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LE GĪTĀLAMKĀRA
L'ouvrage original de BHARATA
sur la musique
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Le Gītālamkāra de Bharata
INTRODUCTION
L'INDE a connu et connaît encore plusieurs systèmes de musique dont l'origine est distincte et très ancienne. Les auteurs classiques en mentionnent quatre dont ils attribuent la codification, selon leur époque, à divers théoriciens légendaires ou historiques. Deux systèmes musicaux principaux vont se disputer la sensi- bilité musicale des Indiens. L'un, dont le premier enseignement est attribué au dieu Siva, conserve encore aujourd'hui des racines profondes dans la musique populaire telle que nous la trouvons chez les populations autochtones asservies ou rejetées dans les montagnes du Nord et qui, retranchées derrière la barrière des castes, ont su souvent préserver leurs conceptions religieuses, sociales, rituelles et musicales. L'autre système est celui du Gandharva-veda la théorie musicale associée à la civilisation védique, et dont la codification est attri- buée à ces mêmes sages qui révélcrent les hymnes des Veda et les concepts philosophiques des Upanisad. Nous trouvons dans ce système, qui devint la théorie classique sanscrite et qui, tout en s'adaptant, s'imposa peu à peu à l'Inde entière, une parenté certaine avec les théories musicales de la Grèce, parenté d'aillcurs probablement accentuée par suite d'influences ultérieures mais qui semble impliquer une base commune. Lorsque graduellement le Brahmanisme assimila une partie des civilisations autochtones, certains éléments du système Sivaite furent adaptés et repris dans la théorie musicale classique. Le nom de Bharata (celui qui est porté) est associé à l'origine même de l'Inde qui est, aujourd'hui encore, appelée Bhārata, le pays de Bharata. Ce nom, attribué à divers personnages, est sur- tout celui du codificateur de l'art musical, et peut être en ce sens
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de Siva 1 lui-même, qui créa le monde par sa danse et-enseigna aux hommes la musique. Ce nom fut donné aux sages qu'il inspira et qui répandirent ses euseignements. Il finit par être le nom donné aux mimes et aux acteurs. L'auteur du Gitālamkāra s'appelle Bharata. Ce n'est pas chez lui une appellation mais son propre nom, dont il signe le premier distique et le colophon et qu'il répète plusieurs fois au cours de l'ouvrage. Il y eut plusieurs Bharata que les traités classiques appellent Adi-Bharata (le premier Bharata), Bharata-vrddha (Bharata l'an- cien), Nandi-Bharata, Kohala-Bharata, Matanga-Bharata, etc., et qui sont associés avec la théorie classique dont l'origine est attri- buée à Brahma. Toutefois le Bharata auteur du Gītālamkāra semble distinct de ces auteurs dont nous possédons des œuvres entièros ou fragmentaires. Il appartient à une tradition differente, écrit exclusivement sur la musique et sa théoric semble être la théorie même dont l'origine fut attribuée à Siva et qui resta, à travers toute l'histoire, la base de la musique populaire de l'Inde. Le Nātya-śāstra, une compilation du début de notre ère, générale- ment attribuée à Bharata, est un ouvrage très postérieur au Gitālam- kāra. Les quelques citations qu'il en donne sont classécs parmi les kārikā, terme réservé à des textes anciens d'une autorité incontestée. Nous trouvons dans le Gitālamkāra, une classification des éléments de l'art musical basée sur une conception vocale plutôt qu'instrumentale des modes. Et, chose curieuse, au moment où, après les invasions musulmanes, la puissante culture des lettrés hindous s'effondre, nous voyons revivre, plus vivace que jamais, cette théorie qui était apparemment restée la base de la tradition populaire rejetée par les lettrés. Ainsi reparaît la classification des modes en modes mâles, modes femelles et modes engendrés, qui redevint courante du quinzième au dix-huitième siècle dans tout le Nord de l'Inde. Cette classification est presque complètement ignorée des grands traités savants du début de notre ère jusqu'au quatorzième
1 Rudra comme Agni est appelé Bharata dans le Rg-Veda.
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siècle et. n'est mentionnée que dans des ouvrages apparemment secondaires. Toutefois nous la voyons apparaître dans des textes tels que le Samgīta-makaranda attribué à Nārada et la Brhaddeśī de Matanga, mais non pas dans les Purāna. Chacun des douze modes mâles, qui semblent être pentato- niques, a une épouse et un enfant qui sont apparemment des modes hexatoniques et heptatoniques. Il est surprenant de retrouver dans un ouvrage ancien un genre de classification proche de celui de la musique de l'Inde du Nord à l'époque musulmane et nous pourrions douter de l'âge du Gitālam- kāra si nous n'avions de par sa terminologie et les ouvrages qui le citent des preuves indéniables de son ancienneté. Il est intéressant de noter que les modes pentatoniques importés à Java à l'époque de la colonisation hindoue, portent encore le nom de slendro qui vient de sailendra (le seigneur de la montagne) un des noms de Siva. Le Gitālamkāra est le traité de Bharata cité dans le Pañca-tantra qui en reproduit un assez long passage où l'on peut remarquer sa terminologie particulière. Les diverses recensions du Pañca-tantra contiennent ce passage qui semble donc faire partie du texte original. La date du Pañca-tantra n'est pas établie et peut varier entre 200 avant J.C. et 548 après. Le Gitālamkāra présente la clarté technique, la complète absence d'allusions mythologiques caractéristiques des ouvrages antérieurs à l'ère chrétienne. Il passait dans le Pañca-tantra pour un classique. Le fait que le Pañca-tantra le cite au lieu de citer le Nālya-śāstra est d'ailleurs l'indication d'une date ancienne pour le Pañca-tantra lui-même. Un autre élément intéressant du Gītālamkāra est apporté par le dernier chapitre qui donne des exemples de quarante-deux langues indiennes et étrangères. Ces exemples, transcrits phonétiquement à l'origine, ont malheureusement subi tant d'erreurs de copistes qu'il semble difficile de les interpréter avec quelque mesure de vraisemblance d'après un seul manuscrit. Nous les reproduisons tels qu'ils sont.
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Le Gītālamkāra attribue les noms des modes à Nārada et cite la théorie de Narada sur les mūrchana ou gammes-modales qui sc retrouve, à peine altérée, dans la Nāradiīya-śikșā. Il a donc existé un texte de Narada antérieur au Gītālamkāra. Le Fāvu-purāņa mentionne lui aussi Nārada, mais aucun des textes existants attri- bués à Narada ne peut, pour des raisons de terminologie, être sous sa forme actuelle antérieur au Gītālaņkāra. Le Gāna-śāstra qui reproduit d'importants passages du Gītā- lamkāra mentionne les quatre systèmes musicaux dont la théoric était associée aux noms de Bharata, Kaśyapa, Nārada et Āñjaneya. Plus tard Añjancya scra appelé Hanumat. La théorie de Kaśyapa deviendra la théoric classique, du Nātya-sastra au Samgīta-ratnākara. Deux aspects de ces anciens systèmes se sont maintenus jusqu'à nos jours et sont aujourd'hui appelés la musique hindoustanic qui se réclame de Hanumat et la musique karnātaka artificiellement rattachće au système de Kaśyapa. Le système qu'exposa ce premier Bharata qui codifia dans le Gitālamkāra la vieille tradition musicale Sivaite est resté vivant dans la musique populaire du Nord de l'Inde et demeure un des principaux éléments qui ont contribué à former la musique hindustanie. Le Nātya-śāstra contient des éléments empruntés à divers. traités plus anciens, en particulier ceux de Nārada, de Kaśyapa, de Kohala, de Nandikeśvara et de Bharata. Toutefois le Nātya- śastra est un effort de synthèse essayant de coordonner des systèmes d'origines et de formes diverses en une théorie unique. Les classifi- cations y sont essentiellement instrumentales, basées sur les parti- cularités des instruments à cordes. Leur parenté avec les concep- tions musicales grecques permet de se demander si le grand système savant établi par Nārada, Nandikeśvara et Kohala, résumé dans le Nātya-śāstra, et élaboré aprés le Nātya-śāstra par Pārśva-deva. Abhinava-gupta, Nānya-deva, Sārnga-deva, Kallinātha, et tant d'autres, ne serait pas une théorie artificielle et savante venue du Nord et imposée à la musique indienne tout comme le fut la théorie pythagoricienne à la musique populaire de l'Hellade, la théorie originelle, méprisée plus tard par les lettrés, étant celle
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qu'avait exposée, avec une remarquable clarté, Bharata dans le Gītālaņkāra.
Noms mentionnés dans le Gītālamkāra Les noms de théoriciens de la musique mentionnés dans le Gītālamkāra sont peu nombreux et sont tous ceux de figures légen- daires. Nous y trouvons Tumburu, Narada, Parvata, Raibhya, Kambala et Aśvatara, Bhīmasena, Brhaspati, Śambhu, Viśvāmitra, les gandharva Hahā et Huhū, le rākșasa Rāvaņa et le roi Janaka. Parvata et Raibhya sont mentionnés dans le Nātya-śāstra comme des maîtres du Gandharva-veda. Rāvaņa, protégé de Siva et roi de Ceylan dans le Rāmāyana, passe pour l'auteur d'un traité sur la musique. Il est mentionné dans le Samgīta-makaranda et le Catvārimśacchata-rāga-nirūpaņa de Nārada, le Samgīta-ratnākara de Śārnga-deva et le Rāga-ratnākara de Gandharva-rāja. Un instru- ment à cordes du Sud de l'Inde porte encore le nom de Rāvana- hasta ou Rāvaņāstra. Le roi Janaka est également un personnage du Rāmāyaņa. Kambala et Aśvatara sont les nāga auxquels, selon le Mār- kandeya-purāna, la déesse Sarasvatī enseigna la musique. Śambhu est peut être le dieu Siva lui-même. Bhīmasena est un des héros du Mahābhārata, Viśvāmitra est un sage de caste royale devenu brahmane et Brhaspati est le prêtre des dieux.
Sources manuscrites 1 et imprimées Notre édition est basée sur un seul manuscrit en écriture nāgarī sur papier qui se trouve au Bhandarkar Oriental Research Institute de Poona et porte le N° 977 de 1887-91. Nous en avons utilisé un microfilm et en possédons une transcription (N° 2 de notre collection). Des fragments importants du texte du Gītā- lamkāra se trouvent incorporés sans référence dans un ms. appelé
1 Nous possédons des transcriptions de tous les manuscrits mentionnés dans cette édition. Chaque fois que nous référons à une page de manuscrit, il s'agit de la page de notre transcription et non de celle du ms. original.
