernant le monde divin : «r Se (4) souvenant de Nalakūbara (5), (l'apsaras) Rambhā qui regagnait sa demeure de nymphe après la séparation entonna un chant nostalgique (6), semblable au luth du (Gandharva) Tumburu, qui déroba leur frémissement aux oreilles de (l'élé- phant d'Indra) Airavaņa. Sakra (Indra) lui-même, quittant son sommeil, vit croître le trouble de ses regards devant le visage riant de (son épouse) Śacī.» /1/ (Le sujet concernant à la fois) le monde divin et humain est de quatre sortes. Une (première) catégorie (se présente) quand un être divin se rend chez les mortels et qu'un mortel se rend au ciel. Une deuxième, quand un être divin devient mortel et qu'un mortel devient dieu. Une troisième, quand un événement est arrangé comme s'il était non divin. Une quatrième, quand la forme divine se manifeste par un pou- voir surnaturel. (Cas d')un être divin se rendant chez les mortels : « L'époux (7) de Sri(-Laksmī), refuge de l'univers, Hari (-Vișņu), comme il habitait la glorieuse demeure de Vasudeva

(3) pātāliya : non attesté. (4) Metre sardulavikrīdita. Strophe reprise Hem. p. 12 Vagbh. p. 60. (s) Fils de Kubera, personnage connu du MhBh. (6) utkañcula : non attesté (glosé udgatakañculika HSS., qui propose aussi de voir dans le terme une sorte de chanson). La forme authentique est proba- blement utkanthula, attestee dans les lexiques (Unadis. de Nar., de Bhoja, de Hem., Dhatuvr. de Hem.) (7) Mètre vamsastha. Śiś. I. 1, strophe reprise Hem. p. 193. Allusion à l'avatar de Vișņu en Krșņa, fils de Vasudeva. 9

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[IX] --- +>(130).c+ --- pour régir l'univers, vit l'ascète (Narada), fils de (Brahman-) Hiraņyagarbha, qui descendait du ciel. » /2/ (Cas d')un mortel se rendant au ciel : O fils (8) de Pandu, voici ce bosquet du (parc d'Indra) Nandana, ayec ses nectars issus de l'imagination et ses couples de dieux : tout y est prêt pour les plaisirs de la boisson, parmi les arbres surnaturels (9). Ici le cercle des bassins au pied des samtānaka (10), fait de pierres de lune (11), s'emplit sans effort de l'eau limpide des torrents qui se déversent (12) par contact avec le clair de lune. » /3/ (Cas d') un être divin devenant mortel : cr Dans (13) cette lignée épanouie des Yadu, voici que Vasudeva, l'époux de Devakī, a pris naissance. Que dire de plus? De lui est né le (dieu) issu du lotus, qui concentra sur soi l'étreinte de seize mille femmes (14). » /4/ (Cas d') un mortel devenant dieu : « Quand (15) ils ont mis un pied sur un coin de la carcasse du char céleste (16) et qu'ils ont pris appui de leurs deux mains sur les deux barres d'or, les mortels, ô déesse, en leur passion pour toi, voient leurs corps frappés de tes vagues. » /5/

(8) Mètre sardūlavikrīdita. Un servant d'Indra montre un paysage céleste à Arjuna qui est allé au ciel apprendre la science des armes divines (cf. MhBh. III. 164; 168). La strophe (qui appartient peut-être à l'Arjunacarita) est re- prise Hem. p. 123 (avec sadhubhih en a). (9) Les kalpataru qui ornent le ciel d'Indra et dont la tradition reconnait cinq (depuis MhBh. V. 130, 49 I. 219,3). (10) Ou samtana, l'un des cinq kalpataru (depuis MhBh. III. 231, 23). (11) Le candrakanta al'amant de la lune passe pour repandre de l'eau au contact des rayons lunaires, L. Finot Lapidaires p. XLVII. (12) samgal- : mot rare (Vasav. chez RS.). (13) Mètre malinī. De nouveau l'avatar de Vișnu en Krsna, fils de Vasudeva, chef des Yadava. Strophe reprise Hem. p. 123. (14) Sur les seize mille femmes de Krsna, cf. MhBh. XVIII. 5 (171). (15) Mètre vasantatilaka. Description des êtres pieux qui achèvent leur vie dans l'eau sainte du Gange. Str. reprise Hem. p. 123. (10) Le vimāna.

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-++o(131 ).c+ --- [IX] (Cas d')un événement divin arrangé en (événement) non divin : a Sur (17) ces bords sablonneux de la Sarayu (18), largement éclairés par le flot du clair de lune, il y eut longtemps un jeu de dispute entre deux jeunes hommes accomplis. L'un affirme que c'est Kaitabha (19) qui fut tué le premier, l'autre que ce fut Kamsa (20). Dis-nous donc la vérité : lequel des deux as-tu tué d'abord? » /6/ (Cas d')un passage au divin manifesté par un pouvoir (surnaturel) : « Ne va (21) pas dans l'enfer, ô terre! Tu trembles, eh quoi, tu es mis en pièces, mauvais démon! Les trois mondes dont mes pas ont absorbé l'étendue, tu ne les remplis pas, hein, Bali, il s'en faut d'un pied ?- Tandis que parle ainsi en rêve l'enfant porteur du monde, qui s'était endormi dans le sein (maternel), puisse Yaśoda (22) vous garder, elle dont la joue souriante frissonne (de joie) en s'inclinant sur les pieds de (l'enfant divin) marqué du disque (23)! » /7/ (Sujet concernant le monde) humain :

(17) Mètre mandākrantā. Strophe citée Locana p. 110, reprise Hem. p. 123 Sarasv. p. 388 et cf. Kuvalay. p. 17. L'événement est décrit comme une lutte entre deux héros, alors que la strophe s'adresse à Krsna. (18) Mod. Ghaghra ou Gogra, rivière d'Audh (Ayodhya), dont le nom est conservé dans Sarju. (19) Asura qui fut tué par Krsna : épisode connu depuis MhBh. III. 203. (20) Oncle ou cousin - et ennemi - de Krsna, et roi de Mathura. Pre mière mention du nom dans MhBh. I. 2 (357) et passim. (21) Metre sragdhara. Strophe reprise Hem. p. 123; analogue chez Mayura (éd. Quackenbos p. 241). Rêve de Visnu-Krsna enfant qui fait allusion d'abord à l'avatar de l'Homme-lion (combat avec Hiranyakasipu), puis à l'avatar du- Nain, par lequel il mesura en trois pas toute l'étendue du monde et, de la troisième enjambée, renfonça le démon Bali et ses troupes dans le monde infernal (depuis MhBh. III. 272). (23) Femme du Berger Nanda, mère nourricière de Krsna (le nom est dans le MhBh., le récit dans Hariv. Pur.). (23) Le cakra, emblème de Vișņu 9.

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[IX] « La (2a) jeune épouse travaille au lieu de sa belle-mère, le fils occupe la place du père : chaque fois qu'une place est vide, un autre objet s'y met. La masse informe des séries de raisonne- ments (roule) à la manière d'un cours d'eau (24a) : il n'y a point de retour, le monde va de l'avant sans interruption. » /8/ (Sujet concernant le monde) infernal : « Karkota (25) te rend hommage des millions de fois (26); ac- corde un regard à Taksaka; Kapila et Kulika sont prêts à te faire un salut respectueux, et le barde te célèbre; le lotus que voici est un siège de dévotion ; voici que se pressent (27) au- devant de toi Kambala et Bala. Que le roi des serpents (28) s'en aille en serpentant (28a), que Sankhapāla soit expédié dans sa demeure! » /9/ (Sujet concernant le monde) humain et infernal : Va t'en (29), Ārdrāvali, tu ne connais pas Karņa, ô Apa- karņa! Le disciple du disciple de Hara (30) n'encoche pas deux

(24) Metre sikharini. Strophe reprise Hem. p. 123. - vadhu au sens de «brun Bhojaprab. V. 257 (L. Oster p. 17). (24a) Idée analogue MaiU. IV. 2. (25) Mètre sragdhara. Strophe d'hommage à Visnu, le dieu au siège de lo- tus. Strophe reprise Hem. p. 123 et Vagbh. p. 60. - Karkota et les suivants, noms de Naga (J. Ph. Vogel Serpent-lore passim), tous connus MhBh. sauf Sankhapāla qui est connu en bouddhique (Vogel p. 133) et cf. dans le MhBh. Śankhaśiras °śīrșa °mukha °piņda. Bala est connu comme Asura. (26) kotikrtvas : non attesté. (27) avalug- : mot jaina (Parsvanath. trad. M. Bloomfield p. 222 et Fest. Wackernagel p. 225), attesté aussi Kad. (pw.); olag- en pkt. (28) Vāsuki (Vogel passim). (28a) sotsarpa : non attesté (utsarpa lex.). (29) Mètre vasantatilaka. Conversation entre le héros des Kaurava, Karņa, et le serpent Aśvanesa (appelé ici d'un nom, inconnu ailleurs, Ardravali et Apakarņa) : Aśvasena est entré sous forme d'une flèche dans le carquois de Karņa en vue de tuer Arjuna, mais Karņa refuse de se servir une seconde fois de ce procédé déloyal (MhBh. VIII. 90), cf. Vogel p. 77 et suiv. Strophe re- prise Hem. p. 123. (30) Le disciple de Hara (Siva) est Parasurama, dont Karņa est lui-meme le disciple.

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+>(133).+ -- [IX] fois sa flèche. Regarde donc maintenant avec intérêt dans le combat la destruction du diadème d'Arjuna au moyen de flèches qui sont celles d'un mortel! » /10/ Ici encore, comme dans le cas précédent, il s'ensuit une division mixte (comprenant) toutes (les incidences) (31). (Sujet concernant le monde) divin et infernal : ct Puisse (32) vous protéger (Siva) armé du pināka, ce lotus dont le péricarpe est la foudre (émanée) de son chignon ; la tige étant son propre corps ; le feuillage son chaperon; les étamines mouvantes sa langue fourchue; (lotus) qui res- plendit avec les serpents (fixés) à ses oreilles! » /11/ (Sujet concernant le monde) divin, humain et infernal : cr Il y (33) avait un merveilleux ascète, Astīka, qui sauva du sacrifice (ordonné) par le fils de Parīkșit (34) la lignée des ser- pents représentés par Taksaka, ainsi que Šakra. Aujourd'hui encore, s'enroulant autour des branches de santal aux monts Malaya (35), les troupes de serpents femelles, quand elles com- mencent à se balancer, chantent sa gloire avec émotion. n /1 2/ Ainsi on a retracé ce qui forme la caravane (sārtha) illimi- tée des sujets dont (le poète) peut vivre (upajīvyamāna), disent les maîtres. - Admettons qu'il y ait en effet une caravane illimitée de sujets; elle (n'en relève pas moins) de deux formes seulement, (à savoir, un sujet) bien posé à la suite d'un raisonnement (vicārita), et (un sujet) plaisant, sans rai-

(31) Les quatre subdivisions du groupe «divin-humain» s'appliquant aussi au groupe humain-infernal». (39) Metre vamsastha. Strophe reprise Hem. p. 123. D'une part Siva, d'autre part les Naga. (33) Metre sārdūlavikrīdita. Strophe reprise Hem. p. 123 Vagbh. 61. D'une part le sage Āstīka, d'autre part les serpents et leur chef Taksaka (dont le roi Janamejaya, fils de Parīkșit, a juré la perte), enfin Indra (Sakra), cf. MhBh. I. 53 et suiv. (34) pārīkșitīya : non attesté. (35) Ci-dessus III. 109.

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[IX] sonnement (36). Les Traités ont recours à la première de ces deux (formes), les OEuvres poétiques à la seconde, disent les tenants d'Udbhata (37). Ainsi, (comme exemple de la seconde) : « Pour (38) franchir la masse des eaux, Hanumant s'elança vers le ciel en rougissant de son éclat le firmament radieux comme un pétale de lotus bleu. » /13/ Ou encore : « En (39) s'élancant vers le ciel sombre comme (une lame d') épée (10), les grands Sages rapides comme la pensée attei- gnirent Osadhiprastha (41). » /1 4/ Ou encore : L'eau des fleuves est toujours la même ; grande est la permanence des astres (42) et ainsi de suite. Cette forme (donnée) à l'espace, aux fleuves, à la mer, etc., ne représente pas la forme véritable, elle représente bien plu- tôt la manière dont on perçoit (ces objets). Or la perception ne réside pas dans l'objet sous forme d'une identité foncière. S'il en était ainsi, les disques du soleil et de la lune (43) qui mesurent douze pouces quand on les délimite à la vue, ne seraient pas

(36) Cf. l'avicāritaramaņīya et le vicāryaramāņīya, deux sortes de camatkāra, Kavikaņthabh. HI. 2 p. 129. (37) Allusion probable au comm. d'Udbhata sur Bham. V. 33 et suiv. (38) Scène connue où ale singe» Hanumant saute par-dessus la mer pour rejoindre Sītā à Lankā (Ram. Y. 1) (39) Kum. VI. 36 (avec te ca° en a). (40) asiśyāma : cf. śastrīśyāma cité MhBhāsya II. 1, 55. (a1) Ville du Himalaya. Cette strophe comme la précédente décrit le ciel comme bleu, alors qu'il est en réalité incolore : c'est là une notion qui ne repose pas sur le raisonnement ; cf. Bham. V. 34 asisamkāsam akasam. (42) Cf. Bhām. loc. c. : tad eva vāpīsindhūnām aho sthemā mahārcisah ade méme pour (l'eau) des étangs ou des fleuves (on la dit bleue alors qu'elle est incolore ; on la croirait toujours la même alors qu'elle est différente); oh! la stabilité des grands luminaires (les astres qu'on croit éternels sont détruits en fait à chaque pralaya)n. Noter stheman neutre. (43) sūryacandramasoh : forme de type védique Wa, II, 1 p. 153 $ 63 f et p. 158 $ 67 a rem.

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-- >(135 ).04 --- [IX] décrits dans les Purana et autres textes traditionnels comme égaux en mesure au cercle terrestre (44) : tel est l'avis du Yaya- varīya. De même pour les constellations, les fleuves, la mer et autres (objets) analogues. Or c'est en fonction de la perception que la forme propre à un objet est utilisée dans la composition des traités et des poèmes. Voici (un exemple) pour les Traités : Quand (45) les nuages et la boue ont disparu, que le ciel et l'eau sont purs, la lune par rapport aux étoiles joue le rôle du cygne par rapport au lotus. /15/ Les poèmes sont faits exactement de la même manière. Admettons (avons-nous dit) qu'il y ait une caravane illimitée de sujets. Mais la composition (littéraire) [nibandha] convient pour (un sujet) comportant du sentiment, non pour (un sujet) dépourvu de sentiment (rasa), dit Aparajiti (46). Il a dit en effet : On (47) ne doit pas arranger ici de manière trop longue la description des baignades, des cueillettes de fleurs, du crépus- cule, du lever de la lune, ete., vu que (ces choses), même si elles comportent du sentiment, ne possèdent pas le sentiment approprié (48). /16/ Quant à (s9) l'effort (qu'on applique) à décrire rivières, mon- (94) Cf. W. Kirfel Kosmogr. p. 129 sur les dimensions des corps célestes; sur la valeur de l'angula, ibid. p. 331 et suiv. (45) Comparaison du type rūpaka entre la lune et le hamsa etc., suivant les règles de la grammaire et de la poétique, et reposant sur une perception apparente. (s0) Quelque theoricien du rasa de l'ecole de Bharata. Un Aparajita est cité dans Karpur. comme un poète contemporain, admirateur de RS. (Konow- Lanman p. 197); aussi Padyāv. index, Locana p. 25, Vakroktij. II. 59; cf. ci- dessous n. 4g. (47) Mètre āryā. (48) prakrta (=prastuta comm. HSS.) : conforme à l'état qu'il s'agit de susciter. L'éd. GOS. p. 188 bas comprend comme s'il y avait prakrta. (49) Mètre arya. Strophe reprise Hem. p. 215 qui l'attribue à Lollata, auteur d'un comm. sur le NS. et peut-être un autre nom d'Ãparajiti. - Cette strophe et la précédente visent le drame plutôt que la lyrique.

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[IX] tagnes, mers, villes, chevaux, chars, etc. (49a), il a pour résultat (d'accroître) la renommée du talent du poète, mais les gens ayant de l'envergure d'esprit ne le tiennent pas à haut prix. /17/ C'est juste, dit le Yayavarīya. Tel sujet est éprouvé comme susceptible de sentiment, (tel autre) comme non susceptible. Mais dans un poème ce sontles paroles du poète qui développent du sentiment ou qui manquent de sentiment (50), ce ne sont pas les sujets. On se rend compte de ce fait par (la loi) de la pré- sence et de l'absence (51). Voici une expression de sentiment dans la description d'une rivière : « Regarde (52), femme à la taille mince, cette Tamraparņī : tirées du creux des coquillages qui s'ouvrent au sein de l'onde, ses eaux, sur les seins plantureux des (femmes aux) gracieux sourcils, se transforment pour prendre l'aspect de colliers de perles. » /18/ Expression du sentiment dans la description d'une mon- tagne : cr Voici (53), (femme) aux yeux de gazelle, les sites chers au bienheureux (Amour, le dieu) né de la pensée; ils sont en

(49n) Cf. Dandin I. 16. (50) rasay- : non attesté en ce sens, comme dénominatif de rasa; virasay- non attesté. (51) Argument logique de l'anvayavyatireka, dit d'un signe qui est à la fois positif et négatif, c'est-a-dire invariablement présent quand l'objet signifié est présent, absent quand celui-ci est absent (Tarkas. n° 48). Ici les trois strophes qui suivent montrent qu'une description banale de la rivière, etc. peut susciter un rasa chez un bon poète (anvaya); la strophe d'après montre comment, chez un poète inhabile, la description d'un sujet dél cat comme la séparation des amants est hors d'état de provoquer du rasa (vyatireka). L'anvayavyatireka est aussi employé en grammaire (L. Renou Terminol. s. u.) et cf. ci-dessus IV. 6 V. 97; en poétique Bham. V. 48; 51 Dhvan. p. 129 et suiv .; 138.

Érotique. (52) Metre vasantatilaka. Cette strophe a été déjà citée KM. V. 52. Rasa

Érotique. (53) Metre sardulavikrīdita. Strophe reprise XIV. 19. Egalement le rasa

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-+>( 137 ).c+ --- [IX] bordure des rivières sur les pentes du Malaya (54) : c'est là que, dans les nuits sombres, les femelles de la bartavelle, le bec ouvert et dressé, la gorge palpitante, boivent les rayons, cou- leur de perles, de (l'astre) qui boit lui-même les ténèbres.» /1 9/ Expression du sentiment dans la description de la mer : ar Ce (55) vin qui dans le trouble amoureux (56) devient le seul maître des (femmes) aux yeux de gazelle; ce firmament humide de clarté lunaire qui apporte la désolation à celles qui se sont fâchées avec leur mari (57); le printemps (58) qui est toujours l'âge éternel des dieux; Lakșmī enfin comme divinité tutélaire des fortunes; voilà (toute) l'aimable activité de l'océan.n /20/ De même il y a du sentiment aussi dans la description d'une ville, d'un cheval, etc. Même dans le cas d'une séparation (de deux amants) le sentiment peut manquer (59). « Les (60) états différents (61) du mien ne m'ont pas apporté d'aise, car ma pensée était fixée sur elle; quant aux autres (c'est-à-dire aux états pareils au mien), à cause de leur simili- tude même, ils sont pour moi sans saveur, du fait que mon désir n'a pas eu son fruit. Ainsi, délibérément détaché des

(54) Ci-dessus III. 109. (55) Mètre sārdūlavikrīdita. Bālar. X. 44 (avec pīyūsabhujām ca manmatha- suhrn nityam vayah sampadām en c; jalanidhes tac citram en d). La strophe, qui développe le rasa Merveilleux, décrit les essences produites par le baratte- ment de l'océan, depuis la liqueur» personnifiée en Énergie féminine de de Varuņa, dieu de la mer (varunī), jusqu'à Lakșmī, épouse de Vișnu. (56) kilakincita : mot de Balar. (pw.) et d'ailleurs ; références chez K. K. Handiqui Naișadh. trad. p. 547; kili° dans une strophe attribuée à RS. de Sūktim. p. 367. (87) Theme commun en littérature. (58) smarasuhrd, cf. smarasakha Kum. (59) En corrigeant arasavatta avec GOS. p. 189. Mais on pourrait garder atirasavatta cil faut un extreme sentimentn. Cf. Dandin I. 17 sur le thème de la séparation. (60) Mètre sikharini. Cette phrase est trop «scolastique», semble-t-il, pour développer du rasa. (61) vidharman : non attesté en ce sens. - Lire asa ad avec HSS.

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[IX] --. 8ø(138 ).6++ -- premiers, repoussé par les seconds, où donc mon cœur, privé de sa bien aimée, trouvera-t-il ailleurs le bonheur? »/21/ Un mauvais poète, même quand (il décrit) une séparation, refoule le sentiment. Qu'il y ait ou non du sentiment dans les sujets, c'est dans les paroles du poète qu'il réside (en fait). /22/ Que la forme d'un sujet soit telle ou telle, le sentiment qu'elle contient dépend de la nature particulière de celui qui l'énonce. Le même sujet que loue un (individu) passionné, un être sans passion le blâme, un indifférent demeure (en face de lui) tel qu'il était, dit Palyakīrti (62). c La lune (63) est toute fraîche pour ceux qui passent la longue nuit - comme si c'était un instant - avec leur bien-aimée; elle consume comme un brandon ceux qui en sont séparés. Pour nous qui n'avons ni amantes ni séparation, qui sommes exempts des unes et de l'autre, la lune brille pareille à un miroir, ni chaude ni fraîche.n /23/ La forme d'un sujet se transmet au moyen des tournures subtiles (64) de la langue, elle n'est pas fixée naturellement, dit Avantisundarī (65). On dit à ce propos : La nature (66) propre d'un sujet est chose accessoire pour le poète; les qualités ou absences de qualités dans un poème sont sous le contrôle de l'expression. Celui qui célèbre la lune la représente comme (l'astre) aux rayons d'ambroisie; le coquin

(oa) Ce nom est connu comme celui d'un grammairien jaina, appelé aussi Šākatāyana (K. B. Pathak IA. XLIV p. 275 XLV p. 25 Annals Bhand. I p. 7). Le nom figure dans la strophe introductoire du comm. d'Abhayacandra. (63) Metre sardūlavikrīdita. Strophe citée dans Prabandhaci. II. 77 (avec saha et ksipram en a; tu na en c; asau en d). Cet eremple montre comment un même objet, la lune, est rasavant chez l'un, nirasa ou udasina chez l'autre. (6s) bhangi : mot attesté Dhvan. p. 169 où le Locana glose : agramyata. Au sens propre, par ex., Dandin III. 117. (as) Ci-dessus V. 84. (66) Metre upajāti.

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--- (139 ).c+ -- [IX] qui la critique prétend que c'est une mine de défauts (67). /24/ Les deux (théories) sont exactes, dit le Yayavarīya. Quant au (sujet même), il est de deux sortes, suivant que le domaine en est une (strophe) détachée (68) ou bien une (œuvre) composée (69). Et pour chacun de ces deux (types) il y a cinq sortes : (le sujet peut être en effet) pur, mixte, narratif, combinatoire ou romancé. Il est pur (śuddha) (69a) quand il (repose sur) un événement (itivrtta) isolé; mixte (citra) (69b) quand il est le même, mais avec des développements (prapañca); narratif (kathottha) (70) quand il (repose sur) un événement passé; combinatoire (71) quand (il repose sur) un événement imaginaire (sambhāvita); romancé (akhyanakavant) (72) quand il (repose sur) un événement arrangé (parikalpita) (73). Voici, dans le (type) « détaché», (un exemple de sujet) « pur» : ct Elle (75) n'a pas appris à être habile devant un premier tort (67) doşākara signifie aussi lune» (Śatrumj.). (os) muktaka Dandin I. 13 Dhvan. p. 141 et suiv .; 161 Agnip. CCCXXXVII. 24; 36 Namis. ad Rudr. XVI. 36 SahD. 566 («prose simple, sans composés») et 558 («poème complet en une seule strophe»). Exemples Srngaratil. I. 38 p: 118. (en) prabandhd, v. ci-dessus V. 63. (69a) Avec un autre sens Rudr. VIII. 46 et suiv. (69b) Gf. ci-dessus I. 29. (70) Sur le terme katha, v. notamment S. K. De BSOS. III p. 507, et parmi les sources anciennes, Dandin I. 15; 23 et suiv .; 38 Bham. I. 18; 28 et suiv. Vam. I. 3, 33 Dhvan. p. 141 et suiv. Rudr. CVI. 20 et suiv. etc. (71) samvidhanakabhu : le terme saņividhanaka désigne un enchamement de faits Uttar. III. 46/47, et samvidhana est une «qualite du sens» Agnip. CCCXLVI. 12 et suiv. (79) Dérivé non attesté. - akhyāna NS. XVI. 2; 21 Dandin I. 28 SahD. 500 Kavikanthabh. II. 1 p. 126 et cf. ci-dessus II. 44. (73) Bham. I. 18 divise la poésie en sargabandha (= prabandha), abhineyā- rtha, ākhyāyikā, kathā, anibaddha (= muktaka); Vām. I. 3, 27 donne simple- ment anibaddha et nibaddha; Dandin I. 13 divise le sargabandha en muktaka, kulaka, kośa et samghata (termes non définis). Gf. les divisions plus articulées chez Dhvan. III. 7 et les poéticiens ultérieurs. (74) Metre sardūlavikrīdita. Amaru 19 (ed. R. Simon p. 73) [avec les var. prāņesapranayāparādhasamaye sakhyopadeśam vinā en a; vakroktisamsūcanam en

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[1X] -+>(140 )4+-

de son mari; le corps ployé d'émotion, elle ne connaît pas le procédé (de langage) qu'illustre la diction ambiguē (vakrokti); avec le lotus de ses yeux qui chavirent, la jeune femme ne sait que pleurer en versant des larmes dont les gouttes frémissantes et houleuses roulent cristallines sur ses joues claires. » /25/ (Exemple de sujet) « mixte» : Nostalgique (75) quand (l'amant) est au loin, se détournant quand il approche, largement ouvert quand il parle, rougissant quand il embrasse, la liane des sourcils se fronçant de colère quand il saisit sa robe, empli de larmes en un instant quand il se met à tomber à ses pieds, l'œil de la (belle) courroucée est adroit certes à assumer toutes formes quand l'amant s'est mis en faute. » /26/ (Exemple de sujet) « narratif» : Dans (76) ce meme Himalaya d'ou revint le glorieux prince

b; 'mülagalitaih en c; luthallolālakair en d]. La plupart des variantes sont connues. La strophe est citée KvPr. I p. 131; elle décrit la conduite d'une jeune femme naïre en présence d'une première offense de son amant. Les stances d'Amaru sont le type de la poésie muktaka. (o5) Metre sardulavikridita. Amaru 49 (ed. R. Simon p. 86) [avec la var. samkocita® en b]. Strophe reprise KvPr. I p. 194, qui consiste en une série d'images figurant autant d'états d'ame. (26) Metre fardularikridita. La strophe fait allusion à un événement historique (d'où suit que katha pourrait signifier ici efait d'histoiren, mais cf. ci-dessous n. 85 où ce sens ne convient pas). Le roi Ramagupta, ayant été vaincu par un Saka, fut contraint de livrer sa femme Dhruvadevi; mais son jeune frère Candragupta prit le déguisement de la reine et tua le Saka. Le nom de Ramagupta n'est pas connu des inscriptions, mais on sait par celles-ci que Dhruva-devi ou "svaminī fut l'épouse de Candragupta (II), qui régna de 379 à 414 environ et qu'on sait avoir détruit des Saka (Ksatrapa). Le Harsacar. VI p. 993 (trad. Cowell-Thomas p. 194) parle d'un eroi des Saka qui, dans la cité de son ennemi, tandis qu'il courtisait la femme d'un autre, fut égorgé par Candragupta qui s'était déguisé dans le costume de sa maitresse» (cf. le comm. de Sañkara ad loc.). Outre les inscriptions, la source principale est le drame Devicandragupta de Visakhadatta. Sur ce drame et sur ces faits en général, v. R. G. Bhandarkar Early History Deccan' p. 195 V. Raghavan J. Ben. Hindu Univ. II n° 1 Sten Konow J. Bihar a. Orissa Res. Soc. XXIII n° 4 K. P. Jayaswal ibid. XVIII n° 1 A. S. Altekar ihid. XIV p. 923 D. Sharma ibid.

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-+>( 141 )-e+ --- [IX] Śarmagupta, lorsque, sa force étant brisée, (toute) issue blo- quée pour lui, il dut livrer la reine Dhruvasvaminī au souverain des Khasa - là où les Kimnara (77) jouent leurs airs auprès des grottes profondes, ta gloire est chantée par les troupes de femmes de la ville de Kārttikeya (78).» /27/ (Exemple de sujet) « combinatoire» : « Voyant (79) les deux bien-aimées installées sur le même siège, il s'approcha prudemment par derrière; à l'une il ferma les yeux sous prétexte de lui mettre un bandeau pour s'amuser; tournant alors légèrement le cou, frissonnant (de plaisir), le coquin embrasse l'autre, dont l'âme est excitée par l'amour, et dont un rire intérieur agite les joues. " /28/ Ou encore : cr Comme (80) j'avais jauni de suc de safran le corps de la femelle royale des flammants, le flammant apprivoisé se

XXII p. 276 V. V. Mirashi IHQ. X p. 48 N. N. Das Gupta Ind. Cu. IV n° 2 D. R. Bhandarkar Malaviya Comm. Vol. p. 207 R. Pischel GN. 1901 p. 485 S. Lévi J. as. 1923, 2 p. 200. Références épigraphiques dans GOS. p. xXI et 192. Or voici que RS. appelle Ramagupta (le Kacagupta des inscriptions ?) Sar- magupta (var. Senagupta), et le roi des Saka le «souverain des Khasa» : sur ce terme Khasa, connu notamment par NS. XVII. 51 Mn. MhBh., v. A. Stein Rajatar. transl., index s. u. et S. Lévi Népal I p. 257 BEFEO. IV p. 556 V p. 260 J. as. 1915, 1 p. 102; 1918 p. 118. Ce serait donc un Kușāņa du Panjab plutôt qu'un Kșatrapa du Malava. D'après GOS., le vers de RS. peut s'adresser à Skandagupta (auquel ferait allusion le nom de Kārttikeya, du 4° pāda), le petit-fils de Candragupta II : ce règne est décrit comme si prospère que les dames de la ville chantent librement la gloire du roi sans craindre le péril venu du Himalaya, où jadis Sarmagupta fut vaincu par le Khasa. (77) Musiciens célestes, anciennement hybrides cheval-homme. (78) Kārttikeya vocatif? peu probable. En tout cas un Kārttikeyapura est connu par les inscriptions, cf. GOS. p. 194 et V. V. Mirashi IA. LXII p. 201. (79) Metre śārdūlavikrīdita. Amaru 19 (éd. R. Simon p. 66) (var. °samgate en a, comme le ms. B de la KM. ; pidhāya en b ; tiryag® et sapulakapremo® en c; "lasat° en d). Repris Vagbh. p. 61 et Sarasv. p. 62. (80) Mètre sragdharā.

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[IX] -* >(142 ).c ;--- sépara d'elle, l'ayant prise pour un tadorne (81) femelle. Le fruit de ce péché mien est en train de mûrir, puisque, liés par l'amour, nous habitons tous deux la même maison, et que pourtant, ô mon aimé, il n'est pas de contact entre nous, fût-ce d'un regard.» /29/ (Exemple de sujet) « romancé» : cr Avec (82) les défenses, préalablement faconnées, des élé- phants sauvages qui furent capturés à l'intention des sollici- teurs, le fils de Haihaya (Arjuna), secourable aux autres, fabriqua la maison de Sambhu.n /3o/ (Exemple de sujet) « pur» dans le (type) composen : «r Je fus (83) longtemps le point de mire de ses regards, fixes et dilatés, avec la liane des sourcils se redressant, doucement entr'ouverts, allongés vers les coins et un peu contractés quand ils rencontraient mes yeux. » /31/ (Exemple de sujet) « mixte» : « Sous (84) ses longs cils elle jetait des regards obliques où se mêlaient la langueur, la naïveté, l'affection, la fixité et la mollesse, et ses pupilles se dilataient sous l'intensité de son admiration secrète. Mon cœur sans défense fut enlevé, entraîné, absorbé et arraché.n /32/ (Exemple de sujet) « narratif » : « Les sens (85) excités (par Kama), Prajāpati conçut un désir pour sa propre fille (86); (Kāma) fut maudit par ce (dieu) une

(81) cakravāka Casarca rutila Pallas ; cf. Hobson-Jobson s. u. Brahminy duck et ci-dessous XI. 57. (82) Mètre āryā. Épisode inconnu de la carrière du héros épique Arjuna. (83) Metre mālinī. Mal. I. 27 : Madhava decrit à Makaranda les sentiments qu'il lui semble que Malati a pour lui-même. (84) Mètre mālinī. Mal. I. 28 : suite du même sujet, mais avec des aperçus diversifies. Str. reprise Sarasv. p. 516. (85) Mètre vaitāliya. Kum. IV. 41. Il s'agit ici d'une «histoiren fabuleuse, encadrée dans un mahākāvya, comme les exemples environnants le sont dans un mahākāvya ou dans un drame. (s4) Sarasvatī, Tilottamā ou encore Samdhyā : cf. le Kāļikāpur. qui déve-

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[IX] fois qu'il eut réprimé son égarement; et voilà quel en fut le fruit (87). n /33/ (Exemple de sujet) « combinatoire» : a Retire (88) ta colère, Seigneur, retire - tandis que ces mots des Marut courent dans les airs, le feu jailli des yeux de Bhava (Śiva) réduit l'Amour en cendres. » /34/ (Exemple de sujet) « romancé» : rr Touche (89) avec ton (pied) le croissant de lune sur la tête de ton époux, dit en riant l'amie, qui mettait du rouge sur les pieds (de Parvatī) : celle-ci alors, prononçant une béné- diction, la frappa de sa guirlande sans rien dire. » /35/ A quoi bon (en dire davantage)? Dans toutes les langues comme en sanskrit il faut procéder suivant la convenance, suivant le goût et suivant l'intérêt (qu'on veut éveiller). Il faut comprendre l'arrangement correct des formes et des idées pour manier l'expression et la chose à exprimer. On dit à ce propos : Tel (00) sujet est arrangé par un bon poète sous la forme d'une expression sanskrite, tel autre en prākrit, tel encore en mots apabhramsa; que dis-je? Un autre enfin en langue des Bhūta (91). Tel (sujet) se laisse traiter en deux ou trois langues, un autre en quatre : le bon poète dont l'esprit hardi est fait comme (il a été dit), l'univers est inondé de sa renommée. /36/ La parole d'un poète dont l'esprit est éduqué par la masse

loppe l'histoire de l'inceste de Prajapati, laquelle est de date védique (J. Muir Skt Texts I2 p. 107 IV p. 45). (87) La destruction de Kama. (88) Mètre indravajra. Kum. III. 72 : seène connue de Siva irrité consu- mant Kamadeva. (89) Mètre indravajrā. Kum. VII. 19 : Pārvatī est invitée par son amie à toucher de son pied la tête de Siva son époux, quand celui-ci l'inclinera vers elle pour demander pardon. Strophe reprise Dhvan. p. 213 Sarasv. p. 533. (90) Mètre sragdhara. (91) Thème des quatre langues : ci-dessus III. 20.

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[X] --- +>(144 ) .< + --

des sujets ainsi (définis) ne s'émousse point, même quand (elle aborde) une voie difficile. /37/

DIXIÈME LEÇON :

COMPORTEMENT DU POÈTE ET COMPORTEMENT DU ROI (kavicaryā rājacaryā ca) (1).

Quand il a acquis les Sciences (principales) (2) et les Sciences auxiliaires (upavidyā), (l'apprenti poète) s'essaiera à l'activité poétique. Répertoires des noms et des verbes (3), Recueils lexicographiques (a), analyse des Mètres (5), textes de Poétique (6), telles sont les Sciences (préparatoires à) la poésie. Les Sciences auxiliaires, ce sont les soixante-quatre arts (kalā) (7). L'association avec des poètes patronnés par les hon- nêtes gens, la pratique du pays, l'habileté dans la contro- verse, l'usage du monde (8) et les conversations avec des

(1) Sur le a making of the Sanskrit poet», v. F. W. Thomas Bhand. Comm. Vol. p. 375. (a) Meme expression (grhītavidya) Kamas. I. 4, 1; upavidyā ci-dessus II. 96. (3) nāmadhātupārāyane. Ce sont les répertoires complets où figurent avec les racines verbales tous les dérivés nominaux, ainsi le Dhatuparayana de Pūrņacandra. Il y avait une école de Parayanika, cf. B. Liebich éd. de Kşīra- tar. p. 211. Ici le terme englobe la grammaire, et l'énumération analogue Vam. I. 3, 3 et suiv. porte : śabdasmrti. (4) abhidhānakośa : même expression Vām. loc. c. Kāmas. I. 3, 16. C'est le nom exact des «lexiquesn, Th. Zachariae Ind. Worterb. p. 1 $ 3. (s) chandoviciti, cf. ci-dessus II. 34. Titre repris Vam. 1. 3, 6. Le chando jñana fait partie des soixante-quatre arts, Kamas. loc. c. (6) alamkaratantra : ceci vise essentiellement le groupe Bhamaha, Dandin, Udbhata, Vamana et Rudrata. - R. ne cite donc ici que quatre sciences principales (plus de détails ont été donnés au chap. VII ). (7) Cf. I. 4. (8) lokayālrā : le terme (ci-dessus II. 66) répond à loka, lokavrtta Vām. 1. 3, 1 et suiv.

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-+>.(145)-+ --- [X] connaisseurs, voilà les Mères de la poésie, - ainsi encore que les compositions des poètes anciens. On dit à ce propos : Une bonne (9) condition (physique), l'inspiration, l'exercice, la dévotion, l'entretien avec des connaisseurs, une vaste éru- dition, la solidité de la mémoire et le goût (qu'on prend aux choses), voilà les huit Mères de la profession de poète. /1/ De plus, il faut que (le poète) soit toujours pur (10). Il y a trois sortes de pureté : pureté de la parole, pureté de la pen- sée et pureté du corps (11). Les deux premières (sortes) sont engendrées par les Traités. La troisième (consiste à avoir) les pieds aux ongles bien taillés, la bouche (rafraîchie) par le bétel (12), le corps oint avec mesure, des vêtements de grand prix mais point outranciers (13), la tête (parée) de fleurs. Car un maintien pur est le moyen, assure-t-on, de gagner Saras- vatī. L'œuvre poétique est conforme à la manière d'être du poète : tel l'aspect du peintre, tel l'aspect de sa peinture, dit- on couramment. (Le poète) doit adresser la parole avec un sourire, parler partout de manière expressive (uktigarbha), rechercher de toutes parts le secret, s'abstenir de critiquer les poésies d'un autre quand on ne s'adresse pas à lui ; quand on s'adresse à lui, s'exprimer suivant la vérité. Sa demeure doit être bien nettoyée, avec diverses pièces adaptées aux six saisons (14), un enclos planté où des places de (9) Mètre aryā. Vām. 1. 3, 11 donne aussi les membres abhiyoga et pratibhā. (10) Cf. tout ce développement avec Kāmas. (nāgarakavrtta) et AS. I. 19 (16) (rajapranidhi); plus lointainement Suśrutas. IV. 24, 3 et suiv. Brhats. LXXVI. 1 et suiv .; brièvement Vam. I. 3, 18 et suiv. D'après KM. : Kavikaņ- thabh. II, passim. (11) Triade parole, pensée, corps (/action) connue en pali, cf. le Diction- naire Rhys-Davids-Stede p. 144 col. 2 bas ; dans l'Avesta, Dictionnaire de Bartholomae s. u. manah. Manque dans le Veda. (12) Le bétel est cité aussi Kamas. I. 4, 8 avec les fleurs et les onguents ; cf. aussi, ibid., 16. (13) Cf. anulbaņaveșa Kād. (chez Apte). (14) Notion connue depuis l'AV., H. Zimmer Ai. Leben p. 373 keith- Macdonell Ved. Index s. u. rtu. 10

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[X] repos sont aménagées au pied de nombreux arbres, une col- line pour le jeu, un étang de lotus, des rivières se dirigeant vers la mer, une circulation de canaux, des paons, daims et pigeons, des hérons, canards et oies, des tadornes, courlis, orfraies, perroquets et merlettes (15). (La maison sera en état) d'abolir la fatigue de la chaleur, elle comportera des étages (16), des salles de bains (17), fontaines, berceaux de lianes, ainsi que des balançoires et escarpolettes (18). Quand son esprit est las de s'adonner à la poésie, il faut pour dissiper la démora- lisation (qui en résulte), soit une domesticité (qui exécute) les ordres en silence, soit l'absence de tout être humain. L'ensemble des serviteurs sera en mesure de parler l'apa- bhramśa, les servantes ont un penchant pour la langue du Magadha (19), les femmes du gynécée connaissent les langues prākrite et sanskrite (20), et les amis du (poète) sauront toutes les langues (21). Le scribe (22) sera habile en toutes langues, (15) Cf. les krīdāśakunipañjarāņi Kāmas. I. 4, 13. Le nom des perroquets et celui des merlettes forment une association fréquente, sukasārika, depuis les édits d'Asoka : cf. Konow-Lanman ed. de Karpur. p. 229 n. 8 Tawney- Penzer trad. de KSS. VI p. 183 n. 2 Hobson-Jobson s. u. myna. (16) subhūmi? L'éd. HSS. conserve subhūti, qu'elle entend comme épithète tr agréablen. (17) dharagrha, t. tech. connu; autre sens du mot Samarang. XVIII 50. (18) Le composé prenkhādolā est donné déjà Kamas. I. 4, 15 et commenté par Yaśodhara : preraņayā yā dolyate ... cakradolā tu cakraparibhramaņena sā prenkha. La dola est definie Silparatna II. 33, 53. Sur l'usage de la dola dans les fêtes religieuses, J. J. Meyer Trilogie I p. 158 et suiv. (19) La māgadhī, l'un des prakrits du théâtre, langue des serviteurs et en général de gens de basse condition (appartenant au gynécée royal NS. XVII. 49), v. R. Pischel Prakrit-Sprachen p. 22 $ 23. Nulle part la restriction aux femmes n'est enseignée. Mais sans doute faut-il entendre samagadha «pour la langue du Magadha et pour d'autres». (20) Cf. NŚ. XVII. 37 et 40 sur l'usage du sanskrit chez les courtisanes, etc. ; nātyantam samskrtenaiva nātyantam deśabhāsayā Kāmas. I. 4, 50; Sarasv. II. 7 p. 121; 10 et 12 p. 122. (21) Cf. ci-dessus V. 66. (29) lekhaka : cf. la description des qualités propres au scribe Lokaprakāśa (Ind. Stud. XVIII p. 321) et G. Bühler Ind. Palaeogr. p. 5 et g4.

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--- +a-( 147 )-e+ -.- [X afin d'épurer l'agencement (samskāra) des sessions (poé- tiques) : il sera prompt en parole (23), d'élocution gracieuse, connaisseur des gestes et attitudes, expert en diverses écri- tures, poète et interprète des signes. Quand il est absent, par exemple dans les (séances) qui durent toute la nuit (25), un autre (le remplacera) parmi ceux qu'on a nommés ci- dessus. Dans la demeure du (poète, l'emploi) des langues est réglé suivant ce que le patron (prabhu) a fixé. Ainsi, l'on sait qu'il y eut au Magadha un roi nommé Śiśunāga (25) : il fit valoir dans son gynécée un règlement (sui- vant lequel) il interdit huit lettres difficiles à prononcer, les quatre cérébrales - t et les suivantes -, trois spirantes - la troisième (du groupe des quatre spirantes) étant exceptée (26), - enfin ks. On sait aussi qu'il y eut au Surasena (27) un roi nommé Kuvinda (28); dans son gynécée même ... comme il est dit ci- dessus il interdit les groupes de phonèmes rudes (à pro- noncer) (29). On sait aussi qu'il y eut au Kuntala (30) un roi nommé

(23) šīghravāc : cf. āsukavi ou sīghrakavi, poète improvisateur, R. Pischel Hofdichter p. 28 E. Kreyenborg Der XXV. Gesang d. Srik. p. 121 A. B. Keith Skt Liter. p. 344 n. 2. (21) atiratra : non attesté en ce sens. (25) Le premier nom de la seconde dynastie du Magadha, celle des Saisu- nāga, nom connu par les Purāņa (ainsi Vișnup. IV. 24) et par les chro- niques cinghalaises (Sisunaga), La Vallée Poussin L'Inde jusque v. 30? p. 237. (26) C'est-à-dire qu'il conserva le phonème s (dental) : ce trait est contra- dictoire avec la magadhi, qui remplace s par s. H. Krishna Deb JAOS. XLV p. 72 pense arbitrairement à un dialecte non indien. - ks est considéré comme un phonème simple dans l'alphabet tantrique par ex. (27) Ci-dessus III. 83. (28) Nom inconnu (= Govinda). (29) Le trait phonétique essentiel de da sauraseni est la sonorisation de t et th. (30) Ci-dessus III. 111. 10

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[X] -+>(148).c+ -- Śatavahana (31) : (il ordonna) dans son gynécée même ... comme il est dit ci-dessus la langue prakrite. On sait aussi qu'il y eut à Ujjayini (32) un roi nommé Saha- sānka (33) : (il ordonna) dans son gynécée même ... comme il est dit ci-dessus la langue sanskrite. Une boîte avec une tablette et de la craie, une cassette, des feuilles de tadi (34) ou des écorces de bouleau avec des pinceaux et des encriers, des feuilles de palmier avec des poinçons en fer, des murs (35) bien polis : voilà ce que (le poète) devra toujours avoir à portée de sa main. Tel est en effet l'équipement de la science poétique, disent les maîtres.

(31) L'empire dekkhanais des Andhra est marqué par la dynastie des Sata- karņi (Satakani) ou Satavāhana, dont l'apogée se place au Ier siècle de l'ère (La Vallée Poussin L'Inde ... des Mauryas p. 207). Hala est l'un des rois de la dynastie, et son nom est relié à celui du Kuntala. Il pourrait donc s'agir ici de la maharastrī, dont Hala fut un patron : en tout cas la donnée de RS. reflète la faveur marquée que cette dynastie eut pour le prakrit S. Lévi J. as. 1902, 1 p. 110. - Sur les Sātavāhana, v. notamment S. Lévi Cinquant. Ec. Htes Etudes 1921 p. 94 K.P. Jayaswal J. Bihar a. Orissa Res. Soc. XVI p. 227 XVIII p. 7; en dernier lieu S. Lévi J. as. 1936, I p. 61 ; et parmi les sources indiennes, Kamas. II. 7, 28 (-qui parle d'un Kuntala Satakarņi Sātavāhana) ; Prabandhaci. chap. 1; Vikramacar. éd. F. Edgerton p. 176; Kathās. I chap. 6; Caturvimśatiprab. 15 p. 73 ; Vīracaritra passim; Sarasv. II. 15 p. 123 (ke 'bhūvann ādhyarājasya (= Sālivāhanasya comm. ) rājye prā- krtabhāsiņah ... ) Dhvan. p. 145. (32) Ci-dessus III 100. (33) Autre nom de Candragupta II, souverain d'Ujain (La Vallee Poussin Dynasties p. 47), dont le nom est donné comme celui d'un poète Sūktim. IV. 111 p. 49; 57 p. 44. Sarasv. loc. c. ajoute : kāle śrīsāhasānkasya (= Vi- kramādityasya comm.) ke na samskrtavādinah. - L'épcque Gupta est celle, sinon de la renaissance», comme on croyait autrefois, du moins de l'apogée de la culture sanskrite dans nombre de domaines littéraires. (34) La forme usuelle est tali, désignant d'ailleurs diverses plantes (Cory- pha umbraculifera Roxb.). La mention du bhūrja et celle du masībhānda vient du Lokapr. loc. c .; sur ces noms ainsi que sur la lekhanī et les pha- laka: v. Bühler op. c. p. 5; 88; 91 et suiv. (35) bhitti ? Murs pour ecrire, ou tableaux (comme Dasakum. chap. a vers la fin).

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-- +>(149).+ -- [X] C'est l'inspiration qui est le vrai équipement, dit le Yayãva- rīya. Le poète devra façonner d'abord sa personnalité (ātman). Quelle est ma préparation (samskāra)? En quel domaine lin- guistique suis-je fort? Quel est le goût des gens, celui du patron? En quelle sorte de société est-il expert (36)? Ou bien encore, à quoi bon cet esprit est-il porté? - ces réflexions faites, qu'il s'applique à une langue particulière, disent les maîtres. - Pareille règle limitative est bonne pour un poète spécialisé, mais pour celui qui est libre (de son expression) toutes les langues sont comme une seule, dit le Yayāvarīya. On constate aussi le recours à (telle ou telle) langue suivant le pays propre (à l'auteur). On dit à ce propos : Les Gauda (37) et autres se tiennent au sanskrit, les gens du pays de Lata (38) ont l'habitude et le goût du prakrit, tous ceux de Maru (39), de Takka (40) et de Bhādānaka (41) usent de l'apabhramsa, les gens d'Avanti (42) et du Pariyatra (43), ainsi que les natifs de Daśapura (43), cultivent la langue des Bhūta (45).

(36) Ou : suis-je expert, selon le ms. A. (37) Mètre sragdhara. - Sur les Gauda, v. ci-dessus III. 79 VII. 103 (où il est dit que les G° doivent renoncer au prakrit). Sur la culture sanskrite au Bengale, extrêmement développée au moyen âge, v. Ch. Chakravarti Aunals Bhand. XI p. 235 S. K. De NIA. I p. 1 Il p. 263 et Mélanges F. W. Thomas p. 50 ainsi que Haraprasadasamvardhanalekhamālā (1932) Il p. 202 D. C. Bhattacharya Asutosh Mookerjee Vol. I p. 189. (38) Ci-dessus VII. 106 où il est dit que les Lata détestent le sanskrit. (39) «Le désertn (Marvār), Rājpūtānā. (40) Pays entre Vipasa et Sindhu, soit une partie du Panjab. Le nom est attesté lexicalement. (41) Nom manquant dans les dictionnaires, contrée mal déterminable. - Sur l'origine géographique présumable de l'apabhramsa (problème des Abhi- ra), H. Jacobi éd. de Bhavisatta Kaha p. 73 *. (42) Ci-dessus Ill. 100. (43) Portion nord-ouest du Vindhya; cf. B. Ch. Law Ind. Cu. III p. 733. (44) Mandasor (Dasore) dans le Malva. (45) La paisacī (ci-dessus III. 20) Noter que Gunadhya, qui fut le bhūta- bhasapranetr (F. Lacôte Guņadbya p. 49) et dont l'œuvre semble bien avoir

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[X] -+>( 150 ).c+- Quant au poète habitant à l'intérieur du Madhyadeśa (46), il est versé dans toutes les langues. /2/ Le poète doit connaître le consentement (47) des gens et aussi se dire : où est mon (opinion propre)? Qu'il évite ce sur quoi on n'est pas d'accord, et qu'il s'attache à ce qui est admis. /3/ Qu'il ne conçoive pas de dégoût sur lui-même par le seul fait de la matveillance des gens ! Qu'il se connaisse lui-même, puisque le monde est sans contrôle ! /4/ Le monde loue par des chants et des beaux dits (le poète) qui appartient au passé ou qui se trouve à l'étranger, mais il est plein de mépris à l'égard du poète, si grand soit-il, qu'il a devant ses yeux. /5/ L'œuvre d'un poète qu'on a devant les yeux, la beauté d'une femme (qui fait partie) de la famille et la science d'un médecin (attaché) à la maison, c'est tout juste si elles plaisent à tel (entre mille). /6/ C'est (48) une facon d'agir très ridicule, pour celui qui se complaît à piller (49) les paroles d'autrui, que de critiquer en même temps des poètes qui sont de vraies mines de trésors de belles paroles, pour la seule raison qu'ils sont des poètes. /7/ Une parole savoureuse se laisse goûter des honnêtes gens; fût-il peu savoureux, un poème va de bouche en bouche, par.

été écrite en paisacī, a vécu à Ujjayinī (=Avanti). Sur la connexion possible de la paisācī et de la région du Vindhya, A. B. Keith Skt Lit. p. 969 G. Grierson JRAS. 1921 p. 424. (46) Partie centrale de l'Inde continentale, entre Himalaya et Vindhya, entre Sarasvatī et Prayaga (cf. les définitions connues de Manu, du MhBh. etc., W. Kirfel Kosmogr. p. 60; 71); la plus ancienne peut-être est celle du Pratijnāparisita, éd. Weber p. 102 et 104. (47) sāmmatya : non attesté, (48) Mètre vamsastha. (49) pataccaratā : dérivé non attesté.

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--- +*(151) ·- [X] l'effet de la curiosité, parmi les enfants, les femmes, le bas peuple. /8/ L'œuvre poétique des gens prêts à (assumer) un travail de circonstance, celle des ascètes errants, des rois, des poètes improvisateurs (50), s'achemine en un jour vers les dix points de l'espace (51). /9/ Les fils, les élèves, les soldats vantent et récitent les poèmes du père, du maître, du roi, sans même faire de discrimina- tion. /10/ De plus : on ne devra pas réciter (un poème) à moitié achevé, le fruit en est un manque de perfection (52) : telle est la doctrine secrète (kavirahasya) du poète. Non plus (tire une œuvre) nouvelle en présence d'un seul : car si celui-ci la déclare sienne, par quel autre témoin sera-t-it dénoncé? Non plus mettre à trop haut prix ce qu'on a fait soi-même, car la partialité verse pèle-mêle qualités et défauts. Non plus s'en- orgueillir, car un peu d'orgueil suffit à détruire (53) tous les apprêts (samskāra). On fera juger (son œuvre) par d'autres : on dit couramment que l'auteur ne (voit) pas ce que voit un (observateur) désintéressé. On devra gagner la faveur de celui qui se considère lui-même comme un poète, en flattant son désir. Car (réciter) une belle parole devant quelqu'un qui se croit poète, c'est gémir dans le désert (54) et (n'aboutir qu'à) la confusion. On dit à ce propos : Voici (55) e secret suprême de l'habileté (littéraire) : ne pas

(30) sadyahkavi (non sadyah kavi)= aśukavi, ci-dessus n. 23. (51) Les daśa diś, notion connue depuis SB. (BR. s. u.); ci-dessous XVII. 327. (5a) asamāpti : terme du MhBhasya. (53) anucchid- : donné MW. sans référence. (54) aranyarudita, aranye rud-, expression proverbiale depuis le Pañc. I. 393 (Ind. Spr. s. u.) Namis. ad Rudr. VIII. 37 et ef. BR. s. u. G. A. Jacob A second handful of popular maxims s. u. (s3) Metre vamsastha.

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[X] --- +>(152 ).c+- réciter une belle parole devant quelqu'un qui se croit un poète. Non seulement celui-ci ne l'apprécie point, mais il en cause la perte en l'annexant à son œuvre propre. /11/ Les activités qui n'ont pas leur temps fixé mènent à la con- fusion. Il faut (56) donc diviser sa journée et sa nuit en quatre parties suivant les veilles (57). S'étant levé le matin, ayant fait le rite de l'aurore (samdhya) et l'hommage (aux divinités, le poète) récitera l'hymne à Sarasvati (58). Ensuite, confortable- ment installé dans son cabinet de travail, il pratiquera les sciences (préparatoires) à la poésie et les sciences auxiliaires (upavidyā) jusqu'au terme de la (première) veille. Il n'y a pas de source d'inspiration (pratibha) comparable (59) à cette toute première préparation. Dans la deuxième (veille, il se livrera) au travail de (création) poétique. Vers midi (59a), il se baignera et mangera sans se laisser interrompre. A la fin du repas, il provoquera une réunion (gosthī) de poésie. Quelquefois aussi il rompra (60) (des lances, par) questions et réponses (61). (Il complètera) un poème en joignant (62) (à ce qui est énoncé

(56) C'est ici surtout que commence l'imitation d'AS. et Kamas. Le thème de la division des journées et des nuits est connu aussi du Daśak. éd. Bühler- Peterson II p. 52 (trad. J. J. Meyer p. 344); il est ébauché Mn. VII. 145 et suiv. Yogayātra Il. 17 sqq. (57) yāma, période de trois heures (la nuit est appelée triyāma) Vam. 1. 3, 20. L'acception est déjà, à l'état latent, dans RV. X. 127, 4 (yāman). (58) Plusieurs Sarasvatī-sūkta ou °stotra sont connus. (59) HSS. lit (ou corrige?) na hy evamvidho 'nyah; le neutre est en effet difficile à justifier. (59a) upamadhyāhnam : non attesté. (60) Noter ce sens de bhid -: à la fois rompre (des lances) et résoudre (des problèmes). (61) praśnottara, v. ci-dessus III. 28. (o2) kāvyasamāsyā : le terme complet est samasyāpūraņa (Kāmas. I. 3, 16) samasyāparipūraņa Kavikaņthābh. II. 3 et le jeu est décrit chez Mankha XXV. 103 sq. Sarng. p. 72 sqq. Vikramacar. éd. F. Edgerton p. 237 Praba- ndhaci. et Bhojaprab. passim; cf. aussi, chez les poéticiens, Hem. p. 10 Vagbh. p. 14. Bibliogr. : Th. Aufrecht ZDMG. XXVII p. 51 A. Weber Ind. St. XVI p. 160 R. Pischel Hofdichter p. 98 E. Kreyenborg Der XXV. Gesang

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-+.(153).e4 --- [X] ce qui ne l'est pas), s'exercera à une méthode pour appren- dre par cœur (63) et autres occupations variées (64) jusqu'à (la fin de) la troisième veille. Dans la quatrième, tout seul ou en petit comité, (il procédera à) l'examen de la poésie qui aura été exécutée dans la matinée. Tandis que l'on compose une œuvre, on est sous l'empire du sentiment (rasa) et l'œil ne la juge pas bien, c'est pourquoi il faut la revoir (65). Reje- ter ce qui est de trop, compléter ce qui fait défaut, changer la disposition de ce qui a été mal placé, rajouter ce qui a été oublié (66) : voilà la manière d'emplir (la quatrième veille). Le soir, il faut révérer le crépuscule (samdhya) ainsi que Sara- svatī. Puis ce qui a été composé et revu dans la journée sera mis au net (67) jusqu'au commencement de la nuit. (Le poète) fera alors l'amour avec une femme, au gré de son besoin (68). Pendant les deuxième et troisième (veilles de la nuit) il dor- mira convenablement : un sommeil profond est ce qu'il y a de mieux pour que le corps ne soit pas malade. A la quatrième (veille) il se réveillera avec zèle. Durant l'instant brâhmique (69)

des Śrik. p. 123. Il s'agit de proposer des pada isolés de poètes connus, pour qu'on les complète. (63) dhāraņāmātrkābhyāsa (ainsi faut-il découper le composé) : l'erpression vient de Kamas. loc. c. (qui la cite à côté de yantramātrka) et cf. Kāma- dhenu ad Vām. I. 3, 7. Le terme bien connu mātrka au sens d'alphabet figure déjà NS. XVIII. 4. D'après le commentaire (moderne) de HSS. il s'agi- rait de reproduire des lettres en peinture. (64) L'expression citra yogah pourrait avoir un sens plus précis : elle figure Kāmas. loc. c. dans la liste des 64 kalā, et Yaśodhara la glose par : procé- dés magiques nocifs. Ici il s'agirait sans doute d'aksara disposés de manière à former des figures (Rudr. V passim). Sur citra, v. ci-dessus I. 29. (65) anuparīks- : non attesté. (66) prasmrta : en ce sens dans Balar. (pw). (67) abhilekhana: MW. (sans référence), Apte (id.). (68) yāvadārti : non attesté, ārti insolite. Le mot semble avoir été pris au sens de kheda, qui désigne l'instinct sexuel dans un passage de MhBhasya I p. 8, 12 (=rāga Kaiy., rincapacité à réfrêner ses sens»). (69) brāhme muhūrte : la dernière veille de la nuit est appelée l'heure de

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[X] -- +( 154 ).e+ -- Fesprit apaisé passe en revue les diverses affaires. Ainsi (s'or- donnent) le jour et la nuit. Il y a quatre sortes de (poètes), celui qui ne voit pas le soleil, celui qui est assidu, celui qui est occasionnel et enfin (le poète) de circonstance. Le (poète) qui ne voit pas le soleil (70) est celui qui, installé au fond d'une caverne, d'une demeure souterraine, ete., fait des vers dans un état d'abso- lue (concentration) : tous les instants sont à lui. Le (poète) assidu (nisanņa) est celui qui fait des vers en s'adonnant à l'activité poétique, sans toutefois pratiquer une absolue (con- centration) : lui aussi a (tous) ses instants. Le (poète) occa- sionnel (dattāvasara) est celui qui-fait des vers quand il n'est pas empêché par son service de cour ou par toute autre (occupation) : il a quelques instants, (à savoir) la moitié de la quatrième veille (70a) de la nuit : c'est l'heure de Sarasvati; (en outre) la fin du repas : car le rassasiement fait éprouver un sentiment de bien-être; (en outre) la fin de l'acte de chair : car le seul moyen de (se fixer sur un) objet unique est d'être détourné du besoin (sexuel) (71); enfin le voyage en litière : car l'esprit qui se détourne des objets extérieurs, où qu'il porte son attention, y demeure collé comme de la gudū- ci (72). (Bref), chaque fois qu'il pense avoir un instant à lui, c'est le temps de la création poétique. Enfin le (poète) de

Brahman, Mn. IV. 92 Vas. XII. 47 Visnus. LX. 1 Raghuv. V. 36 et autres références chez J. J. Meyer trad. d'AS. p. 682. (70) asūryampasya : composé attesté chez Panini III. 2, 36 où d'après les commentateurs il désigne l'épouse du roi qui demeure enfermée au gynécée (attesté en ce sens chez les Jaina, M. Bloomfield Fest. Wackernagel p. 229 et index de l'Adisvaracar. trad. H. Johnson vol. I). (70a) Comprendre turīyayamardhah, que lit de fait HSS. (71) arti, v. ci-dessus n. 68. (72) guducilagam lag- : type de namul (MSL. XXIII p. 377 ou l'on verra plusieurs exemples analogues, tirés du Balar. ). - Sur la gudūcī, v. ci-dessus VII. 110.

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--- ( 155 )+- [X] circonstance (73) est celui qui fait des vers à propos de quelque événement; le temps est pour lui déterminé par la circons- tance même. Cette marque limitative vaut pour les hommes ayant une compréhension (innée) ou empruntée (74). Pour celui qui (tire sa compréhension) de l'enseignement, (les choses vont) simplement à son gré : tous les instants (sont bons), et toutes les marques limitatives (niyamamudrā). Comme les hommes, les femmes (75) aussi peuvent devenir poètes (76). Car c'est la préparation (poétique) (samskāra) qui entre dans la personnalité (de l'auteur), la distinction entre mâle et femelle ne joue aucun rôle. On connaît par oui-dire et pour les avoir vues des princesses (77), des filles de digni- taires (77a), des courtisanes (78) et des femmes d'acteurs (79) qui sont en même temps des poètes dont l'esprit a été faconné par les Traités. Une composition parachevée devra être reproduite en plu- sieurs copies (80). On relate à ce propos : (73) prāyojanika : non attesté. (74) Allusion au début du chap. Iv. (75) Sur les femmes poètes dans l'Inde ancienne, v. le chap. de M. Krish- namachariar Class. Skt Liter. p. 391. Les anthologies abondent en strophes dues à des femmes, K. Raghavan J. Myth. Soc. XXIV 2 XXV 1-3 XXVHI 1-3 (notamment sur Ramabai) J. Bimal Chaudhury IHQ. XV p. 454 (sur Vijjā[kā] ou Vijjikā, que KM. cite VI. 125 XII. 57 sans la nommer) et p. 543 (sur Morika) R. Pischel Fest. Bohtlingk p. 92 (sur Sita). Références chez F. W. Thomas, Introdr. à Kavmnd. p. 86 et suiv. (strophes commençant par śabdārthayol, ke vaikata", sarasvatīva, sūkūānām, pārthasya manasi et nīlotpala°) = Sūktim. p. 47. Cf. Avantisundarī (ci-dessus V. 84) et plusieurs femmes cultivées dans les drames de RS. (76) kavībhū -: non attesté. (77) Kāmas. I. 3, 12 a pareillement santy api śāstraprahatabuddhayo gaņikā rājaputryo mahāmātraduhitaras ca. (77a) L'expression mahāmātra figure depuis les textes palis et Asoka; chez AS., B. Breloer Kaut .- Studien III p. 251 F. W. Thomas JRAS. 1914 p. 390. (78) Sur les gaņikā, v. notamment AS. Il. 27 (44); aussi J. J. Meyer trad. du Daśak. p. 55 O. Stein Megasthenes p. 114. (79) kautukin au sens d'rartisten Bhojap. (L. Oster p. 16). (80) ādarśa : mot de comm. et du skt moderne.

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[X Le dépôt, la vente, le don, le fait de quitter le pays, la vie brève, la destruction (81), le feu et l'eau, voilà les causes de la perte d'une composition (littéraire). /12/ La pauvreté, l'attachement aux vices, le dédain, la mal- chance et la confiance en un méchant ou en un ennemi, voilà les cinq grandes calamités (auxquelles est exposée) une œuvre poétique. /i 3/ Je la mènerai à bonne fin, je la parachèverai, je l'exami- nerai avec des amis : voilà l'égarement de l'auteur, voilà ce qui, avec le bouleversement du royaume, est cause de la perte des compositions (poétiques). Si l'auteur (82) fait des vers comme on a dit, suivant les divisions du jour et de la nuit, son poème, telle une rangée de perles, est suspendu au cou des honnêtes gens. /14/ Le charme des compositions est en exacte proportion de l'application (abhiyoga) et de la préparation (samskara) du poète. /15/ Pour une (stance) isolée (muktaka), les poètes sont en nombre infini, pour une (œuvre) suivie (83), les poètes sont une centaine; mais dans une grande composition (84), il y a un poète ou deux, on en trouverait malaisément trois. /16/ On dit à ce propos : Bien (85) des choses sont exprimées de manière dispersée, au gré de la fantaisie : on aurait du mal à citer une compo- sition où le lien entre les idées ne se soit pas perdu. /17/

(81) truțikā (var. truțima): non attesté en ce sens (non plus que truți); le comm. (moderne) de HSS. glose alpatā. (82) krtin : non attesté en ce sens. (83) samghāta, terme de Dandin I. 13 où le s° forme avec le muktaka, le kulaka et le kośa l'une des quatre divisions du kavya. Cf. aussi Bhāvapr. p. 151, 16 et p. 282, 20. (84) mahaprabandha : autre nom de sargabandha, Dandin loc. c. (8s) Śiś. II. 73.

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-+>(157).4+ --- [X] C'est (86) après avoir médité le style (rīti), considéré les qualités (guņa), pénétré la caravane (sārtha) des formes et des idées et poursuivi les signes (mudrā) des belles expres- sions (sūkti) (87), que le sage devra faire effort dans le domaine de la composition (littéraire) : qui donc navigue sans gou- vernail sur l'océan? /18/ A (88) s'exercer tous les jours auprès des sages qui ont savouré les arcanes (upanisad) du langage, l'essence du verbe finit par s'épanouir un jour ou l'autre, en quelque mesure et de quelque manière que ce soit, chez l'homme qui a vu beaucoup : - cela vient de la maturation (pāka) des belles expressions. /19/ Ainsi la déesse Sarasvati fait vœu de fidélité conjugale au poète qui ne tourne vers rien d'autre toute l'activité de son esprit. /20/ Le succès, le plus haut qui soit au monde, se présente pour les belles expressions du (poète : succès) dont le Maître même des discours (Brhaspati) ne connaît pas la beauté fon- cière. /21/ Le Roi, (lui-même) poète (89), devra organiser un concours (samāja) (90) de poètes. Le roi étant poète, tout le monde sera poète. Il devra faire faire une salle de réunion (sabha) pour l'examen des poèmes. Elle sera pourvue de seize piliers, de

(86) Mètre vasantatilaka. (87) Termes techniques connus de l'art poétique; ressemblance générale avec Vam. III. 1, 1-3. (88) Mètre vasantatilaka. (89) Sur les rois poètes (type Harsa), cf. M. Krishnamachariar Class. Skt Lit. p. 397. Sur les relations entre princes et poètes, R. Pischel Hofdichter p. 4 et 28 (et Deutsche Revue 1904) A. B. Keith Skt Liter. p. 52 S. Ch. Chakravarti Mélanges Ojha p. 61 Baladeva Upādhyāya Poona Orientalist I, 2, p. 13; plus particulièrement, sur la sabha poétique, Śrikanthac. XXV (E. Kreyenborg p. 77 et 114). (90) Sur ce mot, F. W. Thomas JRAS. 1914 p. 392.

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[X] quatre portes, de huit tourelles (91); la salle de jeu du roi y sera contiguë. Au milieu de la salle de réunion, une estrade (92) flanquée de quatre piliers, haute d'une coudée, le parquet (serti) de joyaux. C'est là que se trouve le siège du roi. Au nord de (ce siège) doivent s'installer les poètes sanskrits. Dans le cas d'un poète (parlant) beaucoup de langues, (telle ou telle place) lui est assignée suivant celle où il est le plus versé. Mais s'il est (également) versé en plusieurs, il s'assiéra tantôt ici, tantôt là, en se déplaçant. Viennent ensuite les connaisseurs dans la science du Veda, les philosophes (93), les spécialistes des Purăna et de la Smrti, les médecins, astro- logues et autres (personnages) du même genre (94). A l'est (du trône), les poètes prākrits, puis les acteurs (95), danseurs, chanteurs, musiciens, conteurs (96), comédiens (97), batteurs de

(91) mattavaranī (que le comm. de HSS. commente par unmattakareņu!) NŚ. I. 90; sans doute identique à mattavāraņa de Vasav. et (avec un dérivé en -iya) de Balar. (pw.), ainsi que de Manasara XVI. 19. (92) vedika, cf. P. K. Acharya Dict. of Architecture s. u. (93) prāmāņika (cf. ci-dessus VIII. 17). On doit entendre par ce terme, au premier chef, les Mimamsistes, dont l'importance dans les cours royales est connue (J. Jolly Recht u. Sitte, p. 31 $ 11 et p. 14); Mn. XII. 111 cite comme faisant partie de la parişad un hetuka et un tarkin. (9s) Liste analogue Harsacar. p. 265 (trad. Cowell-Thomas p. 236) Daśak. pūrvap. I fin. (trad. J. J. Meyer p. 159) AS. V. 3 (91) qui cite les mau- hūrtika à côté des pauranika : sur l'importance cjuridique» de ces derniers, voir AS. V. 6 (95), 60 etc .; smārta = dharmaśāstriņah. (95) Énumération presque identique AS. II. 27 (44), 38 et 1 (19), 42; cf. aussi II. 22 (4) la répartition des professions à l'intérieur d'une place forte. - nata est l'acteur (professionnel) ; nartaka le danseur ou l'acteur des formes mineures du drame (homme déguisé en femme, glose HSS .! ) : les deux mots sont souvent accouplés, ainsi MhBh. XII. 69, 60 Ram. II. 67, 15. - Cf. aussi Ep. Ind. V p. 222 Dīghanik. I. 1, 13. (06) vūgjivana (ou : récitateurs?) : n'est attesté que dans AS .; de même pour vūdana qui précède. (97) kušilava : terme ambigu qui a une signification générale (acteur) et une autre plus spéciale qui nous échappe; cf. NS. XXXV. 23 et 37. Dans les lexiques : terme analogue à cărana, comédien ou mime ambulant.

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-- +(159 ).c+ --- [X] mesure (98). A l'ouest, les poètes en apabhramsa (99), puis les peintres et sculpteurs, les sertisseurs de joyaux (100), bijoutiers, orfèvres, charpentiers, forgerons et autres analogues. Au sud (101), les poètes en langue des Bhūta, et après eux les parasites, courtisanes, saltimbanques, mimes (102), jon- gleurs (103), lutteurs, ceux qui vivent des armes et autres du même genre. Alors (le roi), confortablement assis, ouvrira l'assemblée (gosthi) poétique. Il fera produire (les œuvres) et les jugera. Il imitera en générosité et en marques d'honneur Vasudeva (104), Śātavāhana (105), Śūdraka (106), Sāhasānka (107) et tous les autres

(08) tālāvacara : tālāpacara HSS. (tālāpacāra AS. II. 4, 16) : les deux formes sont attestées dans le Ram. pour désigner des danseurs. (99) apabhramsin : dérivé non attesté. (100) mānikyabandhaka : non attesté, cf. manibandha, baddhā manibhih Megh. etc .; manikya est en propre le rubis». (101) Direction des morts. (102) śaubhika : donc ici terme péjoratif. Le mot n'est connu que par les lexiques et par un passage souvent discuté du MhBhasya, notamment H. Lüders SBB. 1916 p. 714 qui y voit des montreurs et explicateurs pour le théatre d'ombres ; cf. contra A. B. Keith Skt Drama p. 32. Le terme est attesté aussi dans AS .; dans le Nītiv. LV. 5-6 les s° figurent parmi les indi- vidus méprisables servant d'espions. (103) jambhaka : mot d'AS. I. 12 (8), 1 (jambhakavidyā); aussi Avimāraka V. 6 et Dūtavākya I. 40/41. (10%) Sans doute le roi kusāņa du second siècle (ou un kușāņa ultérieur du même nom ?) plutôt que le fondateur de la dynastie Kaņva (selon Harșacar.). Ces vers d'anthologie sont attribués à un V°. (105) Ci-dessus n. 31. Tous les S° sont connus comme patrons de poètes, et Karpūr. I. 20, 21 mentionne Hāla. - Sūktim. p. 43, 53. (106) La tradition fait de Sūdraka, auteur de la Mrcchakatikā, un roi, au sujet duquel les seules précisions qu'on possède figurent dans le prologue audit drame. (107) Ci-dessus n. 33. S'il s'agit de Candragupta Il et que le titre de Vikra- māditya fut bien le sien, il faut rappeler ici le rôle bien connu de V° comme protecteur des lettres, patron d'une cour de poètes, etc. : références par exemple chez M. Winternitz Ind. Litt. III p. 42.

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[X] -- +>(160).+- chefs de cenacle. Les membres de la reunion (sabhya) seront honorés et entretenus; à l'occasion ils recevront des cadeaux (108). Hommage (sera rendu) comme elle le mérite à l'œuvre poétique (jugée) la meilleure qui soit au monde, ou à son auteur. Par intervalles, (le roi) invitera la réunion poétique à (lire) des passages de Traités. Un (mets) sucré n'est pas bon à goûter sans un stimulant. Une fois terminée (la récitation) des poèmes et des traités, il prendra son plai- sir parmi les connaisseurs. Pour les experts venus de pays étrangers, il fera faire en une autre occasion une réunion selon les convenances et les usages, ainsi qu'une fête d'hon- neur. Il gagnera par persuasion ceux qui cherchent à être entretenus, et il les retiendra. Cet océan qu'est le roi est l'unique refuge pour ces trésors (que sont les meilleurs) d'entre les hommes. Et ceux qui vivent aux frais du roi s'in- spireront de la conduite du roi. Les bonnes dispositions (samskāra) de ceux qui vivent aux frais (upajivin) du roi sont un service (rendu) au roi lui-même. Dans les grandes villes, (le roi) organisera des séances de brâhmanes afin d'examiner les œuvres poétiques et didac- tiques. Ceux qui auront satisfait à cet examen auront un char de brâhmane (109) et un turban de soie. On raconte qu'à Ujjayinī (110) il y eut une épreuve pour auteurs d'œuvres poétiques : C'est ici, à Visala, que passèrent l'épreuve (parīkșita)

(108) Cf. l'épilogue du Naișadhac. (strophe 4) et autres textes cités dans l'article des Mél. Ojha précité (n. 89). (109) brahmaratha : expression du Ram. Ceci rappelle les daksiņa du rituel et en général les récompenses attribuées au brâhmane à la suite d'un vrata. (110) Ville surnommee aussi Visala «la vasten (depuis Ram.) : precisément la ville de Vikramaditya. V. des histoires de pandit d'Ujjayinī sur le compte de cette cité chez A. V. W. Jackson JAOS. XXII p. 331.

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[X] Kālidāsa (111) et Meņtha (112), ici Amara (113), Rūpa (114), Sūra (115) et Bharavi (116), Haricandra (117) et Candragupta (118).

On parle aussi d'une épreuve (pariksa) pour auteurs d'œuvres didactiques, à Pataliputra (119) : C'est ici qu'Upavarsa (120) et Varșa (121), ici que Paņini et

(111) De la description d'Ujjayinī donnée dans le Meghaduta on conclut en général que Kalidasa était originaire de cette ville. (112) Bhartrmentha, poète connu par les anthologies : cf. M. Krishnama- chariar Class. Skt Lit. p. 131, qui rappelle qu'il y a lieu de croire que ce poète (qu'on situe d'ordinaire au temps de Kalidasa, mais au Kaśmīr) serait venu en contact avec Vikramāditya. RS. (Balar. I. 16) se considère comme l'avatar de «Bhartrmedun (S. Lévi Théatre p. 183). (113) Le lexicographe connu Amarasimha, l'un des neuf joyaux» de la cour de Vikramaditva. Des vers lui sont attribués dans les anthologies (et cf. Ep. Ind. I p. 332). (114) Un Rūpadeva est cité dans les anthologies (cf. Saduktik. I. 55, 1)? (115) Sans doute Aryasura, poète bouddhiste connu, dont la langue est vantée dans une strophe de Saduktik. (Th. Aufrecht ZDMG. XXXVI p. 365); Ep. Ind. XIII p. 288 (sur Ādiśura). (116) Le célèbre auteur du Kiratarjunīya. On ne sait rien de précis sur sa vie. (117) Sans doute le jaina Haricandra, imitateur de Magha dans son Dhar- maśarmābhyudaya, loué par Bāņa (Harșacar. I. 4) et connu des anthologies (Saduktik. p. 137 de l'Introd.). Karpūr. I. 20, 21 fait l'éloge d'un certain Harivrdha. (118) Est-ce le roi d'Ujjayinī de ce nom? Mais il n'est pas connu comme poète, sinon (s'il s'agit du même personnage) sous le surnom de Sahasanka (ci-dessus n. 33). (119) Mod. Patnā. (120) Le plus ancien commentateur connu des Sutra de la Mimamsa : son œuvre, perdue, est mentionnee par Sabarasvamin. Le nom est cite SrngPr. III (NIA. I n° 10, suppl., p. 16). On peut présumer que ce verset a voulu donner les noms dans l'ordre chronologique. Noter la prédominance des grammairiens. (121) Le maitre de Vararuci et de Panini au témoignage, bien tardif il est vrai, de Kathas. I. a et suiv. et IV. 30-25 où il y a toute une tradition légendaire autour de ces noms ; cf. dans le même sens BKMañj. I passim et Il. 71-7/, 11

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[XI] -+>(162).c+ -- Pingala (122), ici que Vyadi (123), ici que Vararuci (120) et Patañ- jali (125) acquirent la célébrité après avoir passé l'épreuve. /23/ Celui qui, s'instituant ainsi le patron de l'assemblée (126), examine les œuvres poétiques, devient heureux en toutes choses et sa gloire traverse le monde. /24/

ONZIÈME LEÇON :

L'EMPRUNT DE FORME (śabdaharaņa).

(On appelle) Emprunt (1) la mise en œuvre (upanibandha) de fores et d'idées qui ont déjà été utilisées par d'autres.

(192) Les fondateurs bien connus de la grammaire et de la métrique. Noter la relation donnée ici de Panini avec Pataliputra et non, comme ail- leurs, avec Rajagrha. (123) L'auteur du Samgraha, l'une des sources du MhBhasya, cf. F. Kiel- horn IA. XVI p. 101 et GN. 1885 p. 187 M. Hiriyanna IHQ. XIV p. 261 S. Ch. Chakravarti éd. du Nyāsa vol. I, append., p. 5. (124) D'apres la tradition, auteur d'une serie de traites, notamment sur la grammaire, en fait personnage semi-légendaire et volontairement confondu avec Kātyayana; en dernier lieu, L. Nitti-Dolci Gramm. prakrits p. 11. Cité Suktim. p. 43, 46. (125) Le plus important, et l'un des plus anciens commentateurs de Pāņini (à travers les vārttika de Kātyāyana), auteur du Mahābhāsya. Ger- taines allusions grammaticales de ce texte semblent indiquer le Magadha comme origine, Chakravarti op. c. p. 9 A. Weber Ind. St. XIII p. 303. - Noter que, si pour aucun de ces noms il n'est possible d'établir un contact réel avec Pataliputra, la tradition précitée du Kathas. assure que Panini, Vararuci et Vyadi furent contemporains du roi Nanda dont la capitale était Pataliputra ; et de même Varșa et Upavarșa étaient censés y habiter. L'his- toire du Kathas. a même pour suite le récit de la fondation de cette cité (I. 3). (126) sabhapati : cf. Udayasundarī I Samgītaratn. VII. 1343 et suiv. : le titre est donné notamment à Udbhata (cf. Rajatar. IV. 495). (1) harana : terme attesté chez plusieurs poéticiens tardifs (ei-dessus VIII. 6) et remplacé par upajivana Hem. p. 10; cf. F. W. Thomas Bhand. Comm. Vol. p. 379. Tout ce chapitre et les deux suivants ont été repris

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-+>(163).c+. [XI] L'(emprunt) est de deux sortes, celui qui est à rejeter et celui qui est acceptable. L'emprunt de Forme, tout d'abord, est de cinq sortes, suivant (qu'il s'agit) de mots (isolés), de vers, de demi(-vers), de stances, de compositions (entières). Parmi ces (catégories), l'emprunt de mots (isolés) n'est pas blâ- mable, disent les maîtres. Sauf, dit le Yāyāvarīya, s'il s'agit d'un mot à double sens (2). Voici un emprunt de (notion) à double sens au moyen d'un mot à double sens (slista) : or Ces (3) Kirata (4) qui de loin tirent des nuées de flèches, et plus près ces Palāśa (5) avec leurs bouches jaunes et rouges grand' ouvertes, et devant nous ce lion habitant la forêt, ne les voyez-vous pas, ô voyageurs? Insensés, prenez garde à votre vie, cherchez refuge auprès de votre divinité préfé- rée (6). » /1/

par Hem .; imités et résumés par Ksemendra et Vagbhata. Le sujet avait déjà été effleuré dans le Dhvan. IV. 12 et suiv., qui distinguait la ressem- blance entre l'objet et son reflet, celle entre l'objet et sa peinture, celle entre deux êtres humains, les deux premières sortes formant des rem- pruntsn à rejeter, la troisième étant acceptable. (2) Cf. ślesa ci-dessus I. 39. Ānandavardhana n'exclut pas le śleșa des em- prunts licites, comme fait RS .; il dit d'autre part (Dhvan. IV. 15) : quand on emploie un sujet ancien comme on emploie des syllabes, etc., et que néanmoins la matière poétique apparait comme nouvelle, il n'y a évidem- ment là rien de fautifn. (3) Metre sārdūlavikrīdita. Str. reprise Hem. p. 9 Vāgbh. p. 13. (4) Tribus montagnardes du nord, vivant de la chasse (en dernier lieu, K. Ronnow MO. XXX p. 90). Mention conventionnelle en litterature. (5) Autre nom des Raksasa, attesté dans les lexiques et chez Yasastil. (et autres, cités RS.); cf. palāsin, palabhuj, palāda. (6) Il y a double sens pour les mots silimukha aflechen et cabeille»; kirāta nom propre et nom de plante (Agathotes Chirata D. Don.). palāśa nom propre et nom de plante (Butea frondosa Roxb.), kesarin whon» et nom de plante (Mesua ferrea Roxb.), etc., en sorte que la strophe signifie aussi «ces arbres k° qui de loin attirent des nuées d'abeilles, et aussi ces p° tout près avec leurs sommets jaunes et rouges largement épanouis, et devant nous cet arbre k°, habitant de la foret. .. allez donc trouver refuge auprès de votre bien-aimée, qui est votre divinité !» (le printemps dans la forêt, conçu comme la saison de l'amour). - priyă devată au sens d'ișțade- 11

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[XI] -- +*(164 ).c+ ---

Comparer : « Ne (7) t'en va pas, ô voyageur, délaissant ton amante! Ne vois-tu pas le Kirāta qui de loin tire ses flèches et se tient là, barrant le chemin ?» /2/ Emprunt de (notion) à double sens au moyen d'une por- tion de mot à double sens : « Rien (8) d'étonnant si la (femme) indigne que j'ai obte- nue a rejeté son affection pour moi! Comment une personne qui se plaît avec les vilains aurait-elle une jouissance avec moi?n/3 Comparer : rc Est-ce (9) sous l'effet du courroux, ma belle, que ta lèvre splendide brille plus que jamais, ou est-ce à cause des bai- sers ? - Mon aimé, n'est-ce pas dû au méfait du vent ? - Eh bien! (femme) aux beaux sourcils, aime-moi avec dilec- tion, avec passion, moi qui suis plein de joie, de tendresse, d'amour, ô candide! - Tandis qu'il parlait ainsi, elle l'étrei- gnit avec force.» /4/ Emprunt de (notion) à double sens au moyen d'un (vers formant) rime (10) : c Balarama (11) lançant sur le champ de bataille sa charrue

vatā. - Sur ārāt au sens de «près, de près», voir J. as. 1939, I p. 233 n. 2. - La str. est citée Vagbh. p. 13. (7) Cette strophe (reprise Vagbh. p. 13 Hem. p. 9 avec muktva en a) emprunte quelques-uns des termes précedents, avec leur double sens. (8) Double sens au second hémistiche : comment un homme qui n'a pas faim pourrait-il manger de la viande ?n. Ce śleșa est rendu possible en joi- gnant mamsopayogam, alors que dans le premier sens on avait mām sopayo- gam. Strophe reprise Hem. p. 9. (9) Mètre sārdūlavikrīdita. Le mām de la strophe précédente est emprunté ici avec un nouvel élément sa(rasam), et le groupe mamsarasam donne l'autre sens : comme on goûte un bouillon à goût de viande, parfumé, succulent, onctueux». Str. reprise Hem. p. 9. (10) yamaka, voir ci-dessus I. 27. (11) Mètre drutavilambita. - Balarama ou Baladeva, frère ainé de Krsņa,

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[XI] qui s'étend jusqu'à la rive opposée de l'océan repoussa au delà de toutes limites la masse des Asura en désordre (12), et sa propre gloire fut immaculée comme le croissant de lune. » /5/ Comparer : cr Comme (13) avec ses flèches il dispersait leur armée déchaînée, la masse des Asura fut repoussée au delà de toutes limites : ainsi sa gloire brilla aux dix quartiers du ciel, elle fut proclamée sans limites, jusqu'aux (monts) Kula, jusque chez les dieux. » /6/ Emprunt de (notion) à double sens au moyen d'une ques- tion et d'une réponse (praśnottara) : (La ville) (14) où la foule des amants se comporte pour un instant comme Karna (15), et (où) le visage de l'amante (a les yeux qui s'allongent jusqu'aux oreilles) ... »/7/ Comparer : rr Que (16) fait l'amant dans la maison de la courtisane ? Pour combien de temps (y est-il)? Quel visage regarde-t-il ? - Il se comporte pour un instant comme Karna (et regarde

qui pourfend les démons Asura en se servant de sa charrue comme arme (d'où son autre nom de Halayudha). (12) Double sens du composé niravadhīritam arepoussa au delà de toutes limites» (l'armée ennemie) et «s'étendit sans limitesn (dit de la gloire de Balarama); akulam se rapportant à ladite gloire signifie aussi «jusqu'aux monts Kula (Kulagiri) qui bornent la terren et asuram ajusqu'au cieln (adverbes non attestés). (13) Mètre drutavilambita. Le dernier pāda de la strophe précédente est répété aen yamakan avec le double sens. (14) Deux pāda d'āryāgīti. (15) karņāyate ksaņam a un autre sens : ca les yeux qui s'allongent jusqu'aux oreillesn (cf. les expressions āyatalocana, āyateksaņa), karņāyate étant un dénominatif non attesté (sauf un ex. dans pw. Nachtrag). ~Se comporter comme Karnan signifie cêtre généreuxn, la générosité étant un trait connu de ce héros, MhBh. I. 66, etc. (10) Cette strophe utilise aussi le double sens, karņāyate kșaņam répondant aux deux premières questions, karņāyatekșaņam à la troisième.