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Gana-sastra. Ce sont les distiques 1-6, 43-51, 63-65, 113-115, 119- 123 du Gāna-śāstra, correspondant à 1.1, 1.4-8, 2.6-7, 2.9, 3.2-1, 3.3-8, 4.5, 4.17-25 du Gītālamkāra. Le ms. du Gāna-śāstra se trouve à l'Asiatic Society de Calcutta et porte le N° 8316. Notre ms. N° 84 en est une copie. Les trois premiers distiques du chapitre 4 et le distique 20 du chapitre 1 sont cités dans le Pañca-tantra (aparīksita-kāraka, 5.5.40- 43, p. 271-272 de l'édition de Harvard; sixième histoire, distiques 52 à 55 de l'édition de Bombay). Un certain nombre de vers du chapitre treize sur les rasa se trouvent reproduits dans le Nātya-sāstra (chapitre six) qui donne avec quelques variantes 13.2 et 13.6-11. Le Gītālamkāra ne men- tionne pas de sources pour ces vers et rien ne permet de présumer qu'ils y soient des citations. Nous pouvons donc en conclure que le terme kārikā du Nātya-šāstra se réfère bien au Gītālamkāra. Le Visnu-dharmottara (III. 30. 2, 4-6, 21-27) reproduit 13.2-10 et 14.4-5. Pour l'ensemble du chapitre sur les rasa les variantes dans les versets communs sont assez importantes pour constituer une version parallèle. La Samgīta-sārāvalī (ms. N° 4/16 de Ramnagar Library, copie N° 147 de notre collection) reproduit un nombre important de distiques du Gītālamkāra (N° 2.12, 3.1-2, 4. 1, 4.5-8, 4.15-20, 5.1-8, 5.9-11). Le Samgita-śiromani (388-396) (mss. N° 1713 de l'Asiatic Society de Calcutta; et N° 134 de notre collection) reproduit les distiques l à 9 du chapitre sept. Le Samgita-damodara (ms. N° 1486 India Office Library) versets 3.3b à 3. 10 reproduit les distiques 9 à 16 du chapitre quatre sur les svara. Le Bharata-kośa de Rāmakrsņa Kavi (Venkateśvara Oriental Series, N° 38) reproduit les 9 premiers distiques du chapitre sept et d'importants fragments dans une version présentant parfois de légères différences probablement dues à l'éditeur. Le Nātya-cūdāmaņi de Somanārya (ms. N° 12998 du Govern- ment Oriental Manuscript Library, Madras; notre ms. N° 16) et
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buent leurs citations du Gītālamkāra au Gīta-śāstra (Ecritures faisant autorité en musique). Gaurī-kānta dans son commentaire de la Saundarya-laharī, vers 69, où il cite la première ligne du distique 2 du chapitre cinq sur les grāma et la première ligne du distique 3, appelle sa source Samgīta-śāstra. Le Bharata-bhāsya, un commentaire du Nātya-āstra par Nānya- deva (12e siècle) (ms. Bhandarkar Oriental Research Institute) reproduit 2.12, 3, 1-2 4.17-18 et 13.1. Un autre ms. du Gītālamkāra existerait, d'après Rāmakrsņa Kavi, dans la bibliothèque de Kathmandu au Nepal mais nous n'avons pu en obtenir une copie. Le Samgīta-nārāyaņa (ms. N° 480 Bodleian Library) 1.68-74, 1.94-95 et 3.5-6, reproduit, d'après le Samgita-dāmodara, 4.9-16, 3.1-2 et 4.17-18 du Gītālamkāra. Le Gandharva-veda (ms. N° 8245 de l'Asiatic Society de Calcutta) 20-21 et 110 reproduit 3.1-2 et 4.5. La rājñavalkya-śiksā (édition de Bénarès) 26-28, et 33 reproduit 2.12 et 3.1-2. Le Vāyu-purāna (notre édition) 86.36 reproduit 4.1. La Brhaddeśi (Trivandrum Sanskrit'series N° 94) 63 et 77-79, reproduit 4.7-8 et 4.19-20 et attribue 4.19-20 à Kohala. Le Svara-tālādi-lakșaņa (manuscrit de Trivandrum) 69-71 reproduit 4.7-8. La Dakşinī-rāga-mālā (Bhandarkar Oriental Research Institute, ms. N° 384) 45-46 reproduit 4.7-8. Le Siva-tattva-ratnākara (édition de Madras) 6.7.34, reproduit 4. 20 et de nombreux passages dans une version altérée. Le Nātya-cūdāmani (ms. N° 12998 du Government Oriental Manuscripts Library de Madras) 6-7, reproduit 4.1. M. S. M. Katre dans le New Indian Antiquary, Vol. II, pp. 299-301 a édité le chapitre XV sur les bhāșā en se basant sur le même ms. Nous y trouvons plusieurs lectures qui diffèrent de celles de notre transcription.
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Le titre de l'ourruge Le nom de Vādi-matta-gajānkuśa est donné au Gītālamkāra dans le Samgila-śiromani, un ouvrage compilé au 14e siècle sur l'ordre de Sulta-Shah par un groupe de lettrés. Ce nom a été repris par le Dr. V. Raghawan (Journal of the Music .Academy, Vol. III, 1932). Toutefois ce mot, qui apparaît dans le premier distique de l'ouvrage semble y être un adjectif de gītasya laksanam (définition de la musique). Vadi-matta-gajānkuśa (le crochet qui contrôle l'éléphant ivre qu'est l'adversaire) a le sens de « pour mettre un frein aux violentes opinions de nos adversaires », « Rhétorique-musicale » (Gītālamkāra) étant le nom réel de l'ouvrage, tel qu'il se trouve à la fin du premier chapitre: iti gītālamkāre prathamo' dhyāyah. Dans le colophon qui conclut l'ouvrage l'expression vadi-matta-gajānkuśa est visiblement un adjectif de Gītālamkāra: iti gītālamkāram vādi-matta- gajānkusam samaptam « Ainsi finit [notre] Rhétorique musicale qui met un frein aux violentes opinions des adversaires.» L'ouvrage est d'ailleurs un traité sur la théorie musicale et non pas une critique d'opinions adverses. Les gammes-plagales (mūrchanā) de Nārada sont mentionnées pour mémoire, comme appartenant à un autre système, mais ne sont pas discutées.
Terminologie La terminologie du Gītālamkāra est particulicrement inté- ressante puisqu'elle diffère de celle des autres ouvrages sur la musique et présente des aspects très archaiques. Les modes dans le Gilālamkāra sont appclés varna (couleurs). Le mot rāga apparaît dans le sens d'expression (1.28) et dans les noms de deux rarna où il a le sens de « plaisir, délice, jouissance ». Il est donné comme un équivalent de utsãha (enthousiasme). Les deux modes dans les noms desquels le mot rāga apparaît sont Śrī-rāga (délice de la déesse de la fortune), le premier des modes dans la plupart des classifications, et Megha-rāga (délice du nuage), le mode de la saison des pluies. Etant donné l'importance de ces deux modes il n'est pas improbable que le mot rāga ait été ajouté ultérieurement aux autres modes et ait peu à peu remplacé varna
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(couleur) dans le sens de mode. Sauf la Nāradīya-sikşā et le Vāyu-purāņa, tous les autres textes, y compris le Nātya-śāstra, les Purāņa, la Brhaddesī, le Samgīta-makaranda, etc., remplacent le terme varņa par rāga, nous donnant ainsi un élément important pour la détermination de leur époque. Il est intéressant de noter que le mot varna de la citation du Gītālamkāra dans le Pañca-tantra a été remplacé par rāga dans l'édition de Bombay par un copiste ou par l'éditeur. Kaśyapa, cité dans le Gāna-śāstra, appelle les modes principaux rāgānga. Le mot grāma qui, dans les autres textes, représente des hepta- cordes, a, dans le Gitālamkāra le sens de « tétracorde » groupe de quatre notes servant de base aux modes. Les grāma du Gītālamkāra partent de Șadja, Rsabha et Gāndhāra et non pas de Sadja, Madhyama et Gāndhāra comme dans les autres ouvrages. Cette différence est très considérable car il ne s'agit plus de deux grāma, Sadja et Madhyama, formes du diatonique, et d'un Gandhāra-grăma théorique, mais de groupes de notes-de-base où prédominent la tonique, la seconde et la tierce, et qui semblent bien être l'origine des grāma. Seuls la Samgīta-sārāvalī (3, p. 6 de notre ms.) et le Samgīta-śiromani (p. 212 de notre ms.) mentionnent cette classification particulière. Le mot tāna qui dans les autres textes représente des figures mélodiques ornementales ou des modes pentatoniques a, dans le Gitālamkāra, son sens original de "ton". Il réfère à des bases d'accompagnement des modes à l'aide d'une ou deux notes de la harpe à quatre cordes ou de bourdons psalmodiés. Le mot tana, veut dire originellement « tendre une corde », « accorder » (tāna veut dire « fibre »), puis "résonner, manifester, montrer". Le mot a pris dans les anciens traités des sens aussi divers que précis. Dans les ouvrages postérieurs au début de l'ère chrétienne, ce terme semble partout indiquer des figures ou dessins mélodiques, des groupes de notes sur lesquels une figure mélodique particulière se développe. C'est une sorte d'ambitus d'un thème pouvant s'étendre d'un demi ton à une octave. Le mot tāna, dans le sens d' «extension », peut aisément exprimer cette idée, aussi les
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textes classiques expliquent-ils qu'une mélodie couvrant moins de cinq notes ne peut constituer un mode mais seulement un tāna, une figure mélodique. Toutefois, un sens plus ancien du mot, que nous rencontrons dans les chapitres sur la musique des Purāna semble se référer à des modes pentatoniques et hexatoniques, envisagés soit comme des modes défectifs, soit au contraire, et plus anciennement, comme les modes fondamentaux par rapport aux modes heptatoniques qui en sont dérivés, ce qui ramènerait la conception des tāna au système du Gītālamkāra qui classe les modes en modes pentatoniques mâles et modes heptatoniques femelles. Dans le Gitālamkāra il semble bien que le mot tāna ait son sens étymologique de «ton », de note de base, ou bourdon d'accom- pagnement qui donne la clef de la mélodie, d'où la définition ancienne du tana comme un ton monotone d'une seule fréquence (eka-śruti).1 Les noms des grāma comme ceux des tāna (tons) diffèrent de ceux qui sont mentionnés dans les Purāna et presque tous les autres textes. Le Samgīta-śiromani mentionne les noms des grāma et des tāna du Gītālamkāra comme appartenant à «la théorie de quelques uns» (kecana) sans en mentionner la source. Toutefois dans la liste des ouvrages consultés apparaît le Vadi-matta-gajānkuśa qui est l'autre nom donné au Gītālamkāra. Le Samgīta-śiromaņi déclare ce système hors d'usage. Le mot tala apparaît deux fois dans le Gītālamkāra dans les expressions sa-tāla (en mesure) (1. 31) et tāla-hīna (sans rythme ou tempo régulier).2 Il n'est pas employé dans son sens ultéricur général de rythme. L'utilisation du mot yati pour « rythme » au lieu du mot tāla place très tôt la tradition que représente le Gitālamkāra. Le mot
1 Voir: Kātyāyana-śrauta-sūtra, 1. 8. 18, Vaitāna-sūtra, Bhāșika-sūtra, Nyāyamālā- vistara, Vājasaneyi-samhitā-prātišākhya et Mahābhārata, II. 133 et 391, XIII. 3888. 2 Tāla-hīna « Ne pas suivre les règles des urtti (tempos de mesure).» (Bhatta-śobhākara, 1. 3. 13)
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tāla (provenant de la racine tād "battre") n'est pas un mot védique. Il apparaît dans quelques Upanisad tardives, le Mahā- bhārata et les Purāņa (sauf le Vāyu). Les mots pāņigha et tādagha (var. tālagha) dans Pāņini III. 2. 55, qui ailleurs se réfèrent au battement du rythme, se rapportent en réalité au sculpteur. Toutefois tāla dans le sens général de « rythme » est un terme essentiel dans le Visnu-dharmottara, le Mārkandeya-purāna, le Nātya- śāstra, le Dattila, le Samgīta-makaranda, la Brhaddeśī et tous les ouvrages ultérieurs. Le mot yati, qui veut dire « rythme » dans le Gītālamkāra, devient un terme mineur dans les ouvrages ultérieurs représentant un aspect peu important du tempo (laya) comme si, pour ne pas l'ignorer complètement, on lui attribuait un sens secondaire. Le mot yati est ensuite entièrement abandonné. C'est donc comme caractères du tempo que trois yati (Go- pucchā, Sroto-gatā et Samā, variable, accélérant et égal) sont men- tionnés dans le Dattila, le Samgīta-makaranda, le Mārkaņdeya-purāņa, le Nātya-śāstra puis plus tard dans le Samgīta-samaya-sāra et le Samgīta-ratnākara. Nous remarquerons que Go-puccha est le seul des noms des yati se retrouvant dans les deux écoles et il y a en tous cas un sens contraire puisqu'il veut dire « régulier » dans le Gītālamkāra et « variable » dans les autres textes. Bhatța-śobhākara (commentaire de la Nāradīya-šikșā, 1. 3. 13) considère le mot tāla comme signifiant « en mesure », et dépendant des vrtti (genres de mesures). Le mot signifierait « mouvement rythmé par des battements de mains » et n'aurait pris que plus tard le sens technique général de « rythme » qui est dans le Gitā- lamkāra représenté par le terme yati. La définition des trois yati est identique à celle des trois sortes de tāla, caccatputa, cācaputa et Sat- pitā-pūtra, des textes ultérieurs. Le mot śruti (micro-intervalle) du Nātya-śāstra, n'apparaît pas dans le Gītālamkāra. Le Gītālamkāra ne parle que de neufqualités du chant (gīta-guņa). Une dixième sama ou sāmya (égalité) apparaît dans la Nāradīya-śikşā.
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Les mots sthāna (octave), rasa (expression), ct laa (tempo) ont le même sens que dans les ouvrages ultérieurs, ainsi que le mot mūrchanā (gamme plagale) que le Gītālamkāra emprunte au système de Nārada. L'absence des alanıkāra parmi les éléments de l'art-musical semble indiquer pour le Gitālamkāra une date très antérieure au Vāvu-purāņa et au Nāļya-śāstra.
LE SYSTÈME MUSICAL DU GĪTĀLAMKĀRA
Beaucoup des termes techniques employés dans le Gītālamkāra se retrouvent, avec un sens différent, dans les ouvrages ultérieurs. Les termes tombés en désuétude sont conservés par respect pour la tradition, toutefois, comme ils ont perdu leur sens, des sens mineurs, plus ou moins bien choisis, leur sont attribués. Ces sens ont d'ailleurs considérablement varié au cours de la longue histoire musicale de l'Inde. Il est donc très important pour interpréter un texte de connaître son époque.
Les grāma
Le Gītālamkāra envisage comme base de la musique trois grāma ou groupes de notes, qui servent de base aux modes. Le mot grāma qui veut dire « village, agglomération » est appliqué ici à des groupes de quatre notes 1 correspondant très probablement à des accords de la harpe à quatrc cordes dont on retrouve des représen- tations dans la sculpture et aujourd'hui encore des spécimens dans le Kāmdeś (Nouristan) Afghan. Ces tétracordes sont fondamentalement différents des hepta- cordes, appelés grama dans les ouvrages ultérieurs. Nous traduisons donc grāma par base-de-gammes et non pas gammes-de-base comme dans notre édition des textes sur la musique des Purāna.
1 D'après les traités sur l'architecture, le village est divisé en quatre quartiers habités par les quatre castes. Il y a peut être une allusion à ce fait dans le choix du mot grāma pour les tétracordes de base.
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Les trois grāma sont ici appelés Nandyāvarta, Jīmūta et Subhadra. Leurs notes sont Sa Dha Pa Ni pour Nandyavarta, Ri Ma Ni Pa pour fimūta, aussi appelé gamme-du-milieu (madhya-grāma) et Ga Sa Ri Dha pour Subhadra, ce qui nous donne, si la gamme de base comporte, comme cela est probable, une tierce et une septième mineures: Do La Sol Sib pour Nandyavarta, Ré Fa Sib Sol pour Fimūta et Mib Re Do La pour Subhadra. Ces bases-de-modes ont donc pour initiale Sadja (Do), Rsabha (Ré) et Gāndhāra (Mib). La gamme de Ré ou gamme-du-milieu a été plus tard interprétée comme une gamme ayant pour initiale la note Madhyama (Fa). Nous supposons la gamme générale comme ayant une tierce et une septième mineures (Mib et Sib), ce qui semble être la formule a plus indiquée pour la logique des tāna et se conforme à la pratique générale ancienne.
Les trois grāma sont: Nandyāvarta-grāma (Sadja-grāma) (base de gamme de Ut)
Fīmūta-grāma (madhya-grāma) (base de gamme de Ré)
ou
Subhadra-grāma (Gāndhāra-grāma) (base de gamme de Mib)
ou
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Ces grăma nous permettent de classer les gammes en gammes de sixte (et seconde) majeures, gammes de sixte (ct seconde) mineures et gammes de quarte augmentee. Ceci correspond aux trois types principaux des gammes hindoues. Les deux premiers grāma sont ascendants, le troisième descen- dant. Pour l'établissement des modes le tout offre un ensemble complet de possibilités d'accords de deux notes, ainsi que nous le verrons à propos des tāna. Aucune des notes de l'heptacorde ne se retrouve dans les trois grāma qui n'ont donc pas de tonique commune. Il semble que l'initiale est pour chacune la tonique principale car cette note fait partie de tous les tāna, ou « tons » d'accompagnement, de deux notes. Ces tana, sont en effet Sa Pa, Sa Dha, Sa Ni dans Nandyavarta (Sa grama); Ri Ma, Ri Ni, Ri Pa, dans Jimūta (Ri grāma) et Ri Ga, Sa Ga, Dha Ga dans Subhadra (Ga grāma). Ceci rapproche le système du Gītālamkāra du système moderne dans lequel la tonique est toujours l'initiale (Sadja) de la gamme, alors que dans le système des Purāna, du Nātya-śāstra et du Samgīta- ratnākara la septième note Nișāda semble être la tonique générale. Si l'instrument servant d'accompagnement a seulement quatre cordes il faut le réaccorder pour chaque grama. Pourquoi alors ne point garder une tonique unique et altérer les autres notes. Probablement parce que ceci impliquerait un dodécaphone de base où chaque note peut être altérée, alors qu'à l'aide d'un changc- ment de tonique nous obtenons les altérations usuelles dans l'heptaphone mêmc. Nous pouvons jouer ou chanter tous les accords de deux notes, majeurs ou mineurs, nécessaires à l'accom- pagnement des divers modes, sans sortir de l'heptacorde, et nous pouvons de plus varier la hauteur de la tonique selon les voix. Aspects fondamentaux de la musique indienne dans l'anti- quité, les grāma ne correspondent plus, dès une époque fort ancienne, à des classifications réellement importantes. Le Nātya- sāstra semble faire des gammes de Sadja (première note) et de Madhyama (quatrième note) deux formes du diatonique (pytha- goricien et harmonique) peut être sous une influence grecque. Lc
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Gāndhāra grāma n'a déjà plus de sens. On le déclare « reparti pour le ciel ».
Les Svara (notes) Les svara ou notes sont au nombre de sept et portent les mêmes noms que dans les autres traités. La première syllabe de chaque nom est utilisée pour solficr les mélodies. La tonique est dans chaque cas l'initiale du grāma ramenant les modes à des altérations des notes et non pas à des formes-plagales. Le Gītālamkāra ignore les deux notes additionnelles kākalī Nişāda (Ni, Sib, élevé d'un demi ton) et antara Gāndhāra (Ga, Mib, élevé d'un demi ton) qui apparaissent dans la Nāradīya-šikșā, Dattila, Kohala et le commentaire de la Brhaddesi mais non point dans les Purāna. Dattila et Kohala sont l'un et l'autre men- tionnés dans le Nātya-sāstra. En fait le système du Gītālamkāra ne comprend aucun terme pouvant représenter une altération des notes. Nous n'avons pas d'indication précise sur une gamme naturelle dont les modes seraient les altérations, ce qui impliquerait un dodécaphone qui ne semble pas exister. Les modes étant envisagés comme des groupes de notes créant un sentiment, une couleur (varņa) particulière dans le cadre des trois grāma. Nous ne rencontrons pas non plus la notion d'accord exact, de śruti. La division de l'octave en 22 ou en 12 n'apparaît pas dans le système du Gītālamkāra.
Les tāna (tons) Les tāna ou « tons » (grec óvos, latin tonus) représentent les notes des grāma, sons de harpe ou bourdon vocal, utilisées pour accompagner le chant. L'instrument traditionnel à quatre cordes servant à accompa- gner le chant s'appelle aujourd'hui encore tāna-pūrā (demeure des tāna). Il donne généralement les notes, Do1, Sol1, Do2, Sol2 correspondant au redoublement du tāna supratīka du Nandyāvarta- grama. Les musiciens de l'école de Gwalior accompagnent encore
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XX LE GĪTĀLAMKĀRA
souvent leurs improvisations d'une septième mineure qui s'ajoute à la tonique. C'est le tāna Vāruņa du Nandyāvarta-grāma. Dans chaque grama on peut utiliser une ou deux cordes pour accompagner le chant et on peut jouer les notes correspondantes à un rythme plus ou moins rapide, d'où des tāna où chaque note dure un temps, deux temps ou trois temps. Le Gītālamkāra définit deux sortes de tāna: ceux d'une note et ceux de deux notes. Le tăna d'une note est simplement la répéti- tion, à une cadence donnée, de la tonique ou d'une autre note importante qui sert à la fois de base au mode et au mouvement. Il semble probable que dans les cas où le tāna ne donne pas la tonique, un autre instrument, les percussions par exemple, suffisent. Il ne peut s'agir d'une question de simple hauteur de son, puisque le chanteur peut accorder sa harpe à la hauteur qui lui convient, mais cela permet de donner la couleur de l'intervalle principal du mode. Les tāna de deux notes sont une méthode d'accompagnement où la tonique de chaque grāma est donnéc avec l'une des autres notes de la gamme formant ainsi une armature qui sert de base aux modes. Dans la musique modale, chaque note est pensée par rapport à la tonique et a donc une valeur harmonique que le tāna fait ressortir et soutient. Tāna-karman veut dire « accorder sa voix », « chercher la tonique », eka-tāna veut dire « jouer avec ensemble ». Un instrument populaire très ancien à deux cordes est appelé communément eka-tāra (à une corde) ce qui semble absurde. Le nom ancien pourrait avoir été eka-tāna (permettant de jouer un tāna à la fois). C'est en effet l'instrument d'accompagnement fondamental et suffisant de toute la musique populaire. Il semble probable qu'on pouvait aussi chanter en bourdon, ou täna, en répétant sa note à un rythme régulier comme cela se pratique encore dans les pallavi du Sud de l'Inde, et dans la musique populaire de l'Inde du Nord et de l'Himālaya. Dans le Nandyāvarta-grāma (Sa Dha Pa Ni), si la gamme est, comme cela semble probable:
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INTRODUCTION xxi
les principaux tāna ont la forme: Jaya (1) Mitra (8)
etc. etc.
Supratīka (5) Śveta (12)
etc. etc.
Viśāla (6) Vāruņa (7) ..
etc. etc.
Vijaya (2)
Śatrughātaka (4)
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xxii LE GĪTĀLAMKĀRA
Dans le Jimūta-grāma (Ri Ma Ni Pa), la gamme de base, si elle est la même, devient, la tonique étant Ri:
ou
les tāna ont la forme: Citra (1)
d etc.
Citra-pada (2)
Ersna (3)
Sūkşma (4)
etc.
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INTRODUCTION XXI1
Rakta (5)
etc.
Svarūpa (6)
etc.
Aśva-krānta (7)
etc.
Dans le Subhadra-grāma (Ga Ri Sa Dha), la gamme de base, si elle est la même, devient, la tonique étant Ga:
ou
les tāna ont la forme: Āyuşya (1)
etc.
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xxiv LE GĪTĀLAMKĀRA
Pūrņa (2)
Geha (3)
Subhaga (4)
Sukhāvaha (5)
Paundarīka (6)
Aja (7)
ete.