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[xI] · -+( 166).+ -- le visage d'une femme) dont les yeux s'allongent jusqu'aux oreilles. n /8/ Emprunt d'un (groupe de syllabes formant) rime au moyen d'un (même groupe formant) rime (yamaka) : « Hommage (17) à Hari (Vișņu) dispensateur de faveurs ! Rien qu'en songeant à Lui, l'homme ici-bas ne tombe pas dans le flot de l'égarement. Maintes fois Diti pleura, frappée au cœur, tandis que (ce dieu) détruisait la troupe des Dai- tya (18). » /9/ Comparer c La (19) femme de ton ennemi gémit, ô roi, étant frappée par ton épée qui dans la bataille détruisait bientôt (20) l'armée ennemie (21). n /10/ Il en va de même pour les autres catégories (d'emprunt), qui sont en connexion les unes avec les autres. Mais ces (formes d'emprunt), assurément, ne sont pas à préconiser. On rapporte en effet ce qui suit : (Tout) autre vol (commis) par un homme s'efface (22) avec le cours du temps, mais le vol du langage ne s'efface pas, même dans (la mémoire des) fils et des petits-fils ! /1 1/ Il est sans notoriété, moi j'ai de la notoriété (prasiddhi); il n'a pas de base solide, moi j'ai une base solide (pratisthā); sa composition (samvidhānaka) n'est pas avancée, la mienne est avancée; sa phrase (vacana) est (amère) comme la gudūcī, la

(17) Mètre āryūgīti. Strophe initiale du Vrndāvanayamakakāvya de Mānānka, ef. Kāvyasamgraha éd. Haeberlin p. 453 éd. Vidyāsāgara p. 628. (18) Démons du type asura, fils de Diti. (19) Mètre manimāla. La strophe est déjà citée Rudr. III. 4; elle sera reprise Hem. p. 211. (20) aram : mot inusité en classique (un ex. isolé dans une inscription du Cambodge G. Coedès I p. 202 v. 51 ? En outre, chez les grammairiens, Kas. cité chez BR., Candravrtti VI. 3, 46 Ganaratnam. 446). (21) āra : non attesté (sauf Sis. XIX. 27 et quelques textes cités chez RS.); le premier hémistiche est tout entier en yamaka. (22) Hem. p. 9 donne les formes moyennes régulières visīryate (bis).

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[XI] mienne (sucrée) comme le raisin; lui n'a pas égard aux par- ticularités des langues, moi j'ai égard aux particularités des langues; ceux qui connaissent (son ouvrage) sont décédés, l'auteur est parti en pays étranger, ce (texte) provient d'une compilation (upanibandhana) disparue (23), ou provient d'une compilation (écrite en langue) barbare (24) : tels sont, entre autres, les motifs pour lesquels on peut se laisser aller à emprunter des mots ou des idées, dit Avantisundarī (25). Mais, disent les maîtres, il y a emprunt (illicite) à partir de trois mots qui ne sont pas à double sens. Par exemple : « Puisse (26) vous protéger (Siva) dans le faisceau de nattes duquel réside la lune, blanche comme une perle de pur (orient), tel en automne un cygne qui dort dans un parterre de lotus bleus ! n /1 2/ Comparer : a Puisse (27) vous protéger (Siva) devant qui tremblent les Daitya qui ont échappé à ses coups, lorsque les yeux de lotus de leurs bien aimées, malgré le charme qui les empreint, se teintent d'un collyre pareil à sa carnation (28) ! » /13/ Non, dit le Yayāvarīya. Une tresse (samdarbha) de mots comportant un trait (29) (forme un emprunt) à éviter, mais

(23) ucchanna : faute (prakritisme, Wa. I p. 158 $ 135 c) pour utsanna que donne Hem .; cf. aussi Edgerton-Bloomfield Ved. Variants II p. 96 $ 183. (28) mlecchita : mot de grammairiens et de lex. (-ka inattesté). Sur ce terme, J. Scheftelowitz ZII. VI p. 100 ZDMG. LXXIII p. 243 B. Liebich ibid. LXXII p. 286 BSOS. VIII p. 623 V. Pisani IF. LVII. p. 56 S. M. Katre J. Bihar a. Or. Res. Soc. XXIII (1937), tirage à part, p. 7. (25) Cf. ci-dessus V. 84. (26) Metre upajati. La strophe decrit Siva couronne du croissant de lune. Elle est citée Subhașitav. 63 et attribuée à cun certain (auteur)n. (a7) Mètre upajāti. La strophe décrit Vișņu vainqueur des Daitya; elle est citée Subhașitav. 32 et attribuée à Candraka; reprise Hem. p. 106 Abhinava- gupta ad NS. 1 p. 298 Locana p. 75. Type de strophe conventionnel, cf. Vam. IV. 3, 9; les quatre premiers mots sont empruntés à la précédente. (28) Qui est sombre, cf. Brhats. LVIII. 32. (29) ullekha : nom d'un alamkāra connu depuis Agnip. CCCXLVI. 8 Ruyy.

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[XI] non pas un vers (isolé) qui ne se laisse pas (aisément) recon naître (30). Dans une telle ressemblance il n'y aurait en effet rien de répréhensible. Ainsi : « Ayant (31) tenu ces propos singulièrement plaisants, le roi au noble cœur s'entendit dire cette noble parole par Dvaipã- yana dont l'esprit était fixé sur la victoire à atteindre ... » /14/ Comparer : « Ayant (32) tenu ces propos singulièrement plaisants, l'or- gueilleux frère cadet de Rama, (Lakșmaņa,) s'arrêta. Ceux qui connaissent les règles de la cour doivent en présence des aînés parler bref et à propos (33). » /15/ (Emprunt d'un groupe de mots) comportant un trait (ulle- kha), ainsi : r Hommage (34) à Śankara, cet océan de lait, dispensateur des renaissances et de la béatitude- poison et ambroisie-, façonneur de ces vagues que sont les sept mondes (35) !»/16/ Comparer :

p. 46; cf. SāhD. 486 (comme nātyālamkāra) Kuval. 22 et suiv. Sarasv. IV. 3 p. 340 et 615 (subdivision des guņa) Ekāv. VIII. 10. RŠ. serait-il le premier à employer le mot ? (30) Var. admise GOS. pratyabhijnāyātah et samyena, c'est-à-dire, au contraire : «même s'il s'agit d'un vers isolé qui se laisse aisément reconnaître» et rune telle ressemblance gâterait quelque peu en effet l'œuvre qui emprunte», en sorte que la strophe suivante, citée en exemple, serait un cas d'emprunt illicite. HSS. lit na praty° et samye na. (31) Mètre upajāti. Kir. III. 10 : le Sage bien connu Vyāsa Dvaipāyana va exciter au combat le héros Arjuna, roi des Haihaya. Le pāda b est de Ram. IV. 67, 49. Noter l'emploi passif du parfait abhidadhe. (32) Mètre indravajrā. (33) Il y aurait donc ici un emprunt licite du premier pāda parce que sans ullekha; ou, dans l'autre hypothèse, un emprunt illicite, bien que sans ulle- kha, parce qu'aisément reconnaissable. (34) Sankara (Siva) irrité procure à l'homme ce poison qu'est la renaissance; non irrité, cette ambroisie qu'est la béatitude. (35) Sur les sept mondes, ci-dessous XVII. 12. C'est le pāda śankaraksīra- sindhave qui acontient le traitn, lequel commande le reste de la strophe.

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[XI] « Hommage (36) à Śankara, cet océan de lait, à l'essence pure, faite d'ambroisie, chez qui se manifeste l'infinitude (37) et qui étend au loin le bindu et le nāda (38) ! " /1 7/ Même dans le cas d'un vers (entier d'une strophe), il n'y a pas d'emprunt (illicite) si (la phrase imitante) sert à pro- duire quelque chose d'autre : c'est alors vraiment une produc- tion personnelle (svīkaraņa), disent les maîtres. Par exemple : c Geux (39) qui renoncent par dessus tout ont le ciel pour refuge, ceux qui sont dénués de renoncement vont aux enfers, rien n'est irréalisable à ceux qui renoncent, car le renonce- ment annule toutes les afflictions. » /18/ Comparer : cr Le (40) renoncement annule toutes les afflictions, a-t-on proclamé ici-bas, mais c'est un mensonge : toutes les afflic- tions sont nées pour moi du fait que (la belle) aux yeux can- dides a renoncé à moi (41). » /19/ C'est là un emprunt (pur et simple), sous le nom usurpé de production personnelle (42). De même pour un emploi (concer- nant) une demi(-strophe), ainsi : « Ton (43) pied est sur la mer du sud, ô toi le meilleur des hommes, ton autre pied sur le Himavant accolé au Hema-

(36) Même idée générale, même quatrième pāda. (37) ananta (double sens) : atel (le serpent cosmique) Anantan. Ananta est un autre nom de Parvatī. (38) bindu agoutte d'eaun et nada «bruitn s'appliquent primairement à l'océan «dont le bruit jaillit comme des gouttes», mais sont en même temps des termes connus de la mystique sivaïte. (39) Mètre indravajrā. Éloge de l'état de samnyasin. Strophe reprise (avec la suiv.) Sarasv. p. 169. (40) Mètre indravajrā. La strophe est citée dans Subhāșitāv. 1271 comm e étant de Sūdraka, mais elle fait défaut dans la Mrcchakat. (41) Le pāda tyāgo hi ... qui sert à louer le renoncement dans la strophe précédente sert ici à le rejeter et à exalter l'amour (Sarasv. co.). (49) HSS. ajoute ici : iti yāyāvarīyah, mais il semble bien que l'avis du Y° ne soit donné que plus tard (n. 50) et qu'ici il s'agisse d'rautres» maîtres. (43) Mètre praharșiņī. Eloge de la puissance d'un roi.

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[XI] --- +(170).c --

kūta (44). Tandis que tu parcours ainsi pesamment la surface de la terre, que feraient donc les rois s'ils renonçaient à (te rendre) hommage?» /20/ Comparer pour la seconde moitié : c Si (45) tu tiens ainsi séparées tes deux jambes, ô roi, il est étonnant que ta « couture » (46) ne soit pas rompue !n /21/ Il en est de même lorsque (les vers empruntés) sont employés dans des hémistiches séparés : « L'éclat (47) de la lune est très grand tant que ne se lève pas le disque de l'(astre) aux rayons brûlants; dès qu'a surgi ce trésor de toute splendeur, quelle différence y a-t-il entre la lune et un morceau de nuage blanc ? n /22/ Comparer : « L'éclat (a8) de la lune est très grand tant que de plus claires (49) (qu'elle) ne se mettent pas à rire, si peu que ce soit. Du fait de ces (belles aux) visages épanouis, ces lotus (épanouis), quelle différence y a-t-il entre la lune et un mor- ceau de nuage blanc ? » /23/ Si (la phrase imitante sert) à produire quelque chose d'autre, mais seulement dans un vers (de strophe isolé), il n'y a pas production personnelle, il y a emprunt (50) sauf pour un vers. Ainsi :

(4) Chaîne de montagne au nord du Himālaya dans la géographie épicopu- rāņique. (45) Deux pāda de praharsiņī. (46) sivani : ligne reliant le scrotum et l'anus, terme rare en ce sens. (47) Metre vasantatilaka. Strophe citee Subhasitav. 555 (avec abhyupaiti en b; abhyudyate en c) et attribuée à Prakāsadatta. Reprise Sarasv. p. 168 Hem. p. 9 avec tuhinadhāmanidhau en c. (48) Metre vasantatilaka. Reprise des pada 1 et 41. La strophe est citee Hem. p. 9 Sarasv. p. 168. (49) gauritara HSS. (ainsi que Hem. et Sarasv.) (50) En donnant à va le sens de eva, comme souvent dans l'AS. (notes de J. Meyer p. 246 n. 2 et p. 394 n. 1); ou encore (solution moins plausible) avec vā vikalpārthe (sic, HSS.), soit : cil n'y a pas non plus emprunt, sauf pour un vers». Pour Hem. il s'agit ici d'un cas d'emprunt licite.

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-+>(171).0+ .-- [XI] La (51) preuve divine est loisible dans une forêt inhabitée, dans la nuit, à l'intérieur d'une maison, en cas d'acte vio- lent (52) et enfin s'il y a dénégation d'une chose confiée. /24/ Comparer pour la seconde moitié : « La preuve divine (53) se manifeste si l'on obtient la (femme) au eorps gracieux (qu'on désire). » /25/ Ou bien encore : « Hommage (54) à (Vișnu) qui a des nuages dans ses cheveux, des rivières dans les jointures de tous ses membres, les quatre océans dans les entrailles, à Lui qui a l'eau pour essence ! » /26/ Comparer pour la seconde moitié : ar Il résisterait au feu de l'amour celui qui aurait les quatre océans dans les entrailles (55) ! » /27/ Mais construire avec un seul vers (original) plusieurs vers (empruntés) portant sur des sujets différents, c'est bien le fait d'un poète. Ainsi : « A-t-on vu (56) iei-bas ou entendu parler d'un lieu quel- conque où le soleil ne se couche jamais? Ainsi divague le malheureux tadorne (57), interrogeant les bandes d'oiseaux : car il a peur de la séparation nocturne. » /28/

(51) Naradas. I. 241. Strophe reprise Sarasv. p. 168 Hem. p. 9 (avec la suiv.). - Sur la preuve divine ou ordalie (divyā kriya, daiva), v. J. Jolly Recht u. Sitte p. 144 (et références y citées). (52) sahasa : équivaut à délit majeur ou crime, ainsi Nar. XIV. 2-6. (53) Ici au sens de : la main de Dieu. La strophe est à compléter par le pre- mier hémistiche de la précédente. L'assertion juridique a servi à produire un effet érotique (Sarasv.). (54) Description de Vișnu sis dans les eaux : strophe de prasasti religieuse. (55) Ici encore l'assertion religieuse se mue en assertion érotique. (56) Mètre malinī. Strophe reprise, ainsi que les suiv., Hem. p. 10 et Sarasv. p. 297. (57) Theme commun en littérature : le cakravāka (IX. 81) - mentionné dès les Samhita, Vedic Index s. u. - est condamné à se séparer chaque nuit de sa femelle; Sarasv. p. 524.

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[XI] ---- +(172 ).c+ --- Comparer : « Victoire (58) à (Siva) armé du pināka ! De brillants serpents qui ondoient (lui forment) un cordon sacré, les flots du Gange s'égarent à l'intérieur de ses épaisses nattes brunes, il porte un croissant de lune où la marque de l'antilope (59) est inconnue, sa gorge est sombre comme celle du paon (60) en pleine matu- rité. » /29/ Comparer : ar Le (61) parterre des lotus de nuit a perdu sa beauté, le massif de lotus de jour a toute sa beauté; le hibou a renoncé à l'ivresse (de l'amour), le tadorne est plein de tendresse; (l'astre) aux rayons chauds se lève, (l'astre) aux rayons froids se couche : ah l'étonnante transformation des jeux du mauvais destin ! » /3o/ Comparer enfin : er A-t-on (62) vu ici-bas ou entendu parler d'un endroit quel- conque où habite (Šiva) armé du pināka, - les flots du Gange s'égarent à l'intérieur de ses épaisses nattes brunes ? C'est là que je voudrais aller : ah l'étonnante transformation des jeux du mauvais destin !» /31/ Quand on emploie (dans la phrase imitante) quelques

(58) Mètre mālinī. Strophe reprise Ratnakośa 1165. Description classique de Śiva couronné du croissant lunaire, sa chevelure parcourue par le Gange descendu du ciel. (59) La lune est considérée comme portant une marque d'antilope ou de lièvre (celle-ci depuis la prose védique, Jaim. Br. I. 28 éd. Caland p. 13 n° 7 SB. XI. 1, 5, 3), ci-dessous XVI, début. (60) sitikantha (attesté Śiś. cité BR. et Balar. cité pw.) : sur les composés en śiti°, A. Debrunner IF. LVI p. 171. (01) Mètre mālinī. Šiś. XI. 64 (avec °mudam en b). Repris Vagbh. p. 8. (e2) Mètre mālinī. Allusion à Siva comme point d'attraction de la méditation universelle. Les pāda 1, 2 et 4 sont empruntés à chacune des trois strophes précédentes : type d'emprunt licite d'après RS. Repris Hem. p. 10 avec kim api kim iha en a.

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[XI] mots (seulement du modèle, le cas est) le même que pour (l'emprunt) « sauf pour un vers (63)». Ainsi : « Cette (64) indéfinissable vision nouvelle des poètes, qui s'emploie à éveiller les sentiments, et celle des érudits (65) qui éclaire le domaine des vérités établies, - m'appuyant sur l'une et l'autre, je me suis fatigué à réfléchir sur toutes choses sans trêve, et je n'ai pas trouvé de bonheur compa- rable à la dévotion (qu'on peut avoir) pour toi (Visnu) qui reposes sur l'océan. » /32/ Comparer pour le quatrième vers : cr Je me suis fatigué, mais je n'ai pas trouvé de bonheur comparable à l'amour (qu'on peut avoir pour les belles) aux yeux de lotus (66)». /33/ (Constitue un procédé analogue) (67) l'emploi, ne fut-ce que d'une partie de vers souligné par le sens implicite (upalak- saņa) d'une partie des mots. Ainsi : « Le (68) souverain du Kuntala (69), après qu'il t'a eu confié la charge (des affaires), boit les visages des bien-aimées, parfu- més de miel, lavés pour ainsi dire par la grâce (émanant) du rire qu'elles ébauchent, avec des lotus (qu'elles fixent) à leurs oreilles bien visiblement, leurs yeux étant fermés (70). » /34/

(63) Ci-dessus n. 50. (64) Metre sardulavikrīdita. Strophe citee chez Abhinavagupta ad NS. I p. 301 et dans le Dhvan. p. 227 où Anandavardhana la donne comme étant de lui-même. (05) vaipaściti : non attesté. (66) Par ce changement de quelques mots, la strophe enseignant la dévo- tion devient une strophe de caractère érotique. On voit par ces exemples quelle est l'orientation commune dans les emprunts poétiques. (67) C'est-à-dire, sans doute : n'est pas une production personnelle. (68) Mètre mālinī. (69) Ci-dessus III. 111. (70) Cettre strophe (reprise Sarasv. p. 168), la suivante (et une troisième citée Auc. p. 139) proviennent du Kuntaleśvaradautya attribué à Kalidāsa d'après SrngPr. VIII : cf. GOS. p. xxv et 214. Kālidāsa aurait été envoyé

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[XI] --- +-( 174 ).c+ --- Comparer pour la seconde moitié : ar Que (71) le souverain du Kuntala, après m'avoir confié la charge (des affaires), boive les visages des bien-aimées, par- fumés de miel ! » /35/ Meme une interpretation differente de (telle ou telle) phrase n'est pas une production personnelle : c'est un emprunt (72). Ainsi : ar (Femme) (73) aux beaux sourcils (74), tu es fachée, c'est pourquoi tu repousses la nourriture, tu délaisses la conversa- tion des femmes : depuis longtemps j'ai abandonné les guir- landes, les encens et autres (objets) parfumés. O passionnée, laisse là ta colère : pardonne à présent, en me voyant prosterné ! Dès que je suis séparé de toi, ma chérie, toutes les régions du ciel deviennent aveugles pour moi. » /36/

par Vikramāditya (= Candragupta II ?) à la cour du roi du Kuntala comme ambassadeur. A Vikramaditya qui avait fait mander : que devient le roi du Kuntala?n, la présente strophe transmet la réponse de ce roi, tandis que la strophe qui suit emporte un message d'amitié de Vikramaditya au roi du Kuntala. Sur l'identification de ce Kuntala (Prthvīsena I, dyn. Vākātaka?), v. K. P. Jayaswal J. Bihar a. Or. Res. Soc. XIX n° 1 et 2, K. B. Iyer Third Or. Conf. p. 5, La Vallée Poussin Dynasties p. 190 (ubi alia). Il faut noter que le Kuntaleśvaradautya peut mettre en scène Kalidasa, comme fait le Bhojaprabandha, sans que celui-ci soit l'auteur du poème. - La fin de la str. signifie : les yeux des femmes se ferment comme des lotus, étant rem- placés pour ainsi dire par les lotus qu'elles portent aux oreilles, car les femmes sont par nature karņāyateksana (ci-dessus n. 16). (71) Ici a) une portion du mot pibati est reprise (dans l'impératif pibatu), ainsi qu'une portion de tvayi (dans mayi); b) le sens implicite de désir est transformé en acquiescement. (72) Ou, moins bien : ace n'est pas non plus un empruntn; va ci-dessus n. 50. (73) Mètre sārdūlavikridita. Strophe citée Sūktim. p. 200 (et attribuée à rkasyāpi») avec sraggandha° en b; virahe et subhage en d (les leçons de KM. étant notées); reprise Sarasv. II. 56 p. 164 avec subhrūs en a, satyam en d. (7%) subhru : sur cette forme qui n'est pas strictement correéte, mais qui est traditionnellement admise depuis MhBh., v. L. Renou Gr. scte p. 355 bas et éd. de la Durghalav. I, 2 p. 65.

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--- +>(175).c+ -- [XI] Si cette phrase visant à se faire pardonner par la bien- aimée est expliquée (dans un autre contexte) comme visant (a décrire) un regard courrouce, il n'y a pas la production personnelle : c'est un emprunt (75). Si l'on déclare sien ce qui est à un autre, d'une quelconque des manières susdites, ce n'est pas seulement un emprunt, mais c'est un exemple de Faute (dosa). Ceci concerne (aussi bien une stance) isolée (muktaka) qu'une composition (suivie) [prabandha]. L'achat (d'un ouvrage) contre rémunération est également un em- prunt. Mieux vaut ne pas obtenir de renommée que d'avoir une mauvaise renommée. (Le vainqueur, élu) prince de l'assemblée (poétique) [ sabhāpati] est de deux sortes : ou bien c'est quelqu'un dont on tire profit (upajiya), ou bien quelqu'un qui tire profit (des autres) [upajīaka]. Le simple fait de tirer profit (upa- jiana) n'est pas un défaut, puisque chacun tient sa formation (vyutpadyate) des autres, et que seul importe l'ensemble, en l'oceurrence (76). L'emprunt des Locutions (ukti) [relève] des mêmes (règles que l'emprunt des mots, et est donc blâmable en principe), disent les maîtres. Ainsi : rr Ses (77) deux cuisses, compagnes rivales (78) des troncs de bananier (79) pleins de sève ... » /37/ Comparer : « Ses (80) deux cuisses sont de la même race que deux fleurs de bananier, sa hanche est faite d'une manière qui l'appa-

(75) Comme ci-dessus n. 72. (70) Tout cet alinéa est interpolé et provient peut-être du chap. x. (77) Pāda de māndākrāntā. (78) sabrahmacarin arivaln : mot de Kad. (pw.). (79) Comparaison commune, cf. l'expression rambhoru depuis le MhBh. -- ūrudvaya ou °dvandva est attesté Vām. IV. 3, 8 Sūktim. p. 177 etc. (80) Mètre vasantatilaka. Strophe reprise (avec la précédente) Hem. p. 9 comme exemple d'uktyupajivana.

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[XII ] --- +>(176).c+ --- rente à une dalle de pierre, sa poitrine a deux seins qui l'em- portent sur la beauté de deux amphores : le visage de (la belle) aux yeux de gazelle est le compagnon rival de la lune. » /38/ Les locutions comportant le transfert (samkranta) [d'un sens] à un autre sens ne se laissent pas (aisément) recon- naître, et elles plaisent, dit le Yayāvarīya : celles au con- traire qui gardent leur sens après l'emprunt ne sont que des emprunts. Il (s1) n'est pas de poète qui ne soit un voleur, il n'est pas de marchand qui ne soit un voleur : celui qui s'y connaît à cacher (le larcin), celui-là se réjouit sans se faire criti- quer. /3 9/ Tel poète est créateur (utpadaka), tel autre modificateur (82); et encore, l'un dissimule (83), l'autre compile (84); /4 o/ celui qu'on doit considérer comme un grand poète, c'est celui qui aperçoit ici-bas quelque chose de nouveau en matière de formes, d'idées, de locutions, et qui (en même temps) suggère (ullikhet) quelque chose d'ancien. /41/

DOUZIÈME LEÇON :

LES DIVERSES SORTES DE POÈTES D'APRÈS LES EMPRUNTS DE FORME ET D'IDÉE (śabdārthaharanesu kaviprabhedah), ET L'EXAMEN DES VARIÉTÉS (D'EMPRUNT) AYANT FORME DE REFLET (pratibimbakalpavikalpasya samīkșā). Sur le chemin foulé par les poètes d'antan, il est difficile de trouver un sujet qui n'ait pas été touché : on s'efforcera (s1) Strophe reprise Hem. p. 10, et cf. le vers introd. 6 du Harsacar. sur les poètes-voleurs. (s2) parivartaka : non attesté en ce sens. (83) ācchādaka : mot de commentaire en ce sens. (84) samvargaka : non attesté; peut-être proprement acelui qui râfle tout (au jeu)» : sur ce sens de samvarga, v. H. Lüders SBB. 1916 p. 293.

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[XII] seulement d'en apprêter (samskartum) [l'expression], disent les maîtres. - Non, dit Vākpatirāja (1) : La coulée (2) des vocables, dont la substance est reprise par les (plus) nobles poètes, jour après jour, depuis (l'origine du) monde, brille aujourd'hui encore, commé si le sceau n'en avait pas été rompu. /1/ Il faut méditer sur les œuvres d'autrui pour en (saisir) le reflet (pratibhāsa) (3). A s'y plonger (4) en effet, disent certains, les idées qui ont la même source prennent des prolongements distincts. D'autres disent : l'évolution des idées (parivrtti) qu'on y rencontre est un bénéfice, grâce à la nuance (chāya) [nouvelle qu'elle permet de faire valoir]. Les pensées des hommes de valeur, disent d'autres encore, en se rejoignant (5) vous mettent en face d'un même but : pour éviter ce (conflit), il faut prêter attention aux (œuvres antérieures). - Non, dit le Yayāvarīya. Par l'effet d'une concentration mentale (samādhi) qui dépasse le domaine de la parole et de la pensée, l'œil du poète inspiré par Sarasvatī fait de lui-même le départ dans l'ensemble des idées, connues et inconnues. On a dit à ce propos : Sarasvatī montre les formes et les idées à un grand poète, même s'il est endormi, tandis que, même éveillé, l'œil d'un autre ne laisse pas d'être aveugle. En présence d'une idée qui a été conçue auparavant par un

(1) Auteur du Gaudavaho, qu'on place d'ordinaire au vIIIe s. Un autre du même nom est le roi de Muñja (974-79), poète et patron de poètes, appelé aussi Muñja : on a des vers de lui dans les anthologies. (2) Mètre ārya. Cette strophe traduit en skt la str. 87 du Gaudavaho : asamsāram kaïpumgavehim taddiyahagahiyasāro vi/ ajja vi abhiņnamuddo vva jayaï vāyāparipphando//; les strophes qui précèdent donnent l'équivalent des termes par lesquels la KM. introduit la présente strophe. Cf. encore Dhvan. IV. 10 sq. pour l'idée générale. - Nous lisons parisyanda, avec HSS., comme on a nisyanda ci-dessus II. 72. (3) Cf. Balar. VII. 1j2. (4) avagāhana : attesté en véd. seulement. (s) Cf. Dhvan. IV. 11.

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[XII] --- +>( 178 ).c ;--- autre, les grands poètes sont des aveugles nés; inversement, (en regard d'un sujet neuf) ils ont une vision divine. Ni le dieu) aux trois yeux (Siva), ni le (dieu) aux mille yeux (Indra) ne voient ce que voient les poètes avec leur œil de chair (6). Tout se reflète dans ce miroir qu'est la pensée des poètes. Comment donc recevrons-nous la vision? se disent- ils, et alors la forme et l'idée courent au devant de ces êtres au vaste esprit, c'est à qui arrivera le premier (7). Ce que voient les Yogin par la réalisation de leur concentration (mystique), c'est (le domaine même) où les poètes se meuvent par la parole : ainsi les belles expressions sont infinies chez les grands poètes. Tout cela est (vrai), dit le Yayavariya. N'avons-nous pas appris qu'il y a trois sortes de Sujets, celui qui a sa source dans une autre (œuvre), celui dont la source est cachée et celui qui n'a pas sa source (ailleurs)? Celui qui a sa source dans une autre (œuvre) [anyayoni] est lui-même de deux sortes, celui qui a forme de Reflet (pratibimbakalpa) et celui qui ressemble à un Portrait (alekhyaprakhya). Celui dont la source est cachée (nihnutayoni) est aussi de deux sortes, celui qui est pareil à une Ame de même forme (tulyadehitulya) et celui qui est similaire à l'Entrée dans une cité étrangère (parapurapraveśasadrśa) (8). Quant au (sujet) qui n'a pas de source (ayoni), il est seul de son espèce. On dit à ce propos : Quand (9) le sens est le même, mais que l'arrangement

(s) carmacakșus : expression de Srik. (cite pw. Nachtrag) = alpadarsin comm .; cf. mamsacakșua dans l'épisode de Kunala Divy. p. 419, 19. (7) ahampūrvika : meme expression et idee analogue Dhvan. p. 87 Gaüd. 86. (8) Les expressions pratibimbavat, ālekhyākāravat, tulyadehivat sont attes- tées Dhvan. IV. 12; Vāgbh. p. 19 Hem. p. 8 reproduisent la KM. (9) Mètre āryā. Dhvan. IV. 13 définit simplement pratibimbavat par ana- nyātman asans individualité autre (que celle du modèle)» : privé de corps authentique» glose Anandavardhana. Str. reprise Hem. p. 8.

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--* 2.(179).6+ -- [XII ] dans l'expression est différent sans que cela modifie l'intention profonde, le poème (est dit alors) «ayant forme de Rellet. » /2/ Par exemple : r Que (10) vous protegent les serpents a l'eclat noir d'abeille, qui brillent suspendus au cou de (Siva, le) maître des créa- tures ! Ils font resplendir le kālakūta (11), tels des rameaux qui ont été arrosés par des gouttes d'eau (issues) de l'ambroisie de la lune (ornant la tête du dieu) et qui ont heureusement poussé. » /3/ Comparer : Victoire aux grands serpents noirs (suspendus) au cou de (Siva, le dieu) à la gorge noire, tels des rameaux de kālakūta qu'asperge l'eau du Gange glissant (sur eux)» (12)! /4/ Un (13) poème où le sujet se présente avec une différence (dans l'expression), parce qu'il y est appliqué un certain apprêt (samskāra), est dénommé «celui qui ressemble à un Portrait» par les experts en la matière (14). /5/ On a ainsi, pour le même sujet : « Victoire (15) aux serpents blancs suspendus à la tresse de Śambhu (Šiva), tels des rameaux (sortis) du bulbe de la lune, qu'asperge l'eau du Gange glissant (sur eux)!» /6/ Un (16) poème où, malgré la différence du sujet, la pensée

(10) Metre vasantatilaka. Strophe reprise Hem. p. 8 avec la suiv. (11) Nom du poison produit lors du barattement de l'Océan et qui fut avalé par Siva (MhBh.). (12) Le Gange céleste qui traverse la chevelure de Siva : c'est la seule différence avec la strophe précédente, outre le resserrement des images. (13) Mètre arya. Strophe reprise Hem. p. 8. (14) Cette catégorie est définie tucchatman Dhvan. loc. c. adont l'ame est viden. (15) Strophe d'hommage à Siva «bénéfique». L'rapprêt» consiste notam- ment à combiner l'image de la lune et celle de l'eau du Gange. Str. reprise Hem. p. 8. (16) Mètre arya. Strophe reprise Hem. p. 8 et imitée Vagbh. p. 13. 12.

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[XII ] ne diffère pas, (mais se présente) avec une extrême simili- tude, les gens avisés le conçoivent comme «celui qui est pareil à une Ame de même forme (17) ». /7/ Ainsi : «r Celui (18) qui, ayant acquis d'abord des brebis, possède un cheval, d'opulentes bêtes à corne dans son domaine, il vit heureux durant ce temps (19) : mais que dire de la création de ces éléphants sauvages, qui ont leur refuge tantôt dans la forêt, tantôt au palais même des rois ?» /8/ Comparer : r L'aspect (20) des pierres est le même dans chaque maison; on les apprécie, on les honore sans cesse en raison des ser- vices (qu'elles rendent) : mais que dire de ces détestables joyaux dont l'éclat brille dans leur demeure - le palais des rois ou la mine (21) ? " /9/ Un (22) poème où il y a une unité à la base, mais un en- chaînement extremement divers dans les moyens (par rapport à un modèle) [parikarabandha], les bons poètes le conçoivent comme «l'Entree dans une cite etrangèren. /10/ Par exemple : rr Les (23) belles femmes de ses ennemis, qui lors des pluies contemplent le ciel où se pressent de tous côtés des masses

(17) Cette troisième classe est définie prasiddhatman adont l'ame est bien établie Dhvan. loc. c. et glosée a quand un sujet a son individualite propre, il plait tout à fait, même s'il imite une chose plus ancienne, comme le visage d'une belle qui ressemble à la lunen. (18) Metre sikharini. Strophe reprise Hem. p. 8 avec la suiv. (19) Corriger yavadavadhi avec HSS. (20) Mètre mālinī. (21) La presentation de cette strophe differe de la precedente : cheval et éléphant d'une part, pierre et joyau de l'autre. Mais l'idée est la même : contraste entre l'utile et l'inutile (le nuisible). (22) Mètre arya. Cette quatrième classe est propre à RS. Strophe reprise Hem. p. 9 et imitée Vagbh. p. 13. (23) Metre sardulavikrīdita. Strophe reprise Hem. p. 8 avec la suiv.

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--- +>( 181 ).c+- [XII] de nuages-grondants et tonnants, couvrant la vaste rumeur de l'océan - (ces femmes) dont les yeux légèrement révulsés s'emplissent de claires larmes de joie (car le danger d'une campagne [militaire] est écarté), elles aspirent à maintes reprises les souffles (portant le parfum) des nauclées (24). » /1 1/ Pour le même sujet : c Après (25) avoir arraché amoureusement une fleur nouvelle de nauclée, grand indice de la saison des nuages qui prescrit d'interrompre l'expédition (militaire), les femmes de ses enne- mis, toutes réjouies, embrassent cette (fleur), la posent sur leurs yeux, la fixent sur leur cœur, la cachent dans la raie de leur chevelure, enfin, tant bien que mal, en font une parure pour leurs oreilles (26).» /12/ Or ces quatre sortes de composition chez les poètes donnent trente-deux procédés d'emprunt (27). Il y a quatre sortes (aussi) de poètes qui sont attirés à la manière de l'aimant par ces sujets (empruntés), une cinquième (catégorie étant celle des poètes) qui conçoivent des sujets inédits. On dit à ce propos : Celui qui fait tourner, celui qui effleure, celui qui attire et celui qui fait courir (28), (voilà les quatre sortes de) poètes dans ce monde, mais l'autre, (la cinquième), n'est pas plus

(2%) La strophe dépeint la joie des reines qui voient venir la saison des pluies (dont le signe est l'éclosion du kadamba) : c'est en effet le temps où le roi renonce à partir pour la guerre. (25) Metre šārdūlavikrīdita. (26) Même développement que précédemment, mais obtenu par des moyens différents. (27) Ainsi le pratibimbakalpa se realise de huit manières; de même les autres. Le détail sera donné plus loin. (28) Tel est le sens banal de ces autres mots bhramaka, cumbaka, karsaka, drāvaka, dont le sens technique, comme le fait prévoir l'image précédente, est maimant», cf. par ex. Abhidhanaratnam. II. 14 (qui cite les deux pre- miers) ou Keśava-Kalpadruk. p. 194, 556. En littérature bhrāmaka et kar- saka ne sont pas attestés; cumbaka l'est comme nom de l'aimant dans le Mahāvīrac., et drāvaka dans la Vāsavad. (RS.).

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[XII] --- +>(182 ).c+ -- de ce monde (que le joyau merveilleux dit) cintāmani (29). /13/ Le poète qui, faisant passer pour inédit un vieux sujet, induit (les gens) en erreur grâce au fait que (le modèle) n'est pas connu, ou par suite d'autres (circonstances), est « celui qui fait tourner ». /14/ Le poète qui, de sa parole ravisseuse, pompe le sujet d'au- trui en lui impartissant à peine une nuance nouvelle est « celui qui effleure». /15/ Le poète qui, attirant à lui l'idée qu'exprime autrui, l'in- troduit dans son propre discours à la faveur de quelque cita- tion (30) est « celui qui attire». /16/ Le poète qui met de la nouveauté dans son expression en faisant fondre l'idée qui est à la base, de manière qu'elle ne soit plus reconnaissable, est « celui qui fait courir ». /17/ (Enfin) le poète duquel surgit une caravane d'idées, encore inconnues aux anciens maîtres, source unique de sentiment (rasa) et de formes variées comme la pensée même, (a le nom de) cintāmani : il n'a point son pareil. /18/ Les sujets qu'il (traite) n'ont pas de source. Ils sont de trois sortes, suivant la division en (sujets) mondains, non mondains, combinés de l'un et de l'autre. Voici (un sujet) mondain (laukika) : « O tige (31) de kośakāra, (32) ne sois pas orgueilleuse de ta beauté, ô canika (33), à quoi bon ton abondante floraison ? Puisse resplendir cette autre (plante), la tige de la canne à sucre, qui laisse couler sa sève, sans même qu'on ait à

(29) Joyau fabuleux qui procure tout ce que souhaite son possesseur (mention depuis Hariv. et les Jātaka). (30) samullekha : non atteste en ce sens. (31) Metre vasantatilaka. (32) Plante mal déterminée (sorte de canne à sucre ?), citée aussi Balar. V. 32. (33) Plante indéterminable.

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[XII] employer un appareil (pour presser le jus) (34) ?» /19/ (Sujet) non mondain (alaukika) : « La (35) Déesse a mis au monde un fils : dansez, troupes (célestes), pourquoi restez-vous immobiles? Tandis que Bhrngiriti lève les bras plein d'allégresse, Camunda l'em- brasse en clamant ces mots : Puisse-t-il vous protéger, ce cri qui, surpassant le roulement continu des sons du tambour divin, jaillit éclatant de leurs vieilles poitrines qu'ils écrasent en s'étreignant !n /20/ (Sujet) combiné (miśra) : « Alors (36) que le vainqueur de Mura était encore dans le sein (maternel), les souffles de sa mère, qui répandaient à flots le pollen de ce lotus - le nombril (de l'enfant divin)- furent absorbés avec félicité par Halin paré d'un cercle de chaperons. Puissent ces (souffles) rejeter (37) de toutes parts, chaque jour, vos péchés!» /21/ Quant à ces quatre (sortes de) sujets, (on enseigne à ce propos) : Ces (38) quatre (sortes de) sujets chez les poètes, que j'ai exposées dans le chapitre sur les emprunts, forment chacune huit (groupes), en sorte qu'elles comportent (au total) trente- deux subdivisions. /22/ Dans ce nombre (sont comprises d'abord) les (huit) varié-

(34) Le caractère amondainn de la strophe vient de la mention qui y est faite de plantes vulgaires. (35) Strophe déjà citée V. 4o (voir les notes ad loc.) : elle est consacrée à des êtres célestes. (36) Mètre sikhariņī. La strophe décrit Vișņu(-Krșna) dans le sein mater- nel, sa proche naissance attendue avec joie par son frère ainé Baladeva (Halin) - qui est une incarnation de Sesa (cf. J. Ph. Vogel Serpent-lore p. 196 et suiv.), d'où l'épithète racitaphanacakra. - L'élément laukika est représenté par Devakī, mère de Krsņa. (37) asyasuh : précatif. (38) Metre indravajra. Il s'agit des quatre formes d'emprunt, pratibimba, etc. ci-dessus 7/8.

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[XII] tés ayant forme de Reflet (pratibimbakalpa). Un même sujet, où la succession (des idées) est intervertie, (forme l'emprunt dit) « inversé » (39). Ainsi : cr Comme (40) il avait aperçu un autre élephant qui avait rompu sa corde et qui faisait fi de la parole du cornac, le roi des éléphants se mit en marche, mais l'éléphante le retint : pour l'être vivant il n'est pas de lien comparable à l'amour (41). n /23/ Pour le même sujet : or En fait (42), même chez un être privé de l'esprit de discer- nement, le lien de l'amour est une entrave sans être une chaîne : ainsi le roi des éléphants, comme il se mettait en marche vers un éléphant rival, fut retenu, (mais) quelque temps (seulement), par l'éléphante (43). " /24/ Exécuter (44) à demi un vaste sujet, c'est (ce qu'on appelle l'emprunt) « brisé» (khanda). Ainsi : D'abord (45) presque entièrement blanche, ensuite faisant place à un ton brunâtre (a6), puis, par suite d'un excès de maturation, concentrant sur son corps la qualité du rouge, (enfin), peu à peu, quand arrive la sécheresse, sa surface devient rugueuse et inégale, elle perd son parfum : la jujube dans la forêt devient insipide. » /25/ Pour le même sujet :

(39) vyatyastaka (vyastaka HSS.) : non attesté(s); cf. vyasta comme nom d'un yamaka Rudr. Ill. 23; 95. (40) Mètre salini. - Noter l'emploi de dadhre comme parfait passif. (41) Meme idée ci-dessus III. 59. (49) Metre svagata. Meme image, avec intention inversee. (43) Figure de style dite arthāntaranyāsa (Dandin II. 169) : la formule qui l'exprime est au premier hémistiche, alors qu'elle était au dernier pāda de la strophe précédente. (44) pranayana : attesté lexicalement en ce sens. (45) Metre sikharinī. Strophe citée Vam. III. a, a avec purah, cchāyam et kapilimna en a; utsekad et 'samsargita° en b. (46) kapiśiman : non attesté.

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-- +.( 185 ).c+ -- [XII] or Rendu (47) parfait par suite d'une maturation plantureuse, son corps a concentré (4s) sur lui la qualité du rouge, (puis) la sécheresse croissante a produit en lui un état de rugosité : cette jujube dans la forêt est dépourvue de saveur.n /26/ (L'emprunt qui consiste a) développer un sujet concis est la « goutte d'huile» (tailabindu). Ainsi : at La Terre (49), écrasée par le fardeau de ses armées (50) et allant (de niveau avec) le sol des enfers, se souvint une seconde fois de la défense du Grand Sanglier. " /27/ Pour le même sujet : « Alors (51) que la marche impetueuse des armees faisait défaillir le Seigneur des serpents (Sesa) - car elle enfonçait (dans le sol) les rocs de pierres précieuses dont les aspérités secouaient l'extrémité de ses chaperons; alors que se trouvait ébranlée la masse des piliers - les montagnes - qui sont ses frontières (52), la Terre se souvint à nouveau, soudain, de la formidable pointe de la défense (du Sanglier), avec son éclat de pleine lune, d'autant plus blanche encore pour s'être frottée à cette pierre de touche que sont les os solides de la poitrine de Hiraņyākșa (53). n /28/ (Un sujet) qui, ayant été composé dans une certaine langue, est transformé en une langue différente, (donne l'emprunt appelé) «le costume d'acteur » (natanepathya). Ainsi : or Craignant (54) un piège, le corbeau ne veut pas de la bou- (47) Mètre vasantatilaka. Dans cette strophe les trois premiers stages décrits précédemment ne sont pas reproduits. (48) samvargita° HSS. (40) La strophe fait allusion à l'avatar du Sanglier, par lequel Visnu-Varaha souleva la terre du fond des eaux. Type de prasasti d'un roi vainqueur. (50) Sur ce sens (rare) de tantra, v. pw. s. u. (s1) Mètre sragdharā. (sa) Les monts Cakravāla, ci-dessus VI.88. (53) Nom du daitya qui fut tué par Vișņu au cours de l'avatar du Sanglier. - Amplification de la strophe précédente. (s4) Mètre arya. Strophe de Hala 205 (recension Gangadhara) qui se lit

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[XII] --- +>(186).c+ .-- lette (de riz) qui lui est offerte par la femme du voyageur, mais qui se trouve placée à l'intérieur du bracelet glissant de sa main penchée. » /29/ Pour le même sujet : a La (55) boulette (de riz) qu'elle offre tant bien que mal, au seuil de sa porte, et dont la rotondité se blanchit à force d'être lavée par les larmes de ses yeux - car elle conserve l'espoir de se réunir (avec son cher absent) - le corbeau, fléchissant le col, branlant sa tête penchée, l'œil errant de côté, s'abstient de la manger : il craint un piège, car le bra- celet a glissé. n /3 o/ La modification du mètre (donne un emprunt appelé) ar changement métrique» (chandovinimaya). Ainsi : « Le bien-aimé (56) s'étant approché du lit, ma robe a glissé d'elle-même de ses attaches : ce vêtement, une fois relâchés les cordons de ma ceinture, tenait à peine à mes hanches : c'est tout ce que je sais encore, mon amie, sur le contact que j'ai eu avec son corps. Qui est-il, qui suis-je, quelle fut ma jouissance et comment? Je n'en ai pas le plus petit souve- nir.» /31/ Pour le même sujet : c Heureuses (57) femmes qui contez cent propos intimes au chez Weber pāsāsamkī kāo ņe 'cchai diņnam pi pahiaghariņīe| onattakaraaloa- liavalaamajjhatthiam pimdam, avec les variantes ņechai pāsāsamkī et ovatta. Sur ohatta (= skt avahata), v. R. Pischel Gramm. p. 141 S 194 et Desin. 1. 156; sur karayala, Pischel $ 184; 186 et suiv. (55) Metre mandakranta. Strophe analogue a la precedente, mais en sanskrit. (56) Metre sardūlavikrīdita. Amaru éd. R. Simon 97 (avec tatksanāt en a, ca et iti en d au lieu de nu et api; mais la variante bandhanat est connue, et HSS. lit nu et iti). Strophe citée Kavīndrav. 296 Sarng. 3747. (s7) Mètre vasantatilaka. Strophe citée Sūktim. p. 299 (attribuée à Vijjakā) avec les leçons dhanyasi ya kathayasi en a, narmokti° en b, pranihite tu kare en c, iha en d (HSS. suit Sūktim. pour le pada c); citée aussi, avec diverses variantes, Sarng. 3746 Subhașitav. 2141 Kavīndrav. 298 KvPr. 1 p. 160. Strophe analogue Sarng. 3748 Sarasv. p. 504.