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INTRODUCTION XXV
Les 49 tons-d'accompagnement (tāna)
I. Dans le Nandyāvarta-grāma (Sa Dha Pa Ni: Do La Sol Sib) 1. Jaya (Sa, Do, un temps) 9. Gāruda (Pa, Sol, deux temps) 2. Vijaya (Pa, Sol, un temps) 10. Daivika (Dha, La, deux 3. Mangala (Dha, La, un temps) temps) 4. Satru-ghātaka ou Ripu-mardana 11. Saumya (Ni, Sib, deux (Ni, Sib, un temps) temps) 5. Supratīka (Sa Pa, Do Sol, un 12. Śveta (Sa Pa, Do Sol, deux temps chacun) temps chacun) 6. Viśāla (Sa Dha, Do La, un 13. Pita (Sa Dha, Do La, deux temps chacun) temps chacun) 7. Varuna (Sa Ni, Do Sib, deux 14. Suvarna (Sa Ni, Do Sib, temps chacun) deux temps chacun) 8. Mitra (Sa, Do, deux temps)
II. Dans le Jīmūta-grāma
(Ri Ma Pa Ni: Ré Fa Sol Sib ou, transposé en Ut: Do Mib Lab Fa)
- Citra (Ri, Ré, un temps) 12. Sthira (Ri Ma, Ré Fa, deux 2. Citrapada (Ma, Fa, un temps) temps chacun) 3. Krsna (Ni, Sib, un temps) 13. Dirgha (Ri Ni, Ré Sib, 4. Sūkșma (Pa, Sol, un temps) deux temps chacun) 5. Rakta (Ri Ma, Re Fa, un 14. Hrasva (Ri Pa, Ré Sol, temps chacun) deux temps chacun) 6. Svarūpa (Ri Ni, Ré Sib, un 15. Brāhma (Ri, Ré, trois temps) temps chacun) 16. Rākșasa(Ma, Fa, trois temps) 7. Aśva-krānta (Ri Pa, Ré Sol, 17. Atura (Ni, Sib, trois temps) un temps chacun) 18. Vibhava(Pa, Sol, trois temps) 8. Gaja-krānta (Ri, Ré, deux 19. Sāttvika (Ri Ma, Re Fa, temps) trois temps chacun) 9. Bhima (Ma, Fa, deux temps) 20. Bhaika (Ri Ni, Ré Sib, 10. Bhīma-krta (Ni, Sib, deux trois temps chacun) temps) 21. Guņa (Ri Pa, Ré Sol, 11. Cala (Pa, Sol, deux temps) trois temps chacun)
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xxvi LE GĪTĀLAMKĀRA
III. Dans le Subhadra-grama (Ga Ri Sa Dha: Mib Re Do La ou, transposé en Ut, Do Si La Fa#)
- Ayusya (Ga, Mib, un temps) 8. Tārakāmaya (Ri, Ré, deux 2. Pūrņa (Ri, Ré, un temps) temps) 3. Geha (Sa, Ut, un temps) 9. Vidheya (Sa, Ut, deux temps) 4. Subhaga (Dha, La, un temps) 10. rājnika(Dha,La, deux temps) 5. Sukhavaha (Ri Ga, Ré Mib 11. Punya (Ri Ga, Ré Mib un temps chacun) deux temps chacun) 6. Paundarīka (Sa Ga, Do Mip 12. Vātsalya (Sa Ga, Do Mib un temps chacun) deux temps chacun) 7. Hja (Dha Ga, La Mib 13. Satya (Dha Ga, La Mib un temps chacun) dcux temps chacun)
Les Varņa
Les modes, que le Gitalamkāra appelle varna (couleurs) et non pas encore rāga (délices), sont divisés en trois groupes: douze varņa mâles, douze femelles et douze engendrés. Cette manière de classer les modes est distincte de la classification des mūrchanā ou échelles plagales de sept notes de l'heptaphone. Bien que la classification des mūrchana, que le Gītālamkāra attribue à Nārada, soit devenue la classification savante, l'autre classification, plus ancienne, représente le système dont l'origine est attribuée à Siva et remonte à la nuit de la préhistoire indienne. Cette classification est restée la tradition populaire dans une grande partie de l'Inde, en dépit de la théorie savante. Nous la voyons transparaître à travers les textes et reparaître comme la classification populaire dès que l'école savante sanscrite tombe cn désuétude. Elle redeviendra la base de la musique du Nord de l'Inde au 14e siècle lorsque s'effondrera la culture sanscrite, et elle restera jusqu'à nos jours une classification courante. Dans le système originel de Siva, qui est une classification vocale et non instrumentale, il semble que les modes mâles étaient des pentaphones que nous retrouvons sous les mêmes noms à travers toute l'histoire de la musique indienne. Le Gītālamkāra ne
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INTRODUCTION xxvii
spécifie pas clairement que les modes mâles sont pentatoniqucs, mais le fait que des modes de mêmes noms sont considérés comme pentatoniques par les plus importants des auteurs ultérieurs en particulier le Samgīta-makaranda, le Samgīta-samaya-sāra, la Brhaddeśī, le Samgīta-ratnākara, etc., rend presque certaine la probabilité que ces modes, dont la plupart existent encore, sont vraiment des pentaphones. Ils sont donc analogues aux modes slendro (=śailendra) de Java qui furent eux aussi attribués à Siva dont le nombre « 5 » est le symbole. Les auteurs ultérieurs en déduisirent probablement que les notes des modes mâles sortirent des cinq bouches de Śiva. Les modes féminins et les modes engendrés sont des hexaphones et des heptaphones mais la plupart n'ont pas conservé les noms que leur donne le Gītālamkāra et nous en savons trop peu de chose aujourd'hui pour en identifier plus que quelques uns. Nous donnons dans le chapitre sur le varna une notation des principaux modes, que nous essayons d'interpréter d'après les textes anciens et la tradition. Cette interprétation peut être erronée dans le détail puisque nous n'avons pas de certitude concernant la gamme-de-base considérée comme sans altérations à diverses périodes ni la note considérée comme tonique. Toutefois ces notations suffisent à donner une idée du système et représentent une forte probabilité.
Les mūrchanā (échelles-modales) La classification des mūrchanā, ou échelles-modales plagales obtenues par permutation de la tonique dans l'heptaphone, n'est pas nécessaire dans le système musical du Gītālamkāra et ne semble pas en faire partie. Toutefois la théorie des mūrchanā, qui devait avoir déjà pris une certaine importance à l'époque, est mentionnée, pour mémoire, comme faisant partie du système de Nārada. Les noms des mūrchanā sont pour la plupart les mêmes que ceux que nous trouvons dans les ouvrages attribués à Nārada, particulièrement la Nāradīya-śikșā et le Samgīta-makaranda. Les Purāņa et les autres ouvrages classiques donnent les mêmes
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xxvili LE GĪTĀLAMKĀRA
noms aux mêmes gammes, mais les arrangent dans un ordre différent. De plus les mūrchanā sont classées dans le Gītālamkāra en partant successivement des notes de la gamme montante alors qu'elles suivent la gamme descendante dans les autres ouvrages. Des mūrchanā de mêmes noms (et partant des mêmes notes) font partie du Subhadra (Gāndhāra) grāma dans le Gītālamkāra et du Sadja et Madhyama-grāma dans le Visnu-dharmottara et autres textes. La différentiation du Sa et du Ma grāma dans la littérature ultérieure étant un détail d'accord n'affecte pas considérablement ces gammes modales qui ont pu aisément être classées dans l'une ou l'autre.1 Dans le chapitre sur les mūrchanā (6. 17) la base-de-gamme Jimuta est appelec madhya-grama, « gamme du milieu », et serait, là aussi la gamme de Rsabha, intermédiaire entre les gammes Subhadra (Gandhara) ct Nandyavarta (Șadja). Dans le distique onze du chapitre sur les mūrchanā, la gamme Subhadra (gamme de Gandhāra) est appeléc troisième gamme (Trtīya-grāma). Dans la description des mūrchanā, la première mūrchanā de chaque grāma part de Sa, alors que dans les autres textes elle part de la première note du grāma. Le Gītālamkāra emprunte ses mūrchanā au système de Nārada. Toutefois les mūrchanā qui appartiennent au Sadja-grāma dans les ouvrages attribués à Nārada sont classées ici comme mūrchanā de Subhadra, qui est le Gāndhāra-grāma du Gītālamkāra, et les mūrchanā du Gāndhāra-grāma dans la Nāradīya-šikșā sont ici attribuécs à Nandyāvarta, c'est-à-dire au Sadja-grāma. La classification des mūrchanā dans les Purāna et le Nātya-śāstra implique une harpe à sept sons descendants dont la plus haute note est le Sa, la plus grave le Ri. La gamme de Sa est appelée Uttara-mandrā (dont la note de base est à l'aigu) ou Uttara-varnā (mode de la plus haute). La gamme de Sa est la première, celle de Ni la deuxième, celle de Dha la troisième, etc.
1 Voir chapitre 6 notes sur le distique 18, p. 95.
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INTRODUCTION xxix
Nous pouvons donc comprendre le flottement entre trois systèmes celui où la note grave est le Sa et où la note aiguë, le Ni, est la tonique, celui où la note aiguë est le Sa et est tonique, et celui où le Sa grave est tonique. Le Gītālamkāra dont la tonique est le Sa grave reprend le système de Nārada dont la classification est l'inverse de celle des Purāna. La gamme de Sa est la première, celle de Ri la deuxième, etc. Nous connaissons les notes initiales des mūrchanā du Sadja- grāma dans les Purāna, la Nāradīya-šiksā et le Gītālamkāra et nous pouvons voir que, bien que l'ordre de classement soit inverti dans les Purāna, les gammes sont bien de même initiale.1 Toutefois pour les autres grāma, nous n'avons pas dans la Nāradīya-śikșā les initiales des mūrchanā de Nārada, et la question se pose de savoir si elles sont de la forme donnée par le Gītālamkāra bien qu'elles portent les mêmes noms ou des noms similaires à ceux des Purāņa, du Samgīta-ratnākāra, du Nātya-śāstra, etc. Un troisième système de mūrchanā est donné dans le Samgīta-dāmo- dara. Du point de vue des notes et des gräma cette division semble correspondre à la division classique des Purāna, du Nātya-śāstra et du Samgīta-ratnākara. La première mūrchanā du Șadja-grāma part de Sa, la deuxième de Ni; la première du Madhyama-grāma part de Ma, la deuxième de Ga etc. mais les noms de ces mūrchanā diffèrent.2
Les bhāșā Le chapitre sur les bhāșā nous donne des exemples de quarante deux langages dans lesquels les chants populaires peuvent être chantés. Une phrase typique est donnée dans chacun de ces langages. Ces divers idiomes ont évidemment été notés d'oreille et reproduits par des copistes pour lesquels ils n'avaient aucun sens. Ceci rend leur interprétation difficile. Toutefois il s'agit là d'un
1 Le Samgīta-ratnākara cite les mūrchanā de Nārada mais ne donne pas leurs initiales. Kallinātha en donne une interprétation erronée mais Nānya-deva les interprète correctement et conformément à la Nāradīya-sikşā et au Gītālamkāra. 2 Voir Appendice: Tableau comparatif des échelles-modales. --
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XxX LE GĪTĀLAMKĀRA
document intéressant sur les langues parlées dans l'Inde et dans les pays avec lesquels elle était en contact dans une période peut être fort ancienne. Le problème vient de ce qu'il ne s'agit point ici de simples phénomènes de transcription ou d'évolution phonétique mais d'erreurs graphiques commises par des générations de copistes qui ne comprenaient rien aux textes copiés. N'ayant pas la possibilité de tenter une analyse dans la plupart des cas, nous reproduisons le manuscrit tel qu'il est pour permettre aux spécialistes qui s'y intérésseraient d'en faire l'étude. Il se peut qu'une notation musicale, syllabique ou autre, ait accompagné ces textes mais elle a depuis longtemps disparu.
Note sur la traduction Dans la traduction nous avons, lorsque nous n'avons pu faire autrement, cherché la clarté du sens, plutôt que l'exactitude de la relation grammaticale et du genre des mots. Il nous a paru qu'il était plus important d'indiquer clairement le sens technique des termes, qui n'est pas généralement connu, plutôt que de faire un mot à mot. Les références aux ouvrages non-publiés sont données d'après les manuscrits et copies modernes de notre collection.
OUVRAGES CITÉS
(A) Textes imprimés Abhinava-bhāratī d'Abhinava-gupta, commentaire du Nātya-śāstra, vols. I à III, Gaekwad's Oriental Series, Baroda. Amara-kośa, commentaire de Kșīrasvāmin, Poona Oriental Series, N° 43, Poona, 1941. Bharata-kalpalatā-mañjarī, édition de Bangalore. Bharata-kośa de R. Rāmakrsna Kavi, Śrī Venkateśvara Oriental Series, N° 10, Tirupati, 1956. Brhaddeśi, Trivandrum Sanskrit Series, N° 94, 1928. Caturdandi-prakāšikā de Venkața-makhin, Music Academy, Madras, 1934.
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INTRODUCTION xxxi
Catvārimsucchata-rāga-nirūpana, Music Academy, Madras, 1914. Nāradīya-śikșā, commentaires de Bhatta-śobhākara et de R. Nārāyaņasvāmi Dīkșita, Journal du Mysore Sanskrit College, Mysore. Natya-darpana de Ramacandra et Gunacandra, Gaekwad's Oriental Series, N° 48, Baroda, 1929. Nātya-sāstra, Nirņaya Sagar Press, Bombay, 1943. Nātya-śāstra, Chowkhamba Sanskrit Series, Benares. Pañca-tantra, texte hindou, Bombay. Pañca-tantra, texte jaina, Harvard Oriental Series, vol. 11, 1903. Rāga-candrikā, Bombay, 1919. Rāga-tarangiņī de Locana, Darbhanga, 1934. Rāga-vibodha avec le commentaire de Somanātha, Adyar Library Series, N° 48, Madras. Sabda-kalpa-druma, Dictionnaire de Rājā Rādhākānta-deva, édité par B. P. Vasu et H. P. Vasu, Calcutta, 1886. Samgita-darpana de Damodara, Calcutta, 1881. Smsita-mataranda, Gaekwad's Oriental Series, N° 16, 1920. Samgīta-pārijāta de Ahobala, Samgīta Kāryālaya, Mathras. Samgīta-ralnākara (vols. 1 à 4) avec les commentaires de Kallinätha et Simha-bhūpala, Adyar Library, Madras, 1943, 1944, 1951, 1953. Samgīta-samaya-sāra, Trivandrum Sanskrit Series, 1925. Samgīta-sārāmrta de Tulaja-raja, Music Academy, Madras, 1942. Samgita-sudha, Music Academy, Madras, 1940. Samgīta-sudhakara de Haripala, Bombay, 1917. Siva-tattva-ratnākara de Basava-rāja, B. P. Nath & C°, Madras, 1927. Svara-mela-kalā-nidhi de Rāmāmātya, Annamalai University, 1932. Vāyu-purāņa, Textes des Purāna sur la theorie musicale, Publications de l'Institut Francais d'Indologie, N° 11, 1958. Visnu-dharmottara, Textes des Purāna sur la théorie musicale, Publications de l'Institut Français d'Indologie, N° 11, 1958. rājñavalkya-šiksā (Šiksā-samgraha, p. 1-45), Benares Sanskrit Series, 1893.