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-- +p.(187 ).c+ -- [XII] milieu des plaisirs d'amour, au moment où vous vous unissez à l'aimé ! Mon amant a tendu la main vers ma robe : que je sois maudite, mes amies, si je me rappelle quelque chose de plus!» /32/ La modification de la cause (donne l'emprunt appelé) « déplacement de motif » (hetuvyatyaya). Ainsi : « La lune (58), dont l'éclat était affaibli par le flot de l'aurore, avait alors la pâleur des joues d'une amante fatiguée par l'amour. » /33/ Pour le même sujet : « Semblable a (l'Amour, le dieu) a l'arc fleuri, la lune, pâle comme la joue d'une femme enceinte, a posé son rayon sur l'arête au sommet de la montagne du Levant (59). » /34/ Transférer (60) un objet perçu (d'abord dans tel domaine) en tel autre domaine (forme l'emprunt appelé) « transfert (61)„. Ainsi : cr Les (62) lourdes hanches ont pris contact avec le rameau des chevelures, fraîchement mouillées par le bain et dont fré- missent les boucles dispersées. Projetées de ces (boucles) vers la nue, en (longues) traînées, les gouttes d'eau sont bues par les cygnes apprivoisés des (belles aux) yeux de lotus, qui tiennent leur cou dressé (pour les recevoir).n /35/ Pour le même sujet : rr Les (63) particules d'eau dégouttant de l'extrémité des chi-

(58) La strophe est citée dans la Subhāșitāv. 2153 comme étant de Valmīki, avec vapuh en b; aussi KvPr. II p. 204. (50) La cause de la pâleur qui, dans la strophe précédente, était l'amour, est ici la grossesse. Strophe tout analogue citee du Dronaparvan GOS. p. 223. (60) samkramiti : non attesté (cf. samkrānti Vām. I. 3, 15). (61) samkrāntaka : non attesté, sinon comme terme d'érotique (RS.). (62) Mètre mandākrāntā. (o3) Mètre sardūlavikrīdita. Le rôle dévolu aux cygnes passe ici aux faons, les chignons des ascètes répondent aux tresses des femmes.

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[XII] gnons tressés des ascètes qui, sitôt baignés, murmurent (des prières), sont bues par les faons qu'exténue le tourment de la soif, et qui lèvent la tête. Alors qu'elle est alanguie par un amour intense, et que sa bouche soudain se dessèche, l'oiseau, étreignant celle qu'il aime, anxieux la protège en l'ombra- geant du creux de ses ailes. » /36/ Reprendre (en une seule phrase) le sujet exprimé dans deux propositions (successives forme l'emprunt dit) « cassette » (samputa). Ainsi (d'une part) : c Voici (64) la rivière toute proche des monts Vindhya; c'est la Narmada (65), ma belle, qu'on connaît pour être la première épouse de l'océan occidental. Alors que tes regards étaient agités par le rire et la peur (que provoquaient en toi) les śaphara (66) frétillants, c'est là que je t'ai tirée sur la berge doucement, doucement, comme j'ai pu. » /37/ D'autre part : rr Les eaux (67) de la Reva (68), où les poules d'eau (69) mélo- dieuses gloussent en écoutant le doux murmure que pro- duisent les ondes mobiles pénétrant dans les orifices de ces cavernes - les nombrils (des baigneuses) - sont ensorce- lées (70) par les femmes Lata (71) pendant leurs baignades d'après-midi. » /38/ Pour le même sujet : ar Quand (72) tu partais pour la conquête du monde vers telle ou telle région, avec les belles femmes de ton entourage

(64) Mètre mandākrāntā. (65) Mod. Nerbudda. (66) Cyprinus saphore (cyprinés). (07) Metre vasantatilaka. (68) Autre nom de la Narmada, dans la tradition poétique. (s0) jalakukkubhāni HSS. (comm.). (70) grahilikr- : non attesté. (71) Cf. ci-dessus VII. 106. (79) Mètre sragdharā.

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[XIII] - qui écartaient leurs cuisses fuselées (73), apeurées qu'elles étaient et rieuses au contact des bancs de lourdes dorades - tu plongeais dans l'eau des rivières, (peuplée) de poules sau- vages tout étonnées du gracieux murmure que produisaient les vagues frémissantes, successivement absorbées et relâchées (74) par le creux profond du nombril (des jeunes bai- gneuses) (75). n/3g/ Cet (emprunt) «à forme de Reflet», qui fait que le poète devient un non-poète, doit être évité de toutes manières. En effet : On ne s'empare pas séparément d'un sujet figurant dans l'œuvre poétique d'un autre, pas plus qu'on ne s'empare séparément du reflet de son propre corps (76). /4 o/

TREIZIÈME LEÇON :

LES SUBDIVISIONS DANS LES EMPRUNTS D'IDÉE,

PAR EXEMPLE DANS (L'EMPRUNT À RESSEMBLANCE DE PORTRAIT (arthaharaņesv ālekhyaprakhyādibhedāh).

(Suit) l'enumeration des (emprunts) «ressemblant a un Portrait». Traiter (un sujet) de manière semblable (à un sujet antérieur, forme l'emprunt dit) « marche parallèle» (1). Ainsi :

(73) stambhika : inconnu en ce sens. (74) unmukti : mot védique. (75) Cette strophe réunit le thème des poissons qui font rire et trembler les baigneuses, et celui des vagues pénétrant dans le nombril des jeunes femmes. (76) Autrement dit le pratibimbavat, empruntant à la fois le fond et la forme, a pour effet que l'emprunteur n'ajoute rien d'important à son modèle. (1) samakrama, terme de la langue littéraire (pw.).

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[XIII] ar Sur (2) la montagne du Pouant, sejour de la région chère à Varuna (3), qui obliquement se libérait peu à peu de la contrainte (4), comme un côté des joues qu'effleure la pâte de safran, le disque des rayons du soleil resplendit, (tout) doré.» /1/ Comparer : or Regarde (5), ma belle, (l'astre) aux rayons froids dans la rougeur de son lever devient pareil à la joue jaunie de safran de la Région orientale qui s'embrase à tout instant (6). » /2/ Exprimer (un thème) comportant des figures (poétiques) sans employer lesdites figures, c'est (l'emprunt dit) «larcin d'ornements n (vibhūsaņamosa). Ainsi : « Foncée (7) à la racine comme un nénufar, pareille au bour- geon de la lune nouvelle, puis (en son milieu) jaune comme une mangue que gonfle (8) la maturation, enfin brillante (en haut) comme le soleil nouveau, avec un gris de fumée au sommet : ainsi a resplendi la lueur de la lampe (9), sous ses aspects variés. » /3/ Pour le même sujet : or Bleuatre (10) à la racine, puis au ventre s'épanouissant en jaune, puis légèrement blanche, enfin irradiant en une raie rouge, avec du gros de fumée au sommet : telle est la lueur de la lampe qui, offrant successivement des couleurs variées,

(2) · Mètre vasantatilaka. (3) L'ouest est la vārunī diś. (4) apayantraņa (= aniyama, HSS. comm.) : non attesté. (s) Metre rathoddhata. La description du soleil couchant a pour parallèle celle de la lune qui se lève. (s) pratikalam : sens du mot dans Vikramank .; mieux sans doute frag- ment par fragment». (7) Mètre mālinī. (8) Jeu de mots sur le double pīta. (9) daipam arcih : expression de Śiś. XI. 18. (10) Metre sikharini. Meme description que la strophe précédente, mais sans les images.

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[XIII] perce en un instant les ténèbres même (les plus) compactes. » 14/ Exprimer (la même idée) en renversant l'ordre dans lequel une idée a été d'abord exprimée, c'est (l'emprunt dit) « vio- lation» (vyutkrama) [de l'ordre]. Ainsi, pour le même sujet que ci-dessus : ar Foncée (11) au sommet, légèrement rouge au-dessous, ensuite, plus bas encore, une masse un peu jaune (12), puis rougeâtre, enfin bleue-noire à la base : la lueur de la lampe déchire (13) le voile aveugle des ténèbres. » /5/ Exprimer une chose particulière dans une composition (par ailleurs) commune (sāmānya), (c'est l'emprunt dit) « tournure particulière» (14). Ainsi : ce Ainsi (15), au lever de la lune, le cœur et les yeux chavirés à la suite de l'entretien avec la messagère de leur tendre amant, les femmes ont procédé à leur parure, tandis que leurs amies rient de les (voir) poser leurs ornements tout de travers. » /6/ Pour le même sujet : ar L'une (16) se frottait le giron de santal blanc, posait la ceinture sur ses amples seins, attachait le collier sur ses hanches rondes : (car, distraite), sa pensée s'en était allée vers son bien-aimé. » /7/ Faire de l'idée subordonnée (l'idée) principale, (c'est l'emprunt dit) « guirlande de tête» (uttamsa). Ainsi : (11) Mètre vasantatilaka. La description procède ici de haut en bas. (12) avapāndura : non attesté. Emploi exceptionnel de ava (manque Wa.). (13) ardati : forme védique, reprise par ex. Kavirah. I. 130, Il. 118. (14) visesokti : terme de poétique Dandin II. 333 et suiv. Bham. III. 23 Vam. IV. 3, 23 Udbh. V. 5 et suiv. Dhvan. p. 35; 38 Vişnudh. III. 14, 19- etc. (oquand, la cause étant présente, l'effet manque à se produire»). (15) Mètre vasantatilaka. La strophe est citée dans le comm. de Dhanika ad Dasar. II (GOS. p. 234). (16) Metre upajati. Developpement de l'idee finale de la strophe précé- dente. Strophe reprise Sarasv. p. 53a avec babhāra en d.

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[XIII] --- +>.(192 ).e+ --

« Illuminant (17) le ciel du flot de ses rayons, pâle comme un sein jauni de safran, la lune alors émergea tout doucement de l'océan oriental, telle une jarre d'or. » /8/ Pour le même sujet : or Déchirant (18) alors le corselet de soie sombre des ténèbres, (le disque) entier (19) de la lune apparut un peu dans l'inter- stice, ravissant comme le sein d'une belle (20) de nuit qui retient encore un reste de safran. » /9/ Arranger autrement le même thème a l'aide d'expressions (nouvelles, c'est l'emprunt dit) « costume neuf » (navanepathya) (21). Ainsi : « La mouche (22) soigneusement arrangée sur la joue, comme le signe à forme de lièvre sur la lune de son visage, a été délavée par les larmes de la (belle aux) yeux frémissants, car son amant avait désobéi aux conventions (du rendez-vous). n 10 Pour le même sujet : Les (23) amants etant arrives en retard, les (lignes de) feuilles et de lianes sur les joues des coquettes trahies (25) quant

(17) Mètre svāgatā. Kir. IX. 23. (18) Mètre vamsastha. L'image secondaire de la strophe précédente (la lune comparée à un sein de femme) devient ici l'image principale. (19) L'éd. GOS. propose sakalam afragment» (cf. aussi le comm. moderne de HSS. et l'expression candraśakala de Kād., pw. s. u. śakala). (20) taruņī : désignation d'âge chez les nāyika, R. Schmidt Erotik 3 p. 175 et suiv. (m1) Cf. le natanepathya de la série précédente. (22) Mětre svāgatā. (23) Mètre indravajra. Dans la strophe précédente le tilaka de la belle est effacé par les larmes qu'el'e verse, voyant que son amant tarde. Ici ce sont les pattralatā sur la joue des belles qui se trouvent détruites par les larmes de chagrin. (34) khanditā : terme technique d'une nāyikā «tourmentée», i. e. coffen- sée», «abandonnée» NS. XXII. 203, passage où figure précisément le mot vāsaka, voir note suivante.

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--- +>(193).c+ -- [XIII] au temps (25) (convenu pour le rendez-vous, lignes) arrosées des larmes du chagrin, n'ont eu qu'une brève existence. » /11/ Quand il y a identité des moyens employés, mais que la manière de les employer est autre, (l'emprunt est dit) « emploi d'un même moyen» (ekaparikārya) (26). Ainsi : ar Que (27) le (dieu à) face d'éléphant protège (28) les trois mondes, lui dont la grande trompe, dressée au ciel, avec le bourgeon de sa défense blanche pareille à une pousse sortie de la racine, sert de tige (29) à ce lotus qu'est le disque du soleil!n/12/ Pour le même sujet : r Victoire (30) au lotus (31) du Seigneur à forme d'éléphant (Gaņeśa) : il a pour tige le sceptre de sa trompe élancée, avec sa défense unique comme un fragment de pousse (jailli) de la racine! n /13/ Rétablir la forme primitive d'une chose qui a été modifiée (est l'emprunt dit) « réinstauration» (pratyāpatti). Ainsi : or Sa (32) beauté ayant été transférée au soleil, son disque

(25) vāsara : sens non attesté; peut-être convient-il de corriger en vasaka arrendez-vousn, cf. vāsakasajjā Vāgbh. p. 63 Śrogāratil. I. 79 etc. (26) parikara est une afigure de sens» Rudr. VII. 11; 72 et suiv. Agnip. CDXLVI. 13 Ruyy. 94 Sarasv. IV. 3; 73-77 Kuval. I. 60 et suiv. Ekāv. VIII. 94 et suiv. (en outre, terme de dramaturgie, S. Lévi Théâtre Ind. p. 36). C'est la figure qui se présente quand l'attribut trahit une intention déterminée (Kuval.). (27) Metre vasantatilaka. Description de Ganesa. La strophe est citee Subhāş. 80 (avec pāyād a, mūlāvalagna° c) et attribuée a «kasyāpin; aussi Sūktim. p. 93, mêmes leçons et attribuée à Ganapati. (28) avyāt : précatif. (39) nālāyita : attesté BhāgPur. (30) Mètre āryā. Dans la strophe précédente, c'est le soleil qui ressemble à un lotus dont la trompe de Ganesa serait la tige; ici, c'est la pointe même de la trompe qui figure un lotus. (31) pușkara signifie «lotus» et «bout de la trompe». (39) Ram. III. 16, 13 (avec °aruņa° en b); strophe citée Dhvan. p. 63 (avec 'avrta°). 13

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[XIII] -- +*(194 ).c+ -- brouillé par les frimas, comme un miroir aveuglé par les soupirs, la lune cesse de briller. » /14/ Pour le même sujet : « Sitôt (33) délivré de la désolation née de la (présence de) son ennemi, son visage resplendit, tel un miroir (34) qui reprend sa limpidité innée, quand la buée des soupirs s'est effacée. » /15/ Voilà les subdivisions de (l'emprunt) «à ressemblance de Portrait». Il (constitue) un procédé acceptable (anugrāhya). On dit en effet : « Un tel développement (vistara) du sujet, pris dans son ensemble, rend (35) (le sujet primitif) tout autre (qu'il n'était), grâce à la variété des expressions (36), comme l'est un acteur grâce à l'emploi des fards. » /16/ Voici maintenant les subdivisions (de l'emprunt) « pareil à une Ame de même forme». Lorsque, par son affectation à un autre domaine, le thème revêt lui-même une forme distincte, (on a l'emprunt dit) « renversement de domaine » (visayapa- rivarta). Ainsi : «r Puissent (37) vous protéger les souffles des soupirs (échappés) de la narine droite (38) de Stbanu ! Ils sont pleins de la pous- sière des cendres qui zébrent son corps, ils haïssent la

(33) Mètre indravajra. Le miroir embué de la strophe précédente est ici un miroir qui a recouvré sa limpidité. (34) ātmadarśa : expression de Raghuv., faite sur ādarsa : noter ātman = ā! comme dans ātmahan, ātmadāna, ātmabhū, etc. (35) ārchati : forme inattestée en class., mais connue en bouddh. (Kalpa- nam. éd. H. Lüders p. 39); noter que l'épopée atteste archati. (36) bhaniti : mot de kavya, devenu un terme technique Sarasv. II. 3; 52. (37) Metre sardūlavikrīdita. Description de Siva ascète, changé en colonne» (sthanu). Strophe de Balabhar. I. 2 (avec °bhasmagatra° en a ; rusyad° en c). La désignation de Sthanu remonte au MhBh. (38) Expuision de l'air par la narine droite quand l'inspiration a eu lieu r la gauche, dans les exercices du Yoga, Hathayogapr. II. 7 Gher. Samh. V. 50, etc.

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--- +3-( 195 ).c4+ -- [XIII ] retenue (39) (du souffle inspiré) et combattent la fraîcheur de la lune; le serpent fixé à l'oreille (du dieu) les lèche : ce sont les témoins de la souffrance mentale de Celui dont le corps est séparé de la Fille des Monts (Parvati) courroucée ! » /17/ Pour le même sujet : « Puissent (40) vous protéger les soupirs ardents et sincères de Hari qui porte dans son cœur une profonde brûlure ! Ils dispersent et font bouillir (41) le miel du lotus de ses entrailles, ils font se faner (42) la guirlande sur sa poitrine ; ils sont émis, puis inversement absorbés par le serpent (qui lui sert de) couche et qui frémit sous la chaleur : ce sont les témoins du souvenir de Rādhā, et Lakșmī les écoute (43) avec jalousie. » /18/ Adapter l'une des deux formes d'un thème à double forme (est l'emprunt dit) «rupture de paire» (dvandvavicchitti) (44). Ainsi : or Puisse (45) vous delivrer (46) du péche lancinant (a7) le chignon de (Siva), l'ennemi de (Kāmadeva, le dieu) à l'arc de fleurs ! A la vue de la lune qui y (est fixée) et que bercent les eaux

(39) kumbhaka, terme du Hathayoga (connu des commentaires aux Yogasū. II. 49 et suiv.); retenue du souffle à l'intérieur du corps (ainsi changé en un «potn) entre l'inspiration et l'expiration, au cours du prānayama, cf. par ex. Sarvadarś. trad. p. 264. (40) Metre sārdūlavikrīdita. Hari (Visnu) se souvenant de son ancienne amante Rādhā en présence de son épouse Lakșmī. - Rādhā (le nom figure Gītagov., Pañcat., Brahmavaiv. et autres Purāņa et Tantra tardifs, mais déjà chez Hala stro he 86=89 Weber?) est plus s écia ement l'amante de Krsņa. (41) Cf. kvathita au sens de aliqueur de mieln (Nighantuprak.). (42) mlāpita : non altesté. (43) ākarnita : non attesté. (a4) vicchitti est un terme de poétique (tardive) Auc. p. 117, Rasatar. p. 56, Sarasv. p. 532, mais déjà NS. XXII. 16 etc .; sur le mot, voir Th. Zachariae BB. XIII p. 93 GGA. 1885 p. 381. (45) Metre sragdharā. (46) musyāt : précatif. (47) utkleśa : non attesté en ce sens. 13

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[XIII] abondantes du Gange, les beaux yeux de (Kārttikeya), l'ennemi des (monts) Krauñca, vu leur nature d'enfants, frissonnèrent, égarés qu'ils étaient par (la ressemblance de l'astre) avec des śapharika (as) étincelant librement (a9), tandis que soudain (Ganeśa, le dieu) à la gueule d'éléphant s'amusait à prendre de sa trompe gracieuse le lotus (50) (de la lune) qui se levait (51)! » /19/ Pour le même sujet : Irradiant (52) quelque clarte à travers la rivière (qui baigne) les mille tresses de (Siva) Dhūrjați, puisse le croissant de lune vous apporter (53) le bonheur, lui qui, à raison du tourbillon des eaux, disparaît sitôt apparu, lui que le serpent -- le prenant pour une sapharī (54) fremissante et fermant la rangée de ses chaperons - cherche maladroitement, mais avidement, à saisir (55) dans ses replis (56) qui se contor- sionnent (57)!"/20/ Modifier (58) des idées antérieures par d'autres idées (est l'emprunt dit) « guirlande de joyaux » (ratnamala). Ainsi : a Le chat (59) leche dans l'ecuelle les rayons de la lune, (18) Mot non attesté, cf. saphara ci-dessus XII. 66. (40) phānța (glosé anāyāsa HSS.) : sens de lexique. (so) mrņālī : dérivé non attesté. (51) Kārttikeya (Skanda) prend la lune pour un poisson et Gaņeśa (cf. ci- dessus n. 30) pour un lotus. (sa) Metre sardulavikrīdita. Strophe reprise Sarasv. p. 313. Description de Siva avec la lune en diadème et les serpents nichés dans sa chevelure. (s3) diśyat : précatif. (s4) Non attesté; cf. śaphara ci-dessus XII. 66. (55) jighrksatitamam : sur cette formation recente, v. L. Renou IHQ. XIV p. 134. (55) prancana : non attesté. (s7) Le thème précédent avait deux aspects : ressemblance de la lune avec les poissons et avec le lotus. Seule la première ressemblance est traitée ici. En fait il s'agit d'une reprise de la figure dite bhrānti. (58) antarana : mot attesté en véd., cf. véd. samana. (s0) Mètre sikharini. Strophe citee Subhas. (attribuee à Bhasa) 1944 (avec kapole en a; karī samkılayati en b; viplavayati en d); aussi Saduktik. I. 77,

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[XIII] croyant que c'est du lait; quand ils s'étendent dans les inter- stices des arbres, l'éléphant les prend pour des bourgeons; à la fin des plaisirs d'amour, quand ils s'étalent sur le lit, la femme elle aussi les saisit, pensant que c'est son vêtement : ainsi la lune, ivre de lumière, hélas, induit le monde en erreur. » /21/ Pour le même sujet : «r Les (60) cygnes royaux (61) avalent maintes fois le clair de lune, le considérant comme un substitut du lait (62); les belles l'amassent sur leurs épaules, se réjouissant de ce saupoudre- ment de camphre; les hommes l'écartent du bout des seins de leurs amantes, le prenant pour une robe, en leur émoi intime; sur les eaux de la rivière les abeilles, avides de fleurs fraîches, le lèchent aussitôt. » /22/ Introduire le (même) sujet avec une différence (portant sur) le nombre (est l'emprunt dit) « trait numérique» (sam- khyollekha) (63). Ainsi : a Les ongles de tes pieds, ô Rudra(-Siva), que pare le reflet de (Visnu-)Nārāyaņa s'inclinant (devant eux) deviennent dix lunes redoutables qui semblent adorer ta lune(64). " /2 3/ Pour le même sujet :

2 (avec karī sam°, viplavayati et attribuée à RS.); aussi Sarng. 3640 (attribuée à Bhasa) (avec mārjari en a, et le reste comme Subhas.); reprise KvPr. II p. 396 Citramī. p. 36 Sarasv. p. 312 et cf. F. W. Thomas Kavīndrav. p. xI et 83. Strophe un peu analogue Hala 306. (60) Mètre sragdhara. Variations sur le thème précédent. (61) rajahamsa (traduction conventionnelle) : variété de hamsa, banc, au bec et aux pattes rouges (Amaras.) (62) Les hamsa sont friands de lait, voir ci-dessus V. 93. (63) Sur ullekha, voir ci-dessus XI. 29. (c4) Les ongles des pieds de Rudra, par le reflet sur eux de la couleur noire de Narayana incliné pour leur rendre hommage, ressemblent aux dix lunes sur les têtes des dix Rudra, et l'on dirait qu'ils adorent ainsi la lune située sur la tête d'un onzième Rudra. Les onze Rudra, multiplication de Rudra-Siva, sont connus depuis le MhBh. (E. W. Hopkins Epic Myth. p. 173).

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[XIII] -- +>(198 )-+- a Quand (65) les ongles brillants d'Uma, lotus de ses pieds, viennent en contact avec la tète (de Siva qui s'i cline d-vant eux) parce qu'il a commis une faute, la lune (que Siva porte en diadème) semble être devenue sextuple : puisse ce (dieu à) la gorge sombre vous dispenser ce qui vous est cher! » /24/ Mentionner, en s'exprimant de la même manière (que pré- cédemment), quelque chose en surplus, (c'est l'emprunt dit) ar excroissance n (cūlika) (66). Il est de deux sortes, concordant et discordant. Voici un exemple de la première sorte : « Dans (67) la cour enduite des rayons de la lune, la femelle du cygne gémit misérable, la voix coupée de larmes, car elle n'a pas aperçu le cygne royal qui dort, pareil à un réseau de rais lunaires. » /25/ Pour le même sujet : r Le cygne (6s) domestique ne reconnut pas sa femelle blottie en son plumage (69) difficile à discerner sur le toit blanc qu'illu- minait un abondant clair de lune, - pas même quand elle éleva la voix devant lui, car son oreille était égarée par le tin- tement des bavardes périscélides. » /26/ Deuxième (type d'a excroissance»), pour le même sujet : or Sur (70) le toit blanc baigne des flots de la clarte lunaire, la

(65) Mètre vamsastha. Uma (Parvatī), sur les cinq ongles d'un des pieds de laquelle la lune au disque de Rudra s'est réfléchie, semblant s'être ainsi six fois reproduite. Le achangement numérique» est clair : six au lieu de dix. (66) Terme de dramaturgie (S. Levi Théatre p. 60) NS. XIX. 107 Dasar. I. 119 SahD. 310; en outre, Sarasv. III. 28. Le sens propre est «partie éminente, excroissante, d'un objet». (67) Mètre rathoddhatā. Jānakīh. VIII. 85 (avec saikate en a; rodasīndukara° en b; sagadgadam en d). (68) Mètre upajāti. Les deux derniers pāda se bornent à ajouter une touche nouvelle. (69) pakșatipuța : expression de Caņdakauś. (pw.) (70) Mètre upajāti. La reconnaissance remplace ici la non-reconnaissance : là réside la adiscordancen.

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-( 199 ) [XIII] femelle du cygne non sans peine reconnut son bien-aimé blanc comme un monceau de perles pures, à ses cris mélodieux comme (le tintement) des périscélides mouvantes. » /27/ Une composition (qui reprend) sous forme positive une (chose donnée d'abord) sous forme négative (est un emprunt appelé) « enlèvement d'une chose fixée (sous tel aspect déter- miné)» (vidhānāpahāra). Ainsi : cr Amaranthe (71), te voici privée du plaisir joyeux de frapper nos seins; arbre bakula(72), il te faut souvenir comment tu étais arrosé par le suc de notre bouche; maintenant que nos pieds vont cesser de te battre, aśoka(73), tu seras plongé dans le chagrin : ainsi disaient les femmes de celui qui abandonne sa propre ville aux ennemis. » /28/ Pour le même sujet : « Quand (74) il eut conquis successivement les bords de l'océan, les forêts immenses et les sommets, soudain l'arbre bakula, le rouge asoka ainsi que l'arbre tilaka (75) furent entraînés par ses compagnes vers la grande fête de leur épanouissement, grâce au nectar des bouches, aux pieds qui se posent, aux coups d'œil coquets(76). n /29/ Accumuler en une seule (composition) plusieurs sujets

(71) Mètre harinī. Strophe citée Subhās. 2564 et attribuée à Ratnākara; citée aussi Sarng. 1269 avec karāghātakrīdāsukhena en a; rasā° en b; °ban- dhyo en c; jana° en d. (72) Ci-dessus V. 27 : cet arbre fleurit quand de jeunes femmes l'arrosent d'un vin qu'elles déversent de leurs bouches mêmes, thème littéraire connu, Megh. 75 etc .; M. Bloomfield JAOS. XL p. 1 Tawney-Penzer trad. du Kathās. I p. 221. (73) Cf. ci-dessus V. 51 : cet arbre passe pour fleurir quand de jeunes femmes le touchent du pied, thème connu, Megh. loc. c. Malav. III. 12, etc. Analogue pour le kurabaka et ci-dessous pour le tilaka. (74) Mètre harinī. Le roi victorieux, la joie du gynécée royai et de la nature. (75) Prob. syn. rodhra, ci-dessous XVIII. 111. (76) Ces attributs se rapportent respectivement au bakula, a l'asoka, au tilaka.

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[XIII] -+(200).c+- (est l'emprunt appelé) « collection de rubis » (māņikyapuñja). Ainsi : cr Dressant (77) son long bras à l'instar d'une montagne, la Terre, cette jeune femme, semble sur le visage de sa com- pagne, la Nuit, faire une marque en forme de lune. » /3 o/ Et en outre : En (78) apercevant, avec la crinière de ses rayons qui brillent au loin, charmants comme des bouquets d'atimukta (79) épanouis, ce lion, la lune, posé au sommet de la montagne du Levant, aussitôt la barrière infranchissable des ténèbres se dispersa (80). » /3 1/ Et en outre : cc Afin (s1) d'exécuter le Sacre de l'Amour, la nuit son amante fit surgir (82) l'astre nocturne, tel une cruche d'argent (parée de) lotus, avec sa marque (nettement) tracée (83) et le flot de ses rayons miroitants. »/32/ Et en outre : ar Regarde (84), (femme) à la taille mince, il s'élève sous nos yeux avec ses rayons qui imitent le lait (85) du bambou écrasé,

(77) Metre hariņī. La Terre comme nāyikā, traçant un tilaka sur le visage de la Nuit. (78) Metre vasantatilaka. (79) Prob. Gaertnera racemosa Roxb., sorte de jasmin. (80) Double sens : la cohorte irrésistible des éléphants couleur de ténèbres ; vāraņaghațā au sens, non attesté, de «barrièren. (s1) Mètre svāgatā. Kir. IX. 33. L'aiguière comme instrument de l'asper- sion royale, où les eaux sont représentées par les rayons lunaires. (82) udāse : parfait passif. (83) La marque de l'antilope ou du lièvre, censément figurée sur la lune (ci-dessus XI. 59). (84) Mètre āryā. (85) tva(k)ksira (corrigé en tvaksara GOS.) : mot de lexique, sous diverses formes (tvakkşīrā et -i, tvagāksīrī, tvaksārā, tukākșīra et -i, tugākșīrī ou tugā tout court), dont plusieurs sont attestées dans les textes médicaux. Sucre de bambou, cf. Hobson-Jobson s. u. tabasheer. Noter que tvaksāra signifie aussi bambou

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[XIII] ce joyau (la Lune), diadème du mont du Levant, amant de Rohiņī(86). n /33/ Et en outre : ct Blanche (87) comme une motte de beurre frais, frolant du bout de ses rayons les massifs de lotus, éclatant de rire sur les pentes de la montagne du Levant, elle se lève, la Lune, miroir pour le visage de dame Nuit. » /34/ Et en outre : ce Ce cygne unique - la lune - étant parti, l'Amour parut (vouloir) se baigner avec ces eaux - les ténèbres - dans le ciel - cet étang - où riaient (88) les étoiles - ces lotus de nuit.» /35/ Pour le même sujet : cr Mouche (89) de beauté (90) en forme de rodhra (91) de dame Nuit; lion au milieu du troupeau d'éléphants que sont les ténèbres; aiguière en argent pour le Sacre d'Amour, roi de la terre; joyau unique au sommet de la montagne du Levant; miroir tout neuf des régions du ciel, la lune, qui semble rire, élève au firmament l'illusion d'un cygne dans un étang (92). » (36/ (Un emprunt) où un sujet jouant le rôle d'une racine bul-

(85) Sur ce mythe, ci-dessus VII. 37. Cette strophe contient une métaphore entre la lune et le joyau, et une comparaison entre les bambous et les rayons. (87) Mètre puspitāgrā. (88) hāsini : la correction bhāsini (GOS.) n'est pas justifiée, cf. ci-dessus n. 70. (89) Mètre dhrtaśri. La strophe est citée Vam. IV. 3, 32 (du moins le pratika). (90) tilaka : double sens : 1° marque de beauté sur le visage des femmes ; 2° rodhra. Comparaison analogue entre la lune et le tilaka de la nuit Vam. 31 et suiv. et souvent. (91) Cf. ci-dessus n. 75. (92) Toute cette strophe est faite d'emprunts aux six strophes précédentes, dans l'ordre.

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[XIII] +(202).0+- beuse (93) s'exprime par des traits particuliers qui en sont comme les bourgeons (s'appelle) « bulbe» (kanda). Ainsi : (r Se (94) déversant par l'aiguière de la lune, la clarté lunaire se répand à l'entrée des rues, semble se condenser au sommet des palais, s'étaler sur les massifs des lotus (de nuit).» /37/ Pour le même sujet : c Le (95) clair de lune semble se répandre dans le ciel, se multiplier (96) dans les massifs des lotus (de nuit), se refléter sur les larges joues des femmes, pâles comme des tronçons de roseau mûr, s'épanouir sur l'eau, briller sur les maisons blanches de crépi, frémir sur l'étoffe des drapeaux et sur les feuilles que le vent agite. » /38/ « La (97) lune dans cette (nuit de pleine lune) est comme une aiguière de cristal; son signe est découvert (98) comme la bouche (de l'aiguière) : ainsi le clair de lune se déverse lon- guement, comme une poudre de camphre. » /39/ cr Comme (99) une servante (arrose) la cour, la nuit arrose le ciel de la clarté (lunaire en guise) d'eau ; elle coule de la lune, cruche de cristal que recouvre (en guise) d'herbes vertes (une tache à forme de) gazelle. » /4 o/ cr Afin (100) d'exécuter le Sacre de l'Amour, la Nuit son amante fit surgir l'astre nocturne, tel une cruche d'argent (parée de) lotus, avec sa marque (nettement) tracée et le flot de ses rayons miroitants.» /41/

(93) kandalāyamāna : dénom. non attesté, sur kandala abourgeonn (sens de lexique, attesté Yaśastil. et Srngaratil. chez RS.). (91) Mètre āryā. (95) Metre dhrtasri. Strophe reprise Hem. p. 248, avec hasativa en c. (90) bahūbhu- : non attesté. (97) Mètre ārya. (98) apidhanam ; GOS. comprend amapidhanam craw lidn. (99) Mětre āryā. (100) Strophe déja citée ci-dessus n. 81. Ces trois strophes développent la portion orse déversant par l'aiguière ... » de la strophe initiale.

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-- +*(203)+- [XIII] Tels sont les (huit groupes) qui composent (l'emprunt appelé) «pareil à une Ame de même forme». C'est là, dit Surananda (101), un procédé suggestif (ullekha) qu'il convient de suivre. On a dit en effet : La (102) déesse Parole triomphe comme elle veut : elle est pour les poètes la renommée et la félicité. Lorsqu'elle suggère par la courbure (103) (de l'expression) quelque joyau d'idée, elle amène un (résultat) inappréciable (104). //1 2/ Voici maintenant les subdivisions de (l'emprunt appelé) cr semblable à l'Entrée dans une cité étrangère». Changer (un thème) en se servant d'un thème déjà affecté à (une autre) composition (forme l'emprunt dit) «combat à la massue» (hudayuddha) (105). Ainsi : « Comment (106) ne subirait-il pas la privation du corps (107), cet Amour misérable, dénué de discernement, qui frappe les jeunes femmes et n'a pas pitié d'elles, délicates comme les feuilles de bananier?» /43/ Pour le même sujet : Comment (108) ne pas adorer cet Amour a l'enseigne du dauphin, si ferme en son discernement, qui frappe avec ses flèches faites de fleurs le corps charmant comme un bananier des (belles aux) yeux de gazelle? » /44/ (101) Le nom est donné dans le prologue du Balar. comme celui d'un membre du clan des Yayavara, dont la parole est «digne d'ètre bue par l'oreillen (v. 13). Sans doute s'agit-il d'un contemporain du roi Ranavi- graha de Cedi (fin du Ix° s.). Une strophe de Sūktim. (p. 47) le cite, et la strophe ci-apres est probablement de lui. (102) Mètre upajāti. Idée analogue Dhvan. I. 6. (103) Ci-dessus IX. 64. (104) anarghatā : non attesté. (105) huda abeliern lex. et Brhats. (var.) [hudu Pancat.]; nom d'une arme (a bélier»?) MhBh. (106) Metre drutavilambita. (107) asarīrata : non attesté. L'Amour dont le corps fut brule par Siva. (108) Metre drutavilambita. La structure reste la même : seuls ont changé les sentiments vis-à-vis de l'Amour.

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[XIII] -+*( 204 ).+ -- Une composition dont le thème est très dissemblable (109), le mode (de développement étant) autre, (forme l'emprunt dit) « cuirassé contre» (pratikañcuka) (110). Ainsi : ct La (111) lune, ce récipient de joyaux, resplendit, laissant tomber un flot de nectar d'un éclat enivrant pareil à celui des yeux des bartavelles, comme un charmant cygne femelle, qui du bout de son bec a mordu une tige de lotus. » (112) /45/ Pour le même sujet : « L'une (113) était en train de donner de la liqueur à l'aide d'une tige creuse de corail (dans) une coupe (114) de saphirs (115) : on dirait un perroquet apprivoisé qu'on porte au creux de sa main et qui tient dans son bec un lambeau de viande séchée. » /46/ Changer une comparaison par (l'emploi d')un autre (terme de) comparaison (forme l'emprunt dit) «concordance de thème » (vastusamcāra). Ainsi : cr (Je suis) (116) comme étroitement lié par une guirlande de lotus; comme baigné d'un flot abondant de lait; comme absorbé tout entier par son œil grand ouvert; comme violem- ment arrosé par un nuage humide de nectar.» /47/ Pour le même sujet :

(109) visadrśa : visistasadrsyavant HSS. comm .! (110) Sur ce mot, voir Vakyapad. II. 487, passage souvent discuté, not. par F. Kielhorn IA. V p. 244 (note). Sens incertain. (111) Mētre indravajrā. (112) Qui de ce fait laisse échapper sa sève. (113) Metre upajati. De part et d'autre il s'agit d'un recipient à liqueurs, ou l'instrument est tantôt «la pierre de lune», tantôt le saphir, l'agent étant le cygne femelle ou le perroquet. Cf. la description des ablutions royales Kad. éd. de Bombay p. 33. (114) pāra au sens de pātra (HSS. comm.)? Cf. pārī en ce sens dans la strophe précédente. (115) masāra (et variantes) : ou émeraude? L. Finot Lapidaires p. XVIII conteste le sens de saphir. (116) Mètre mālinī. Mālatīm. III. 16 : Mādhava exprimant ses sentiments à la vue de Malatī. Str. reprise Sarasv. p. 133.

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-- +-(205).c+- [XIII] « Comme (117) des fils de perles, comme des guirlandes de rayons lunaires, comme des vagues de l'océan de lait, comme des flots de nectar ravisseurs de la fatigue; franchissant la rivière des longues œillades, spontanément parés d'une grâce coquette, tout d'un coup les regards de (la belle aux) yeux de gazelle m'inondèrent de l'éclat d'un intense amour.» /48/ Transformer un ornement (poétique) de mot en un orne- ment de sens, (c'est l'emprunt appelé) «énoncé de base» (dhātuvāda). Ainsi : « Victoire (118) aux poussières (émanant) des pieds de (Śiva) Tryambaka, que caresse la tête de l'asura Bāņa : elles effleurent le cercle des diadèmes de Ravana et se posent à l'extrémité des chignons des maîtres d'entre les dieux et les Asura; elles détruisent votre existence (transitoire) ! » /4 9/ Pour le même sujet : « Victoire (119) aux poussières des pieds de (Siva,) l'ennemi de Pura, dont l'activité est sans précédent, puisque grâce à elles les êtres sont délivrés de rajas (120) et atteignent en sa plénitude la vision du monde du salut (121) ! » /5 o/ Transformer le thème lui-même en l'élevant (sur un autre plan est l'emprunt dit) «traitement d'honneur» (satkāra). Ainsi : « Les (122) lourdes hanches ont pris contact avec le rameau

(117) Mètre sārdūlavikrīdita. Les regards qui précédemment étaient assimilés au lotus, le sont ici à la perle. (118) Metre vamsastha. Str. reprise Hem. p. 14, qui forme la seconde strophe du prologue de Kad. Éloge de Siva vainqueur du démon à dix têtes Ravaņa et ayant pour favori un autre démon, Bana : en somme Siva donne ses faveurs à ses ennemis mêmes. (119) Autre éloge de Siva, développant les valeurs transcendantes. (120) Proprement «poussièren (jeu de mots) : le second des trois compo- sants (guna) de la prakrti. - Lire nīraji° avec HSS. (121) L'ornement verbal de la strophe précédente (anuprasa) est remplacé ici par un ornement de sens (kāvyalinga ?). (12) Strophe déjà citée XII. 6a.

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[XIII] des chevelures, fraîchement mouillées par le bain et dont frémissent les boucles dispersées. Projetées de ces (boucles) vers la nue, en (longues ) traînées, les gouttes d'eau sont bues par les cygnes apprivoisés des (belles aux) yeux de lotus, qui tiennent leur cou dressé (pour les recevoir).n /5 1/ Pour le même sujet : cr Tombées 123 des extrémités de ces lianes - les tresses de Lakșmī - alors que son corps surgissait de l'océan de lait - puissent vous protéger ces jolies gouttes de lait, savoureuses comme du nectar, qui formaient (124) un collier de perles sans (qu'il y ait besoin) d'un fil, - elles que le (dieu) cornu (Vișņu-Nārāyana) contempla longuement d'un regard de désir intense, et que léchèrent les cygnes femelles du maître des eaux (Varuna), avec leur cou gracieusement levé (125) ! » /5 2/ D'abord semblable, ensuite différent (est l'emprunt appelé) īvañjīvaka (126). Ainsi : « Une (127) certaine (heroïne) avait, semblait-il, une parure faite de cent lunes, reflétant le disque lunaire en sa totalité dans ses yeux, sur son ventre, sur ses joues, sur ses orne- ments consistant en une masse de joyaux resplendissants. " (53/ Pour le même sujet : ct Par (128) l'effet de la lune qui se reflète sur ses joues lumi- neuses, par ses boucles d'oreilles, ses bracelets et la masse (123) Metre sardūlavikrīdita. Lakșmī prenant naissance dans l'ocean de lait baratté par les dieux, thème épique et puranique connu. (124) grathana : mot attesté Ba ar. (125) Le sujet est «rehaussé» par l'allusion à Lakșmī et à Nārāyaņa. (126) Mot connu sous diverses variantes et désignant une espèce de galli- nacée (faisan ?). (127) Metre : type de vaitaliya. La lune se réfléchissant sur les membres de la jeune femme lui fait pour ainsi dire une parure complète. (128) Mètre vasantatilaka. Parure de la dame (comme dans la str. précé- dente), la lune lui rend hommage, se sentant inférieure à elle par la beauté.

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-+>( 207 ).4+- [XIII] des beaux joyaux de sa ceinture, la jeune femme resplendit comme si elle était courtisée par un être qu'aurait subjugué l'éclat de son charmant visage. » /54/ Une composition qui (emploie) intentionnellement des expressions (d'une composition) antérieure (forme l'emprunt dit) « sceau des états d'âme» (bhāvamudrã) (129). Ainsi : « Sur (130) les plateaux du Malaya (131) ou le betel s'enrobe d'un cercle d'arechs, où les lianes des cardamomes em- brassent les santals, où les feuilles de tamāla (132) jonchent le sol, puisses-tu te plaire toujours !» /55/ Pour le même sujet : « Celui (133) qui est capable d'unir selon ses lois même les êtres sans raison, l'Amour, il règne maintenant sur cet homme : voici que le cardamome enlace le santal, que la liane d'arech monte sur l'arbre à bétel. n /56/ Arranger un thème d'une manière contraire au sens de (l'œuvre) antérieure (forme l'emprunt dit) « opposition » (tadvirodhin). Ainsi : ar Collier (134) de perles sur la poitrine, a l'oreille un pétale de nénufars clair comme l'ivoire, une guirlande sur la tête, le corps, (gracieux comme) une liane, vêtu d'un fin linon (135), les seins blanchis de camphre, sur le visage une goutte de

(129) bhāva est un terme important de la poétique et surtout de la drama- turgie, NŚ. VI. 38 et suiv. VII passim XXII. 7 et suiv. Mais il se peut que le mot signifie ici rintention» comme souvent dans la langue des commen- taires (bhava est rapproché d'abhiprāya Daņdin II. 364); il est même, avec cette acception, le nom d'aun ornement de sens» Rudr. VIl. 11; 38 et suiv. (130) Metre upajāti. Raghuv. VI. 64. (131) Ci-dessus lll. 109. (13a) Ci-dessus VIII. 90. (133) Metre lalita. Un poète a combiné ici un hémistiche nouveau avec une image venant de la strophe antérieure. (134) Mètre sārdūlavikrīdita. (135) dukūlini : dérivé non attesté. Sur dukula, v. S. Lévi Études as. II p. 32.