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xxxii LE GĪTĀLAŅKĀRA
(B) Textes manuscrits Abhinaya-lakşana (Ādi-bharata), ms. N° D. 10661, Tanjore. Anūpa-rāga-sāgara de Anūpa-simha, ms. N° 3345, Bikaner. Aumapata, ms. Bhandarkar Oriental Research Institute, Poona. Bharata-bhāsya (ou Sarasvatī-hṛdayālamkara) de Nānya-deva, ms. N° 312, Bhandarkar Oriental Research Institute, Poona. Dākșiņī-rāga-mālā, ms. N° 884, Bhandarkar Oriental Research Institute, Poona. Gāna-śāstra, ms. N° 8316, Asiatic Society, Calcutta, contient des fragments du Gītālamkāra reliés avec un ouvrage attribué à Skanda mais différent du texte imprimé du Skanda-purāna. Gāndharva-veda ou Gāndhārva-vidyā, ms. N° 8245, Asiatic Society, Calcutta. Gīta-prakāśa, ms. N° 11619, Oriental Institute, Baroda. Nāda-dīpikā, ms. rayon 1, N° 2, Ramnagar Library, Benares. Nātya-cūdāmaņi, de Somanārya, ms. D. N° 12998, Government Oriental Manuscripts Library, Madras. Pañcama-samhitā de Nārada, ms. N° 17/8, Ramnagar Library, Benares. Rāga-ratnākara de Gandharva-rāja, ms. D. 10811, Sarasvatī Mahal Library, Tanjore. Rāgārņava de Nandikeśvara, ms. Rāga-sāgara, ms. D. N° 13015, Government Oriental Manuscripts Library, Madras. Rasa-kaumudī, ms. N° 13799, Oriental Institute, Baroda. Samgīta-candra de Vipra-dāsa, ms. N° 13930, Oriental Research Institute, Baroda. Samgīta-damodara, ms. N° 1486, India Office Library, Londres. Notre ms. en est une copie corrigée d'après le ms. de Paris (Bibliothèque Nationale). Samgīta-kāmada, ms. N° 33 C. 7, Adyar Library, Madras. Samgīta-kautuka, ms. N° G. 10144-73-E 2, Asiatic Society, Calcutta. Samgītāloka, cité dans le Bharata-kośa. Samgīta-nārāyaņa, ms. N° 480, Bodleian Library, Oxford. Samgīta-pārijāta, ms. N° 13006, Oriental Institute, Baroda.
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INTRODUCTION XXX111
Samgita-rāja, de Kumbha, ms. Bikaner et citations dans le Bharata- kośa. Samgīta-ratnāvalī de Soma-rāja-deva citations prises dans le Bharata- kośa. Samgīta-sāra, cité dans le Bharata-kośa. Samgita-muktāvali, de Devaņācārya, ms. Tanjore Library. Samgīta-sārāvalī, ms. N° 4/16, Ramnagar Library, Benares. Samgīta-sāroddhāra de Kīkarāja, ms. N° 838, 1886-92, Bhandarkar Oriental Research Institute, Poona. Samgīta-sāroddhāra de Sudha-kalaśa, ms. N° 13271, Oriental Institute, Barcda. Samgīta-śiromani, ms. N° 1713, Asiatic Society, Calcutta. Samgīta-vidyābhidhāna, ms. N° 8486, Asiatic Society, Calcutta. Saundarya-laharī avec le commentaire de Gaurīkānta, ms. Adyar Library, Madras. Svara-tālādi-lakșaņa, ms. Trivandrum. Vīņā-prapāthaka, ms. N° 535, Oriental Institute, Baroda.
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LE GĪTĀLAMKĀRA
(Rhétorique musicale)
गीतालंकारः
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श्रीः
ओं॥ स्वस्ति श्रीगोगीर्भ्यो नमः ॥
गीतलंकार:
प्रथमोऽव्यायः
[गीतलक्षणम्]
'प्रणम्य भरतो भक्त्या 'सर्वदं शिवदं शिवम्६। गीतस्य लक्षणं प्राह वादिमत्तगजाङ्कुशम् ॥ १॥ *सर्वेषामेव लोकानां दुःखशोकविनाशनम्। यस्मात् संदृश्यते गीतं सुखदं व्यसनेष्वपि॥ २॥
6भूयिष्ठमेव लोकानां सुखमिच्छन्ति नित्यशः। तस्य मूलं भवेद्ीतं सुवर्च: संपदामिव॥ ३ ॥
धर्मार्थकाममोक्षाणां 8साधनं गीतमुच्यते। ·यतस्ततः प्रयत्नेन गेयं1 श्रोतव्यमेव च ।। ४ ॥
1 Ce distique est reproduit dans le Gāna-śāstra, 1. 2 सर्वदा Gana-sastra. 3 स्वयम Gana-sastra. सर्वेषामपि लोकानां गीतं प्रीतिदमुच्यते। (Samgīta-sāroddhāra par Sudhākalaśa, 1.9) *भूइष्टमेव ms. 8 सुवध: ms. ? Les distiques 4 à 8 sont reproduits dans le Gāna-śāstra, 2-6. 8 इदमेवैकसाधनम् Samgita-darpana, 1.29, Samgita-ratnakara, 1.1.30; इयमेव हि साधनम् Svara-mela-kala-nidhi, 3.6; इदमेव हि साधनम् Vina-prapathaka, 12, Samgita- makaranda, 1.1.24; नियमे वृद्धिसाधनम् Samgita-saroddhara, 1.30; प्रदात्रखिलसंमतम् Samgraha-cūdāmaņi, 3. 23. *यतस्ततष्प्रयल्नेन ms. 10 ज्ञेयं Gana-sastra, 2.
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LA RHÉTORIQUE MUSICALE
(Gītālamkāra)
AUM. Je salue [les trois déesses], Fortune (Srī=Laksmī), Lumière (Go=Gauri), et Parole (Gir=Sarasvati), et m'incline [devant elles.]
CHAPITRE I
[DÉFINITION DE L'ART-MUSICAL (GĪTA-LAKȘAŅA)]
S'étant pieusement prosterné devant le Propice (Siva), de qui nous vient la paix et toutes grâces, Bharata donne de l'art-musical (gīta) une définition [qui est un] crochet [capable] de contrôler les éléphants ivres [que sont ses] contradicteurs.1 1.
L'art-musical nous apporte la joie au milieu de nos peines (vyasana).2 Il apparaît comme le destructeur de la douleur et de la tristesse de tous les univers.3 2.
Le bonheur des mondes est, par dessus tout, désirable. L'art- musical en est la source, comme l'énergie est la source de l'accom- plissement. 3.
Le moyen de réaliser [les quatre buts-de-la-vie], vertu, succès, plaisir et libération, est appelé art musical (gīta). C'est pourquoi chacun doit s'appliquer à chanter et à écouter. 4.
1 Ce distique est reproduit dans le Gāna-šāstra, 1. 2 Les huit vyasana ou passions qui sont la cause de nos souffrances. 3 « La musique fait gagner l'affection de tous les mondes.» (Samgīta-sāroddhāra, 1.9)
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4 LE GĪTĀLAŅKĀRA
*गुरुदेवद्विजातीनां 'यत्पुरो गीयते नरैः। तद्धर्माय भवेत्तेषां स्वर्गाय विजयाय च । ५ ॥
भूमिपार्थ तु यद्रीतं 'तदर्थ जनयेत्म्फुटम्"। सन्मानं 'भोगसंभारत्ति प्रसिद्धिं च धरातले ॥ ६ ॥।
यद्गीतं रमणीकर्णे मधुरं याति कृत्स्ररः। तेन काममवान्नोति यद्यपि स्याहविरूपकः।। ७।।
निष्कलं"' वर्धमानादि8 गीयते यत्स्वशक्तितः तन्मोक्षाय भवेत्पुंसां निष्कामानामसंशयम्॥८॥
कृत्वा पापसहस्राणि वेणुर्नाम" महीपतिः। धर्मगीताद्विपाप्मासौ संपाप्तस्त्रिदशालयम् ॥ ९ ॥ रावणो भर्गमाराध्य गीतेनैश्वर्यतां गतः । कम्बलाश्वतरौ नागौ विभूर्ति परमां गतौ ॥ १० ॥
कुष्ठी शूद्रो टको 12नाम वर्धमाने पुरे पुरा। हत्वा कान्तं स्वरूपाढयं 13गीतलौल्यात्स्तया दृतः ॥ ११ ।।
नारद: पर्वतो रैभ्यो गन्धवौं च हहाहुहू। एते गीतादूता मोक्षं तथान्ये जनकादयः ॥ १२॥
1गुलुदेव ms .; गुरुदेव Gana-sastra, 3, Samgita-saroddhara, 2.36, Samgita- sudhākara, 1.474. 2 पूजनोद्युक्तमानसा: Samgita-saroddhara, 2.36; पूजनोत्सुकमानसा: Samgita-sudhakara, 1.474. 8तत्सर्व Gana-sastra. 4 फलं au lieu de स्फुटमू Gana-sastra. 5 संपदो प्राततिं Gana-sastra. 6विरूपकम Gana-sastra. 7स्वेच्छया'Gana-sastra. 8 वर्तमानोऽपि Gana-sastra; वर्द्धमानादि ms. १तेषां pour पुंसां Gana-sastra. 1 वेणुर्नामा ms. 10 निष्कामं च न संशय: Gana-sastra. 12 नामा ms. 13 गीतलौलात् ms.
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CHAPITRE PREMIER 5
Chanter devant les maîtres, les dieux, les brahmanes, conduit les hommes a la vertu, au paradis et au succes. 5.
La musique chantée pour le roi est la source de grandes richesses, d'honneurs, de plaisirs et de gloire en ce monde. 6.
Lorsqu'un doux chant pénètre l'oreille d'une belle, [le chan- teur], meme laid, obtient tout ce qu'il veut. 7
Sans nul doute les hommes sans désir, qui chantent selon leur capacité, [en improvisation] libre 1 ou dans les divers [styles de chants] tels que Vardhamana2 atteignent la 'liberation-de-l'âme (mokşa). 8.
Un roi nommé Veņu (Flûte), qui commit des péches sans nombre, fut purifié de ses fautes par des chants religieux (dharma- gīta) et atteignit la demeure des dieux. 9.
En vénérant avec des chants, le Resplendissant (Bharga = Śiva), [le démon] Rāvaņa (le hurleur) obtint la royauté suprême; les serpents Kambala et Aśvatara gagnèrent des richesses sans égales. 10.
Jadis, dans la cité de Vardhamana, un esclave lépreux nommé Vrka [le loup], fut aimé d'une femme, séduite par ses chants et dont il avait tué le très charmant époux. 11.
[Les sages]. Nārada, Parvata, Raibhya, les musiciens-célestes (gandharva) Haha et Huhū et bien d'autres, tel [le roi] Janaka, atteignirent par leurs chants la Liberation. 12.
1 Niskala (sans rythme), élaboration purement mélodique du mode. 2 Vardhamāna est l'un des sept styles-de-chant (gītaka) mélodiques. Voir Dattila, 222-232, Nātya-sāstra, 31.263-267, Visnu-dharmottara, 18.21, note 1, p. 112 de notre édition.