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[XIII] -(208 ).c+- santal, à la main un lotus frais, blanc comme la lune : cette tenue candide, ô belle, est-ce la lune d'automne qui te l'a enseignée ?» /5 7/ Pour le même sujet : cc Le corps (136) (vêtu) d'un linon foncé; des feuilles tracées au musc sur chaque membre; aux deux bras des bracelets en pierres précieuses bleu foncé (137); un collier de saphir (138) au cou; des boucles de cheveux qui pendent sur le front (139) comme des lianes : vraiment, (femme) aux yeux de gazelle, pour la fête du rendez-vous avec ton amant, c'est l'obscurité qui fut l'institutrice (140) pour ta tenue ? » /58/ On a donc exposé les trente-deux moyens d'emprunter les idées. La faculté poétique (kavitva) consiste à mon avis à discerner (parmi eux) ce qui est à rejeter et ce qui est à adopter. /5 9/ De plus ces moyens d'emprunt doivent être connus avec leurs contre-indications (pratiyogin) (141) : il faut (en effet) reconnaître inversement ce qui fait qu'un sujet est contre- indiqué. /6 o/ En outre : Il ne manque (142) pas de gens connaissant les règles sur les formes et les idées, mais ils ne sont pas poètes (143). L'œil éloquent de celui qui est un trésor d'érudition resplendit; mais s'il est quelqu'un dans le langage de qui (réside) une

(136) Metre sārdūlavikrīdita. Sūktim. p. 257 (avec 'mbusāravali en b; °mañjarīkam en c). (137) mecaka se dit de la turquoise; Ratnasamgraha str. 20. (138) masāra, v. ci-dessus n. 115 (ou : améthyste?). (139) alika : forme de Bālar. (aussi alīka d'après anīka). (140) ācāryaka : attesté aussi Bālabhār. - La tenue louée dans la strophe précédente est critiquée ici, comme ne convenant pas à la circonstance. (141) Terme de Nyāya (contre-partie, antonymie), v. Nyāyakośa s. u. et note de Athalye-Bodas ad Tarkasamgraha 39 (p. 197). (142) Mètre vasantatilaka. Cf. la str. finale du chap. xI. (143) Rapprocher Dhvan. I. 7.

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-+>(209 ).c+ -- [XIV] idée neuve, celui-là est à la tête des tisseurs (144) de belles expressions, ses vocables sont purifiants (145). /6 1/

QUATORZIÈME LEÇON :

FIXATION DES CONVENTIONS (RELATIVES) À L'ESPÈCE, À L'INDIVIDU ET À L'AGTION (jātidravyakriyāsamayasthāpanā) (1).

(On appelle) Convention (2) poétique une notion qui ne repose ni sur les Traités ni sur l'Usage, mais que les poètes agrègent à leur œuvre en se la transmettant de l'un à l'autre. N'est-ce pas un défaut (3), disent les maîtres ? Comment alors (4) (une telle notion) mérite-t-elle d'être agrégée à une œuvre (poétique) ? - Comment serait-ce un défaut, dit le Yayāvarīya, s'il est vrai qu'elle favorise (5) les voies poétiques ? - Alors qu'on en donne la raison, disent les maîtres. - C'est ce qu'on va énoncer ici, dit le Yayavarīya. Les Sages d'antan, après s'être plongés dans le Veda avec ses mille Branches (6) et ses Membres (annexes), après avoir

(144) samdarbhin : dérivé non attesté. (145) pavitra, v. ci-dessus VI. 113. (1) Ce chapitre, avec les quatre qui suivent, a été utilisé de près par Hem. p. 11, etc. La substance en est traitée aussi dans la Kāvyakalpalatā I. 5 (varnyasthiti) et l'Alamkarasekhara passim, SahD. 590. (2) samaya : Vam. V. 1 et suiv. (qui a l'expression kavya°) Dhvan. p. 160 Vagbh. p. 7 Hem p. 11 Agnip. CCCXLVII. 30 et suiv. Chez Vam. il s'agit de faits de langue, soit à peu près des «licences». (3) La définition ci-dessus rappelle en effet celle des dosa (qui deviennent des guna dans certaines circonstances) chez Bham. IV. 2 et passim Dandin IIl. 162 et suiv. Vam. Il. 23 et suiv., ainsi que Sarasv. I. 54 et suiv. Hem. p. 189 et suiv. Agnip. CCCXLVII. 24 et suiv. C'est plus spécialement le doşa appelé desakāla-(kalālokanyāyāgama)-virodhin Daņdin III. 196. (4) kathamkāram : terme attesté Nais. et Śiś. (5) anugrāhin : non attesté. (6) sahasraśakha : d'ordinaire le chiffre de «mille» est celui des «branchesn 14

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[XIV] -+*( 210 ).+ -- compris les Traités, voyagèrent dans les autres régions (desan- tara) et dans les continents lointains (7). Ils introduisirent (dans leurs œuvres) les choses qu'ils avaient constatées. Le fait de les mettre dans une œuvre littéraire (upanibandha) telles quelles, en dépit de la diversité résultant des différences de lieu et de temps, (forme ce qu'on appelle) la Convention poétique. Le terme de convention poétique, employé par ceux qui, sans en considérer l'origine, se sont bornés à en illustrer l'emploi, est bien connu. Tel sujet a été dès le prin- cipe (s) fixé par convention poétique, tel autre a été introduit par des plagiaires (dhūrta), dans leur propre intérêt, pour leurs entreprises réciproques. La (convention poétique) est de trois sortes, suivant qu'elle concerne le monde céleste, le monde terrestre ou le monde infernal (9). Par rapport à celle du monde céleste ou infernal, celle du monde terrestre a la prépondérance, car le domaine en est vaste. Elle est encore de quatre sortes, suivant qu'elle vise (10) ce qui a forme d'espèce, d'individu, de qualité ou d'action (11). Chacune de celles-ci à son tour est de trois sortes, suivant qu'elle relie une chose avec (une autre) qui n'est pas (en connexion avec elle) [asato nibandhanāt], ou qu'elle ne relie pas une chose avec (une autre) qui est (en connexion avec elle) [sato 'py anibandhanāt], ou bien qu'elle restreint (à tel cas un fait plus général) [niyamatah]. On relie une chose avec (un objet à valeur) générale

du SV. seul (ainsi Caraņavyūha), appelé parfois de ce fait Sahasrasamhita; mais cf. un emploi plus général du terme TU. I. 4, 3 et Kusum. (cité BR.), ainsi que Vișnup. III. 3, 4 (M. Müller Skt Lit. p. 119; 364). (7) dvīpantara, v. ci-dessus IV. 24. (8) ādyatva : non attesté. (9) Sur ce triple aspect, v. ci-dessus IX, début. (10) arthatā : non attesté. (u1) Les quatre domaines du mot, cf. ci-dessus VI, debut.

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-- +( 211 ).+- [XIV] (sāmānya) qui n'est pas (en connexion avec elle) : ainsi le lotus rouge, le lotus bleu, etc., (reliés) aux rivières; les cygnes et autres (êtres, reliés) avec une pièce d'eau quel- conque; les montagnes, quelles qu'elles soient, (reliées) avec l'or, avec les pierres précieuses, etc. Les lotus rouges avec les rivières, ainsi : « Prolongeant (12) les cris aigus, amoureusement mélodieux, des hérons; à l'aube s'impréguant de parfum pour avoir frôlé les lotus (13) épanouis; aux femmes, doux à leur corps, ce vent de la Sipra (19) enlève l'alanguissement du plaisir : tel un amant qui sollicite avec des propos câlins (15). » /1/ Les lotus bleus avec les rivières, ainsi : t Il (16) aperçut la Fille de Jahnu (le Gange) que semble enlacer d'une étreinte visible la Fille du soleil (la Yamuna) parée de massifs de lotus bleus (17), et qui entraîne avec elle les gouttes de moiteur des dieux dont les douces brises, ses émissaires (18), se sont emparées par jeu lors de son parcours dans le ciel (19). n /2 De même pour les lotus blancs (reliés) avec les rivières, etc. Les cygnes (sont reliés) avec une eau quelconque, ainsi : cc I1 (20) fut, il est, il sera ici-bas fortuné, riche, vertueux, l'homme qui fera pour le glorieux Kudungeśvara ce qu'(a

(13) Mètre mandākrāntā. Megh. I. 31. Str. reprise Hem. p. 11. (13) Il s'agit ici du kamala (Nelumbium speciosum Willd.), syn. de padma. Sur les 'otus de jour et de nuit, v. Dandin I. 94 Rtus. Ill. 23, etc. (14) Rivière d'Ujjayini, affluent de la Cambal. (15) Il s'agit donc ici de «généralisation» poétique. (16) Mètre malini. Str. reprise Hem. p. 12. (17) kuvalaya (Nymphaea cyanea Roxb.) : syn. de utpala, nilotpala. (18) ovāraih HSS. : non attesté en ce sens (baņavāra lex.); °caraih GOS. (19) Allusion au parcours cé este du Gange (Mandakini). (20) Mètre sārdūlavikridita. Str. reprise Hem. p. 12. Keśava (Krsna ? ainsi HSS.) est loué pour avoir fait quelque chose de merveilleux en faveur du a souverain des Kudunga". Kudungeśvara (ou Kudangeśvara) est le dieu protecteur d'Ujjayini, v. Prabandhaci. chap. Iv, 1 (trad. p. 118). 14.

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[XIV] -+*(212).+- fait) le bienheureux Keśava : voilà l'exploit que semble pro- clamer la Navanadi (21), avec ses ondes bruissantes de cris de cygnes et de grues, dont les tribus insouciantes se dodelinent (dans ses eaux).» /3/ L'or (relié) avec une montagne quelconque (22), ainsi : « Séjour (23) des élephants, que rendent plaisants divers jeunes animaux, sa richesse (24) en or s'étend jusqu'au cercle de l'horizon (25) : vu la similitude (26), (cette montagne) est devenue (27) l'amie de l'océan, on l'appelle : le soutien des nuages. » /4/ Les pierres précieuses (avec la montagne), ainsi : «r Dressant (28) les tiges de leurs cous, les paonnes pleines d'allégresse, songeant aux nuages, regardent ces faisceaux de rayons (couleur) de saphir, nés de l'embrun que lancent en ronflant les grands éléphants sur les pentes (des mon- tagnes). » /5/ De même pour d'autres cas. On s'abstient de relier une chose avec (un objet à valeur générale) qui est pourtant (en

(21) Non attesté. Lire Vananadī comme dans le Megh. I. 26 (où il existe une var. Nava°) ? (92) omātre est rendu par yatra tatra Hem. p. 12. (a3) Metre salinī. Str. reprise Hem. p. 12. Description d'une montagne (le Meru ?). (24) sphāti : HSS. lit sphīti, comme a la Rajatar. (pw.). (25) cakravāla, ci-dessus XII. 52. (26) La strophe s'entend aussi de l'océan : séjour des Naga, que rendent plaisants ses multiples bateaux, sa richesse en une eau agréable (svarnas), (l'océan) soutien des nuages. - nāga signifie aussi «nuagen d'après les lex., tandis que jīmūta (aussi «montagne» lex.) dans le composé jimūta- bhartr viserait d'après HSS. le héros du Nagananda, Jīmūtavahana (d'où résulterait nāgāvāsa à comprendre en «refuge des serpents»). (27) jagmivan : participe parfait en fonction de verbe personnel, v. L. Renou, Études gramm. p. 24 $ 38. (28) Mètre vasantatilaka. Strophe reprise Vāgbh. p. 8 et (premier hémi- stiche) Hem. p. 17 avec mrgaksisanau en fin de b. Sur les paons dans la saison des pluies, v. ci-dessous n. 72, XVIII. 69 et Rtus. II. 6 et suiv. - saralikrta : non attesté.

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-+*(213)-+ -- [XIV] connexion avec elle, on dira) par exemple qu'il n'y a pas de jasmin au printemps, pas de fleurs et de fruits sur les arbres santal, pas de fruits sur l'asoka. Premier cas : c(Le mois de) caitra (29) se passe de jasmin, lui qui fait épanouir une profusion de fleurs. O merveille, comment peut- il y avoir des fleurs aimables quand il est démuni de jas- min? (30)» /6/ Deuxième cas : cr Bien (31) que le Createur ait fait le santal sans fruits et sans fleurs, il ne laisse pas, par son corps même, de soula- ger la souffrance brûlante des autres. » /7/ Troisième cas : « Puisque (32) le fruit dépend du destin, qu'y a-t-il à faire? Nous disons à ce sujet : les bourgeons des autres arbres ne sont pas pareils aux boutons de l'aśoka (33). » /8/ La Restriction consiste à présenter (comme étant locali- sées) en un seul point des choses qui se manifestent sur plusieurs points, à dire par exemple qu'il n'y a de crocodiles que dans les mers, de perles que dans la Tamraparņī. Pre- mier cas :

(20) Strophe reprise Hem. p. 11 Vagbh. p. 7; allusion possible au Rtus. qui ne mentionne pas la malati dans sa description du printemps. - Le caitra est le premier mois du printemps. (30) Jeu de mots sur jatihina ademuni de (bonne) naissance» et sumanas a dieu» : comment les dieux se plairaient-ils à un être de basse extraction ? (31) Mètre arya. Strophe citée Sarng. 995 avec apaharati à la fin. L'éd. HSS. donne pour second hémistiche nāsokasya kisalayair vrksāntarapallavās tulyah (emprunté au second hémistiche de la strophe suiv., dont HSS. saute le premier hémistiche). Reprise Hem. p. 11. Allusion à la conduite des hom- mes de bien, qui, meme s'ils n'ont pas de fortune, donnent leur corps pour soulager autrui (HSS. comm.). Repris Hem. p. 11 avec apanayati en d. (3a) Metre āryā. Str. reprise Hem. p. 11 avec ekam atra en b. (33) Ci-dessus V. 51. Allusion (d'après HSS. comm.) à la conduite d'un homme de bien qui ne recoit pas de orfruit» de ses actes, et qui pourtant est cent fois supérieur aux autres; ex. d'rornement» dit aprastutaprasamsā.

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[XIV] «r Parmi (34) la gent des héritiers revendiquants, il faut saluer l'orgueil d s dents du crocodile (35), qui a pris pour demeure l'océan conféré à son lignage (3e) e marqué du sceau de son nom (37). » /9/ Deuxième cas : tr Qu'il (38) y ait sur terre des rivières illustres, des eaux savoureuses et des coquillages, soit! Mais hormis la Tamra- parņī (39), il n'existe nulle part, (femme) au beau teint, une vache d'abondance (dispensatrice) de perles.» /10/ On relie une chose avec un objet individuel (drarya) qui n'est pourtant pas (en connexion avec elle), ainsi : (on dit) de l'obscurité qu'elle peut être serrée dans la main ou percée par une aiguille; du clair de lune, qu'on peut le puiser à la cruche. Premier cas : c L'horizon (40) semble se coller au corps, le cercle de la terre semble (se réduire) à la trace des pas, le ciel semble (être descendu) à hauteur du front (41) : l'obscurité se fait (dense) à serrer dans la main.» /11/ Ou encore : « La prison (42) est verrouillée et l'obscurité (dense) à per-

(34) Mètre upajāti. Str. reprise Hem. p. 13. (35) Sur le makara, v. notamment G. Brandes Tijd. XLVIII p. 21 H. Lüders ZDMG. XCVI p. 65. (36) agrahāra, terme des inscriptions : donation de terre conférée à un bråhmane, E. W. Hopkins JAOS. XX p. 22 (un ex. dans le MhBh.), Ep. Ind., indices, passim. (37) L'océan est dit makarākara, makarānka, makarālaya, makarāvāsa, ma- karin. (38) Mètre vasantatilaka. Repris Hem. p. 13 avec supra° en b. Idée analo- gue Balar. III. 31. (39) Ci-dessus V. 53. (40) Metre āryā. Viddh. III. 6 avec les leçons kşmāvalayam, °pātram, viyad api, °dagnam. Repris Hem. p. 12. (41) alika, v. ci-dessus XIII. 139. (43) Mètre āryā. Str. reprise Sarasv. p. 324 avec vāsāgāre a, °sambhedye b,

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-++( 215 ).c+- [XIV] cer (43) à la pointe d'une aiguille, moi-même j'ai les yeux fermés : et pourtant, même ainsi, (je vois) distinctement le visage de l'aimée.» /1 2/ Deuxième cas : or Maintenant (4s) que la lune est au plein de sa majesté, le clair de lune, offrant la beauté d'un flot de pétales qui cou- lerait par (quelque) engin du cœur des ketaka (45) tout d'abord il avait un éclat propre à le tresser en guirlandes de perles - se laisse verser à l'aiguière, saisir au creux de la main, boire aux boutons de lotus.» /13/ On s'abstient de relier une chose avec (un objet indivi- duel) qui est pourtant (en connexion avec elle, on dira) par exemple que le clair de lune (n'est pas relié) avec la quin- zaine sombre, bien qu'il le soit, ou que l'obscurité (ne l'est pas) avec la quinzaine claire. Premier cas : « Dans cette procession, le peuple plein de curiosité a vu (46) Balabhadra et Pralambaghna (47), telles les deux quinzaines, la claire et la sombre. » /14/

emukham d; Hem. p. 12. - kāragāra : mot de Balar. V. 49 (le vasagāra de Sarasv. semble mieux convenir au sentiment Erotique de la strophe). (43) nirbhedya : non attesté en ce sens. (44) Metre sārdūlavikrīdita. Viddh. III. 14 avec sā candrikā vartate en d. Str. reprise Hem. p. 12 Vāgbh. p. 8 Sarasv. p. 153 (les trois avec utsekyā en c, v. L. Renou Gr. p. 51 $ 46). (45) Pandanus odoratissimus (pandanées). (46) dadrśate : parfait passif. (47) Balarama ou Baladeva, frère ainé de Krsna et Krsna lui-mème : le premier a la teint clair, le second (comme son nom est censé l'indiquer) le teint sombre, ainsi par ex. Brhats. LVIII. 32 et 36 Megh. I. 49 MhBh. IX. 60,12. - Bien que le clair de lune soit en connexion avec les deux quinzaines, l'usage courant, de même que les poètes, associe la clarté à la quinzaine croissante, les ténèbres à la quinzaine décroissante (HSS. comm.). - HSS. corrige °hrsikesau au lieu de °pralambaghnau, sous prétexte que Pralamba- ghna est une désignation douteuse de Krsna. De fait P° n'est attesté que dans les lexiques, mais les formes Pralambahan et analogues sont connues par la littérature. - Str. reprise Hem. p. 11.

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[XIV] -+( 216 )×+-

Deuxième cas : c Chaque mois il y a le même clair de lune dans les deux quinzaines, la claire et la sombre : seule l'une des deux obtient le titre de claire : la gloire (48) ne s'obtient que par le mérite (49). » /1 5/ Restriction portant sur un objet individuel, comme (quand on dit que le mont) Malaya (50) est le seul endroit où il y ait des santals, le Himavant (Himālaya) le seul endroit où pous- sent les bouleaux. Premier cas : Habile a écarter la chaleur, séjour des serpents cher aux dieux, l'arbre santal ne se montre pas ailleurs que sur le mont Malaya.» /16/ Deuxième cas : « Là (51) où les écorces de bouleau, sur lesquelles les carac- tères s'inscrivent avec du minium liquide, et qui (ressemblent ainsi) aux taches rouges (52) (sur le corps) des éléphants, servent aux femmes des Vidyadhara (53) à fabriquer leurs lettres d'amour. » /17/ La convention poétique (porte aussi sur) des objets indi- viduels de type divers, ainsi (on pose) que l'océan de lait et l'océan de sel (54) ne font qu'un, que (n'importe quelle) mer et le grand océan (ne font qu'un également). Premier cas :

(48) Association connue de la gloire et de la clarté (ci-dessus Vl. 124). Or- nement kāvyalinga. (49) Str. reprise Hem. p. 11. (50) Ci-dessus III. 109; theme banal en littérature. (51) Mètre upajāti. Kum. I. 7. Str. reprise Hem. p. 13, et citée Namis. ad Rudr. VII. 72. Mention analogue des bouleaux Ragh. IV. 73, et sur l'écorce de bouleau comme matériel à écrire, v. G. Bühler Ind. Palaeogr. p. 88 et ci-dessus X. 34/35. (52) Dites padmaka : taches qui sont censées apparaitre sur le corps des éléphants à leur cinquantième année. (53) Ci-dessus VIL. 31. (54) ksārasamudra = lavaņoda MhBh. et Pur. ou kşāroda (v. W. Kirfel Kos- mogr. p. 113).

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-+*( 217 ).+- [XIV] a Que (55) Hari y soit couché, qu'il s'y trouve des joyaux à l'infini, que Lakșmī soit née dans (ses eaux), nous n'en dis- convenons pas : mais hélas, ses eaux sont lointaines et ont mauvais goût (56) : alors quoi! Pour un homme altéré (la mer) ne vaut pas le désert où il y a l'eau du puits (57).n /18/ Deuxième cas : cc Elle (58) semblait en remuant ses ondes comme des sour- cils qui se froncent menacer les (autres) fleuves : voilà comment il vit devant lui la Ganga, la favorite des sept océans (59). » /19/ On relie une chose avec (un nom d') action, et qui n'est pas (en connexion avec elle), ainsi : le fait qu'un couple de tadornes se réfugient pour la nuit sur deux rives séparées (60), et le fait que les bartavelles boivent le clair de lune. Premier cas : « Pourquoi (61) l'incendie, qui abrège les nuits (62) et qui étire (63) le flot des rivières, ne vient-il pas au secours (64) des oiseaux (65) dont le nom (contient) celui de la roue du char ?» /20/ (55) Mètre vasantatilaka. Hari(-Vișņu) sur les eaux et Lakșmī née du barat- tement de l'océan de lait. Str. reprise Hem. p. 15. (56) dūrasa : non attesté. (57) Le premier hémistiche se réfère à la mer de lait, le second à l'océan salé. (s8) Le Gange (féminin en skt) divinisé. Comparaison de l'onde et des sourcils fronces Th. Zachariae BB. XIII p. 101. (59) Les océans d'eau salé, de jus de canne, de liqueur, de beurre fondu, de petit lait, de lait et d'eau douce qui séparent concentriquement l'en- semble des terres dans la géographie épico-puranique (Kirfel p. 56). (60) Cf. ci-dessus XI. 57. (61) Mètre ārya. Strophe reprise Hem. p. 13. (02) yāmavatī : mot de Kād. : cf. le plus fréquent yāminī, même sens. (63) Le flot cetiren rapproche les rives et diminue l'intervalle entre les couples séparés. - tanayatā métrique pour tã° (non altesté). (64) Les cakravāka devraient pouvoir compter sur l'incendie pour voir abré- ger leur temps de séparation. (65) Dans cakravāka il y a cakra, c'est-à-dire rathacarana. De même on a

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[XIV] -++(218 )+- Deuxième cas : « Voici (60), (femme) aux yeux de gazelle, les sites chers au bienheureux (Amour, le dieu) né de la pensée; ils sont en bordure des rivières sur les pentes du Malaya : c'est là que, dans les nuits sombres, les femelles de la bartavelle, le bec ouvert et dressé, la gorge palpitante, boivent les rayons, cou- leur de perles, de (l'astre) qui boit les ténèbres.» /21/ On s'abs'ient de relier une chose avec (un nom d') action qui pourtant est (en connexion avec elle), ainsi : on dira que les lotus bleus ne s'ouvrent pas le jour, que par l'effet de la nuit les fleurs de negundo tombent. Premier cas : « Ayant (67) tracé à l'aloès noir une feuille gracieuse sur le visage de la belle, qui rend hommage sur-le-champ au disque de la lune (68), « voici venu pour lui le moment de s'épanouir «r à nouveau» dit l'amie, mettant à son oreille un lotus bleu.n /22/ Deuxième cas : « Séparée (69) de toi, le soleil m'a brûlée toute la journée de ses rayons si cruels : ainsi le negundo semble conter à la lune sa douleur et pleure des larmes de fleurs (70).» /23/ Quant à la Restriction (d'action), c'est par exemple lors- qu'on relie le chant des coucous avec le printemps seulement, alors qu'il se produit en été et en d'autres saisons aussi; ou

rathāngāhva, rathāngasamjña et analogues, ou rathānga seul (lex. aussi ratha- carana seul) comme désignation poétique du cakravāka. Jeux analogues fré- quents en littérature. (00) Str. déjà citée ci-dessus IX. 53. (07) Mètre vasantalilaka. Str. reprise p. 11. (08) Allusion au sprhayantivrata dit astamīcandraka? (Sarasv. p. 575). (0) Mètre upajāti. Str. reprise Hem. p. 11 Vāgbh. p. 8. Les arbres sephā- likā (= sinduvāra VIII. 92) laissent tomber leurs fleurs devant la lune, cf. Viddh. II. 19. (70) Cet exemple justifie la leçon avasramsa de GOS. ci-dessus, et non aviaramsa de HSS. - Figure kriyotprekșa d'après HSS. comm.

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[XV] bien les cris et la danse des paons avec la saison des pluies seulement. Premier cas : a Au (71) printemps le coucou apeure par le frimas chante dans la forêt, les lotus cachés dons les eaux se redressent, comme s'ils désiraient l'entendre. » /24/ Deuxième cas : « Faisant (72) la roue avec leurs queues, la gorge (pleine) de chants mélodieux, les paons se mettent à danser dans la saison que les nuages (couronnent) de leurs guirlandes. » /25/ Telle est chez les poètes la Convention relative à l'espèce, à l'individu, à l'action. On va traiter maintenant celle relative à la qualité, ainsi que celle (qui a pour domaine le monde) céleste et le monde infernal. /26/

QUINZIÈME LEÇON :

FIXATION DES CONVENTIONS RELATIVES À LA QUALITÉ (guņasamayasthāpanā)

On relie une chose avec (un nom) de qualité qui n'est pas (en connexion avec elle), ainsi (on parle) de la blancheur de la gloire, du rire, etc., de la noirceur de la honte, du péché(1), etc., de la rougeur de la colère, de la passion, etc. Voici pour la blancheur de la gloire : «r Pas (2) une goutte d'humidité sur le corps, la respiration intacte, les yeux ayant même aspect : pourtant nous sommes

(71) Str. reprise Hem. p. 13. (7) Strophe citée Dandin I. 70 pour illustrer l'alternance des sons doux et rudes. Reprise Hem. p. 13 Sarasv. p. 47. Cf. ci-dessus n. 28. (1) Lire ayasahpāpa° avec Hem. et Vāgbh. (a) Strophe déjà citée VI. 100.

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[XV] -+*(220)+- plongées dans un océan de lait, comment cela s'explique-t-il ? - Ainsi les (belles aux) yeux de gazelle s'émerveillent quand ta gloire puissante, réfractaire au moindre arrêt, revêt de blancheur le triple univers, dans (toute) son extension, qui frappe au rempart des horizons. » /1/ Blancheur du rire : « Sous (3) l'aspect trompeur d'un éclat de rire, des océans de lait coulent de sa bouche, jaunis par le flot de l'écume, comme si (Śiva) les avait absorbés lors de la dissolution du monde. » /2/ Noirceur de la honte : c Ton (a) renom (5) se répand dans toutes les directions et en même temps le déshonneur de tes ennemis : on dirait des guirlandes de jasmin (blanc) entrelacés de lotus noirs.» /3/ Noirceur du péché : cr Le (6) corps de Hayakandhara était noirci des cicatrices qu'y avait creusées l'épée à l'éclat pur (de son ennemi), comme si le péché l'eût souillé : car il avait, par l'effet d'une colère soudaine, conçu le dessein d'anéantir la lignée de Keśava (-Vișņu). » /4/ Rougeur de la colère : « Lorsque (7) Bhauma eut pénétré dans les entrailles du Rasātala (8) frappé de stupeur - les mosaïques de la salle

(3) Strophe reprise Hem. p. 12. (4) Mètre ārya. Str. reprise Hem. p. 12 Vagbh. p. 9 avec pratidisam. (s) kirtayah : emploi des noms d'action au pluriel L. Renou Gr. p. 275 J. S. Speijer Skt Syntax p. 15 S 21. (6) Metre vasantatilaka. Strophe reprise Hem. p. 12 et tiree sans doute du Hayagrīvavadha de Mentha. Hayagrīva (ou °kandhara, variante non attestée) est le nom d'un daitya vaincu par Vișņu, dans l'avatār du Poisson. (7) Mètre vasantatilaka. Str. reprise Hem. p. 12. Allusion à l'asura Naraka, fils de Visnu-Sanglier et de la Terre, qui emmena dans les entrailles de celle-ci des objets ou des personnes qu'il avait ravis. Le personnage est men- tionné Balar. III. 27/28. (8) La plus basse des sept (ou : six) couches composant le pātāla ou monde souterrain; Naraka l'habite d'après Lingap. XLV. 21.

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[XV] d'audience reflétaient son corps rougi par l'expansion de sa colère éclatante - la terre en fut remuée comme (sous la poussée d'un enfant) qui aurait palpité dans son sein. » /5/ Rougeur de la passion, ainsi : « Mélange (9) de vertu et de passion, ta gloire en se répan- dant produit soudain sur le visage des femmes célestes (une marque) moitie (blanche, moitie) rouge-safran. » /6/ On s'abstient de relier une chose avec (un nom) de qualité qui est pourtant (en connexion avec elle, ainsi de parler) du rouge des boutons de jasmin ou des dents de l'amoureux, du vert des bourgeons de lotus et autres (plantes), du jaune des fleurs de priyamgu. Absence du rouge des boutons de jasmin, ainsi : Les (10) sourires du (dieu) dont les dents sont (pareilles) aux pointes des boutons de jasmin illuminaient l'intérieur de la salle; sa parole (11) aux sons purs en était comme bai- gnée ». /7/ Absence du vert des bourgeons de lotus : cr Au (12) moment où en se jouant il soulève avec sa défense - on la prendrait presque pour un bourgeon de lotus mon- tant de son ventre - la terre immergée dans l'eau de la mer de sel(13), les troupes agitées des dieux et des démons (poussent) des cris tumultueux. Puisse nous protéger (14) ce corps du Sauri (15) qui en son avatar de Sanglier originel frôle les nuages de son sommet ! » /8/ (9) Strophe déjà citée VI. 124 VIII. 90. (10) Śiś. II. 7, strophe reprise Hem. p. 11. Krsna tenant conseil avec son oncle et son frère. (11) varna : en même temps (double valeur du mot) Sarasvatī à la claire carnation, comme baignée de son souriren. (12) Metre sārdūlavikrīdita. Str. reprise Hem. p. 11 Vāgbh. p. 7. (13) lavanasaindhava : double vrddhi comme dans l'expression identique Śiś. III. 80; cf. Paņ. VII. 3, 19 L. Renou Gramm. p. 184 S 142 C rem. a. (14) avatāt : impératif en -tāt, ibid. p. 409 $ 290. '15) Vișņu-Sanglier : patronymique de Vasudeva, père de Krșņa.

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[XV] -- +>(222).0 ;--- Absence du jaune des fleurs de priyamgu (16) : r Comme (17) s'il voulait orner le globe des seins des femmes Andhra (18), foncé comme le priyamgu, l'océan en- gendre des trésors de perles translucides. » /9/ Quant à la Restriction portant sur les qualités, c'est par exemple quand on pose à titre général (sāmānya) la couleur rouge sombre pour les rubis, blanche pour les fleurs et noire pour les nuages. Premier cas : Apportés (19) sans trêve par des cohortes de marchands de mer, amoncelés en sombres (20) rangées qui se pressent sur le rivage, les joyaux que voici, (femme) aux yeux allongés, ne te font-ils pas penser au disque du soleil qui se lève du sein des nuages?» /10/ Le blanc des fleurs : Si (21) une fleur voisinait avec un bourgeon, ou qu'une perle fût posée sur un rameau de corail, alors elles imiteraient la blancheur de son sourire qui répand son reflet sur-ses lèvres vermeilles. » /11/ Le noir des nuages : « Le prince des chars aériens dont Rama (22), sombre comme un nuage, a sanctifié le siège, paraissait comme un monceau

(16) Plante aromatique qui passe pour fleurir au contact des femmes (= ma- hila, Aglaia odorata Lour.) (17) Str. reprise Hem. p. 11 Vagbh. p. 7. (18) Pays de la haute Godavarī et entre Godāvarī et Krsnā; cf. La Vallée Poussin L'Inde aux temps des Mauryas p. 203 et suiv. S. Lévi J. as. 1936, 1 p. 92 et suiv. (19) Metre vasantatilaka. Str. reprise Hem. p. 13 avec ovana° en b. (20) Sur les nuances diverses du crubis» (māņikya), L. Finot Lapidaires p. XXIVIII. En fait la strophe ne parle que de ratna en général. (31) Metre upajati. Kum. I. 44, strophe reprise Hem. p. 13 Sarasv. p. 522. Description de la beauté de Parvati. (22) Rama, le héros à la carnation noire (en raison de son nom qui peut se laisser interpréter par «noir»), Brhats. LVIII. 32 et Ram., passim.

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-+>(223 ).6+ -- [XV] de joyaux avec un grand saphir (23) au centre(24).n /12/ Représenter comme ne faisant qu'un le noir et le bleu, le noir et le vert, le noir et le (brun) foncé, le jaune et le rouge, le blanc et le fauve, c'est là aussi une convention poétique. Comment (cela se produit-il? Exemple du) noir ne faisant qu'un avec le bleu : « Karna (25) lui-meme a franchi en toute hâte la rivière Varņā (26) dont les sables sont parcourus par les femmes du Dekkan, et qui porte attaché à ses deux rives un collier de roseaux frémissants; en haut, sur les pentes du Sahya (27) apparaît le cours bleu de ses eaux ; on dirait, se ballottant sur l'épaule robuste de son amant, l'épaisse natte (d'une jeune femme) à la belle chevelure (28). n /13/ Noir ne faisant qu'un avec le vert : c Pareille (29) a l'émeraude dans la Yamuna, claire comme le cristal de roche dans le Gange, puissent ces deux eaux vous purifier, tels les corps confondus de Hari et de Hara (30)! n /14/ Noir ne faisant qu'un avec le (brun) foncé : « Voici (31), ma belle, le parc céleste dont les arbres sont

(23) Le mahānīla et l'indranīla forment deux variétés supérieures du saphir, Lapidaires, index. (34) Description du char (vimana) Puspaka. - Str. reprise Hem. p. 13. (25) Sur ce héros épique, voir ci-dessus XI. 15. - Strophe du type sikcha- rinī prolongée ; reprise Hem. p. 13. (26) Non connue (sinon comme rivière d'un continent mythique, W. Kirfel Kosmogr. p. 124); lire prob. Veņā ou Veņņā, tributaire de la Godāvarī. (27) Nom des Ghat occidentaux, dans leur partie située au nord de la Kāverī. (28) Le bleu des eaux et le noir de la chevelure. (29) Mètre aparavaktra. Str. reprise Hem. p. 13. Les eaux de la Yamuna sont foncées, celles du Gange claires, thème commun en littérature. (30) Vișnu et Siva formant l'entité mixte Harihara. (31) Mètre sardulavikridita. Strophe reprise Hem. p. 14. Description du parc d'Indra, le Nandana ou aréjouissant».

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[XV] -+*(224 ).c+- entourés de bassins luisants en pierres de lune (32); il se ré- jouit sur la pente du Meru (33) dont (le Gange céleste), la Man- dākinī arrose les rocs perlés (34). Là, par les nuits brunes (35), l'arbre (céleste qui trait) les désirs prodigue - apaisement aux (Apsaras, ces) femmes divines déchaînées - un clair de lune qui se confond avec la lente brise du soir (36). » /15/ Jaune ne faisant qu'un avec le rouge : « Avec son (37) croissant pur à l'éclat de corail, la lune sans cesse soulevait (38) l'obscurité, tel le Sanglier originel (qui souleva) le disque de la terre avec sa défense jaune- rouge comme un morceau d'or. » /16/ Blanc ne faisant qu'un avec le fauve : Lorsque (39) (Siva) veut monter sur son taureau (Nandin), fauve (40) comme le Kailasa (41), s'est sur mon dos qu'il met le pied, le sanctifiant par cette faveur. Sache que je suis le ser- viteur du (dieu) aux huit formes (42) : mon nom est Kumbho- dara, je suis le fils de Nikumbha. » /17/

(32) śaśimani, syn. (non attesté) de śaśi = ou candra-kānta (IX. 11). (33) La montagne fabuleuse (mais qui transpose la notion réelle du Pamir), pivot de la terre. Cf. notamment W. Kirfel Kosmog. p. 93 et suiv. (31) Sur les perles du Himalaya, Lapidaires p. XXXIII. (35) śyama équivaut ici à anoirn. Les nuits sont noires (quinzaine sombre), mais l'arbre merveilleux tient lieu de lune. (36) Les perles associées à la lune, Lapidaires, index français s. u. Lune. (37) Mètre rathoddhatā. Kir. IX. 22 (avec la var. °tanka° en c). Strophe reprise p. 14. L'avatar du Sanglier : la défense est jaune et le corail est rouge. (38) udāse : parfait passif. (39) Mètre indravajrā. Ragh. II. 35 (avec la leçon °mitram en d). Celui qui parle est un servant de Siva, qui fut change en lion. Str. reprise Hem. p. 14 Vāgbh. p. 10. (40) La couleur propre de Nandin est le blanc. (41) Résidence de Siva, montagne localisee sur le versant nord du Himalaya central. Le Kailasa lui aussi est blancn et non fauven. (42) Śiva, dont les huit formes sont l'eau, le feu, le sacrifiant, le soleil, la lune, l'éther, le vent et la terre, cf. la strophe initiale de Sak.

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[XV] De même pour les autres couleurs. On décrit les yeux, etc., qui ont plusieurs couleurs, (comme s'ils n'en avaient qu'une). Blancheur des yeux : cr La (43) belle se tient au soir dans la cour de la maison, et bien que celle-ci soit pleine de gens, c'est vers moi qui, le corps défaillant, tout alangui, esquisse lentement quelques mouvements (as) à sa porte, qu'elle lance entre temps des faisceaux de regards furtifs, humides d'affection, et qui ont ravi leur blancheur au croissant de la lune, - tout en baissant le visage pudiquement et soupirant avec une émo- tion candide. » /18/ Couleur (brun) foncé (des yeux) : cr Alors (45), ayant passé quelques nuits sur la route ou l'on avait dressé de plaisants pavillons, le roi pareil à Sarva ren- tra dans Ayodhya dont les fenêtres étaient fleuries de lotus (bruns) foncés, (à savoir) les yeux des femmes désireuses de voir la Maithili.» /19/ Couleur noire (des yeux) : or Là (46), avec leurs ceintures qui tintent quand elles font un pas, les mains lasses (de tenir) les chasse-mouches (47) qu'elles agitent gracieusement et dont les manches (48) étin- cellent de joyaux, les courtisanes, ayant reçu de toi les pre- mières gouttes de pluie, douces aux marques des ongles,

(43) Metre sardūlavikrīdita. Str. reprise Hem. p. 15. (44) vīnkhā : non attesté, terme de danse. (45) Mètre malinī, Ragh. XI. 93 avec klptaramyo° en a, puram en c. Strophe reprise Hem. p. 15. Il s'agit de Rama, le héros pareil à Sarva (Siva), rentrant dans Ayodhya (Audh) avec la princesse Sīta, fille du roi de Mithila. (46) Mètre mandākrāntā. Megh. I. 35 (avec āmoksyanti en d). Strophe re- prise Hem. p. 15 Vagbh. p. 12. (47) camara, cf. Hobson-Jobson s. u. chowry et cowtails. (18) vali : non attesté en ce sens. 15

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[XVI] -+*(226 )+- lanceront vers toi de longues œillades (49), pareilles à des files d'abeilles (noires). » /20/ Couleur perse (des yeux) : « Quand (50) tu l'auras traversée (51), cours offrir ton image aux yeux avides des femmes de Daśapura (52) : ils sont accou- tumés au jeu des lianes de leurs sourcils ; leurs cils se rele- vant font jaillir un éclat sombre et changeant; ils ont ravi leur beauté aux abeilles qui poursuivent le jasmin frémis- sant(53). n /21/

SEIZIÈME LEÇON :

FIXATION DE LA CONVENTION POÉTIQUE

CONCERNANT LE MONDE CÉLESTE ET INFERNAL (svargyapātālīyakavirahasy asthāpanā).

Comme pour le monde terrestre, il y a une Convention poétique pour le monde céleste. Un cas particulier en est l'identité du lièvre et de la gazelle (comme signes visibles) dans la lune. Ainsi :

(49) Thème des katākșa Daņdin Il. 327 Sprūche 6824 Hāla 505 Subhāș. p. 434; sur les nakhapada, voir Kāmas. II. 4 passim. (50) Mètre mandākrāntā. Megh. I. 47, strophe reprise Hem. p. 13 Vagbh. p. 12. Le yakșa s'adresse au nuage qui doit porter un message à sa femme.

d'Ujjayiní. (51) Il s'agit de la Carmaņvatī (Cambal), affluent de la Yamuna à l'ouest

(s2) Mandasor (Malva). (53) Les yeux participent à la couleur des jasmins (blancs) et des abeilles (noires). (1) Mètre vasantatilaka. Strophe citée Vam. III. 2, 8 (cf. R. Pischel Fest. Bohtlingk p. 92) et attribuée à Sītā (ou Sītā). Reprise Hem. p. 14 Vāgbh. p. 20. Une femme parle à l'image tremblante de la lune réfléchie dans le verre de vin qu'elle tient en main.

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[XVI] « N'aie (1) pas peur (2), (astre) marqué du lièvre (3), il n'est pas de Rāhu (a) dans ma liqueur. Quant à Rohini (5), elle habite au ciel, que crains-tu, poltron? - Le cœur des hommes frémit d'ordinaire lors d'une nouvelle rencontre (6) avec une femme astucieuse : qu'y a-t-il d'étonnant (à ce que tu aies peur)?» /1/ Ou encore : « La (7) lune qui a fait monter une gazelle dans son giron (s'appelle l'astre) au signe de la gazelle; (mais) le lion qui frappe cruellement le troupeau des gazelles (s'appelle) le roi des animaux. » /2/ Identité du crocodile et du poisson sur l'étendard de l'Amour. Ainsi : « Prends (8) ton arc de fleurs, sers-toi du crocodile pour enseigne, aie de nouveau en mains les cinq flèches qui percent la cible du cœur! Seule fut brûlée une effigie de ton corps : tu es Kāma, pourquoi te caches-tu? Fais voir ta beauté : ici il n'y a pas à craindre Siva : nous sommes tous des adeptes de Visņu. » /3/ Ou encore : (r Tu (9) n'a pas de poisson pour enseigne, non plus d'arc

(9) mā bhaih : forme connue ép. cl. (cf. BR. s. u. bhi-) signalee Durghațav. II. 4, 77 Sabdakaust. ibid. Triloc. ad Kāt. III. 6, 90 (Eggeling p. 536) [ avec même ex. littéraire ]. (3) Ci-dessus XIII. 83 et XI. 59. (4) Le démon de l'éclipse, qui cherche à mava'ern la lune. (8) Fille de Daksa, l'épouse préférée du dieu Lune (elle pourrait ètre ja'ouse). (o) Cf. navaparıgama Bālar. III. 26. (7) Śiś. II. 53. Strophe reprise Hem. p. 14. Jeu de mots sur lachana, qui signifie aussi «caractère» (ici : timide comme une gazelle) et sur mrga qui signifie aussi ogazelle». (8) Metre sārdūlavikrīdita. Str. reprise Hem. p. 14; elle s'adresse au dieu Amour dont l'arc fut brulé par Siva courroucé. L'Amour est à la fois mna- dhvaja et makaradhvaja (cette seconde qualification depuis MhBh.) (9) Mètre vasantatilaka. Str. reprise Hem. p. 14 avec pralapah en d; elle 15.