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6 LE GĪTĀLAŅKĀRA
किं चित्रं यद्विवेकज्ञा: स्युर्गीतेन वशे नृपाः। 'अप्यरण्यचरा गीताद्वशं यान्ति मृगा यतः ।। १३।। तृणादोऽपि पशुर्मूर्खों वनवद्धोऽपि यः पशुः। सोऽपि गीताद्वशं याति मृगो भूपेषु का कथा॥ १४ ॥ सुवर्णरचितं शुद्धं गीताङ्गैः सकलैर्युतम्। गायन् भूमिपतेर्वृद्धिमात्मनश्च यशो भवेत् ॥ १५ ॥ यस्य नो ज्ञायते वंशो न च नाम महीतले। सोऽपि सद्वीतवात्सल्याद्रीयते वसुधाधिपः ॥ १६ ॥ अमराप्तला मैर्गीतज्ञैः परपक्षाश्रितैरपि। सद्गीतसंश्रयाद्दूपा गीयन्ते निःस्पृहैरपि॥ १७ ॥ यदि न स्युर्नरेन्द्राणां सद्गीतज्ञाः प्रगायनाः। न द्योतयेद्यशोऽलोकात्तन्नूनं घटदीपवत् ॥ १८ ॥ यो यस्य कीर्तयेत् कीर्ति सद्वीतेन *महीपतेः। किं वा नोपकृतं तेन तस्यात्र सुहृदा स्वयम् ॥ १९ ॥ 5नान्यद्वीतात्मियं लोके देवानामपि विद्यते०। शुद्धात्स्ायुस्वराहादात्त्यक्तस्त्यूक्षेण रावणः ॥। २०।।
2 Une meilleure lecture serait वृद्धिर au lieu de वृद्धिम donnant le sens: "On doit chanter de pures (mélodies) composées dans de beaux modes, ... et ainsi obtenir la prospérité pour le roi et la gloire pour soi même." 3 वंशं ms. महीयते ms. Ce distique est.reproduit dans le Pañca-tantra. नान्यद्वीतात्प्रियं लोके देवानामपि दृश्यते। शुष्कस्त्नायुस्वराह्हादात् त्र्यक्षं जग्राह रावण :* ।। (Pañca-tantra, aparīksīta-kāraka, 6. 55, édition de Bombay) * शुष्कस्त्नायुरवैरीशं ररञ्जे रावणः पुरा। (ibid., 5. 43, Harvard Oriental Series, Vol. 11) 6 दृश्यते Panca-tantra.
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CHAPITRE PREMIER 7
Pourquoi nous étonner si des rois, pleins de sagesse, sont charmés par la musique lorsque même les animaux de la forêt sont fascines par des chants. 13.
Les stupides animaux mangeurs d'herbe et les vieux animaux de la forêt sont captivés par la musique. Si c'est le cas des bêtes, que dirons-nous des rois? 14.
On devient célèbre en chantant l'éloge des rois en de pures [mélodies] composées dans de beaux modes (varna) et comportant toutes les parties-du-développement-musical (gītānga).1 15.
Pour l'amour de la musique on chante l'éloge de rois dont le ncm et la race sont sans gloire sur la terre. 16.
L'éloge d'un roi peut être chanté par d'habiles musiciens dans le seul but de faire de la bonne musique, même s'ils n'en espèrent nul avantage et appartiennent au clan de ses rivaux. 17.
S'il n'existait des musiciens habiles pour chanter l'éloge des rois, leur gloire, telle une lampe dans une urne, ne resplendirait pas, demeurant inconnue. 18.
Quel service d'amitié ne rend pas à un roi celui qui chante sa gloire en de beaux chants? 19.
Rien n'est plus agréable aux dieux que la musique. [Śiva] aux trois yeux, charme par les pures notes qu'il tirait d'un boyau séché, libéra [le démon] Rävaņa (le hurleur).2 20.
' Voir plus loin, chapitre 4, distiques 1 à 3, pour les gītānga. 2 « Même pour les dieux, rien n'est plus agréable en ce monde que la musique. [Le démon] Rāvana sut captiver [Siva] aux trois yeux par la joie des notes tirées d'un boyau séché.» (Pañca-tantra, aparīksita-kāraka, 6. 55, édition de Bombay.) Si nous conservons, dans le texte du Gītālamkāra, la lecture « śuddhāmnāya- svarāhlādāt », le sens devient: «par les pures notes des Vedas » au lieu de « par des sons tirés d'un boyau séché ».
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8 LE GĪTĀLAŅKĀRA
[नब-विध-गीतम्] 'रक्तं पूर्ण मसन्नं च व्यक्तं 2व्युत्कृष्टमेव च। अलंकृतं 5तथा श्रक्ष्णं मधुरं सुकुमारकम् ॥ २१॥
तद्गीतं नवधा प्रोक्तं सम्यग्गीतविचक्षणैः । तस्य रूपाणि वक्ष्यामि पृथकूत्वेन यथाक्रमम् ॥२२॥
1 Ce distique est reproduit dans le Gāna-sastra, 62. 2 व्यत्कृष्टम् ms; विक्रुष्टम Naradia-siksa, 1.3.1; विकृष्टम Samgita-ratnakara, 4.373; विस्पष्टमू Gana-sastra. 3 च सुश्लक्ष्णं au lieu de तथा श्रक्ष्णं Gana-sastra. रक्तं पूर्णमलंकृतं प्रसन्नं व्यक्तं विक्रुष्टं श्क्ष्णं समं सुकुमारं मधुरमिति गुणाः । (Nāradīya-śikşā, 1. 3. 1, et Samgīta-sārāvalī, p. 90) व्यक्तादयो दश गुणा गीतेऽस्मिन् परिकीतिताः । (Samgīta-sāroddhāra, 4. 161) व्यक्तं पूर्ण प्रसन्नं च सुकुमारमलंकृतम्। समं सुरक्तं श्लक्ष्णं चविकृष्टं मधुरं तथा॥ (* नि Samgita-makaranda, et Natya- oudamani). (Samgīta-makaranda, 1. 4. 41, Nātya-cūdāmaņi, 16, Samgīta-ratnākara, 4, 373) व्यक्तं पूर्ण प्रसन्नं च सुकुमारमलंकृतम्। समं सुरक्तं मधुरं शिषं (श्रक्षणं ?) विक्षिप्त(विकृष्ट ?) मेव च ।। गीतं स्याद्दशधा तत्र सुव्यक्तं व्यक्तमिष्यते। दिश्यते पूर्णं संपूर्ण छन्दोरागमुप[पदः]स्वरः। तत्प्रसन्नं स्फुटार्थं यन्निःसन्देहमगद्गदम्। सुकुमारं पुनर्गीतं कण्ठस्थानमृतं मतम् ॥ स्थानत्रितयनिष्पन्नमलंकृतमिहोच्यते। वर्णस्थाने लये सम्यक् साम्येन सममुच्यते ॥ सुरक्तं वल्लकीवंशकण्ठध्वन्येकता मता। मृदुलावण्यसंयुक्तं मधुरं श्रुतिसौख्यदम् ।
विकृष्टं कथ्यते गीतमुच्चैरुच्चारितं सदा। (Samgīta-ratnāvalī de Soma-rāja-deva, citée aussi dans le Bharata-kośa, p. 827)
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CHIAPITRE PREMIER 9
[Les neuf qualités de l'art.aly-xhant]
Les bons experts dlams l'art-musical mentionnent neuf [quali- tés] du chant: expressif (précis, rakta), complet (pūrņa), bien- défini (prasanna), conaprréhensible (vyakta), clair (vyutkrsta), vocalisé (alamkrta), mé-lodieux (madhura), mesuré (ślakșņa), et raffiné (sukumāra).1 Je définirai séparément et dans l'ordre ces [qualités]. 21-22.
D'après le Ramãyana, 7. 16, le démon Rāvana, voyageant sur son char volant, s'approcha du rnont Kailāsa, résidence de Siva. Le garde Nandin lui interdit l'entrée du jardin celeste et immobilisa son char. Rāvana, en colère, essaya de deraciner la momtagne. Siva appuya son orteil sur le sol et les mains de Ravana furent prises sous le poids. Il hurla si fort que Siva le nomma le hurleur. (Ravana)_ Pour obtenir sa grâce, Rāvana chanta pendant mille ans les hymnes du Sama-tecla et obtint d'être libéré. Un instrument à cordes appelé Ravana-hasta fut, d'apres une autre légende, invente par Ravana pour plaire a Siva. (voir Bharata-bhasya). Les deux lectures sorat doric possibles. 1 La Nāradīya-sikșā, la Sumgīta-sārāvalī et la plupart des autres textes ajoutent une dixième qualité appelée sama (égal). « Le chant est de dix sortes: compréhensible (vyakta), complet (pūrna), élégant (prasanna), délicat (sukumāra), vocalisé (alamkrta), égal (sāmya), expressif (surakta), mélodieu x (madhura), lié (slista) (ou mesuré, ślaksņa), lancé (viksipta) (ou clair, vikrsta). Ce qui est clairement per ceptible est appelé compréhensible (vyakta). Ce qui est complet du point de wue mètre, mode, rythme et notes est complet (pūrņa). Ce dont le ses est clair, sans hésitations ni bafouillement est élégant (prasanna). Le son qui s'étouffe dans la gorge est appelé délicat (sukumāra). Ce qui [court] dlans les trois octaves est vocalisé (alamkrta). L'égalité dans les figures mélodiques, les octaves, le tempo, rend égal (sāmya). L'accord entre les sons du luth, de la flûte et de la voix rend expressif (précis, surakta). L'expression et le ch arme qui plaisent à l'oreille rendent mélodieux (madhura). [Le terne] mesureé (ślaksņa) concerne les temps longs (pluta), les [sons] bas et hauts, [les ternpos] rapide, moyen et lent. On appelle toujours claire (vikrsta) la musīque chantée dans l'aigu.» (Suim-ratnāvalī, citée aussi dans le Bharata-kośa, p. 827)
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10 LE GĪTĀLAMKĀRA
[रक्तम् ] कलो वीणासमो यत्र स्वरः कण्ठात् पजायते। तद्गीतं लभते [नाम रक्ता]र्यं2 विज्ञसंमतम् ॥२३॥
[पूर्णम्] यत्पूर्ण छन्दसा गीतं संपूर्णस्वरभूषितम्2। तच्च *पूर्णमिति ज्ञेयं पूर्णपादं च यन्भ्रवेत् ॥ २४।।
तत्र रक्तं नाम वेणुवीणास्वराणामेकीभावो रक्तमित्युच्यते। (Nāradīya-šikșā, 1. 3. 2) तत्र रक्तं नाम वेणुवीणास्वराणामेकीभावे रक्तमित्युच्यते। (Samgīta-sārāvalī, p. 90) वेणुवीणासमैनादे रक्तोऽसौ ध्वनिरिष्यते। (Samgīta-śāstra-dugdhābdhi, 4. 53, Šiva-tattva-ratnākara, 6, 8. 179) सुरक्तं वल्लकीवंशकण्ठध्वन्येकतायुतम्। (Samgita-ratnakara, 4. 377) सुरक्तं वल्लकीवंशकण्ठोत्थान्येकतागुणम् (१) (Samgita-makaranda, 1. 4. 44) वीणादिशब्दतः। कण्ठध्वने [न्ये ?] कतायुक्तं सुरक्तमभिधीयते। (Samgīta-sāroddhāra, 4. 163) सुरक्तत्वं सुखेनेव गात्रयन्त्रोत्थवर्णता। (Samgita-parijata, p.91) सुरक्तं वल्लकीवंशकण्ठध्वन्येकता मता। (Samgīta-ratnāvalī, cf. Bharata-kośa, p. 827) 2 Le passage [ ] manque dans le ms. 3.भूमि (सि) तम् ms. 4 पूर्ण नाम स्वरश्रुतिपूरणा*च्छन्दःपादाक्षरसंयोगात् पूर्णमित्युच्यते। (*पूर्णा Samgita-saravali) (Samgīta-sārāvalī, p. 90 et Nāradīya-śikșā, 1. 3. 3) छन्दोरागपदैः स्वरैः । पूर्ण पूर्णाङ्गगमकम्। (Samgita-ratnakara, 4. 375) छन्दोरागपदैः स्वरैः । सुसंपूर्ण च पूर्णाङ्गम्। (Samgita-makaranda, 1. 4. 42-43) छन्दोरागपदैः स्वरैः । अङ्गे स्वरान् पूर्णगमकम्। (Natya-cudamani, 17-18) रागपदस्वरैः। पूर्ण पूर्णाङ्गगमकम्। (Samgita-saroddhara, 4. 161-162) पूर्णत्वमपि पूर्णाङ्गगमकत्वं समीरितम। (Samgita-parijata, p.99) दिश्यते पूर्ण संपूर्ण छन्दोरागमुप[पद१]स्वरैः। (Soma-rāja-deva, cité dans le Bharata-kośa, p. 827)
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CHAPITRE PREMIER 11
Lorsqu'une note est chantée avec douceur en accord avec l'instrument à cordes (vīņa), les experts l'appellent expressive (rakta).1 23.