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[XVI] de fleurs, et pourtant, ô Keliprakāśa (10), tu as la nature d'Amour : ainsi, maître des hommes, j'ai longtemps entendu les lamentations de l'amante que tu as abandonnée. » /4/ Ou encore : « J'ai (11) fait s'agiter (12) l'océan par la poussée du vent, j'ai franchi la rive redoutable de la grande mer, (séjour) des monstres marins qui effraye et bouleverse (13) de sa rumeur le (dieu) au signe de poisson : tel le fils du Vent (14), je déra- cine (15) le mont Drona (16). » /5/ Identité entre les deux lunes, celle issue de l'œil d'Atri et celle issue de la mer : c Adorables (17) sont les créateurs de l'univers, les premiers maîtres des âges (18), les sept enfants du Svayambhū (19) : l'un s'adresse à un roi : la ressemblance avec Kamadeva est due à la beauté, non à l'enseigne ou à l'arc. (10) «Image des jeux amoureuxn (nom propre?). (11) Mètre vasantatilaka. Str. reprise Hem. p. 14. (12) vilodita : non attesté. (13) hātkāra : non attesté (cf. hātkrta lex.). (18) Hanumant, fils de Pavana (Maruta). (15) Ceci rappelle le rôle du mont Mahendra (Ghat orientaux), quand Hanū- mant se prépare à traverser l'océan. (16) Le Dronacala, nom d'une montagne du Kumaūn (le Donagiri), Vayup. II. 4, 26 Ram. VI. 50, 31. La strophe est à double sens : sindhunātha cache le nom de Jayadratha, roi des Sindhu (Sindhuraja °pati etc. dans le MhBh.) et protégé de Droņa ; d'autre part Pradyumna, fils de Krsna, est dit makara- dhvaja (etc.), syn. de matsyacihna. La strophe serait donc dans la bouche d'Arjuna (meurtrier de Jayadratha) qui rappellerait qu'il a tué le Sindhu- nātha et combattu Droņa. Mais d'après GOS. p: 233 ce serait la réponse d'un guerrier, sans doute Bhīmasena, à une requête qui lui est faite d'entrer dans l'armée des Kaurava. - Le mot yādava est également à double sens : monstres marins (non attesté, mais cf. yādas) et tribu des Yadava (à laquelle appartient Pradyumna) : les Yadava portent une bannière à enseigne de pois- son parce que Pradyumna, en tant qu'avatar de Kama, est matsyacihna comme on vient de le dire. (17) Metre sardūlavikrīdita. Strophe reprise Hem. p. 14. (18) Les quatre âges krta, dvāpara, tretā et (l'âge actuel, le mauvais) kali. (19) Les sept fils de Brahman (E. W. Hopkins Epic Myth. p. 189 et passim).

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-+*(229).+ --- [XVI] d'entre eux, Atri, établit au ciel la lumière née de son œil, elle devint la lune. Une de ses tranches (20) est le joyau qui orne la crinière du dieu Sambhu (21); des (quinze) autres, (les êtres) qui vivent sans cesse des oblations célestes et funèbres (22) tirent l'ambroisie (23). » /6/ Ou encore : r Que (24) le réceptacle des eaux suive le declin ou la montée de la lune (25), en cela triomphe une causalité qui est la nature même du Créateur. Quelle est la relation qui fait que le lotus de nuit (26) se conforme (à cette règle)? Ils sont très purs, certes, ceux qui s'attachent à des êtres purs sans but inté- ressé (27). n /7! Jeunesse de la lune (servant de diadème) à Siva, qui pourtant est née il y a fort longtemps : r Cygne (28) du fleuve divin (le Gange) qui lui sert de guir-

Sur la connexion d'Atri avec la lune, v. MhBh. XIII. 157 : Atri a produit la lune avec son œil, tandis qu'il pratiquait des austérités; elle est appelée de ce fait le fils d'Atri, cf. nayanasamuttham jyotih Ragh. II. 75. (20) La lune est divisée en seize kalā. (21) Siva «benéfiquen, paré du croissant lunaire. (22) Les dieux et les peres. (23) L'ambroisie comme produit de la lune, thème commun depuis le Veda A. Hillebrandt Ved. Myth. 2 I p. 305. (34) Strophe ajoutée par Hem. p. 14 et venant de Murari (Anargh. I. 58); mètre sikharinī. Cette strophe semble nécessaire pour l'équilibre : il faut reconnaitre pourtant qu'elle ne concerne pas exactement la lune naissant de l'océan. (25) Allusion aux marées, cf. Matsyap. CXXIII. 30 et suiv. (26) Qui s'ouvre quand la lune parait, se ferme quand elle s'éteint; ci- dessus XIV. 13. (27) L'affection innée de la lune et du lotus (de nuit) existe bien qu'il n'y ait entre eux aucune relation (logique). Allusion aux vertus de Rama qui se manifestent «sans but intéressén. (28) Mètre indravajra. Strophe reprise Hem. p. 15 avec punātu en d. La lune posée sur le crane de Siva, dans la chevelure duquel coule le Gange tombé du ciel.

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[XVI] -- +(230).04- lande (20), fleur de la liane du chignon de Bhava (Śiva), de qui la beauté sert de miroir à la grâce de (Parvati), fille de Dakșa, puisse vous purifier ce fragment de jeune lune!» /8/ Corporéité (et incorporéité) (30) de Kama. Ainsi : « Śankara (31) que voici, dompteur renommé des trois mondes, porte à présent sa bien-aimée dans son corps, par crainte d'en être séparé. Et je passe pour avoir été vaincu par lui! ... Ainsi triomphe l'Amour en riant, pressant de sa main la main de sa bien-aimée (32). » /9/ Ou encore : a Son (33) arc, une guirlande: sa corde, un essaim d'abeilles bourdonnantes; sa cible, une jeune femme; (l'instrument) à percer le cœur, les cinq flèches, à commencer par la parole. Tel est le pouvoir d'Ananga (destiné) à vaincre les trois mondes. Puisse cet Amour qui réside dans les œillades des femmes aimées combler vos désirs!n /10/ Unicité des Aditya, bien qu'ils soient douze (34) : « Lui (35) qui, doué d'un éclat ardent, fait mouvoir avec ses chevaux l'univers vers le bas, et plus bas encore, puis vers le haut et plus haut encore, sans limites; lui qui rapidement

(29) mālāyamāna : dénomin. non attesté. (30) amurtatvam ca, complété par Hem. p. 14 et Vagbh. p. 12. (31) Metre prthvi. Allusion a Smara (Kama) brule par Sankara (Siva) pour avoir voulu inciter celui-ci à s'éprendre de Parvati. Strophe reprise Hem. p. 16 Vāgbh. p. 12. (32) Rati. - La strophe est citée dans Prabandhaci. II (p. 58 trad. Tawney ). (33) Metre sikharini. Description d'Ananga = Kama et de son arme. La strophe est citée Subhas. 82 (comme étant de Ghantaka) avec 'prabhrtaya en b, adehasya en c, sa kāmaḥ kāmān vo en d; aussi Kavīndrav. 140 avec 'prabhrtaya et adehasya; Saduktik. I. 94, 5 id. Strophe reprise Hem. p. 16. (34) Il y a douze Aditya depuis SB. IV. 5, 7, etc. par assimilation aur douze mois. (35) Metre sragdhara. Str. reprise Hem. p. 14 et citée, comme étant de RŚ., dans le Kavīndravac. 50 avec tigma® en b.

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-++(231).++- [X arrange son disque en un jeu de brandon tournoyant (36), puisse-t-il vous aider (37)! De ses rayons éclatants, bâtons brandis, rivalisant avec des flèches droites en or frappé au feu, il repousse vers le ponant la masse entière des abondantes ténèbres !» /11/ (Identité) de Nārāyaņa et de Madhava. Ainsi : cc Lui (38), le non-né (39), qui assuma autrefois la forme d'une femme (40), vainquit Bali (41), brisa le chariot (42); lui qui sou-

(36) L'alata, symbole védantique du caractère illusoire des phénomènes. Le soleil est figuré ici comme un cercle de feu qui tourne dans le ciel à la manière d'un brandon. Cf. Mand .- Kārikā IV. 47-51 et deja Mai. U. VI. 94. (37) avyāt : précatif (38) Mètre sardūlavikrīdita. Grâce à une série continue de jeux de mots, la strophe s'applique à Narayana (= Vișnu) et à Siva. En outre, les fonctions dévolues à Vișnu concentrent celles qu'on reconnaît généralement aux diverses hypostases de Visņu, Nārāyaņa, Mādhava (= Krsņa), avatār du Nain, de la Tortue, etc. Voici la manière dont la strophe doit se lire, lorsqu'on l'applique à Siva . « Lui qui, ayant détruit Kama, se servit autrefois comme d'une flèche du corps de Vișnu; lui qui soutint le Gange; lui qui causa la perte de (l'asura) Andhaka; lui qui aime (son fils Skanda) ayant le paon pour monture; lui que les Immortels appellent élogieusement Hara, à la tête parée d'un (crois- sant de) lune; lui qui a du goût pour un collier (fait) de serpents; lui qui est l'époux d'Uma (Parvatī) : puisse-t-il te protéger toujours !» La strophe est citée Dhvan. p. 95 (avec les leçons yaś codvrttabhujangahā- ravalayo gangām ca yo 'dhārayat en b; pāyāt sa svayam andhakaksayakaras en d); aussi Sūktim. p. 35 avec ces mêmes leçons, et attribuée à Candraka; aussi Subhāș. 44 avec ces mêmes leçons, et attribuée à cun certain (poète)» ; aussi Saduktik. I. 33, 3 avec les lecons de la KM. et attribuée à Bharavi. Reprise Hem. p. 14 et 159, Sarasv. p. 165, KvPr. II p. 123 etc. (39) abhava = aja, non attesté en ce sens. Aja est une épithète de plusieurs divinités. (40) Vișnu déguisé en femme (Mohinī) afin de reprendre aux Asura l'am- broisie volée par ceux-ci lors du barattement de la mer (Visnu I chap. 9); la forme strikrta n'est pas attesté (astrīkrta, dans l'interprétation sivaïte de la strophe, n'est attesté que chez RS. : allusion à Siva qui utilisa Vișņu pour fleche afin de venir à bout du Tripura, MhBh. VII. 102). (41) Victoire de Visnu, lors de l'avatar du Nain, sur l'asura Bali. (42) Vișņu brisant le chariot (avatār de Krșņa).

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[XVI] --- +(232).c- tient la terre et la montagne (43); qui assura leur résidence aux Andhaka (44); qui aime les plumes de paon; lui que les dieux appellent élogieusement le coupeur de la tête de Rahu (45); qui a du gout (46) pour le meurtrier des serpents (47); qui s'absorbe dans le verbe (sacré) (48); qui dispense toutes choses; qui est l'époux de Ma (49) : puisse-t-il te protéger (50) ! » /1 2/ De même (pour l'identité) entre Damodara, Seșa, la Tor- tue(51), etc .; ou bien entre Kamala (52) et la Fortune. Ainsi : a Lakșmī (53) que le (mont) Mandara, lentement agite par les bras (des dieux), fit surgir en personne de l'océan; elle que (Visnu) devenu Tortue soutint lorsqu'elle fut déposée par le meilleur des (dieux) vénérables : c'est elle dont le plus haut des Êtres (Narayana), par les signes des sourcils gra- cieusement levés, établit l'empire dans les maisons, sur les bras des amoureux.» /13/ De même que pour le monde céleste et terrestre, il y a une convention poétique pour le monde infernal. Voici pour l'identité des Naga et des serpents :

(43) go au sens de «terren, cf. J. as. 1939, 2 p. 355 $ 33. - La montagnen : il s'agit du Govardhana (avatār de Krsņa). (44) Krsna fondant la cité de Dvaraka pour le clan des Andhaka ou Yādava. (45) Visnu décapitant Rahu, le démon de l'éclipse, le adestructeur de la lunen saśimath (non attesté, cf. Abhinavag. ad Dhvan. p. 95 śaśinam mathnāti). (46) Lire ista° avec un ms. (47) Garuda, monture de Visnu. (48) Visnu détenteur du sabdabrahman. On peut couper aussi ārabalaya a qui marche contre l'armée ennemie» (ara XI. 21). (49) = Lakşmī (mot attesté Yaśastil. et Vās. cités chez RS.). - dhava, mot rare et secondaire, Wa. II, 1 p. 38 $ 14. (50) avyāt : précatif. (51) Formes diverses de Visnu (en ses avatar). (52) Confusion connue (cf. G. Hartmann Beitr. z. Gesch. d. Göttin Lakşmī p. 16) entre Lakșmī épouse de Vișnu, et Śrī déesse de la Fortune. (53) Metre sārdūlavikrīdita. Str. reprise Hem. p. 14. Barattement de la mer (d'où sortit Lakșmī). La strophe met en équivalence Lakșmī, la Terre et la Fortune, ainsi que, successivement, Visnu, Pitāmaha et Nārayaņa.

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-+>(233).+ -- [XVI] « Holà (54) roi des Naga, cette vaste région des hanches du mont Mandara, enlace la étroitement de tes replis! Quel far- deau est donc excessif pour toi qui as assumé la fonction insoutenable de lier les jambes croisées (55) du (dieu) à la monture de taureau (Siva) en son incarnation de (maître) du Yoga (56)?» /14/ Identité entre les Daitya, les Danava et les Asura. Parmi eux, Hiraņyāksa, Hiraņyakaśipu, Prahlāda, Virocana, Bali, Baņa, etc. sont des Daitya; Vipracitti, Sambara, Namuci, Puloman, etc. sont des Dānava; Vala, Vrtra, Vikșura(sta), Vrsaparvan, etc. sont des Asura (57). Voici un cas illustrant leur identité : « Victoire (58) aux poussières (émanant) des pieds de (Šiva) (54) Metre vasantatilaka. Strophe reprise Hem. p. 15 Sarasv. p. 139 avec tvam en a. Le serpent Vasuki est invité à servir de corde pour le barattement de la mer (J. Ph. Vogel Serpent-lore p. 198). (55) paryankabandha : posture connue de l'ascète, les jambes repliées sous le corps; c'est ce qu'on appelle le Virasana (Kum. III. 45). (56) Cette strophe postule l'identité du naga Vasuki et d'un serpent tel que ceux qui servent de collier à Siva. (57) Cette répartition est flottante en fait, v. par ex. E. W. Hopkins Epic Myth. p. 18; 46 et passim. Hiranyāksa est connu par l'avatār du Sanglier; Hiranyakasipu, frère du précédent, par celui de Narasimha; Prahlada, fils du précédent, par sa dévotion à Visnu (ibid.); Bali, fils du précédent, avatār du Nain; Bana, fils du précédent, avatar de Krsna. La série des Daitya est donc donnée chronologiquement et généalogiquement. - Vipracitti est un fils de Kaśyapa et de Danu; Sambara est l'ennemi d'Indra (dans le Veda), puis de Pradyumna (dans l'épopée et les Purana); Namuci est l'ennemi d'Indra (dans le Veda), de meme que Puloman (le père de Saci), que Vala et enfin Vrtra; Vrsaparvan est, dans le MhBh., le père de Sarmistha femme de Yayati. Seul le nom de Viksurasta est inconnu; HSS. propose de lire Vikșura (connu dans les lexiques comme un Rakșasa) et de suppléer le nom de Hayagrīva, qui sera repris ci-dessous. On pourrait aussi penser à Viksara ou Virūpākșa. Hem. lit Cikșura (?). Dans le Mhbh., Bali, Sambara, Namuci, Bāņa, Hiraņyakasipu, Prahlāda, Vipracitti, Vrsaparvan, Vrtra sont des daitya; Bali, Hiraņyakasipu, Prahlāda, Puloman, Vipracitti, Vrtra figurent (aussi) comme dānava; Bali, Baņa, les deux Hiranya°, Namuci, Prahlada, Vrsaparvan, Vrtra (aussi) comme asura. (58) Strophe déjà citée XIII. 118. Ici Bana est asura.

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[XVI] ++(234 )c+- Tryambaka, que caresse la tête de l'asura Bāņa : elles effleurent le cercle des diadèmes de Ravana et se posent à l'extrémité des chignons des maîtres d'entre les dieux et les Asura; elles détruisent votre existence (transitoire)!» /15/ Ou encore : a Le dieu (59) à l'enseigne de poisson, fort comme les pointes de ces foudres, les flèches (qui ont tué) l'asura Sambara; lui dont les bras puissants sont rougis par les rayons des joyaux de ses bracelets; lui à l'épaule robuste duquel adhère le maquillage (qui orne) le sein de la bien-aimée - lui qui a vaincu la triade des mondes, qui le vaincrait lui-même ?» /16) Ou encore : c Hayagrīva (60) est un Daitya : les Gloires, avec des parasols blancs pour sourires, font connaître la puissance de ses bras dans les demeures amies.» /17/ Ou encore, à l'adresse du (même) Hayagrīva : « Prince (61) des Danava, pourquoi ce bras que voici ne se porte-t-il plus au secours de la Mort, pour la réussite de ses desseins destructeurs ?» /18/ Ou encore : c Dans cette assemblée des grands Asura (62), il n'y a pas un seul Asura dont la poitrine ne soit rougie par les coups (63) d'Indra.» /19/ Et de même pour les autres subdivisions. Telle est la Convention chez les poètes : elle s'était tenue

(59) Metre vasantatilaka. Éloge du dieu Kama. Ici Sambara est un asura. La strophe est reprise Hem. p. 15. (60) Strophe initiale du Hayagrīvavadha de Mentha; les deux strophes qui suivent sont sans doute du même ouvrage. Hayagrīva (ci-dessus XV. 6) est ici un dritya. Str. reprise Hem. p. 15 avec asīd en a. (1) Str. reprise Hem. p. 15. Ici Hayagrīva est un dānava. (6s) Sans doute ceux qui entourent Hayagrīva : donc celui-ci est ici repré- senté comme un asura. Str. reprise Hem. p. 15 avec na ca ko en b. (as) nispesanī : non attesté.

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-- +*(235)+- [XVII] (jusqu'à présent) comme endormie dans la poésie : mainte- nant nous l'avons réveillée dans cet (ouvrage), selon notre entendement. /20/

DIX-SEPTIÈME LEÇON :

LA RÉPARTITION DES LIEUX (deśavibhāga) (1).

Quand il répartit les Lieux et les Temps, le poète n'est pas pauvre en indications (servant) à montrer son sujet. Les Lieux, c'est le monde ou une partie du monde. Le Monde, disent certains, consiste en le ciel et la terre. On dit à ce propos : « Le soc (2) sans bœuf(3) de Bala(rama) (ou ) l'unique taureau de Hara (Śiva) ne font pas une charrue; la terre mesurée par les pas de Vișņu n'est ni bœuf ni charrue. A présent encore le labourage ne parcourt pas (le champ) sans (l'aide) d'un bœuf et d'une charrue (4) : dans le monde entier, il n'est pas de famille aussi pauvre (5). n /1/ Le ciel et la terre forment deux mondes, disent les autres. On dit en ce sens : r Tant (6) que son renom imperissable emplit le ciel et la

(1) Chapitre reproduit par Hem. p. 126. Sur l'utilité de la spécification du deśa et du kala, Agnip. CCCXXXVIII p. 26 et suiv. (2) Metre harini. Dans le monde entier il n'est pas de famille aussi pauvre que celle de Balarama, porteur d'une charrue (sans bœufs), ou celle de Siva qui a pour monture un taureau (sans charrue), ou celle enfin de Vișnu qui a mesuré la terre sans bœuf ni charrue (avatar du Nain). - Str. reprise Hem. p. 196. (3) agu : forme du RV. (4) dvitiyagava (non attesté) : «ce qui a un bœuf en second» = charrue et bœuf (gomithuna, comm. moderne de HSS.). (s) L'état terrestre est mis ici en parallèle avec les faits divins. (e) Strophe citée Bham. I. 7 avec cāsya en a; reprise Hem. p. 196 Vagbh. p. 3. Ici vā = eva. Sur rodasī, J. as. 1939, 2 p. 325.

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[XVII] -+*(236 ).+ -- terre, aussi longtemps l'être aux actions pures (7) réside dans le séjour divin.» /2/ Il y a trois Mondes, disent certains, suivant la division en (mondes) céleste, terrestre et infernal. C'est ainsi qu'on dit : « Toi seul, ô dieu, es le monde infernal, tu es le support des régions, tu es le territoire des Marut immortels (8), tu formes à toi seul les trois mondes. » /3/ Ce sont ces (mondes) mêmes (que désignent les termes) bhūr bhuvah svah (9), disent les autres. On dit en ce sens : « Hommage à Sarngadhanvan (10), couché sur le lit (formé par les replis) du prince des serpents, - comme sous le poids de sa fatigue à soutenir l'immensité des trois mondes (11)! „ /4/ Mahar, janar, tapar, satyam (12), cela fait, avec les (trois) précédents, sept (Mondes), disent d'autres. On dit ainsi : La rangée des palais de Harsa - (ce prince) dont la vaste renommée s'étend sur les sept Mondes - soutenant (13)

(7) sukrtin, entendre aussi «le bon auteurn. (8) Donc, enfer, terre, ciel. La strophe s'adresse à Visnu et en même temps à un roi. Elle est citée Sarasv. p. 193 Hem. p. 126 KvPr. IX. 379 p. 234 : la var. générale en d est °trayatmakah (le dénominatif °trayayase que donne KM. est inattesté). - Double sens de la strophe, à l'adresse du roi : «Tu es au plus haut point (aram, v. ci-dessus XI. 20) un protecteur (du peuple): tu es la cause des désirs; le réceptacle des souffles (émanant) des camara (ci-dessus XV. 47) : ainsi tu es fait des trois sortes de gens (= des gens des trois castes)n. (9) Cf. ci-dessus I. 16. (10) Visnu (nom connu de MhBh.) couché sur le serpent Sesa. (11) bhuvanābhoga, avec jeu de mots sur bhoga arepli du serpentn (et même abhoga «serpent» RV.) : expression de Harsacar. éd. N. Sag. Pr. 1918 p. 73, 2 Balar. I. 61/62 - Str. reprise Hem. p. 126. (12) Liste des sept mondes connue depuis les Pur. ; finales en -r imitées de svar; attestées depuis Mahanar. U. XV. 3. Cf. W. Kirfel Kosmogr. p. 5 et suiv .; 55 etc. (13) samstambhin : non attesté en ce sens.

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[XVII] la terre des vastes pentes de leurs hanches, rassemblant (14) les nuages avec leurs mains que sont les drapeaux flottants, dressant leurs pinacles (15), resplendit (16). » /5/ Il y en a quatorze en comptant les sept aires des vents (17), disent certains. On dit ainsi : « Victoire (18) à (Vișnu) dont l'expansion de joie irrépres- sible est sans limite et sans dépendance, qui a pris ici la forme de la Tortue originelle, qui est la racine de cette liane que sont les quatorze mondes!» /6/ Les mêmes, avec les sept Mondes infernaux (19), font vingt et un, disent certains. On dit ainsi : « Puisse (20) ta gloire, dont l'éclat ressemble au rire de Hara (Siva), à la demeure de Hara, au collier de Hara, adhérer aux vingt et un Mondes! » /7/ Tout cela est exact, dit le Yayāvarīya. Si l'on veut s'expri- mer sans marquer de différence, on réunit (la totalité en un seul nom), mais si l'on veut s'exprimer en marquant une dif- férence, on s'abstient de réunir (21). Parmi ces (mondes), le monde terrestre (s'appelle) Terre. La (terre) a sept grands Continents (22). Le Jambūdvīpa est au milieu d'eux tous, puis viennent le Plakşa, le Šālmala, le Kuśa, le Krauñca, le Šāka et le Puș-

(14) samvāhin : non attesté en ce sens. (15) ucchikhara : non attesté. (16) Strophe reprise Hem. p. 196 Vagbh. p. 3. (17) vāyuskandha : mot de Brhats. - Les quatorze mondes sont mention- nés par ex. Vagbh .- Al. I. 18 Sivasūtravimarš. p. 59. (18) Mètre puspitagra. Strophe citée Vam. IV. 3, 3a avec la var. anivartita° qui donne un meilleur sens. Reprise Hem. p. 196 KvPr. II p. 288. (19) Les sept tala, Kirfel p. 145. (20) Strophe reprise Hem. p. 196 avec lipsantu en c Vagbh. p. 3. Éloge d'un roi comparé successivement à l'alțahāsa, au Kailasa, au Nāgaraja. (31) ekay- et anekay- : dénominatifs non attestés. (22) dvipa : cf. Kirfel p. 56.

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[XVII] +( 238 ).c+ --- kara : leur disposition est en cercles, chacun étant extérieur à l'autre (23). /8/ La (mer) salée, la (mer) sucrée, celles qui ont pour eau la liqueur, le beurre fondu (24), le petit lait, le lait, et en sep- tième lieu la mer d'eau douce : voilà les (Océans) qui sont répartis autour de ces (Continents) (25). /9/ La mer salée est la seule (qui existe), disent certains. On dit en ce sens : ct Les (26) continents au nombre de dix-huit (27), la terre qui de son côté étend les neuf sections (28) de son corps, l'océan unique dont les eaux se répandent jusqu'aux limites de l'ho- rizon : tel est ce beau et florissant royaume. C'est pour le donner à quelque éminent héros (29), qui en obtint la con- quête par un mélange de jeux guerriers, que (le Créateur) a fait cette masse de choses (50); à cette pensée il se fâcha contre le Créateur(31). n /10/

(23) Mètre salinī. Str. reprise Hem. p. 126 Vagbh. p. 3. Liste puranique connue, cf. Brahmap. XVIII. 11 jambūplakşāhvayau dvīpau sālmalas cūparo dvijāh/ kušah krauncas tathā sākah puskaraś caiva saptamah. (25) sārpisa : dérivé non attesté. (25) svagata. Liste conforme aux Purana, Kirfel loc. c. : ainsi Brahmap. XVIII. 12 ete dvīpāh samudrais tu sapta saptabhir āvrtāh/ lavaņekșusurāsarpi- rdadhidugdhajalaih samam. Str. reprise Hem. p. 127 Vagbh. p. 3. (25) Mètre sragdhara. Strophe reprise Hem. p. 127 Vagbh. p. 3. (37) Le chiffre de dix-huit est donné Nais. I. 5 MhBh. VII. 70, 15. I excède l'addition des sept continents et des huit sous-continents (BhagP. V. 19, 29 et suiv.) pour rejoindre un nombre consacré. (28) Les neuf varsa du Jambūdvīpa, ci-dessous n. 47. (29) vīravarya au sens de vīravara. GOS. corrige °carye (comme donne Vagbh.); HSS. lit ovirye. (s0) HSS. lit paryaptam me na dātum, analoguement à Hem. Vagbh. qui ont paryāptam me na dātus. (31) Il s'agit, semble-t-il, de Parasurama qui (avec la lecon paryaptam ... et ovaryah) «lui, le grand guerrier, fut mécontent de Brahman parce qu'il se disait que cette vaste terre, acquise par sa vaillance, ne suffisait pas (à satisfaire) son désir de donner», ou, en conservant cakre punjena a ... parce qu'il n'avait rien fait qui fût propre à être donné» (d'après GOS. p. 240).

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-- +(239 )+- [XVII] Il y en a trois (32), disent les autres. On cite en ce sens : c Sa (33) grande vaillance qui faisait trembler à son gré les montagnes, traitait avec mépris les trois océans, séparait ce qui est uni, soulevait ce qui est abattu, (bref) imitait (34) le vent déclanché par le Temps à la fin de l'ère.» /11/ Ou encore : ac Les (35) ennemis jouissent du fruit des trois rivages dres- sés en cercle (autour de la terre) : ils n'ont plus leurs élé- phants, mais voici qu'arrivent les puissants éléphants des orients, aux faces souillées de rut; les pierres précieuses leur ont été ravies, mais de tous côtés resplendissent les rangées de joyaux merveilleux ; les arbres de leurs jardins et de leurs étangs ont été coupés, mais les «arbres à désirs » s'ordonnent pour eux : tel fut le succès souhaité par ce (roi) contre eux.» /12 Quatre (36), disent les autres. On cite en ce sens : (t Maintenant (37) qu'il a franchi jusqu'au mont Meru (38) avec son collier formé d'une rangée unique des rivages et des vagues des quatre océans, où sa gloire s'en est-elle allée? » /13/ Tout cela est valable (et s'explique) par l'intention de dif- férencier, dit le Yayāvarīya. Mais ceux qui parlent de sept

(3a) Les trois océans, souvent nommés depuis VS. XIII. 31. (33) Metre vasantatilaka. Éloge d'un roi. Str. reprise Hem. p. 127. (34) anucakre : parfait passif. (35) Metre sragdhara. La strophe manque chez Hem. Battus et refoulés au rivage, les ennemis ont perdu éléphants, joyaux et jardins, mais ont eu en échange les éléphants célestes (dināga), les joyaux merveilleux (cintamani) et les arbres paradisiaques (kalpadruma). Autrement dit : ils sont au ciel ; et d'autre part, au cours de leur fuite, ils se repaissent des objets qui se présentent à leur imagination. udañcat° peut suggérer l'idée de la rmontée au ciel» après la mort dans le combat. (30) Aur quatre points cardinaur, entourant la terre. Cf. déjà RV. X. 47,2. (37) Éloge d'un roi. Strophe reprise Hem. p. 127. (38) Ci-dessus XV. 33.

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[XVII] --** (240).c+ -- Océans (saptasamudrī) sont seuls en accord avec les Traités. Il est dit en effet : « Les (39) paumes jointes d'Agastya soulevèrent (40) l'eau des sept océans, et Keśava de son côté se changea sur-le-champ (41) en une petite pierre (42). » /14/ Au centre (43) du Jambūdvīpa, (se trouve) la première des montagnes, le prince des sommets, (le mont) doré qu'on nomme Meru (44) : c'est le réceptacle des plantes immortelles et la demeure de tous les dieux. /15/ En (45) l'adoptant pour frontière (46), (Visnu) le dieu né du lotus organisa toutes choses transversalement, (de bas) en haut et (de haut) en bas. /16/ Le Saint Meru est la première des montagnes (qui déli- mitent) les varsa (a7). Autour de lui (s'étend) dans les quatre directions le varsa Ilavrta. Au nord il y a trois montagnes de varsa, Nīla, Śveta, Śrngavant, les trois varsa étant respecti-

(39) Strophe reprise Hem. p. 127. Le Sage Agastya a bu l'océan pour le punir et en même temps pour détruire les démons cachés au fond des eaux, et Keśava (Vișņu) se changea en une petite pierre afin de n'ètre pas avalé par Agastya. (40) La lecon °otksipta° de Hem. parait meilleure. (A1) tarata Hem., adopté HSS. (42) pūtarayitam GOS. (avec doutes) et Hem., pūtakayitam HSS .; GOS. p. 240 propose prastarayitam, sur prastara apierren; aucun des trois mots n'est attesté; pūtara aurait le sens de a poisson minusculen. (43) Avant cette strophe, Hem. ajoute « Le Yayavarīya a dit : tout cela est valable, la vérité absolue n'étant pas prise en considération par l'usage des poètes». - Mètre salinī. Strophe reprise Hem. p. 127 avec mūrtānām en c. (44) Ci-dessus XV. 33. Cf. Balar. X. 38 merur girīņām guruh. (45) Strophe reprise Hem. p. 127 (avec brahmaņā puņyakarmaņā). (a6) avadhīkrtya : non attesté. (47) Territoires (soumis à un même régime de pluies, d'où le nom?) limités par des montagnes parallèles, dites varsaparvata; mot employé depuis MhBh. - Pour tout ce qui suit, cf. notamment Kirfel p. 57 et suiv .; 174. Le Meru, tout en étant bien au centre de l'llavrta n'est pas considéré d'ordinaire comme un varsaparvata.

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[XVII] vement Ramyaka, Hiraņmaya et Uttarakuru. Au Sud il y a éga- lement trois (montagnes), Nișadha, Hemakūța et Himavant, avec les trois varsa Harivarșa, Kimpurușa et Bhārata. Le varsa (appelé) Bhārata (48) comporte neuf divisions : Indra- dvīpa, Kaserumant, Tāmraparņa, Gabhastimant, Nāgadvīpa, Saumya, Gandharva, Varuņa (49) et Kumārīdvīpa (50) en neu- vième. Il y a cinq cents points d'eau (51) et cinq plaines dans chaque division; chacune mesure mille yojana (52) depuis la mer du sud jusqu'au Himavant le roi des montagnes; elles sont inaccessibles de l'une à l'autre. On appelle monarque universel (samrāj) celui qui conquiert ces (varșa). Depuis Kumārīpura (53) jusqu'à Bindusaras (54) (l'étendue) de mille yojana (s appelle) le Territoire du Cakravartin (55). Celui qui le conquiert devient un Cakravartin. Voici les signes du Cakra- vartin : Le (56) disque, le char, la pierre précieuse, l'épouse, le

(48) « La terre des descendants du Sage Bharata" = d'ordinaire i'Inde, comme entité géographique (par opposition à Aryavarta); ici un continent dont la neuvième partie (le Kumarī) est I'Inde. (49) D'ordinaire Varuņa. (s0) Ailleurs Kumāra (ainsi dans le Vamanap. cité Kirfel p. 61); mais le plus souvent ce 9° dvipa est non nommé. Le passage est calqué sur Vayup. XLV. 78-88 qui donne les formes Gandharva (au lieu de Kumārīdvīpa), Kumārikya (au lieu de Kumārīpura), Gagāprabhava (au lieu de Bindu- saras). (51) Noter l'expression pañcasatāni jalam. (5a) Sur le yojana, ci-dessus III. 196; sur la notion des mille yojana, Kirfel p. 60 AS. IX. 1 (135-6), 18 «sur la terre est le territoire du cakra- vartin compris dans sa longueur entre le Himālaya et la mer, dans sa lar- geur mesurant, mille yojanan ; plus généralement, S. Lévi J. as. 1918, 1 p. 137. (63) Terme non atteste = cap Comorin ou de la Viergen. (54) Lieu sacré du Himalaya, connu depuis MhBh. (55) Ci-dessus n. 59 et Ill. 126. (56) Str. reprise Hem. p. 127. Cette liste est surtout connue par les tra- ditions bouddhiques, v. la note de Tawney-Penzer ad Kathas. VIII p. 71. 16

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[XVII] trésor, le cheval et l'éléphant, voilà ce qu'on appelle les sept joyaux de tous les Cakravartin. /17/ Et pour le Kumārīdvīpa : Le (57) Vindhya, le Pāriyātra, le Suktimant, le mont Rkșa, le Mahendra, le Sahya, le Malaya sont les sept principales montagnes (58). /18/ Dans ce nombre, le Vindhya et autres (montagnes) ont une forme bien connue. Quant au Malaya, ses traits propres sont au nombre de quatre. En voici le premier : r De (59) beaux santals, joie des hommes, au tronc desquels s'enroulent les serpents, depuis la racine; des jasmins mélan- gés aux muscadiers, des cardamomes et des poivriers, (de tout cela le Malaya) est la terre d'origine. » /19/ Le deuxième : cr Ce (60) Malaya, grand réceptacle de joyaux, dont la Tam- raparņī (61), cette vache d'abondance (productrice) de perles, dessert les excellentes terres basses : Agastya (62), le maître des joyaux, le sanctifie (de sa présence).» /20/ «r Il y a (63) là les arbres qui portent le nom de corail, aux Sur les sept joyaux, La Vallee Poussin Abhidharmak. III p. 203 E. Senart J.as. 1873, II p. 132. Rhys Davids-Stede s. u. ratana. (s7) Str. reprise Hem. p. 127 Vagbh. p. 3. Ces noms sont donnés dans toute la tradition puranique Kirfel p. 61. Sur le Mahendra, ci-dessus XVI. 15; sur le Malaya, III. 109. (58) kulaparvata, ailleurs aussi kulacala. Sur cette notion, cf. MarkP. LVII. 10 et F. Pargiter ad loc., ainsi que B. Ch. Law J. Dep. Letters XXVIII p. 12 Ind. Cu. IIl p. 734 E. H. Johnston JRAS. 1941 p. 215. (s0) Metre upajati. Str. reprise Hem. p. 127. (60) Str. reprise Hem. p. 127 Vagbh. p. 9. Mėtre upajāti. (61) Ci-dessus V. 53. (6a) Ci-dessus n. 39 : ce Sage est étroitement mélé aux traditions du Sud. La désignation kumbhayoni figure déjà dans le MhBh. (63) Mètre upajati. Str. reprise Hem. p. 127; analogue Vagbh. p. 4 (tas- min vidrumabhūruhah pratipadam vamsesu muktaphalam, etc.) - Sur le corail dans la littérature skte, S. Lévi Mél. Maspero II p. 163 = Mémorial S. Lévi p. 419 ; jeu entre druma aarbren et vidruma drôle d'arbren, corail n.

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[XVII] branches desquels les perles prennent naissance; les arbres à camphre y éclatent des rugissements (émanant) de la gorge des lions et que le rut a grossis.n /21/ Le troisième : « Séjour (6s) des jeux amoureux de tous les immortels, siège des hommes, terre (65) du taureau d'entre les ascètes; par ses fruits éternels, par les rameaux de ses lianes fleuries, le Malava est une source d'émerveillement. » /2 2/ Le quatrième : Là (66), avec les pignons et le sommet de sa guirlande de palais décorés d'or et de pierreries, les verrous de ses portes marqués du signe du roi des dieux, se trouve Lankā (67), la capitale de Rāvaņa. » /23/ De là (68) s'élève en direction du nord le vent du sud, pro- ducteur de fleurs, origine du chant des coucous, instigateur de la cinquième (69) (note), ami du printemps en raison de ces quatre (traits ci-dessus décrits). /24/ Entre les deux mers de l'est et de l'ouest et les (monts) Himavant et Vindhya (est situé) l'Aryavarta (70). C'est là que

Vagbh. p. 4. (64) Mètre upajati. Str. reprise Hem. p. 127 avec ovitanair en c; analogue

(65) go «terren, cf. ci-dessus XVI. 43 (ici, jeu de mot avec le sens de or vache»). (66) Metre indravajra. Str. reprise Hem. p. 127 Vagbh. p. 4. (67) Ville (et région) qui à un moment déterminé ont été identifiées à Cey- lan et à sa capitale; siège du démon Ravaņa, ennemi de Rama. Lanka est décrite notamment Ram. V. 2 VI. 39. (68) Mètre upajati. Str. reprise Hem. p. 127 Vagbh. p. 4. (00) Cf. ci-dessus VI. 76. (70) Définition connue de la «terre des Âryens», proprement « le lieu d'évo- lution des A.", cf. Mn. II. 22 ā samudrāt tu vai pūrvād ā samudrāt tu paści- māt tayor evāntaram giryor āryavartam vidur budhah; analogue Vas. 1. 8 et suiv. Baudh. I. 2, 10 et suiv. MhBhās. II. 4, 10 et VI. 3, 109 (texte dis- cuté J. Mansi n Esquisse p. 151), qui met en évidence, comme fera KM., la notion de l'acara pratique, mode de vie». Le terme n'est pas dans MhBh. 16.

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[XVII] -+(244) .-

(sont organisées) les quatre castes et les quatre échelles de vie (aśrama), dont le fondement est la pratique (ācāra) des honnêtes gens. La manière dont on vit dans ce territoire est ordinairement (rendue avec fidélité) par les poètes. A l'est (71) de Benares est la Région orientale, dont les contrées sont : Anga (72), Kalinga (73), Kosala (74), Tosala (75), Utkala (76), Magadha (77), Mudgara (78), Videha (79), Nepāla (80), Puņdra (s1), Prāgjyotișa (82), Tamraliptaka (83), Malada (84), Malla-

(71) Division de I'Inde entière (et non plus seulement de l'Aryavarta) en quatre régions cardinales (en commencant, comme il est usuel, par l'est), avec une cinquième au centre : division inspirée par Manu, par le Kamas. etc .; cf. aussi Ram. IV. 40-43 MhBh. VI. 9 Padmapur., svargakh., 7 etc. Cf. aussi Balar. IlI et X, ainsi que GOS. p. xXVI. Noter la position centrale de Bénarès, et comparer KM. III passim. (7a) Ci-dessus III. 64. (73) Ci-dessus III. 116 où le Kalinga est donné dans le quartier du sud. (74) Pays d'Audh et région située entre Berar et Orisa; cf. B. Ch. Law IHQ. II р. 192. (75) Pays en Orisa, formant couple avec le precedent, S. Levi J. as. 1923, IT p. 1. Les deux formes citées déjà NS. XIII. 40. (76) Chota Nagpur et Orīsa septentrional; cf. S. Levi loc. c. p. 18; peuple cité Ep. Ind. II p. 161. (77) Ci-dessus III. 70. (78) Région en Bihar, conservée dans le mod. Munger. Le terme, qui manque dans les Dictionnaires, est cependant connu, au moins sous les variantes Mudakara, Madguraka, dans les Pur. (Kirfel p. 74). Vagbh. a Mudgaraka. (79) Mod. Tirhut, capitale Mithila. (80) Ci-dessus VIII. 63. (81) Ci-dessus III. 67; Vāgbh. a Pauņdra. (8s) Pays de l'est dans les Pur., autre nom probable du Kamarūpa (Āsām) Kirfel p. 74; ou de l'extreme nord, dans la géographie de «projection» S. Lévi J. as. 1918, I p. 121. Cf. aussi B. Ch. Law Ind. Cu. III p. 730. (83) Le nom (conservé dans le mod. Tamluk, sur le delta du Gange) figure dans les Pur. (passim) ainsi que NS. XIII. 47, cf. notamment S. Lévi Études as. II p. 33 et J. as. 1993, II p. 49.

NŚ. XIII. 46. (84) Bihar occidental; forme connue dans les Pur. (avec diverses var.) et

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-+*(245).++ -- [XVII] vartaka (85), Suhma (80), Brahmottara (87), etc. Les montagnes sont : Brhadgrha (88), Lohitagiri (89), Cakora (90), Dardura (91), Nepāla (02), Kāmarūpa (93), etc. Les rivières (04) : Šoņa (95) et Lauhitya (96). Les fleuves : Gangā (97), Karatoyā (98), Kapiśā (99), etc. Les produits : lavali (09a), granthiparņaka (100), aloès, raisin, musc, etc. Au delà de Mahișmatī (101) est le Dekkan (dakşiņāpatha), dont les contrées sont : Mahārāștra (102), Māhișaka (103),

(8s) Prob. Bihar meridional; le terme qui manque dans les Dictionnaires, est attesté NS. XIII. 46 et cf. le Mallavarņaka, Malavartika (etc.) des Pur. Kirfel p. 74. (86) Ci-dessus III. 65. (87) Nom connu des Pur., et cf. ci-dessus III. 66. (88) Mot de lex. (comme n. de peuple); mont Everest d'après GOS. p. 299. (89) Cf. le mont Lohita que les Pur. placent à l'est du Kailasa (Kirfel p. 59) et la rivière Lauhitya ci-dessous. (90) Peuplade citée AVParis. LVI. 5. (91) Nom connu du Vayup. et du Varahap. : pays des Darada? S. Lévi J. as. 1918, 1 p. 125 B. Ch. Law Ind. Cu. I p. 388. (92) Ci-dessus n. 80; inconnu ailleurs comme nom de montagne. (9s) Mod. Asam (occidental). Connu ailleurs comme n. de peuple, S. Lévi J. as. 1923, Il p. 46. (9s) nada : rivière dont le nom est masculin (par opp. à nadi), parfois aussi (mais non ici) «grande rivière, fleuve». D'après Mallinatha ad Siś. IV. 66 les nadi coulent vers l'est, les nadc. vers l'ouest (sauf la Narmada, qui est une nadī). (95) Mod. Son, affluent de droite du Gange. (96) Mod. Brahmaputr, S. Lévi J. as. 1918, I p. 77- (07) (Cours inférieur du) Gange. (98) Rivière aux limites du Bengale et de l'Asam, qui rejoint le Brahma putr. (90) Mod. Suvarņarekha en Orīsa, citee Ragh. IV. 38. (99a) Ci-dessus VIII. 76. (100) Ci-dessus VIII. 65. (101) Mod. Maheś, sur la Narmada. En bouddh. : Māhissati. (102) Ci-dessus III. 114. (103) Région baignée par la moyenne Narmada (capitale Mahismatī)? Ou Maisür? Hem. et Vagbh. lisen1 māhismata.

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[XVII ] -+(246 ).c+-

Aśmaka (104), Vidarbha (105), Kuntała (106), Krathakaiśika (107), Sūrpāraka (108), Kāñcī (109), Kerala (110), Kāvera (111), Murala (112), Vānavāsaka (113), Simhala (114), Coda (115), Daņdaka (116), Pāņ- dya (117), Pallava (118), Gānga (119), Naśikya (120), Kaunkaņa (121), Kollagiri (122), Vallara (123), etc. Les montagnes : le versant sud du Vindhya (124), Mahendra (125), Malaya (126), Mekala (127), Pala- mañjara (128), Sahya (129), Srīparvata (130), etc. Les fleuves : Nar-

(10s) Région entre Narmada et Godavarī, capitale Pratișthana. (105) Ci-dessus III. 121. Hem. et Vagbh. ont Vaidarbha. (106) Ci-dessus III. 111. (107) Région adjacente au Vidarbha ou comprise dans le Vidarbha. (108) Mod. Sopar, au nord de Bombay. (109) Mod. Conjeveram (Kañcīpura). (110) Ci-dessus III. 112. (111) Prob. la région baignée par la Kaverī; terme non attesté. (119) Identique au Kerala, ou plus précisément, région baignée par la Murala (Ragh.) qui coule entre les monts Sahya et Aparanta. (113) Apparemment = Vanavāsī, pays kannara septentrional et chef-lieu dudit pays; NS. XIII. 40 mentionne les vānavāsajāh. (114) Ceylan (sur le nom, notamment P. Pelliot TP. 1912 p. 463). (115) Ou Cola, région du Coromandel (qui en a conservé le nom), La Vallée Poussin Dynasties p. 255. (116) Partie du Maharastra S. Lévi J. as. 1918, I p. 97, cf. le Dandakāraņya du Ram. (117) Région autour de mod. Madura. (118) Région de Kancī, berceau de la dynastie de ce nom (Dynasties p. 259). (119) Ci-dessus III. 115. (120) Ou Nāsikya, mod. Nasik, vers la haute Godāvarī. (121) Mod. Konkan. Hem. a Konkana. (122) Mod. Kodagu (Coorg) dans le Maisur. (123) GOS. corrige en Vallala, nom d'une dynastie connue. Hem. et Vagbh. ont Vellara (mod. Vellur). (124) Chaîne qui marque la limite nord du Dekkan. (125) Ci-dessus XVI. 15. (126) Ci-dessus III. 109. (127) Ci-dessus III. 110. (128) Ci-dessus III. 113. (129) Ci-dessus XV. 27. (130) Nom connu des Pur. (= Sriśaila près de Kurnool d'après GOS. p. 310).

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-+>( 247 ).e+ -- [XVII] madā (131), Tāpī(132), Payoșņī (133), Godāvarī (134), Kāverī (135), Bhaimarathī (136), Veņa (137), Krsņaveņā (138), Vañjurā (139), Tun- gabhadrā (140), Tāmraparņī (101), Utpalāvatī(142), Rāvaņagangā (143), etc. Les produits en ont été décrits avec les produits du Małaya. Au delà de Devasabha (144) est la Région occidentale, dont les contrées sont : Devasabha, Surāșțra (145), Daśeraka (146), Travaņa (147), Bhrgukaccha (148), Kacchīya (149), Ānarta (150),

(131) Ci-dessus XII. 65. (132) Mod. Tapti. (133) Affluent de la Tapti, la Pūrņā? (134) Rivière mod. du même nom (sur le nom, v. H. Lüders ZDMG. XCVI p. 34). (135) Rivière mod. du même nom. (136) Non attesté. Sans doute est-ce la Bhīmarathī des Pur., affluent probable de la Krsņā, issu des monts Sahya. (137) Aflluent de la Krsna, mod. Beņa. Le nom est connu des Pur. sous diverses variantes; Vagbh. et Hem. ont Veņi. (138) La Krena (Kitsna) ou la partie inferieure de cette riviere, apres sa jonction avec la Venu. Diverses variantes dans les Pur .; °veni Hem. (139) Non attesté. Aflluent de la Godavarī, mod. Manjera. Diverses var. dans les Pur., Vanjarā Hem., Jamburā Vāgbh. (140) Allluent de la Kitsna. (11) Ci-dessus V. 53. (12) Mod. Vypar dans le Tinnevelly. (113) Rivière de Ceylan : «le Gange du (démon) Ravaņa. (14) Non attesté ("sabha est connu comme nom de ville dans le Kathas.) : pays ou montagne mal déterminable (cf. le nom d'une sorte de santal, daiva- sabheya dans l'AS.); cf. Jitendra Nath Banerjea IHQ. XIV p. 747. (115) Ci-dessus III. 109. (146) Mod. Malva; Hem. et Vagbh. ont Dāśeraka. (117) Ci-dessus VII. 109. (118) Ci-dessus III. 105. (119) Non attesté, mais le Vayup. a bien cette forme d'après Kirfel p. 75. Probablement la presqu'ile de Kacch. (150) Gujrat nord et portion du Malva (Ănarta chez Ram.). Le nom apparaît NS. XIII. 42.

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[XVII] Arbuda (151), Brāhmaņavāha (152), Yavana (153), etc. Les mon- tagnes : Govardhana (154), Girinagara (155), Devasabha (156), Malyaśikhara (157), Arbuda (158), etc. Les rivières : Sarasvatī (159), Śvabhravati (160), Vartraghnī (161), Mahī (162), Hidimbā (163), etc. Les produits : karīra (164), pīlu (165), guggulu 166), kharjūra (167), chameaux, etc. Au delà de Prthūdaka (168) est la Région septentrionale, dont les contrées sont : Śaka (169), Kekaya (170), Vokkāņa (171),

(151) Nom connu des Pur. et de NS. XIII. 42 (sous la forme sarbudeyakāh); cf. le mont Abū au Rājpūtānā. (152) Non attesté. GOS. p. 300 rapproche la cité ruinée de Brahmaņabad près de Multan. - Vagbh. intercale ici le nom de Haya. (153) Sur le nom des aloniensn, v. en dernier lieu O. Stein Ind. Cu. I p. 356 P. Meile Mélanges as. 1940-41, 1 p. 85. (154) Meme nom mod., district de Mathura. (155) Mod. Girnār en Kāthiyāvār. (156) Ci-dessus n. 144; Hem. a °sabhya. (157) Non attesté et mal déterminable (= Malyavant?). (158) Ci-dessus n. 151. (159) Nom d'une rivière débouchant dans le Rann de Kacch? En tout cas distincte de la Sarasvati septentrionale ci-après. (160) Rivière citée dans le Hariv., apparemment la mod. Sabarmatī (golfe de Kambāy). (161) GOS. Vartaghnī (non attesté) : voir les var. du nom chez Kirfel p. 65. Mod. Vatrak dans le Gujrat. (162) Rivière du Malva, débouchant au golfe de Kambay. (163) Himdiva GOS. Non attesté comme nom géographique (cf. le Hidimba- vana du MhBh.); affluent possible de la Yamuna. Hem. a Hiņdiva, Vagbh. Hindavā. (161) Capparis aphylla Roth., câprier. (165) Salvadora persica Linn. (salvadore); le Panjab est le pays des forêts de p°, MhBh. VIII. 44, 31. (166) Balsamodendron Mukul Hooker (Hobson-Jobson s. u. googul), bdellium. (167) Phoenix sylvestris Roxb., sorte de dattier. (168) Mod. Pehoa (district de Karnal, au Panjab)? (169) Nom familier depuis l'épopée de tribus à l'ouest du Gandhara, plus précisément habitants du Segestan (Seistan). Principales références chez La Vallée Poussin L'Inde aux temps des Mauryas p. 261. (170) Pays entre Vipāśā et Šatadrū, S. Lévi J. as. 1918, 1 p. 112. (171) Nom cité Brhats., = mod. Wakhan S. Lévi J. as. 1915, Ip. 112.

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[XVII] Hūņa (172), Vāņāyuja (173), Kāmboja (174), Bāhlīka (175), Vahlava (176), Lampāka (177), Kulūta (178), Kīra (179), Tangaņa (180), Tușāra (181), Turuşka (182), Barbara (183), Harahūrava (184), Hūhuka (185), Sa- huda (186), Hamsamārga (187), Ramatha (188), Karakaņtha (189), etc. Les montagnes : Himālaya (190), Kalinda (101), Indrakīla (192),

(173) Les Huns (La Vallée Poussin Dynasties p. 10). Le Hūnadesa est en propre la région de Sakala, au Panjab, où Mihirakula établit sa capitale. (173) Région de l'ouest, qu'on identifie ordinairement (mais ici, à tort?) avec l'Arabie. On connaît les variantes Vanayu et Vanayu (celle ci dans l'AS.); Hem. et Vāgbh. ont Vanāyuja. (174) Pays de Kabul, S. Lévi J. as. 1923, II p. 52 B. Ch. Law Kshattriya Tribes p. 233. (175) Ci-dessus III. 87. (176) Non attesté; cf. ci-dessus III. 88. On peut songer à lire Pahlava (propre- ment le pays parthe, la Médie), que donnent plusieurs Pur. comme pays du nord. (177) GOS. a Limpāka (non attesté), mais Hem. et Vagbh. font décider pour Lampāka, mod. Lamghan ou Laghman (région de Pesavar). (178) District de Kangra (cours inférieur de la Vipasa). (179) Cf. mod. Kīragrāma (Baijnāth) au Panjab. Sur le peuple de ce nom, qui figure Brhats. parmi les gens du nord-est, R. C. Majumdar IHQ. IX p. 11. (180) Peuple du Himalaya? S. Lévi J. as. 1918, I p. 126. Var. Tankaņa. (181) Ailleurs aussi Tukhara, habitants du Tokharestan. vallee superieure de l'Oxus. La forme en -s-, qui manque dans les Dictionnaires, est donnée Kirfel p. 73 et ailleurs. (182) Habitants du Turkestan. (183) (a Les barbares?n), peuple mal determine S. Lévi ibid. p. 127. Essai de précision B. Ch. Law Ind. Cu. 1 p. 389. (184) Cf. Harahūna MhBh., Hārahaura Brhats. , Harahūra Hem. et Vagbh .; peuplade située probablement entre Indus et Vitastā. (185) Non attesté. Région de Huskara (Huşkapura Rajatar.) au Kaśmīr? Les formes Kuhaka, (?C)ahuka etc. sont celles de peuples du nord dans les Pur., cf. Kirfel p. 73. Hem. a Huhuka, Vagbh. Kuhaka. (185) Non attesté, peuplade afghane? La forme la plus voisine serait Juhuda du Vāyup., Kirfel loc. c. (187) Nom probable d'une passe entre le Tibet et l'Inde (Niti, district de de Kumaun? GOS. p. 312); cf. Hamsadvāra. (188) Peuple mal déterminé; peuple de l'ouest dans le MhBh. et la Brhats. S. Lévi J. as. 1915, I p. 114. (169) = Karakoram? Forme non attestée. (100) Vāgbh. et Hem. ajoulent ici Jālandhara. (191) Portion du Himalaya central (var. du nom de peuple connu les Kulinda-

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[XVII] -+*(250)+- Candracala (193), etc. Les rivières : Ganga (194), Sindhu(195) Sarasvatī (196), Śatadru (197), Candrabhāgā (198), Yamunā (199), Irāvatī (200), Vitastā (201), Vipāśā (202), Kuhū (203), Devikā (204), etc. Les produits : pins, déodars, raisin, safran, yaks, peaux d'antilope, jujube, antimoine, sel gemme, œils-de-chat, chevaux. Au milieu de ces (pays) se trouve le Territoire du milieu (205) (madhyadesa) : telle est la manière dont les poètes (se repré- sentent les choses). Et cela ne laisse pas d'être conforme au sentiment des Traités. On dit en effet : Entre (206) le Himavant et le Vindhya, à l'est de Vinasana et à l'Ouest de Prayãga est (le pays) connu sous le nom de Territoire du milieu. /25/ Quant aux contrées, montagnes, cours d'eau et produits d'objets (divers dudit territoire), on ne les énoncera pas, leur renommée les rendant connus (d'avance).

d'après S. Lévi J. as. 1923, II p. 28), cf. la Kālindī, autre nom de la Yamunā, et B. Ch. Law Ind. Cu. 1 p. 389. Hem. lit Kalindra. - Même forme déjà JB. I. 155 = Caland p. 54 $ 47. (192) Sommet mal déterminable du Himalaya, cité MhBh. (193) Sommet du Himalaya (source de la Candrabhaga?), non attesté ailleurs (mais le Ram. connaît un Candraparvata). Hem. a Canda. (19%) Le fleuve est cité à nouveau ici en raison de son cours supérieur. (195) «Le fleuven (par excellence), I'Indus. Connu depuis RV. (196) La rivière connue depuis le Veda (Ved. Index s. u.), qui disparaît dans les sables à Vinaśana (mod. Sarsuti). (197) Mod. Satlaj; RV. Śutudrī. (198) Mod. Canab; RV. Asiknī. (199) Mod. Jamna (qui interrompt la liste des affluents de l'Indus). (200) Mod. Ravī. (201) Mod. Jhelam. (202) Mod. Bias. (203) Mod. Kabul (véd. Kubhā). (201) Peut-être un affluent de l'Iravati. (205) Ci-dessus X. 46. (206) Mn. Il, 21. Définitions similaires. Prayaga = Allahābād ; Vinaśana, lieu de operten de la Sarasvati (vers Sirhind ?) Str. reprise Hem. p. 128.

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-++(251 ).c+- [XVII] Les (207) contrées, montagnes, cours d'eau des continents étrangers, les poètes ne doivent pas en abuser (208) : c'est pour- quoi on ne les décrit pas à fond. /26/ Le (pays) situé entre Vinasana et Prayaga, entre le Gange et la Yamuna, (s'appelle) Antarvedī(209). C'est par rapport à ce (pays) qu'il y a lieu de distribuer les Régions (cardinales), disent les maîtres. Mais même en cette (hypothèse), c'est Maho- daya (210) qui est le pivot (de la distribution), fonctionnant comme limite (211), dit le Yayavarīya. - Les Régions (cardi- nales) n'étant pas limitées, la distribution (des pays suivant) les régions est indéterminable, disent certains. C'est ainsi que ce qui est oriental par rapport à Vamanasvāmin (212) est occi- dental par rapport à Brahmaśila, ce qui est méridional par rapport à Gadhipura est septentrional par rapport à Kala- priya. - Cet arrangement dépend de la limite (qu'on admet au point de départ des régions), dit le Yayavarīya. Si l'on n'admet pas de (limite fixe,) il n'y a plus de détermination possible. - Est, sud, ouest, nord, telles sont les quatre Régions (il n'y en a point d'autres), disent certains. On dit en ce sens : or Cet (213) homme à la conduite étonnante a exécuté dans le

(207) Str. reprise Hem. p. 128 Vagbh. p. 4. (208) atiprayojya : non attesté. (209) Mot du Ram .; proprement a(le pays) à l'intérieur du terrain sacrifi- cieln = Brahmavarta, Doab. Le mot est repris Balar. XI. 85/8 et Anarghar. VII. 124/125. Le sens originel est attesté MaiU. VI 36. Cf. encore J. F. Fleet Gupta Inscriptions p. 69 n. 5. (210) Ci-dessus III. 91. (211) avadhīkrtya : ci-dessus n. 46. (212) Nom d'un temple consacre à l'avatar du Nain, qui devait se trouver dans la partie occidentale de Kanyakubja; Brahmaś la étant (un autre temple ?) dans la partie orientale, Gadhipura (même nom Balar. X. 88) dans le nord, Kālapriya dans le sud (une divinité Kalapriyanātha est connue de Bhavabhūti) : le tout d'après GOS. p. 244 et cf. (sur Kalapriya) D. R. Bhan- darkar Ep. Ind. VII p. 29. (213) Metre ārya. Str. reprise Hem. p. 129.

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[XVII] -+(252).0+ -- combat un exploit qui, bien qu('ayant eu lieu) dans les quatre régions (cardinales) n'est ni oriental, ni méridional, ni occidental, ni septentrional (214). » /27/ Selon certains autres, il y a huit Régions (, respectivement) consacrées à Indra, Agni, Yama, Nirrti, Varuņa, Vāyu, Kubera et Śiva (215). On dit ainsi : « Les rayons (216) du soleil sont l'unique lumière, ce sont les deux yeux dans le triple monde (217) : ainsi sont-ils proclamés par les quatre bouches (du dieu) né du lotus (218), (ils forment) le cinquième élément (219) et sont très diversifiés dans les six saisons (220); loués par les Sept Sages (221) des Trente (dieux) ils résident aux huit régions (222) (du ciel); au commencement du jour ils sont nouveaux (223) : puissent-il, (ces rayons au nombre) de dix centaines (224), vous conferer le salut !» /28/ Suivant d'autres, il y a en outre les deux (régions) consa- crées à Brahman (225) et aux Naga (226), ce qui fait dix (227) avec les (précédentes). On dit ainsi :

(214) Ces quatre termes de direction signifient aussi, par jeu de mots crest sans précedent, subtil, inimitable et incomparablen. (215) Termes connus en cet emploi depuis Brhats. (notamment XCV. 19) et Ram., le nord-ouest ayant pour variante maruti, le nord saumya. La suite équivaut à : est, sud-est, sud, sud-ouest, ouest, nord-ouest, nord, nord-est. Hem. p. 129 : vāyavī. A date ancienne il n'y a de fixé que le sud (Yama) et le nord (Rudra). (210) Mètre sragdharā. Sūryasat. 13. Eloge du Soleil, avec jeu sur les nombres (de un à dix). Str. reprise Hem. p. 129 Vagbh. p. 5. (217) Ciel, terre, espace intermédiaire. (218) Brahman avec les quatre visages. (219) La lumière, les quatre autres étant : terre, eau, air, éther. (220) Ci-dessous XVIII. 13/14. (921) Les sept grands Rsi ou Sages originels. (222) Les quatre points cardinaux et les quatre intermédiaires. (293) « Ils atteignent le nombre de neuf» (jeu de mots). (221) Depuis le Veda, le soleil est l'astre caux mille rayons». (225) brahmī azenith», non attesté en ce sens. (220) nūgīya «nadir», id. (227) Ci-dessus X. 51.

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[XVII] « Pour (228) celui qui vise grand, la situation est difficile dans dans ce petit village qu'est l'OEuf de Brahman (229) : l'emplace- ment en est resserré par la limite du cercle (cakravāla) qui est en bordure des dix régions. » /29/ Tout cela est admissible, vu que le nombre des régions (du ciel) dépend de l'intention d'exprimer (telle ou telle chose). Entre les (constellations) citra (230) et svati (231) est l'est; par rapport à l'(est, on détermine) l'ouest, par l'étoile polaire (dhruva) le nord, par rapport au (nord) le sud; dans les intervalles sont les régions intermédiaires (vidis), en haut celle de Brahman, en bas celle des Naga. La pratique des poètes est double (en cette matière, suivant qu'il s'agit d'une direction) établie d'avance, ou d'une à établir d'après les limites entre deux emplacements particuliers. Dans la catégorie «établie d'avance» (praksiddha), (voici un exemple pour) l'est : cc Deux (232) ou trois étoiles sont au firmament, avec des reflets de perles fines anciennes; les bartavelles femelles, le corps lassé d'avoir bu copieusement le clair de lune (233), se sont endormies; la lune s'en est allée vers la crête du Mont du cou- chant, avec une teinte comme celle d'une ruche de miel dont (les abeilles) auraient émigré, et la région orientale est deve- nue un réceptacle de lueurs comme les yeux des jeunes chats. » /3o/

(238) Str. reprise Hem. p. 129 (avec °dikkūla° en a); analogue Vagbh. p. 5. (239) brahmānda, représentation courante du monde depuis les Pur. et le Sūryasi. (le mot manque dans MhBh.), mais l'idée d'un œuf» cosmique apparait déjà ChU. III. 19. (230) Spica virginis, 12° (plus tard 14°) mansion lunaire. (231) Arcturus, 13e puis 15e mansion. On determine l'est par le lever du soleil au jour d'équinoxe (visuvant), i. e. au jour où le soleil se lève entre ces deux constellations, v. par ex. Šulvasū. de Kāt. 2. (232) Metre sārdūlavikrīdita. Viddh. I. 11 (avec °samālasena et mattas en b; mūlam en c). La str. est citee Kavīndrav. p. 85 Hem. p. 129. (233) Sur cet usage des cakora, ci-dessus V. 29.

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[XVII] (Région) du sud : ct L'etre (234) avisé qui voulait partir pour la région du sud a brille a l'extreme, comme le bienheureux Soleil quand il s'applique à quitler la région du sud (235). » /3 1/ (Région) de l'ouest : « Regarde (236), (femme) qui mesures tes paroles, le soleil suspendu à l'extrémité de la région occidentale a fabriqué, comme un pont d'or, un reflet allongé sur l'eau de l'étang. » /32/ (Région) du nord : rr Il y a (237) dans la région septentrionale un roi suprême des montagnes, appelé Himālaya ; il est d'essence divine. Plon- geant dans les deux océans de l'est et de l'ouest il se tient comme le bâton à mesurer de la terre (238). » /33/ Dans la distribution des régions (fondée) sur la limite entre deux emplacements particuliers (visistasthānāvadhi), on a pour la région entre est et ouest par exemple : cc Holà (230), monstres marins, allez groupant vos clans et vos lignées à l'est et à l'ouest du mont du santal (240) : sinon votre séparation, qui provient du pont (que forment) les montagnes ininterrompues, ne s'achèvera pas avant la fin de notre ère ! » /34/

(234) Str. reprise Hem. p. 129 (avec jijnasan et jihasan). D'un roi partant en expédition (ou d'un ascète partant pour le pays des morts ?). (235) Le soleil progresse au nord de l'équateur durant la moitié de l'année (solstice d'été, uttarāyana). Le sens est : ce roi (cet ascète) revêt un éclat extreme quand il gagne la région même où le soleil a perdu le sien. (236) Metre svāgatā. Kum. VIII. 34. Str. reprise Hem. p. 129. Le soleil, qui s'incline vers l'ouest, se réfléchit en une longue raie qui forme sur la pièce d'eau comme un pont brillant entre les deux rives. (237) Mètre upajāti. Kum. I. 1 (avec vagāhya en c). Str. reprise Hem. p. 129. (238) Même image déjà RV. V. 85, 5. (239) Mètre vasantatilaka. Bālar. VIII. 45 (avec vāmena et dakșiņena en b; eva en d). Str. reprise Hem. p. 129. (240) candanagiri (attesté lexx.) : le Malaya.

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[XVII] Pour la région entre le sud et le nord, par exemple : o Dans (241) la section de la région du sud, qui est celle de la ville de Kāñcī (242), ainsi que dans la région septentrionale de l'océan, Ananga vit à son aise avec (son épouse) Rati, courbant en cercle son arc charmant jusqu'à la pointe des oreilles. »/35/ On mentionne la région du nord quand il s'agit du nord et de même (pour d'autres régions), mais on mentionne aussi la région du nord quand il ne s'agit pas du nord ou de (telle autre région). Premier cas : cr Là (243), au nord de la maison de Kubera (244), est notre demeure : on la reconnaît de loin, à son portail aussi beau qu'un arc-en-ciel. Dans le jardin ma bien-aimée a élevé mon fils adoptif, un jeune arbre mandāra (245), que des touffes de fleurs ont ployé à portée de la main. » /36/ Deuxième cas : " Dans la partie nord du mont Sahya (246), là où est la rivière Godāvarī (247), voilà sur la terre tout entière la contrée (la plus) charmante. » /37/ De même pour les autres régions. Il faut les introduire dans la composition (littéraire) [nibadhnīyāt] suivant l'ordre des contrées, montagnes, fleuves, etc., ainsi que des régions

(251) Mètre upajati. Str. reprise Hem. p. 129. L'amour est maitre aussi bien au sud qu'au nord. (212) Ci-dessus n. 109. (213) Metre mandakranta. Megh. II. 12 qui a ogrhan en a (°grhad est la leçon de Sthiradeva cf. Durghatavr. II. 3, 18 et note 7 de l'éd. de ce texte I, 3 p. 69) et °prāpyah stabakanamito en d. Str. reprise Hem. p. 129 avec même leçon que KM. en d. Le Yaksa, exilé dans le sud, évoque la résidence himālayenne. (244) a Le seigneur des richesses», dont le Yaksa est un servant. (215) Calotropis gigantea Br. (le nom désigne en même temps un arbre paradisiaque). (246) Ci-dessus XV. 27. Il s'agit ici d'une région méridionale, et la mention anord» est toute relative. -- Str. reprise Hem. p. 129. (247) Ci-dessus n. 134.

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[XVII] -+*(256).c+-

(cardinales). Et si (les traits) sont les mêmes aux deux aspects (d'une région mixte, on se règlera) sur ce qui est établi dans l'usage. Il y a également des règles limitatives (niyama) sur la Cou- leur (varņa) [des habitants] : la couleur des gens de l'est est (brun) foncé, celle des gens du sud noire, celle des gens de l'ouest blanche, celle des gens du nord jaune, celle des gens du Territoire du milieu (madhyadeśa) noire, foncée ou jaune. Couleur foncée des gens de l'est : « Sur (248) les corps sombres des femmes Gauda (249), que pare seul un collier de perles, l'Amour courbant en cercle son arc fleuri frissonne gracieusement. »./38/ Couleur noire des gens du sud : tr Ce (250) disque circulaire du (soleil, le) maître des splen- deurs, réplique d'un globe de fer fondu, déverse peu à peu du ciel sa clarté atténuée. Voici que se répand de l'est, noire comme la joue des femmes Murala (251), l'obscurité compacte, qui semble avoir été mise en bouquets par les cercles d'ombre des arbres. » /39/ Couleur blanche des gens de l'ouest : « Epanouis (252) sur les branches, les bourgeons de bakula (253) prennent l'aspect chevelu (254) des abeilles femelles dont les yeux frémissent du plaisir d'avaler (255) le miel ... Eh quoi ! Voici que la beauté sur les joues blanches des jeunes femmes

(218) Str. reprise Hem. p. 129. (249) Ci-dessus III. 72 (avec détail analogue du collier). (250) Metre sikhariņī. Str. reprise Hem. p. 12g Vagbh. p. 5. (251) Ci-dessus n. 112. (252) Mètre mandākrāntā. Str. reprise Hem. p. 129 (avec °daleșu en d) Vāgbh. p. 5 (id). (253) Ci-dessus V. 27. (254) kuntalibhāva : non attesté (jeu de mots avec l'ethnique kuntala). (255) kuvalanā : non attesté.

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[XVII] Yavana (256) laisse une marque légère sur les pétales des plantes à bétel. » /4 o/ Couleur jaune des gens du nord : A (257) présent les arbres kancanāra (258) ont vu chacun de leurs membres embrassé par les fleurs ; l'asoka (259) est gratifié de pétales plus rouges que les blessures (faites) par les dents des femmes Bāhlīka (260); le campaka (261) lui-même est devenu capable de dérober leur grâce aux femmes du nord; la teinte de l'arbre bignone est devenue tout autre à raison de ses bour- geons couleur garance. » /41/ Ou encore : ct Sur (262) les lignes du corps des femmes Kaśmīra (263) aux fré- missantes et gracieuses ondulations, un (fard) à seize cou- leurs (264) a été déposé comme si l'on avait fait fondre de l'or. » /42/ Couleur noire des gens du Territoire du milieu, ainsi : Tous (265) aperçurent la Pancali (266), telle la crete noire de fumée du feu (émanant) de la colère de Yudhisthira, (capable) de consumer à elle seule la lignée des Kuru. » /43/ De même pour la couleur foncée du Territoire du milieu. Dans la pratique des poètes, comme nous l'avons dit à propos

(256) Ci-dessus n. 153. (257) Metre sardūlavikrīdita. Strophe analogue Viddh. I. 95 Balar. V. 38. (258) Bauhinia variegata Linn. (= kovidāra). (259) Ci-dessus V. 51. (260) Ci-dessus III. 87. Sur les habitudes des femmes B°, R. Schmidt Erotik3 p. 233; 239; 244. (261) Ci-dessus VII. 35 (fleurs jaunes). (969) Strophe reprise Hem. p. 130. (263) Ci-dessus III. 85. Sur les femmes du Kāśmīr, Erotik p. 244 et Alam- kāraśekh. p. 39. (264) Cf. ci-dessus V. 92. (265) Strophe reprise Hem. p. 130. La scène est à Hastinapura, dans le Madhyadeśa. (266) Autrement dit Krsna (Draupadī), épouse de Yudhișthira et ennemie des Kaurava. Le nom même de l'héroïne signifie la noire». 17

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[XVII] --- +>( 258 ).e ;-.- des conventions poétiques (267), on ne fait pas grande différence entre le noir et le foncé, ni entre le blanc et le jaune. Couleur jaune des gens du Territoire du milieu : «r Ton (268) disque marqué de la gazelle, jaune comme une motte de beurre frais, reflété sur le front (269) de la fille du roi des Uttarakosala (270), se reconnaît à un signe qui a l'aspect d'une feuille (tracée) au musc (271). » /44/ Mais la couleur propre aux princesses et autres (dames habi- tant) dans la région de l'est est jaune ou blanche (et non pas sombre). De même (jaune ou blanche, et non noire) dans la région du sud. Premier cas : ( Tandis que (272) sur la joue de la Janakī (273), qui dérobe son éclat aux défenses du jeune éléphant, se hérisse hautement (274) la masse des duvets, (Rama, le) chef des Raghu qui voit avec un sourire d'amour le lotus de son visage, et qui en même temps écoute le tumulte de l'armée des (Rākșasa,) rôdeurs de nuit, consolide le nœud de sa tresse roulée en chignon. » /45/ Deuxième cas :

(207) Cf. ci-dessus XV. 24/25. (268) Metre pușpitāgra. Str. reprise Hem. p. 130 avec induputri en b, leçon que connaît HSS. (com. moderne). (209) alika, v. ci-dessus XIII. 139. (970) Les Kosala du nord (cf. ci-dessus n. 74) sont le mod. Audh au nord du Gange, qui fait partie du Madhyadeśa. (271) La strophe s'adresse à la lune qui porte un asigne de gazelle», et par double sens à un roi : «sur ton front se reflète le disque de la lune ... » (sic HSS. comm. qui connaît encore d'autres sens). L'allusion à la couleur jaune de la lune entraine celle au teint des femmes d'Uttarakosala. (972) Metre sikhariņī. Hanuman. III. 50 (= I. 19 recension Damodara) avec smarasmeram gandoddamara° en b; racayati en d. L'éd. HSS. corrige °smera- spharo°. La strophe est reprise Sūktim. p. 318 Hem. p. 130 Sarasv. p. 592. - 'pulake donne une meilleure lecture, à moins de lire °smeram (comme aussi Hem.). (373) Sita, fille du roi Janaka de Videha, le Videha étant une terre orien- tale. Sīta qu'on attend enoire» est «jaunen ici en tant que princesse. (174) uddamara : mot attesté Śrīk.

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--- +*(259).c -- [XVIII ] « Parmi toutes ces épouses de Madhava (Krsna) à l'éclat de de lune, Rukmiņī (275) resplendit comme la science des mots (276) parmi les sciences (277). » /46/ Dans les autres cas aussi il y a lieu de déduire (les faits d'après les cas qu'on a déjà vus), suivant les occurrences. Les (278) Sages affirment que ce qui est contraire aux règles exposées (constitue) une incompatibilité (uruddha) [en matière] de lieu. Il faut s'efforcer de l'éviter, car les exemples en sont (autant) de fautes. /47/ Ainsi (279) on a mis en aphorismes (sūtrita), par de simples indices (mudrã) (280), la répartition des Lieux à l'intention des bons esprits. Celui qui veut aller plus outre n'a qu'à voir mon lexique du Bhuvana. (281) /48/

DIX-HUITIÈME LEÇON :

RÉPARTITION DES TEMPS (kālavibhāga).

(Le Temps se divise en kāsthā et autres divisions) (1) : Une kāșthā (2), c'est 15 nimeșa; 30 kāsthā s'appellent une

(275) Fille du roi de Vidarbha : devrait également être «noiren. (276) La grammaire, cf. ci-dessus Vl. 114/115. (277) Strophe reprise Hem. p. 130. (278) Metre āryā. Cf. Dandin III. 126 Bham. IV. 2 Vam. II. 2, 23 Sarasv. L. 55. (279) Metre āryā. (280) Glosé samketa HSS. comm. (281) Titre d'un ouvrage perdu de RS. : lexique de termes géographiques. (1) Phrase ajoutée d'après Hem. p. 130. (2) Mètre indravajrū. Voir des divisions analogues chez W. Kirfel Kosmogr. p. 334 Abhidharmako. trad. La Vallée Poussin III p. 178 Sūryasi. trad. W. D. Whitney I. 12 p. 149. L'enseignement de KM. est identique à celui de MarkP. XLVI. 23 et suiv. ou Vayup. L. 169; cf. aussi AS. II. 20 (38), 32 et suiv. ma lava sont un nimeşa, 5 nimeşa une kāsthā, 30 kāsthā une kalā, 4o kalā une nālikā, 3 nālikā un muhūrta, le jour et la nuit ayant cha- 17.

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[XVIII] kalā; un muhūrta est 30 kalā; ce sont 30 de ces (muhūrta) qui composent un jour et une nuit (rātryahanī). /1/ (Du moins) en est-il ainsi dans les mois de caitra (3) et d'āśvayuja (a); à partir de caitra le jour augmente tous les mois d'un muhūrta, et la nuit diminue (d'autant; ainsi) pour trois mois (5); ensuite la nuit augmente et le jour diminue d'un muhūrta. A partir d'aśvayuja, la même chose (se produit) en sens inverse. Le passage d'un signe du zodiaque à un autre signe (détermine) un mois de soleil ; pendant les Pluies et les (saisons suivantes (6), le soleil) se déplace vers le sud (7), pendant les Frimas et les (saisons suivantes) (8), il se déplace vers le nord, et les deux déplacements (ayana) font une année (samvatsara) : voilà la mesure solaire (9). Quinze jours et nuits (10) sont une quinzaine (lunaire) [paksa] : celle où la lune augmente est la (quinzaine) claire (śukla), celle où l'obscurité augmente est la (quinzaine) sombre (krsna) : voilà

cun 15 muhūrta dans les mois caitra et asvayujan et cf. toute la suite. Textes védiques analogues chez A. Weber Vedakalender p. 105. - Le sens propre de ces termes est respectivement «barrière du champ de coursen, a clin d'œiln, «1/16 du disque lunairen, cinstant brefn. - Strophe reprise Hem. p. 130. (3) Premier mois du printemps, sous la constellation citra. (4) Ou aśvina : premier mois de l'automne, sous la constellation asvini. (s) trimāsya : non attesté. (6) Automne et Hiver. (7) C'est le dakșiņāyana auquel répond l'uttarayana a marche vers le nord» : termes consacrés pour désigner les six mois qui suivent l'entrée (samkranti) du Soleil respectivement dans le Cancer et dans le Capricorne, cf. Sūryasi. XIV. 10 G. Thibaut Astronomie p. 26 L. D. Barnett Antiquities p. 196. Notion connue depuis ChU. V. 10, 1; 3 BAU. VI. 2, 15 et suiv. (8) Printemps et Été. (9) sauram mānam, expression de Sūryasi. XIV. 3 «le temps saura per- met de déterminer la mesure du jour et de la nuit, le solstice, l'équi- noxe ... n. (10) ahoratra : sur la forme du mot et le genre, P. Thieme Jha Comm. Vol. p. 416.

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[XVIII] la mesure du mois (relevant) des Pères (11). C'est d'après ce (mois) qu'a lieu toute l'ordonnance des actes (rituels) ensei- gnés par le Veda. Le mois lunaire avec ses quinzaines alter- nantes (12) appartient en effet aux Pères. Les habitants de l'Āryavarta (13) et les poètes se servent de cette mesure-là. Ainsi deux quinzaines sont un mois (māsa). Deux mois sont une Saison (rtu). La révolution des six saisons forme une année. L'(année) commence par (le mois de) caitra (14) suivant les astrologues, elle commence par śrāvana (15) suivant les connais- seurs de l'usage courant. Les (mois sont) nabhas et nabhasya (formant la saison des) Pluies, isa et ūrja l'Automne, saha et sahasya l'Hiver, tapa et tapasya les Frimas, madhu et mādhava le Printemps, śukra et śucz l'Été (16). Durant les Pluies on a le Vent de l'est, disent les poètes. De l'ouest, disent les maîtres : le (vent) d'est est nocif. On dit en effet : Avec le vent de l'est, la saison des Pluies périt; avec le vent de l'ouest, c'est l'automne qui périt. /2/ On dit encore : Durant les Pluies le ciel est abondamment recouvert de

(11) pitrya : pour la relation du mois (lunaire) et des Pères, qui remonte à la vieille identification du soma à la lune, voir ChU. V. 10, 4 BAU. VI. 2, 16 Sūryasi. XII. 74. (1a) vyatyayita : non attesté. (13) Ci-dessus XVII. 70. (14) Cf. A. Weber Naxatra II p. 339; 354 et passim. (15) Premier mois des Pluies, Weber ibid. p. 334 n. 2. (16) Ce sont ici les noms védiques des mois, ceux qui ne sont pas donnés d'après les constellations, cf. la même énumération TS. I. 4, 14, 1 VS. VIl. 30 KS. IV. 7; Weber op. c. p. 350 Vedic Index II p. 161. - Noter la forme nabhas (msc.) que RS. cite, et qui n'est attestée que lexicalement; reprise Hem. p. 130 qui de son côté a sahah ou sahyah. Les neutres nabhas, tapas, sahas, que donne BR. doivent sans doute s'interpréter comme des masculins nabha, tapa, saha (susceptibles d'avoir des cas obliques en -s-). Autrement dit il semble que tous ces noms de mois aient éte nécessaire ment des masculins.

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[XVIII ] >(262).c+ -- nuages chargés d'eau ; les vents de l'ouest (17) soufflent, impré- gnés du parfum des fleurs de nauclées. /3/ L'état de fait n'est pas la norme, c'est la convention poétique qui fait autorité, dit le Yayavarīya. On dit en effet : or Puisse (18) le fils de Vinata devant le char du soleil vous conferer le bonheur ! Il est comme le vent de l'est dans la saison des Pluies, comme la fumée du Feu qui descend (du ciel), comme la création originelle de l'univers, comme la syllabe sacrée (19), suprême purification du trésor du Veda, comme le cri du tambour (20) de Nandin (21) pour (Siva,) l'ennemi de l'Amour, qui aspire à la joie des danses crépus- culair s (22). » /4 En Automne, le vent (vient) d'une direction non détermi- nable. Ainsi : o A l'aube soufflaient les brises chargées des fraîches gouttes de rosée qu elles avaient entraînées, imprégnées du parfum fragrant des boutons de śephālī (23). » /5/ En Hiver, le vent (vient) de l'ouest, disent certains : du nord, disent les autres; l'un et l'autre (sont vrais), dit le

(17) varuna, ci-dessus XVII. 215. - Str. reprise Hem. p. 131. (18) Metre sragdharā. Sūryaśat. 55 (avec patat° en a; pāvano en b, les variantes de KM. étant connues). Str. reprise Hem. p. 131. Il s'agit d'Aruna ar Auroren, cocher et héraut du soleil, annonciateur des taches humaines : voilà en quoi il ressemble au vent d'est, annonciateur des pluies, à la fumée annonciatrice du sacrifice matinal, etc. (19) La syllabe om (pranava) qui précède la récitation sacrée. (20) nāndi : non attesté en ce sens (cf. cependant pw. Nachtrag citant un lex.). (21) Le taureau, servant de Siva; le tambour marque le prélude à la danse du maître (comme la nandi au théâtre prélude à l'action dramatique), et annonce la venue de Siva : de part et d'autre la samdhya est mise en évidence. (22) Le tāņdava. Šiva est appelé samdhyānāțin. (23) Ci-dessus XIV. 69. - Str. reprise Hem. p. 131.

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[XVIII ] Yāyāvarīya. Voici (un exemple où il s'agit en Hiver du vent) de l'ouest : c Il (24) fracasse les rangées de bouleaux nés sur les pentes du Mont des neiges, (en dépit) de leurs écorces robustes; il disperse les agiles cātaka (25) que les eaux de la Revã (26) secouent sur la masse de leurs vagues immenses ; il fait pleu- voir à torrents des gouttes de neige fondue (venant) des montagnes : ainsi souffle avec fougue le vent de l'ouest, entraînant (27) l'essence volatile des pins qui, broyés par les éléphants, font couler (une sève) abondante. » /6/ (Vent) du nord : cr Ils (28) éparpillent la coiffure des femmes Lampāka (29); ils excitent joyeusement les daims; ils effleurent tout entière l'eau de la Candrabhaga (30); ils s'acharnent contre les branches de bouleaux ; ils se parfument au contact des cerfs musqués; chers aux femmes Bāhlava (31), joie des femmes Kaulūta (32), tels sont les vents du nord qui soufflent en accu- mulant (33) le froid. » /7/ Durant les Frimas aussi, tout comme en Hiver, (le vent vient) du nord ou de l'ouest. Au Printemps on a (le vent) du sud. On dit ainsi :

(24) Mètre sragdhara. Str. reprise Hem. p. 132. (25) Ci-dessous n. 61. (20) Ci-dessus XII. 68. (27) sārin : non attesté en ce sens. (28) Mètre sragdharā. Bālar. V. 33 avec rallakān chāsayantas (?) en a; °kāşaika° en b; kauntāli° et haimanā vānti vātāh en d. Les modifications ont lieu pour obtenir des alliances de son et (à la fin) pour faire entrer la strophe dans la catégorie ici décrite. Str. reprise Hem. p. 132. (29) Ci-dessus XVII. 177. (30) Ci-dessus XVII. 198. (31) Ci-dessus III. 88. (32) Nom attesté Brhats. parmi les peuples du nord. (33) paricayita : non attesté.

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[XVIII] -+( 264)c3 -- « Lui (3a) qui agite les rangées (d'arbres) dans les bois de Lanka (35), qui fait danser sans cesse les boucles des femmes Kerala (36), qui dénoue sur-le-champ les coiffures des femmes Andhra (37), qui fait ondoyer les lianes à bétel, le voici qui arrive, ce vent du sud, impétueux, frotté (38) au (santal du) Malaya (39), ce compagnon du (dieu à) l'étendard de poisson (l'Amour), ami de la période printanière qui ravit aux femmes leur, orgueil. » /8/ En Eté le vent n'a pas de direction déterminée, disent les uns. Il (vient) du sud-ouest, disent les autres. L'un et l'autre (sont vrais), dit le Yāyāvarīya. Premier (cas) : « D'énormes (40) cônes de poussière auxquels l'ouragan (41) fait frôler le ciel et la terre qu'ils encerclent, étreignent le firmament, se confondant avec les colonnes que vient (for- mer) la masse des nuages. Quoi encore? L'eau a disparu des rivières, mais leurs lits avec les flots qu'y répandent les mirages esquissent (42) à présent la prospérité qui va venir au cours des jours. » /9/ Deuxième (cas) : a Le (43) soleil brule avec ses rayons qui semblent de feu; la terre entière paraît couverte d'un amas de charbon; le vent du sud-ouest semble faire pleuvoir de la paille

(34) Mètre sragdhara. Cf. Dandin Il. 98. (35) Ci-dessus XVII. 67. (36) Ci-dessus IlI. 112. (37) Ci-dessus XV. 18. (38) malita : non attesté, mais le sens se laisse déduire de malayati (Hara- vij.) et cf. au sens de «souillén caranamalita, que donne RS .; GOS. corrige milita, mais l'allitération est en faveur de malita. (39) Ci-dessus III. 109. (40) Metre sardūlavikrīdita. Str. reprise Hem. p. 134 avec °granthanti en b; sūcayanti en d. (41) vātyācakra : terme du Veņīs. (42) sūtrayanti : cf. Balar. V. 62. (43) Metre vasantatilaka. Str. reprise Hem. p. 134.

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[XVIII ] embrasée (a4) et l'Amour frappe, dirait-on, avec des flèches ignées (45).» /1o/ En outre (46) : tr Les nuages (47) font entrer l'embryon au sein des hérons femelles (a8); leurs grondements font surgir les bourgeons des bambous; dans (la saison) des Pluies, scellant la poussière, ils font abandonner aux rois leurs plans de campagne.» /11/ Précieuse (49) est cette époque (50) des Nuées : sur les téré- binthes, les figuiers, les bananiers, les jasmins (51) elle répand des fleurs; par elle la glorieuse (52) est fleurie; elle comble de parfums exquis le terroir calciné. n /1 2/ ar Les bois (53) sont bleuis des pétales de l'indigo ; lavées par les averses, les montagnes luisent; les bords des rivières (54) sont coupés par la crue des eaux ; et les coccinelles fourmillent dans les prairies. » /13/ « Elle (55) réjouit les bartavelles, interrompt les pérégrina- tions des ascètes; les (belles) délaissées guettent le chemin (qui ramènera) leurs époux; les caravanes de voyageurs se

(44) kukūla figure ici au sens de kukulagni (comme inversement dava au sens de «forêt») : sens connu des lexiques et ébauché Uttarar. VI. 38. (45) kāršānava : mot de Bālar. (16) Ici commence une aRonde des saisons», introduite sans la moindre explication. Le Rtusamhara attribue à Kalidasa commence par l'été. Tout l'ensemble est repris Hem. p. 130 et résumé (sans exemples) Vagbh. p. 65. On trouve une description fragmentaire des saisons dans le Gaüda- vaho, ainsi que (en apabhramsa) dans le Kumarap. éd. L. Alsdorf p. 46; dans VisnuDh. 1 240 et dans les Anthologies, ainsi Suktim. p. 906-238. (47) Metre upajati. Repris Hem. avec garbham ; allusion Vagbh. (48) Les balaka concevant sous l'influence des nuages, thème banal (cf. GOS. p. 256). (49) Metre upajati. Repris Hem .; allusion Vagbh. (s0) anehas cf. J. as. 1939, II p. 368. (s1) yūthi : mot de lexique. (sa) lāngalikā : mot de lex. (aussi Aștāngahrd., index). (s3) Mètre upajāti. Repris Hem. (s4) taținī : mot nouveau. (ss) Mètre upendravajrā. Repris Hem.