Une mélodie, chantée dans un mètre complet, ornée de toutes [les] notes et comportant toutes les [quatre] parties [du développe- ment] 2 est appelée complète (pūrņa).3 24.
1 « Rakta (expressif) indique l'accord des sons de la voix, de la flûte et du luth.» (Nāradīya-šikşā, 1. 3. 2) 2 ou « tous les éléments du rythme.» 3 « Pūrņa (complet) veut dire utilisant toutes les notes et intervalles, mètres et syllabes-rythmiques.» (Nāradīya-siksā, 1. 3. 3)
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12 LE GĪTĀLAŅKĀRA
[प्रसन्नम् ] सुव्यक्ताक्षरसंयुक्तं गान्धारस्वरमूर्छि्तम्। पसन्नं तद्विजानीयाच्छङ्कया च विवर्जितम् ॥२५॥
2 [व्यक्तम् ] कृत्तद्धितसमासैर्वा विभक्तिपद्धातुभिः । शुद्धं निपातलिङ्गैश्र यत्तद्वयक्तं प्रकीर्तितम् ॥ २६॥
1 प्रसन्नं नामापगतगद्गदं* निर्विशङ्कं प्रसन्नमित्युच्यते। (*तागद्रद Samgita-saravali) (Nāradīya-šikșā, 1. 3. 5 et Samgīta-sārāvalī, p. 91) प्रसन्नं प्रकटार्थकम्। (Samgīta-makaranda, 1. 4. 43, Samgīta-ratnākara, 4. 375) प्रसन्नं प्रकटीकृतम्। (Natya-cudamani, 18) प्रसं[सन्नं?] प्रकटार्थकम्। (Samgīta-sāroddhāra, 4, p. 162) प्रसन्नत्वं स्फुटार्थेत्वम् । (Samgīta-pārijāta, p. 99)
विभक्त्यर्थवचनानां सम्यगुपपादने* व्यक्तमित्युच्यते। (*उपादानेन Samgita-saravali) (Nāradīya-šiksā, 1. 3. 6 et Samgīta-sārāvalī, p. 91) क्रियाकारकसंयुक्तं सन्धिदोषविवर्जितम्। व्यक्तस्वरसमायुक्तं व्यक्तं पण्डितसंयुतम्॥ (Pārśva-deva, cité dans le commentaire de Simha-bhūpāla sur le Samgīta- ratnākara, 4. 18) तत्र व्यक्तं स्फुटै: स्वरैः प्रकृतिप्रत्ययैश्चोक्तम्। (Samgīta-ratnākara, 4. 374) तत्र वक्ता (व्यक्ता:) स्फुटस्वरः। प्रकृतिः श्रुतयश्चोक्तम्। (Samgita-makaranda, 1. 4. 42) तत्र व्यक्तं स्फुटतराक्षरम्। (Samgita-saroddhara, 4. 161) व्यक्तत्वं तत्र तद्द्वेधा स्वरशब्दस्फुटत्वतः। (Samgita-parijata, p. 99)
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CHAPITRE PREMIER 13
Un chant sans hésitation dont chaque syllabe est clairement énoncée et qui se conclut sur la note Gāndhāra (la tonique) est appelé bien-défini (prasanna).1 25.
[Un chant dans lequel sont observées les règles concernant] les suffixes primaires et secondaires, les mots composés, les cas, les mots, les racines, les mots invariables et les genres est appelé « compréhensible » (vyakta).2 26.
1 « Prasanna (bien-défini) veut dire sans hésitations ni bafouillements.» (Nāradīya-šiksā, 1. 3. 5) 2 « On appelle uyakta (compréhensible) l'usage correct des mots et de leur sens, des mots de base, des temps de verbes, des suffixes, des élisions, des formes verbales ou nominales, des mots composés, des racines, des mots invariables, des préfixes, des accents-toniques, des genres, des styles, de l'élocution, des terminaisons, du sens et du nombre.» (Nāradīya-śiksā, 1. 3. 6)
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14 LE GĪTĀLAŅKĀRA
[व्युत्कृष्टम्] तारस्वरेण यहीतं वंशवीणाविवर्जितम्। व्युत्कृष्ट' तद्विजानीयात् स्थूलशब्दनिबन्धनम् ॥२७॥
[अलंकृतम्] यत्र रागो मुखेन स्यात् स च कण्टे* विवर्धते। 'यत्कम्पति शिरस्यत्र® तद्विज्ञेयमलंकृतम्" ॥२८॥
1 व्यत्कृष्टं ms. 2 विक्रुष्टं नामोच्चैरुच्चारितं* व्यक्तपदाक्षर मिति। (*त Samgita-saravali) (Nāradīya-šiksā 1. 3. 7 et Samgīta-sārāvalī, p. 01) स्वररुच्चतरैर्युक्तं प्रयोगबहुलीकृतम्। विक्रुष्टं नाम तद्गीतमितरेषां मनोहरम् ॥ (Parśva-deva, cité dans le commentaire de Simha-bhūpāla sur le Samgīta-ratnākara, 4. 18) गानस्वरेरुच्चतरैरुपेतं तथा प्रयोगे बहुलीकृतं च। विक्रुष्टसंज्ञ पुनरेतदेव प्रियं परेषां कथितं जनानाम् ॥ (Samgīta-sudhā, 4. 18. 19) उच्चैरुच्ारणादुक्तं विकृष्टं भरतादिभिः । (Samgīta-ratnākara, 4. 378) उच्चैरुच्वारणादुक्तं निकृष्टं भरतादिभिः । (Samgīta-makaranda, 1. 4. 45) उच्चैरुच्चारणाद्दत्तं निकृष्टं भरतादिभिः । (Nātya-cūdāmaņi, 20) उच्चैरुच्चारणादुक्तं विकृष्टम्। (Samgita-saroddhara, 4. 164) उच्चैरुच्चारितत्वं यद्विप्रकृष्टत्वमीरितम्। (Samgita-parijata, p.100) विकृष्टं कथ्यते गीतमुच्चैरुच्चारितं सदा। (Samgīta-ratnāvalī citée dans le Bharata-kośa, 827) 3 स्यान्न च ms. 4 कण्ठो ms. 5 न कम्पति ms. 6 शिरो यत्र ms. 7 अलंकृतं नामोरसि शिरसि *कण्ठयुक्तमित्यलंककृतम् । (*कण्ठमुक्त Samgita-saravali) (Nāradīya-sikşā, 1. 3. 4 et Samgīta-sārāvalī, p. 90) त्रिस्थानोत्थमलंकृतम्। (Samgita-ratnakara, 4. 376, et Samgita-saroddhara, 4. 162 त्रिस्थानोक्तमलंकृतम्। (Samgita-makaranda, 1. 4. 43) स्थानत्रितयनिष्पन्नमलंकृतमिहोच्यते। (Samgīta-ratnāvalī, citée dans le Bharata-kośa, 827)
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CHAPITRE PREMIER 15
Un `chant formé de mots pesants et chanté dans l'octave aigu sans accompagnement de flûte ou d'instruments à cordes est appelé « clair » (vyutkrsta).1 27.
Le chant dans lequel l'expression (raga) naît dans la bouche, se développe dans la gorge et vibre dans la tête est appelé « orné » (alamkrta).2 28.
1 « Vyutkrsta (clair) indique des mots et syllabes bien définis émis dans l'aigu.» (Nāradīya-šiksā, 1. 3. 7) 2 « Vocalisé (alamkrta) veut dire employant la voix de poitrine, celle de tête et celle de gorge.» (Nāradīya-siksā, 1. 3. 4)
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16 LE GĪTĀLAŅKĀRA
[शरक्ष्णम्] द्रुतमध्यविलम्बाश्च लया यत्र त्रयः स्फुटाः । लयमानेन संयुक्तं 'तच्छ्लक्ष्णं परिकीर्तितम्।२९॥
[मधुरम्] ललिताक्षरसंयुक्तमाद्यस्वरविभूषितम्। मधुरं तद्विजानीयाद् दृष्टान्तेन समन्वितम्॥ ३० ॥
1 तचू लक्ष्णं ms. 2 श्लक्ष्णं नामाद्ुतमविलम्बितमुच्चनीचप्लुतसमाहारं हेलतालोपनयादिभिरुपपादनाभिः श:गमिन्युचे। (Nāradīya-šiksā, 1. 3. 8 et Samgīta-sārāvalī, p. 91) नीचोचद्रुतमव्यादौ श्रक्ष्णत्वे श्रक्ष्णमुच्यते। (Samgita-ratnakara, 4.377) नीचोच्चधृतिमध्यादौ श्रक्ष्णता श्रक्ष्णमुच्यते। (Samgita-makaranda, 1. 4.45) नीचोच्चधृतिमध्यादौ श्रक्ष्णत्य [ता१]श्रक्ष्म[क्ष्ण १] मुच्यते। (Natya cudamani, 19) नीचो [च् १] द्रुतमध्यादौ श्रक्ष्णत्वे श्र [क्ष्ण ?] मुच्यते। (Samgita-saroddhara, 1. 164) देशकालप्र भेदेन सम्यकत्वं श्रध्यता [श्रक्ष्णता?] मता। (Samgita-parijata, p.99) श्रक्ष्णं च प्लुतनीचोच्चद्रुतमध्यविलम्बितैः । (Samgīta-ratnāvalī, citée dans le Bharata-kośa, p. 827) 3 मधुरं नाम स्वभावोप*नीतललितपदाक्षरगुणसमृद्धं मधुरमिन्युच्यते। (पा Samgita-saravali) (Nāradīya-šiksā, 1. 3. 11 et Samgīta-sārāvalī, p. 2) ललितैरक्षरैर्युक्तं शृङ्गाररसरञ्चितम्। श्राव्यनादसमोपेतं मधुरं प्रमदाप्रियम । (Parśva-deva, cité dans le commentaire de Simha-bhūpāla sur le Samgīta-ratnākara, 4. 18) मधुरं धुर्यलावण्यपूण जनमनोहरम्। (*पयं Samgita-makaranda) (Samgīta-ratnākara, 4. 378 et Samgīta-makaranda, 1. 4. 46) मध्यमं धुर्यलावण्यं पूर्ण जीवमनोहरम्। (Natya-cudamani, 20) "मधुरं पुनः। लावण्यपूर्ण निर्दोषं साग्वजनरञ्जकम्। (Samgita-saroddhara, 1. 164) माधुर्यं स्वरशब्दार्थलावण्यं तत्प्रकीर्तितम्। (Samgita-parijata, p.99) मृदुलावण्यसंयुक्तं मधुरं श्रुतिसौख्यदम्ं। (Samgīta-ratnāvalī, citée dans le Bharata-kośa, p. 827)
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CHAPITRE PREMIER 17
Le chant bien mesuré dans lequel les trois tempos, rapide, moyen et lent sont clairs est appelé « mesuré » (ślaksņa).1 29.
Le [chant] « mélodieux » (madhura) est fait de syllabes agréa- bles et est orné d'une note initiale et d'une finale bien percepti- bles.2 30.