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[XVIII] mettent en marche vers leurs foyers : le temps est venu où le ciel est gonflé de nuages. » /1 4/ « Une (56) fète joyeuse en compagnie de (femmes) volup- tueuses (57), un lit de plaisir au sommet d'une haute demeure (58), un (onguent de) quatre ingrédients (59) compre- nant du musc : voilà le premier rite d'hospitalité dans la Saison des nuages. » /15/ « Le gracieux (60) cātaka (61) frétille, la passion s'est éveillée chez les cerfs, les grenouilles élèvent leurs voix, les serpents s'enhardissent sous le poids de l'ivresse, la danse sauvage des troupes de paons met en joie plongeons et hérons. Pour ceux qui sont séparés, l'arrivée des nuages répand une eau (62) dont le souvenir fait un poison (63). » /16/ cr Les boutons (64) de jasmin éclatent, une profusion de fleurs s'épanouit sur les nīpa (65); compagnon de floraison des dhava (66), l'arjuna (67) a multiplié ses grappes; les nauclées (kadamba) obscurcissent le ciel; le pandane a noué ses bour-

(so) Mètre upajāti. Repris Hem. (57) Le comm. (moderne) de HSS. explique l'obscur karikaminībhih par karenubhih «éléphants femelles» ; Hem. lit kila qu'on peut entendre comme forme prākritique de krīdā (attestée en lex. et peut-être Yaśastil. 1I p. 299, 4). (58) Ou, ce qui semble préférable, en lisant atunga° «ne pas coucher au sommet ... » : les nuits sur les terrasses sont naturellement le propre de l'été Rtus. 1. 3; 9 ; 98. (59) C'est-à-dire, outre le musc : le santal, l'aloès et le safran. HSS. cor- rige (à tort) °samo yo ... °garbhah. (60) Metre prthvi. Repris Hem. (61) Cucculus melanoleucus, S. Stasiak Roczn. Orj. Il p. 33. (oa) vişa weau» : J. as. 1939, II p. 35o n. 1. (63) Cf. viyogavişa Rtus. III. 9. (04) Metre prthvi. Repris Hem. Idees analogues Balar. V. 30 et suiv. (65) Nauclea cadamba Roxb. : c'est la grande espèce de kadamba ou «nau- clée». (8s) Anogeissus latifolia Wall. (combrétacées). (07) Terminalia arjuna Bedd. (ci-dessous n. 978).

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[XVIII] geons ; les massifs de nicula (68) frémissent : ah, elle est ravis- sante la fin (de la Saison) des chaleurs. » /17/ Voilà les Pluies (varsāh). or Soudain (69) il fait gronder les paons dégrisés (70), il enhar- dit (71) les orfraies et les abeilles; c'est l'Automne qui arrive, épanouissant les lotus, déployant les nénufars et les nym- phéas.» /18/ or Il (72) éclate, introduisant des fleurs parmi les bandhūka (73), les bāņa (74), les asana (75) et les safrans, les śephālikā (76), les saptaparņa (77), les kāśa (78), les bhāņdīra (79), les nénufars et les jasmins.» /19/ « Avec (80) ses bergeronnettes et la limpidité de ses eaux, quel cœur ne transperce-t-il pas? Oies, canards, tadornes, hérons et courlis en bandes lui font escorte. » /20/ cc Il (81) amène avec lui un cortège de cygnes (82); de son regard d'Agastya (83) il purifie les eaux; il met un éclat pur

(68) Barringtonia acutangula Gaertn. (myrtacées). (69) Mètre upajāti. Repris Hem., avec pronmādayantī en a. (70) Cf. Rtus. III. 13. On propose de lire tarjayantī et non garjayanti, car les paons se sentent généralement menacés à voir disparaître les nuages, cf. XIV. 72. (71) pragalbhayanti : non attesté (pragalbhay- figure Kavirah. I. 102 et II. 153). (79) Mètre indravajra. Repris Hem., cf. Rtus. III. 5 et suiv. (73) Pentapetes phœnicea Linn. (sterculiacées). (74) Variété à fleurs bleues du sahacara ou Barleria cristata Linn. (acan- thacées ). (75) Pentaptera tomentosa Roxb. (légumineuses). L'emploi des deux mots côte à côte donne banasana carcn. (76) Ci-dessus VIII. 93. (77) Alstonia scholaris Br. (apocynées). (78) Saccharum spontaneum Linn. (graminées). (79) Rubia munjista Roxb. (80) Mètre upajāti. Repris Hem. (81) Mètre upajāti. Repris Hem. avec dadhatīva en c. (8a) Cf. Daņdin II. 334. (83) Sur Agastya et son rôle purificateur, ci-dessus XVII. 49.

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[XVIII ] dans les perles; l'Automne resplendit avec ses gestes mer- veilleux.» /21/ cr Les taureaux (s4) qui fouillent le sol du bout de leurs sabots; les éléphants qui râclent le remblai de leurs défenses; les cerfs qui rejettent leur corne usée, ils inspirent aux gens l'envie de les regarder. » /22/ A présent (85) la clarté fluide de la lune est d'un éclat brillant, et le ciel tout autour en paraît d'un bleu (plus) foncé; le cortège des éléphants (86) divins s'est manifesté dans le ciel (87); les débris des nuages délabrés sont tout pâles.» /23/ « La nuit (88) de la Grande Neuvième (89) il est fait hommage à toutes armes, lustration (90) des chevaux, des fantassins, des éléphants; pour la fête des Lampes (91) les divertissements sont variés : les rois s'apprêtant à une campagne doivent observer (ces rites).» /24/ « Dans (92) les nues, une multitude d'étoiles éblouissantes; la terre se prête à la circulation des chariots; le soleil en Automne rayonne de tous ses rayons, et Vișnu se réveille (93) en compagnie des dieux.» /25/

(84) Mètre upajāti. Repris Hem. (85) Metre upajāti. Repris Hem. (86) surebha : Kir. Yaśastil. (RS.) : allusion sans doute aux étoiles («brillant au ciel»?). (87) Sans doute faut-il lire avec Hem. divi savatārā (leçon qu'adopte HSS.) ou, tout au moins, divasāvatārā. (88) Mètre upajāti. Repris Hem. (89) mahanavamī : le 9° jour de la quinzaine claire d'asvina (premier mois d'automne). Souvenir d'un culte des armes préside par les Asvin ? (00) nīrajanā : sur le caractère de cette clustration» militaire, v. K. K. Han- diqui trad. du Naișadh. p. 569 et J. J. Meyer Trilogie II passim. Le mot est attesté aussi Balar. IX. 52. (91) dīpalika : sur cette fete, v. Meyer op. c. I p. 82 et II passim. (92) Metre rathoddhata. Str. reprise Hem. (93) Le réveil de Visnu (du sommeil cosmique ou yoganidra) a lieu le onzième jour de la quinzaine claire de kārttikā (utthānaikādasī).

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-+>(269).+- [XVIII] « Le riz (9s) d'été, encore dans le champ, se ploie sous sa maturité; l'antique badamier (aa) a pris en mûrissant une couleur foncée qui en fait le prix; le melon en éclatant a perdu son arome intérieur et les concombres aigrissent (95) en vieillissant. » /26/ cr Dans (96) les cours des maisons de paysan - si plaisantes avec l'odeur qu'on y sent de la chute des grains de riz nouveau - les jeunes femmes (97) répandent la joie en manœuvrant (98) les pilons à mortier, tandis que la secousse de leurs mains fait glisser la rangée de leurs bracelets.» /27/ «r Le soleil (99) est cruellement accablant, comme un être vil qui s'est enrichi depuis peu; le cerf abandonne son bois, comme l'ingrat un ami; l'eau devient limpide, comme le pieux esprit de l'ascète; la vase (100) se dessèche comme un amant pauvre.» /28/ « Les rivieres (101) entrainent dans leur cours les tortues endormies au cœur des bancs de sable nouveaux, marqués d'une ligne de coquillages aux détours sinueux; en cette

(94) Metre vasantatilaka. Str. citée Suktim. p. 229 ou l'editeur propose rdhyati en b (autres lecons : bāla° en b; urvārukam sphuțati en c); attribution anonyme («kasyapin). Str. reprise Hem. (94a) amalaka : sur ce nom, P. Pelliot TP. 1919 p. 470, Hobson-Jobson s. v. myrobałan. (95) amlibhū- : attesté pw .- Nachtrag. (96) Metre vasantatilaka. Str. reprise Hem. (97) vadhūți : attesté Balar. (98) ullasana : attesté Yaśastil. (90) Mètre vasantatilaka. Str. citée Sārng. 3907 (attribuée à Bhasa) avec var. adyah en a; pankah en d; aussi Sūktim. p. 296 avec tīvram en a; pincham sikhi en b; cittavrttih en c; pankah en d; ainsi que Saduktik. II. 168, 3 (avec kāmam et pankah) et Subhāș. 1821 (avec pankah et attribution à Bhāsa). Repris Hem. (100) panka : le genre neutre est rare. - Noter le double sens de tapati, tyajati, prasīdati, śoșa. (101) Metre vasantatilaka. Str. citee Suktim. p. 228 avec etas en c. Reprise Hem.

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[XVIII] (saison) les poissons se sont réfugiés dans l'eau menue agitée (par le remous), et les hérons qui les poursuivent la sillonnent comme d'énormes socs. » /29/ « La vase (102) a disparu des ravins de la rive; les cyprins (vont) sans effort (103) comme des socs scintillants; le vol des orfraies met en émoi les essaims peureux des petits poissons ; les tortues se roulent dans le sable; les grues s'agitent, babillardes (101); la masse des eaux des rivières, qui s'était accrue, baisse en automne.» /3 o/ Voilà l'Automne (sarad). or Deux (105) ou trois boutons sur le mucukunda (106), trois ou quatre bourgeons sur les lavali (107), cinq ou six fleurs sur les phalinī (108) : ainsi triomphe la saison de l'Hiver dès sa nouvelle descente. » /3 1/ c Les (belles aux) (109) sourcils charmants se couronnent des fleurs de pumnaga (110) et de rodhra (111); leur corps serré par des corselets, elles s'adornent le visage de marques de safran et de cire, versent de l'huile parfumée sur leurs cheveux. » /3 2/ c A (112) mesure que s'accroît la froidure avec le vent qui disperse le remblai de neige poudreuse, les seins des jouven- celles gagnent de plus en plus de tiédeur (113)." /33/

(102) Mètre prthvĩ. Repris Hem. (103) phānța : ci-dessus XIII. 49. (101) vacalita : non attesté. (10s) Metre arya. Strophe d'anthologie (F. W. Thomas introd. a Kavīndrav. p. 32); reprise Hem. (105) Pterospermum suberifolium Willd. (107) Ci-dessus VIII. 76. (108) = priyamgu, ci-dessus XV. 16. (109) Metre upajati. Repris Hem. (110) Calophyllum inophyllum Linn. (clusiacées). (111) Symplocos racemosa Roxb. (styracées). (112) Mètre upendravajra. Repris Hem. (113) kavoșņatā : mot de Kād.

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[XVIII] ar Quand (114) ils ont mangé du lard de pore (115), des bouillies de riz nouveau, du lait aigri, de la crème épaisse et de tendres pousses (116) de moutarde, les gens incriminent la science des médecins. » /34/ « Maintenant (117), pour les soins à donner (on se sert) d'eau tiède; quoi qu'on mange ou boive désormais, on le savoure; on dort en serrant dans ses bras (fût-ce) un laideron; bénie soit en tout temps cette Saison froide!» /35/ «r Les paons (118) dégrisés ont perdu leurs plumes, le froment et l'orge ont poussé à la lisière (des villages); les morelles (119) abondent; l'eau est brumeuse; victoire à ces signes de l'Hiver! /36/ Maintenant qu'ont mûri les légumineuses, les champs triomphent, et les nuits aussi sont mûres, avec leur signe de beauté, la Croix du Sud (120), - et le sel marin aussi (est mûr).» /37/ a Dans (121) les jardins les coucous sont muets, le sceau du silence est sur la bouche des abeilles ; ralenti l'élan des oiseaux qui parcourent le ciel; abolie en Hiver l'insolence des ser- pents.» /38/ c L'excès (122) de maturité met à découvert la sève sucrée des jujubes et des oranges (123); au cœur des cannes à sucre (124) et

(114) Metre upendravajra. Repris Hem. Cf. pour le contenu VIII. 55. (115) vardhra : non attesté en ce sens. (110) kandali : noter ce sens. (117) Mètre upajāti. Repris Hem. avec tu himartave en d. (118) Mètre upajāti. Repris Hem. (119) vyāghrī : mot de lex. en ce sens. (120) triśańkutilaka : expression de Kād .; Triśanku est un roi qui s'éleva jusqu'au ciel grâce au pouvoir de Visvamitra, mais en fut refoulé par les dieux et demeura suspendu dans la nue. (121) Metre vaisvadevī. Repris. Hem. avec pakșiņām en c. (122) Metre vaisvadevi. Repris Hem. (123) nāgarangī : fém. non attesté. (124) krşņekşu : attesté Yasastil. (RS.).

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[XVIII ] -+(272 ).c+- des pundraka (125) il naît une gloire de saveur qui est sans précédent.» /39/ rr Ceux (126) qui ont dans leur demeure un lit parfait, à leur côté une épouse aux grands yeux étincelants de jeunesse - les jeux amoureux étant le feu dont on a écarté la violence, cette fumée - ceux-là savent que l'Hiver n'est que la suite de l'Été. » /4o/ Voilà l'Hiver (hemanta). Les Frimas (śiśira) ont les attributs de l'Hiver; en voici pourtant (les traits) propres : « La nuit (127) est longue, avec ses veilles convenant aux divers plaisirs d'amour; la bise souffle, cruelle, à laquelle on remédie avec de la pâte de safran. On reste au lit sous un double vêtement de coton. Quoi encore? C'est maintenant qu'on apprécie les fumées continues de l'encens d'aloès. » /4 1/ « Les jeunes (128) gens enlacés passent la longue (129) nuit comblés d'allégresse, la lassitude des vastes plaisirs.d'amour ayant absorbé (pour eux) le froid; les vêtements de coton dont les attaches ont glissé par suite du balancement continu des hanches s'enroulent autour de leurs pieds; ils s'en- dorment. » /42/ A (130) boire de l'eau, savoureuse ou insipide, à toucher la neige ou le feu, à étreindre la belle ou la laide, à adorer la lune ou le soleil, aucune différence n'apparaît à présent. » /43/ « Des fleurs (131) se forment sur le vanguier (132); on condamne

(125) Sorte de canne à sucre (mot de lexique, mais cf. pundra Yaśastil. cité RS.). (120) Mètre vaisvadevi. Repris Hem. (127) Mètre vasantatilaka. Repris Hem. (128) Metre vasantatilaka. Repris Hem. avec asleșitah en a; Sarasv. p. 623. (129) āyāmin : mot de Kād. (130) Mètre vasantatilaka. Repris Hem. avec vātra en b; vā c. Idée analogue Balār. V. 35. (131) Metre vasantatilaka. Repris Hem. (132) marubaka : mot de lex. (et cf. RS. s. u. et s. maruvaka); attesté aussi Bālar. V. 35.

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-+>( 273 ).c+ --- [XVIII] les jeux dans l'eau; le jasmin tient le premier rang parmi toutes les fleurs; le disque du soleil s'est approprié le charme de (l'astre au) signe de gazelle (133); au temps des Frimas le santal (semble) brulant.» /44/ «r Sur (134) les tiges de la moutarde blanche tour a tour disparaît ou s'étend, tantôt clairsemée, tantôt dense, une ligne de piquants; il y reste deux ou trois fleurs, et à mesure que celles-ci se forment, la maturation progressive leur impose une teinte brune (135). n /4 5/ tr Dans (136) les charmants etangs fouettes par la bise acerbe du nord, les poissons se blottissent tout au fond de l'eau, des lianes de lotus il ne reste que les tiges; le regard à présent ne s'y tourne pas. » /46/ « L'éléphant (137) s'en réjouit, la gazelle en est toute satis- faite, le sanglier prospère, le buffle (138) est calme. Telle est cette période terrible des Frimas : le pauvre en dit du mal, seul le riche la vante. » /47/ « Délectable (139) comme la colère d'une jeune épousée est le feu de bouse; cruelle comme l'étreinte d'un homme déloyal est la bise glaciale; sans vigueur est l'éclat du soleil mainte- nant, comme un ordre (venant d'un homme) déchu de sa puissance, et la lune porte la ressemblance d'une femme délaissée. » /48/ «r En (140) leur prime jeunesse les femmes, de tempérament

(133) Même idée Ram. III. 16, 13. (134) Metre vasantatilaka. Strophe citée Saduktik. II. 177, 4 (avec yathodaya° en a, °baddhaphalaº en b, vicchidyamāna° en c); attribuée à Lakșmīdhara (F. W. Thomas introd. à Kavindrav. p. 97). Repris Hem. (135) kapiśiman : non attesté. (136) Metre upajati. Repris Hem. avec nilina° en b. (137) Metre upajati. Repris Hem. (138) lulāya : mot de Balar. (cf. RS.). (139) Metre harinī. Str. citée Auc. p. 193 et attribuee à Malavarudra; à Bhasa dans la Subhașitahar .; figure aussi Sarasv. p. 119 et 630 ainsi que Hem. (140) Mètre prthvi. Repris Hem. 18

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[XVIII] ardent (141), mettent de l'onguent de safran cuit sur leurs hanches arrondies, sur leurs seins, à la naissance des cuisses et des bras et ailleurs encore; à présent leurs étreintes durant toute la nuit semblent fournir à la terre un suprême apaise- ment à la fièvre (issue) des Frimas. » /4 9/ Voilà les Frimas. cc Au (142) (mois de) caitra (143) s'accrott l'ivresse des perro- quets et des merlettes, des pigeons, gallinules, abeilles et coucous mâles; amie du manguier, cette saison est bien celle de l'Amour.» /5o « A présent (144) le cœur des belles est surtout à la danse coquette, aux escarpolettes et balançoires (145), leur chant célèbre la geste de Gaurī(146), leur multiple adoration va au (dieu) né de la pensée (l'Amour).» /5 1/ a Le coucou (147) mâle fait entendre la cinquième (148) (note), les grâces coquettes éclatent brusquement chez la jeune fille ; en cette (saison du) Printemps l'Amour arme de fleurs nou- velles la tige de son arc.n /5 2/ rr S'attacher (149) une robe teinte de carthame, se parer (les cheveux) d'une raie de minium, telle est au Printemps la tenue distinctive qui sied aux femmes tendrement dévouées (150) à l'aimé passionné. » /53/

(111) pittala : terme d'érotique, l'un des trois tempéraments de la femme, R. Schmidt Erotik3 p. 167; 174. (149) Mètre upajati. Repris Hem. (143) Ci-dessus n. 3. (104) Mètre upajāti. Repris Hem. (145) prenkhā et dolā, ci-dessus X. 18. (146) Fêtes de Gaurī, J. J. Meyer Trilogie I p. 209 II p. 91; 136 et suiv .; a36 et suiv., etc. (147) Mètre upajati. Repris Hem. avec yuvateh en b. (148) Ci-dessus VI. 76. (149) Mètre upajati. Repris Hem. (150) smarīkrta : non attesté.

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[XVIII] « C'est (151) le temps où le karņikara(152) a une floraison pro- digieuse, où le kañcanāra(153) se pare d'une profusion de fleurs, où le kovidāra (154) est maître dans (l'art de) l'épanouis- sement, où le negundo se met à fleurir. » /54/ tt Rohītaka (155), spondias, aśoka (156), madhūka (157), bananiers, avec les jasmins, l'arbre moringa et les acacias - ils triom- phent au Printemps sous leur faix de fleurs. » /55/ cr Nouer (158) les tresses en regardant (se nouer) les boutons de jasmin ; apprendre à parler au chant mélodieux des cou- cous, célébrer le rite de l'Amour avec des armoises (159), en tout ceci madhu (160), (le mois) bienheureux, est le maître des femmes. » /56/ Elles (161) n'ont pas embrasse l'amaranthe ni regarde le tilaka (162); les pieds des femmes aux beaux yeux n'ont pas frappé l'aśoka(163); leurs bouches n'ont pas arrosé les bakula (164) de liqueur - et pourtant, au (mois de) caitra (165), ah mer- veille, quelle expansion de fleurs n'y a-t-il point! » /57/ « Au (166) (mois de) caitra il y a deux asoka différents, le

(151) Metre upajati. Repris Hem. avec °ancita° en b. (152) Pterospermum acerifolium Willd., sorte d'érable. (153) Mot attesté notamment Balar .; ci-dessus XVII. 258. (154) Bauhinia variegata Linn., bauhinier (variété du précédent). (155) Mètre upajāti. Repris Hem. avec sasekharah en d - rohītaka : Ander- sonia rohituka Roxb. (156) Ci-dessus V. 51. (157) Bassia latifolia Roxb., arbre à beurre. (158) Metre vasantatilaka. Repris Hem. avec °ruteh en b. (159) Sur le rôle des armoises (damanaka) dans les rites à Kama, Meyer op. c. I p. 38 et suiv. et passim. (160) Premier mois du printemps. (161) Mètre vasantatilaka. Repris Hem. Thème du dohada des plantes, voir ci-dessus XIII. 72. (162) Ci-dessus XIII. 75. (163) Ci-dessus V. 51. (164) Ci-dessus V. 27. (165) Ci-dessus n. 3. (166) Mètre sālinī. Repris Hem. 18.

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[XVIII] rouge et le bleu foncé; un troisième est l'asoka doré, qui est jaune : c'est grâce à ces fleurs parmi d'autres que l'armée du (dieu) né de la pensée est victorieuse dans les trois mondes. » /58/ « Sur (167) les arbres à bétel (168), les cocotiers, phoenix, bignones, kimśuka (168a), dattiers et divers palmiers, le Prin- temps est celui par qui sont disposées les guirlandes de fleurs. » /5 9/ Voilà le Printemps (vasanta). «r Il (169) fait éclore les jasmins nouveaux, il se plaît à ouvrir les fleurs de sirīsa (170), il donne des fleurs aux kāñcana (171) et aux ketakī (172) : voici l'Été, avec ses dhātakī (173) épanouies. » /6 o/ « Les couples (174) ont dépouillé l'indolence (due) à leur fatigue; avec des dattes, des pommes roses, des fruits du jaquier, des mangues, des bananes, des raisins, des noix d'arec et de coco, ils s'appliquent maintenant aux œuvres d'amour.» /61/ « Rivières (175) et puits n'ont plus d'eau; quand le jour est au plein (176) les voyageurs se pressent aux citernes; au (mois de) śuci (177) on réclame (178) de l'eau de riz; on se met en che- min (tôt) le matin et (tard) le soir. » /62/ «r A (179) midi, sieste dans des huttes; au déclin du jour, (167) Metre sālinī. Repris Hem. avec °kerī° a, kharjūrīnam c, vasante d. (168) guvaka : mot rare. (168a) Butea frondosa Roxb., sorte de butée. (169) Mètre upajāti. Repris Hem. (170) Mimosa sirissa Roxb. (171) Bauhinia variegata Linn. (mot de lex. en ce sens), sorte de bauhinier. (172) Ci-dessus XIV. 45. (173) Grislea tomentosa Roxb. (lythracées). (174) Mètre upajāti. Repris Hem. avec °nārikelaih en b, apāsya en c. (178) Mètre upajāti. Repris Hem. (176) kathora : sens atteste en comm (177) Autre nom d'āșādhā, deuxième mois d'été. (178) samabhyarthita : non attesté. (170) Mètre upajāti. Repris Hem.

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-- +*(277).+- [XVIII] joie des baignades ; vers la fin de la nuit descendent les plai- sirs d'amour : voici à portée de main (180) de quoi abattre l'intense chaleur. » /63/ a Clair (181) de lune rafraîchissant comme un onguent de santal; ondoiement de la brise à travers les fenêtres; pluie des gouttes d'eau (qu'amènent) les éventails - (tous) offrent au (mois de) śuci une libation funéraire (182). » /64/ c Poudre (183) de camphre, tranche de mangue, bétel ap- prêté avec des noix d'arec fraîches, colliers de perles d'un bel orient, vêtements légers : voilà le grand secret pour se procu- rer la fraîcheur.» /65/ « Fils (184) de perles enduits de pâte de santal, sertis de col- lier de fibres de lotus humides; sur la tête des guirlandes de campaka (185) épanouis : voici qui, dans l'Été même, incarne la fraîcheur. » /66/ A cette (époque) en effet : ar Les êtres (186) semblent cuire, les poussières brûler, les eaux bouillir et les montagnes fondre. » /67/ « Dans (187) les plaines le mirage attire les gazelles, les rivières se sont amenuisées : leur eau est devenue (comme) une tresse (unique), les poissons (188) suffoquent dans les étangs desséchés; les cruches qu'on remonte s'entrechoquent sur les roues des norias (189). » /68/

(180) musțiyoga : non attesté, mais cf. C. Cappeller introd. à Pracandap. p. vn. (181) Metre upajati. Repris Hem. (182) Le jalanjali ou l'udakakriya est un hommage d'eau aux Manes. L'idée subsidiaire est que le mois brulant touche à sa fin. (183) Mètre upajati. Repris Hem. ass) Metre upajati. Repris Hem. avec smita° en c. (185) Ci-dessus VII. 35. (186) Sūktim. p. 214. Strophe reprise Hem. et Vagbh. (187) Metre vasantatilaka. Repris Hem. avec enyah en a, baddhāraghatța en d (ceci admis HSS .; les cruches sont immobilisées). (188) timi, mot du Kathās. (189) Les cruches étant inutiles.

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[XVIII ] « Les jeunes (190) éléphants, les cerfs et les anes sont en chaleur et muent: la terre ferme (191) a augmenté d'étendue et se couvre de fleurs d'oléandre et de karīra(192). » /6 9/ or Lait (193) caillé épicé mélangé avec du jus de mangue, riz à l'eau (194), jus de fruits, boissons brassées, sucs de gibier et de lāba (195), lait bouilli, voilà les remèdes qui raniment l'amour en Été(196). » /70/ c Les jeunes (197) filles, dont le frais santal (rehausse) le charme, toutes humides de l'eau (du bain), parées de colliers de perles d'un bel orient, sur des lits arrangés avec des feuilles de bananiers (198), se laissent étendre aux côtés (de l'amant) après avoir invoqué l'Amour. » /7 1/ En (199) Été l'orée des bois retentit du bruit des cicades ; buffles, éléphants et porcs se barbouillent de vase; la gent des serpents et des gazelles a la langue palpitante, et les oiseaux ont la région de leurs épaules toute affaissée. » /72/ cc Une (200) terrasse charmante dont le sol est inondé de clair de lune; un mélange de vin et d'eau auquel l'aimée a goûté; au cou des guirlandes roses de jasmin : voici qu'aussitôt l'Eté se transforme en Hiver (201). » /73/

(190) Mètre viyoginī. Repris Hem. (191) puspinīh et bhumīh : confusion morphologique Wa. III p. 176 et suiv. $ 89 c L. Renou Gramm. p. 357 $ 249 C. (192) Ci-dessus XVII. 164. (193) Mètre : variété de vaitaliya. Str. reprise Hem. (191) jalabhakta : non attesté (bhakta arizn figure Uttarar.). (195) (lava GOS. amorceaun) Perdix chinensis d'après le comm. moderne de HSS. (190) Cf. les aphrodisiaques enumeres R. Schmidt Erotik3 p. 603 où figure notamment avec insistance le lait; le lābamāmsa est cité p. 613 str. 12; sukvathitam gokşiram p. 607 str. 11. (197) Meme mètre. Repris Hem. (198) kadalī : mot de lex. en ce sens. (199) Metre salinī. Repris Hem. (200) Metre śalini. (201) hemantay- : non attesté.

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[XVIII] Voilà l'Eté (grīsma). Une (202) saison peut être représentée (203) (littérairement) sous quatre états, à savoir la Jonction (entre deux saisons), l'Enfance, la Maturité et la Récurrence. Le point intermédiaire entre deux saisons (s'appelle) jonction (samdhi). Par exemple, jonction entre les Frimas et le Printemps : cr Les (204) fleurs de jasmin sont tombées, les arbres sont alanguis par la poussée de la floraison, les coucous retiennent leur voix à l'intérieur d'eux-mêmes, ils ne chantent pas encore; les rayons du soleil perdent leur éclat froid, mais n'atteignent pas encore le plein de leur force (205), générateur de fatigue. » /74/ Enfance (śaiśava) du Printemps : ( Dans (206) les ovaires de la fleur des lianes, au milieu du germe, (apparaissent) les pétales; au fond de la gorge des pika (207) femelles la cinquième (208) (note) n'est empreinte que de désir. Eh quoi, l'arc du (dieu) né de la pensée, (l'Amour), vainqueur (209) des trois mondes, même s'il fut longtemps délaissé, doit entrer en exercice d'ici deux ou trois jours. » /75/ Maturité (praudhi) du Printemps : cc Le jasmin (209a) est semblable à présent aux perles de six

(202) Cf. Hem. p. 134 Vagbh. p. 67. (203) upanibandhanīya : non attesté. (201) Mètre harini. Strophe citée Kavīndrav. 66 avec jațhara° en d; Abhina- vag. ad NS. XVI. 100; Auc. p. 146 (où elle est attribuée à Malavakuvalaya); Vam. III. 2, 5 (avec malayamarutah sarpantīme viyuktadhrticchidah en b); Hem. p. 134 et 197. (205) jarathatā : non ettesté (la variation jathara/jarațha est connue). (200) Mètre sardūlavikrīdita. Viddh. 1. 23. Str. citée Sūktim. p. 206 Kavīn- dravac. 68 (ubi alia) Hem. p. 134 Vagbh. p. 67. (207) = kokila, ci-dessus VI. 76. (208) Ci-dessus V1. 76. (200) jisņu avec l'accus., L. Renou Gr. p. 216 S 170. (200a) Metre sardalavikrīdita. Le premier pada provient de Viddh. I. 25. La strophe est citée Kavīndrav. 67; reprise Hem. p. 134.

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[XVIII] -+*(280 )0+ -- mois; la fleur du kāñcanāra (210) emprunte sa beauté à un vête- ment bien lavé, teint de garance; le bouton de madhūka (211) dérobe aux femmes Hūna (212) leur grâce piquante; le kesara(213) qui tombe de son pédoncule brille comme le nombril des femmes Lāta (214). » /76/ Les signes d'une saison passée qui se continuent (dans la saison actuelle), les fleurs par exemple, c'est ce qu'on appelle la récurrence (215) des signes : on doit la reconnaître par l'usage poétique. /77/ Aux Pluies (varsah) il y a récurrence de l'épanouissement des lotus, qui sont le signe de l'Été. Ainsi : a Le ciel (216) est revetu d'un manteau (fait d')un amas de nuages sombres (217) comme la gorge du moineau ; la tribu enivrée des grenouilles semble rivaliser par son vacarme avec la récitation (218) (des élèves); sous la pluie, la terre calcinée émet une odeur pareille à celle des grains pilés qu'on a arro- sés. Bien que se laissant malaisément voir, le (soleil,) maître des splendeurs, se révèle dans l'épanouissement des massifs de lotus. » /78/ De même pour d'autres (219) (saisons). De plus : C'est (220) dans la période estivale qu'apparaît la masse de poussière, est-il dit couramment; quand arrive la période des nuages, elle se change en une masse d'eau. /79/

(210) Ci-dessus n. 153. (a11) Ci-dessus n. 157. (212) Ci-dessus XVII. 172. (213) Mesua ferrea Linn., mimusope (= bakula). (215) Ci-dessus VII. 106. (215) anurriti, ci-dessus VI. 86. (216) Metre sardularikridita. Strophe citee Sarasv. p. 620 Hem. p. 134 avec durlakso 'pi en d, Vagbh. p. 67. (217) kadambini : mot de Prasannar. (218) Thème connu depuis RV. VIL. 103 (Hymne aux grenouilles). (219) HSS. lit anyā api (anuvrttayah). (220) Mètre āryā. Repris Hem. p. 134.

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-++(281).+- [XVIII] Par exemple : cr Le visage (221) des régions célestes obscurci (222) par la masse de poussière, la parure de l'arc-en-ciel au rayonnement rouge : tu ne regrettes pas, ô paon, la venue des nuages, qui lancent leurs armes étincelantes d'éclairs (223)? » /8 o/ at Le jasmin (224) qu'on appelle le boueux (225), celui qui naît durant la période des eaux, atteint à l'automne sa grande fète (226), avec les abeilles parfumées. » /8 1/ Par exemple : Avec (227) les nœuds de leurs grands bourgeons s'effacant sous l'éclat des épaisses gouttes de givre, le réseau des lianes du jasmin, inondé d'un parfum violent, s'est épanoui. La lune aussitôt, réceptacle de maintes montagnes (228), a surgi de la mer occidentale, comme une couche où le blanc oreiller serait la clarté lunaire, (se dirigeant) vers l'eau marquée des chaperons du serpent (229). n /82/ Certains admettent aussi que la ketakī (230) se continue un peu (dans la saison suivante). Ainsi : cr Le temps d'Automne s'est laissé deviner grâce aux pollens gris de la ketakī, grâce aux journées rouges de lotus, comme

(221) Metre vasantatilaka. Repris Hem. p. 134. (232) paridhusara : mot de Prasannar. (223) Double sens : O Śiva, le ciel est obscurci par la poussière (née de la marche de l'armée); les arcs sont teintés de sang ; les guerriers lancent leurs armes ; c'est la bataille qui commence. - surasarāsana non attesté, mais cf. au même sens suradhanus. Pour l'idee generale, Dandin III. 181. (234) Metre aryā. Repris Hem. p. 134. (225) kārdami : non attesté en ce sens. (226) mahotsavini : non attesté. (227) Metre sragdhara. Repris Hem. p. 134. (298) hamsa : sens de lex. Autre sens : qui a l'affection (upadhana, sens de lex.) de maints ascètesn. (229) L'océan en tant qu'il est habité par Sesa, le serpent aux mille têtes sur lequel repose Vișņu. (230) Ci-dessus XIV. 45 ; plante des Pluies et de l'Automne.

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[XVIII] -(282 ).++ -- (on reconnaît) à ses pieds (poudreux et rougis de fatigue) le nouvel arrivant. » /83/ On (231) observe sur le visage de l'Hiver la récurrence des états de l'Automne, avec les bāņa (232), les asana (233), les ama- ranthes : pourtant on ne voit pas que les poètes utilisent cette connexion. /84/ L'Hiver et les Frimas ne faisant qu'un, tous les signes (du premier) se continuent (dans les seconds). Car il est dit : l'année a douze mois (234); il y a cinq saisons (235) si l'on resserre (en une seule) Hiver et Frimas. Le Printemps (236) à la beauté diverse doit être repré- senté (237) avec la récurrence des signes (des Frimas, à savoir) les fleurs de vanguier, d'armoise et de pumnāga (238), et un peu aussi par la continuation des jasmins. /85/ « Dans (239) la maison des jeunes Bāhīka (240) l'armoise pousse des ornements d'oreille en forme de bourgeons; la folie des femmes Pāmara (241) se manifeste dans le vent que parfume le vanguier ; la sève du manguier (242) où les gouttes dans les tiges parfumées coulent en suivant la déchirure tout d'un coup

(231) Mètre upajati. Repris. Hem. p. 134 avec sakura° en b. (232) Ci-dessus n. 74. (233) Ci-dessus VI. 62. (231) dvādasamasah samvatsarah : en ved. le tour habituel est dvādasa masah samvatsarah, avec les débuts de l'emploi bahuvrīhi : caturvimsatyardhamāsah s° (H. Oertel BSOS. VIII p. 685). (235) C'est la division la plus commune en védique, Ved. Index s. u. rtu. (236) Metre āryā. Repris Hem. p. 135. (237) racanīya : non attesté. (238) Ci-dessus n. 110. (239) Mètre sragdhara. Repris Hem. p. 135 avec °cakrakāņi en d. (240) Ci-dessus III. 87. (241) Le mot n'est pas attesté par ailleurs comme ethnique; fréquent comme appellatif, chez Hala ; = nīca HSS. comm. (212) sāhakarā : non attesté.

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[XVIII] forme des lunes recakī (243) en s'insinuant dans la coupe d'eau (243a). » /86/ « Devant (244) le jasmin il est lent, devant le tamāla (245) bour- geonnant il est déprimé, tremblant devant l'amaranthe, cha- griné devans l'aśoka(216) rouge, devant le campaka (247) il est longtemps très brillant, l'œil courbé : le voyageur, même s'il est alangui par la fatigue, avance, secouant de ses haillons avec nostalgie le cercle pénible à entendre, vrombissant, des abeilles, (cercle) avide d'une masse (248) de miel nouveau. » /87/ Ou encore : « Secouant (249) les arbres santal en bordure de la Kāverī (250), la lente brise qui disperse les pollens (251) de la masse des jasmins fait danser en tāndava (252), sur le front des femmes Lata (253), leurs boucles qui s'enroulent, tout droit jusqu'à la racine, laissant tomber des fleurs quand leur amant les tire à lui par jeu. » /88/ Il y a encore une récurrence : t En Ete (254) il y a recurrence des fleurs de jasmin, de kesara (255), de bignones (256), de campaka (257), et certains (243) Mot inconnu. (243a) Continuation en Été des fleurs d'armoise, etc. (244) Mètre sragdhara. Repris Hem. p: 135. (245) Ci-dessus VIII. 90. (246) Ci-dessus V. 51. (217) Ci-dessus VII. 35. (248) patalī = pațala, sens à noter. (249) Metre sikharinī. Strophe citée Saduktik. I. 90, 2 avec mandam en b; priyapremāvarșacyutaracanam en c. (250) Ci-dessus XVII. 135 (251) makaranda : non attesté en ce sens. (252) Danse de Siva; le dénominatif tāndavay- n'est connu que par Dama- yantīk. (chez RS.). (253) Ci-dessus VII. 106. (254) Metre arya. Repris Hem. p. 135. (255) Ci-dessus n. 213. (256) pūtali, finale en -i- rare. 257) Ci-dessus VII. 35.

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[XVIII] veulent aussi que le vanguier naisse dans la saison des Frimas. /89/ Ainsi : « A l'oreille (258), le souriant sirīsa (259) sur la tête, des guir- landes de jasmin en ligne avec des técomes (260); au cou un collier de fibres de lotus (261) qui s'enroule; aux avant-bras (262) une tige de lotus noir; aux seins de l'eau de santal fragrante ; sur le pourtour des yeux une garance flétrie : le corps triomphe, tout humide d'eau qui frémit. Telle est la tenue estivale (des belles) aux yeux de gazelle. » /90/ Ou encore : ae A l'oreille (263) le śirīsa qui rivalise avec la pointe de kuśa (264) nouveaux; à la gorge un lien de bignone avec son enrobe- ment de vanguier : telle est la tenue brillante des belles, qui apparaît, au declin du jour où elle naît, toute humide d'eau parfumée. » /91/ Il y a d'autres exemples encore. C'est (265) à titre d'indication (dis) seulement qu'on sug- gère (266) ici l'apparition et la récurrence (des manifestations) des saisons. Voyez le reste par votre propre esprit : à quoi bon nommer (les choses en détail) ? /92/ Dans (267) (les diverses) régions on constate que la forme propre des notions varie : il ne faut pas composer d'après

(258) Mètre sragdharā. Bālar. V. 24 avec kanthe mālā visālā vapusi ca nali- nīmūlakāndāh kalāpāh en b. (259) Ci-dessus n. 70. (260) pūțalin : attesté Balar. seulement. (261) mārņāla : mot rare. (202) kalācī : mot de lex. (263) Metre malini. Repris Hem. p. 135. (264) Poa cynosuroides Retz (graminées). (265) Mětre ūryā. (206) En adoptant la leçon sucita (comme ci-dessus 230/231) plutôt que sūtrita (appuyé toutefois par n. 42 ci-dessus ainsi que XVII. 278/279). (267) Mètre āryā. Cf. Daņdin II. 8.

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[XVIII] (ces formes particulières) : la norme (pramāņa) ici pour nous, c'est la manière dont les poètes composent. /93/ Les Fleurs (268) se laissent décrire de six manières, à savoir, en tant qu'elles servent à la beauté, à la nourriture, au par- fum, à l'essence, au fruit, à l'hommage ;... en septième (enfin), en tant qu'elles ne servent à rien. /94/ Ainsi : Une (269) fleur qu'on décrit (comme se présentant) dans un premier mois doit fournir un fruit jeune au (mois) suivant; dans le (mois) d'après (270), (le fruit) doit atteindre la pléni- tude, dans (le mois) d'après, il est doué de maturité. /95/ Telle (271) est la règle qu'on observe pour les (fruits) nés des arbres; pour les fruits des lianes, le temps (272) n'est pas (aussi) long : la limite pour ceux-ci doit être de deux mois, c'est la durée pour la fleur, pour le fruit et pour le procès de maturation. /96/ Le Fruit (est de six sortes, suivant qu'il) a un déchet (273) à l'intérieur, un déchet à l'extérieur, un déchet à l'extérieur et à l'intérieur (à la fois), un déchet total, un déchet abondant ou pas de déchet du tout (274). /97/ Le (275) lakuca (276) et autres (fruits) ont le déchet à l'intérieur, le moca (277) et autres (fruits) l'ont à l'extérieur, la mangue et

(268) Mètre āryā. Repris Hem. p. 135. (269) Mètre upajati. Repris Hem. p. 135. (970) agrima au sens d'uttara, comme parfois agre, purastat, etc. (171) Mètre upajati. Repris Hem. p. 135. (273) anehas, ci-dessus n. 50. (275) vyaja, proprement faux semblant, apparence illusoire» : ces compo- sés en ovyaja sont inattestés, sauf nirvyaja (avec un autre sens, Sūktim. p. 494, 3). Plusieurs sont repris Sarasv. V. 196 où vyāja = vyalika. (274) Str. reprise Hem. p. 135. (175) Mètre āryā. Repris Hem. p. 135. (176) Artocarpus lacoocha Roxb. Sorte de jaquier. (277) Fruit de la kadal (Musa sapientum Linn.), plantanier.

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[XVIII] -(286 ).c+ -- autres l'ont de part et d'autre, le kakubha (278) et autres ont un déchet total; /98/ le (279) panasa (280) et autres, un déchet abondant, le nīlaka- pittha (281) et autres, point de déchet : voilà les six subdivisions que les poètes doivent reconnaître dans tous les fruits. /99/ Dans les œuvres (littéraires) on devra composer les Saisons à raison d'une, deux, trois ou (d'un plus grand nombre), voire en totalité (282), soit dans l'ordre (naturel), soit en chan- geant l'ordre. /100/ Le changement d'ordre (vyutkrama) n'est pas une faute chez un poète qui suit la voie des sujets (traditionnels); mais il faut que le changement d'ordre devienne coûte que coûte un ornement (bhūsaņa) (poétique). /101/ L'ornement chez un (poète) privé de réflexion (anusamdhāna) se transforme en une laideur (283); la laideur chez un poète doué d'attention (avadhāna) (284) se transforme en un ornement (285). /102/ Voilà comment se présente le fonctionnement de la répar- tition des Temps. C'est là que se (produit) le grand égare- ment du poète; c'est là aussi qu'un grand poète se confirme. /103/

(978) = arjuna (Terminalia arjuna Bedd.), myrobolan (v. Hobson-Jobson s.v.). (279) Mètre āryā. Repris Hem. p. 135 avec °kapicchādi en b. (230) Artocarpus integrifolia Linn. (arbre à pain). (2s1) Sorte de manguier, mot de lex. (283) sāmastya : attesté en commentaire. (283) dūşaņāyate : non attesté. (284) En fait le mot équivaut à sakti ou pratibha atalent», cf. Dhvan. III. 93. (985) bhūşaņāyate : non attesté.

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DE LA SOCIÉTE ASIATIQUE

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