1 « Mesuré (ślakșņa) se réfère à ce qui n'est ni rapide, ni lent, équilibré dans l'aigu et le grave, régulier dans les notes tenues, et suivant aisémen le rythme.» (Nāradīya-šikșā, 1. 3. 8) 2 « On appelle mélodieux (madhura) des mots et des syllabes d'une belle qualité, attrayants et faciles.» (Nāradīya-šikşā, 1. 3. 11) 2
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18 LE GĪTĀLAMKĀRA
[सुकुमारम् ] '[कोमलैश् पदैवर्णैः स्वरैरपि विभूषितम्।] सतालं तद्विजानीयात् सुकुमारं 2नृपपियम्०।३१॥
इति गीतालंकारे प्रथमोऽध्यायः
1 La demi-strophe qui manque dans le texte est reconstituée d'après la Nāradīya -šikșā, 1. 3. 10. 2 नृपप्रिया ms. 3 सुकुमारं नाम मृदुपदवर्णस्वरकुहरणयुक्तं *सुकुमारमित्युच्यते। (*क Samgita-saravali) (Nāradīya-śikșā 1. 3. 10 et Samgīta-sārāvalī, p. 91 de notre ms.) सुकुमारं कण्ठभवम्।
4.162) (Samgīta-makaranda, 1. 4. 43, Samgīta-ratnākara, 4. 376 et Samgīta-sāroddhāra,
स्वरशब्दार्थकौमल्यं सौकुमार्य प्रकीर्तितम्। (Samgīta-pārijāta, p. 99) सुकुमारं पुनर्गीतं कण्ठस्थानमृतं मतम् । (Samgīta-ratnāvalī, citée dans le Bharata-kośa, p. 827)
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CHAPITRE PREMIER 19
Le chant « raffiné » (su-kumāra), qui plaît aux rois est [chanté] en mesure (sa-tāla) [et orné de mots, de notes et de modes (varņa) qui sont doux.]1 31.
Ainsi finit le chapitre premier du Gītālamkāra.
Nāradīya-śikşā. 1 Le passage manquant est reconstitué d'après un distique similaire de la
« On appelle sukumāra (raffiné) des mots, syllabes et notes tendres étouffés dans la gorge.» (Nāradīya-śikşā, 1. 3. 10)
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[द्वितीयोऽव्यायः]
[कण्ठशुद्धि:] [गीतोपाया:] गीतोपायास्त्रयः प्रोक्ता गीतशास्त्रविचक्षणैः- । शक्तिर्व्युत्पत्तिरभ्यासो न चतुर्थः कथंचन ॥ १॥
[शक्ति:] सुश्षिष्टानि पदान्याशु सहजान्यमलानि च। यम्य वक्त्राद्विनिर्यान्ति शक्ति: सा परिकीर्तिता ॥२॥ [व्युत्पत्ति:] विदित्वा शब्दशास्त्राणि देशभाषाः पृथग्विधाः । तद्गीतं कुरुते प्राजः सा व्युत्पत्तिः पकीर्तिता ॥ ३ ॥ [अभ्यास:] सम्यगभ्यस्य® यः सेवां कुमते गीतत-परः । सदा शृणोति बध्नाति गीतं चाभ्याससिद्धये॥ ४ ।।
1 गीते वाद्ये च नृत्ये च शक्ति: साधारणो गुणः । (Gāndharva-veda, 143) तदुक्तं काव्यप्रकाशे- शक्तिर्निपुणतालोकशास्त्रकाव्याद्यवेक्षणात्। काव्यज्ञशिक्षयाभ्यास इति हेतुस्तदुन्भवे।। (Samgīta-ratnākara, commentaire de Simha-bhūpāla, 3. 1-11) शक्तिश्च लोकादिनिरीक्षणेन नपुण्यमभ्यास इति त्रयेण।
2 आसु au lieu de आशु ms. (Samgīta-sudhā, 4. 72)
3 स .. यस्यस्य ms.
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CHAPITRE II
[ PURETÉ DE LA VOIX (KAŅȚHA-ŚUDDHI) ]
[Eléments d'art vocal (gītopāya)] Dans les traités sur la musique, les experts expliquent que l'art-vocal dépend de trois éléments: l'aptitude (śakti),1 le savoir (vyutpatti) et la pratique (abhyasa). Il n'existe pas de quatrième élément. 1.
[L'aptitude (śakti)] On parle d'aptitude (śakti) quand les syllabes sortent de la bouche liees, rapides, faciles et sans defauts. 2.
[Le savoir (vyutpatti)] [Le terme] «savoir » (vyutpatti) se réfère à des chants créés par un expert qui connaît les diverses grammaires et les différents styles-de-chants (bhasa) 2 regionaux. 3.
[La pratique (abhyāsa)] Celui qui, s'adonnant entièrement à la musique et l'étudiant à fond, s'exerce et sans cesse écoute et compose des chants, acquiert la pratique (abhyāsa). 4.
1 « L'aptitude (śakti) est une qualité commune au chant, au jeu des instru- ments et à la danse.» (Gāndharva-veda, 143) « ... par ces trois éléments: aptitude, métier (naipunya) obtenu par l'expérience, et travail.» (Samgīta-sudhā, 4. 72) Pour les poèmes-chantés (kāvya), le Kāvya-prakāša donne une formule similaire: « L'art repose sur l'aptitude (sakti), le métier (nipuņatā) qui vient de l'étude du monde, des ouvrages-théoriques et des poèmes-chantés, et la pratique (abhyāsa) selon les enseignements de ceux qui connaissent le chant- poètique.» (Cité par Simha-bhūpāla, commentaire du Samgīta-ratnākara, 3. 1-11) 2 ou langages.
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22 LE GĪTĀLAŅKĀRA
[गीत-गुणा:] गूढार्थ देशभाषाभिर्गुरुच्छन्दोविनिर्मिनम्। अन्यवर्णेन संविद्धं गीतं शंसन्ति पण्डिताः ॥ ५॥
[गीताभ्याससमय:] *जीर्णाहारः प्रबुद्धः सन् 'गीतं 'प्रातः प्रचिन्तयेद्। हेमन्ते शिशिरे तत्र "सान्निध्यं याति भारती" ॥ ६ ॥
ग्रीष्मे प्रदोषकाले तु निशीथे मधुमाधवे। प्राट्टट्काले च मध्याह्ने शरत्काले यथासुखम् ॥७॥
1 स्वरेण पदसंयुक्तच्छन्दसा वपुसंयुतम्। सुमानं च सुतालं च सुगीतं तेन भण्यते॥ (Gāndharva-veda, 10) 2 संशन्ति au lieu de शंसन्ति ms. 3 Le même distique se trouve dans le Gana-śastrā, 113-114. 4 उषसि ब्रह्म चिन्तयेत् (Naradiya-siksa et Samgita-saravali, p. 123) 5 सविधि चिन्तयेत् Gana-sastra, 113. 6 सन्निध्यं ms. 7 जीर्णाहार: प्रबुद्धस्सन्नुषसि ब्रह्म चिन्तयेत्। शरद्विषुवतेऽतीते उषस्युत्थानमिष्यते। यावद्रासन्तिकी रात्रिर्मध्यमा पर्युपस्थिता। (Nāradīya-šiksā, 2. 8. 1-2 et Samgīta-sārāvalī, p. 123) 8 Le même distique se trouve dans le Gāna-śāstra, 114-115.
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CHAPITRE DEUXIÈME 23
[ Qualités des chants (gīta-guņa) 1] Les lettrés apprécient les chants au sens profond, composés dans des mètres longs, dans les divers langages régionaux, [et où le mode] se mèle à d'autres modes (varna).2 5.
[Moments propices pour s'exercer au chant] Pendant la saison fraîche3 et en hiver 4 s'éveillant le matin on doit, à jeun, s'exercer au chant. C'est alors que la déesse-des-arts (Bhāratī = Sarasvatī) s'approche.5 6.
On doit chanter le soir durant la saison chaude,6 pendant la nuit au printemps,7 au milieu du jour durant les pluies,8 et quand on le désire en automne.9 7.
1 « On appelle bonne-musique (su-gīta) celle qui a un corps de notes, syllabes-rythmiques, et mètres, bien mesuré et bien rythmé.» (Gāndharva- veda, 10) 2 L'emploi du terme varna pour « mode » est archaïque. Dans les textes ultérieurs ce terme a le sens de « mouvement-mélodique » puis de « style de chant particulier ». 3 Hemanta, mi-Novembre à mi-Janvier. 4 Sişira, mi-Janvier à mi-Mars. 5 « Après l'équinoxe d'automne et jusqu'à l'arrivée de l'équinoxe du prin- temps, il est recommandé de se lever à l'aurore et à jeun, bien éveillé, de s'exercer au chant sacré (brahma).» (Nāradīya-śikșā, 2. 8. 1-2 et Samgīta-sārāvalī, p. 123) 6 Grīșma, mi-Mai mi-Juillet. 7 Madhumādhava, mi-Mars mi-Mai. 8 Prāvrd, mi-Juillet mi-Septembre. 9 Śarad, mi-Septembre mi-Novembre.
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24 LE GĪTĀLAŅKĀRA
[गायन-गुणा:] सर्वभाषापवीणो यः शब्दज्ञो मधुरस्वरः । सुकविर्दर्शनीयश्च गायनः पश्चभिर्गुणैः॥८॥
[गायन-दोषाः] 2काकस्वरः शिरःकम्पी लम्बोष्ठश्ानुनासिकः8। "गीतचौरः सुवर्षी च' 'पडेते "गायनाधमाः॥ ९॥
गुणानामेव सर्वेषां गुण: कण्ठोद्भवो वरः । येनासन्तोऽपि सन्त्यन्ये गायनः °स्यात्स पूर्ववत् ॥ १० ।
1 गाता प्रत्यग्रवया [:] स्त्निग्धो मधुरस्वरोपचितकण्ठः । लयतालकलापातप्रमाणयोगेषु तत्त्वज्ञः ।। (Natya-sastra, 33. 2, edition de Bombay) हृद्यशब्दः सुशारीरो ग्रहमोक्षविचक्षणः । रागरागाङ्ग भाषाङ्गक्रियाङ्गोपाङ्गकोविदः । प्रवन्धगाननिष्णातो विविधालतितत्त्ववित्। सर्वस्थानोत्थगमकेष्वनायासलसद्गतिः ।। आयत्तकण्ठस्तालज्ञः सावधानो जितश्रमः । शुद्धच्छायालगाभिज्ञ: सर्वकाकुतरिशेषवित्॥ अनेकस्थायसंचार: सर्वदोपविव्जितः । क्रियापरो युक्तलय: सुघटो धारणान्वितः ॥ स्फूर्जन्निर्जवनो हारिरहःकृद्भजनोदुरः । सुसंप्रदायो गीतज्ञैर्गीयते गायनाग्रणी: । (Samgīta-makaranda, 1. 4. 33-38 reproduit dans le Samgita-ratnākara, 3. 13-18) L'édition du Samgita-makaranda donne un certain nombre de lectures différentes, toutes erronées, que nous n'indiquons pas. 2 Le même distique se retrouve dans le Gāna-šastra, 65. 3 अनुनासिका: ms. 4 गीतचौरो ms. 5 नर्तको वाष्पवर्षी च Gana-sastra. 6 पञ्च ते ms. 7 गायकाधमा: Gana-sastra. 8कम्पितोऽव्यवस्थितश्रैव तथा संदष्ट एव च। काकी च तुम्बकी चैव पञ्च दोषा भवन्ति हि ॥ ( कपिलो texte imprime) (Nālya-śāstra, 33. 16. édition de Bombay) काकस्वरं वक्रमुखं निरोष्ठयं सानुनासिकम्। अप्रबन्धं वितालं च कनिष्ठं गायनं स्मृतम् ।। (Catvarimsacchata-raga-nirupana, 2.7) 9स्यात्य ... षूवत् ms.
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CHAPITRE DEUXIÈME 25
[Qualités' du chanteur (gāyana-guņa)] [On reconnaît] le [bon] chanteur à cinq qualités. Il connaît toutes les langues et leurs grammaires; sa voix est mélodieuse. Il est bon poète et d'agréable apparence.1 8,
[Défauts du chanteur (gāyana-doşa)] Les mauvais chanteurs sont de six espèces: ceux à la voix rauque (comme celle d'un corbeau), ceux qui secouent la tête, qui laissent pendre les lèvres ou chantent du nez, ceux qui volent les chansons des autres et ceux qui crachent (ou pleurent).2 9.
De toutes les qualités [d'un musicien] la qualité de la voix est la plus importante. Il semble alors posséder les qualités qui lui manquent et être un [bon] chanteur tel que nous l'avons décrit. 10.
1 « Les experts louent, comme un maître-musicien, celui dont la voix est émouvante (hrdya-śabda) et naturelle (suśārīra),* qui est expert dans les attaques et les finales, connaissant les modes principaux (raga) et leurs variations (rāgānga), les modes populaires (bhāșānga), les modes théoriques (kriyānga) et les modes secondaires (upanga), exercé dans les styles de développement chanté (prabandha), habile dans les divers adagios (alāpa), brillant et à l'aise dans les ornements (gamaka) dans les diverses octaves (sthana), maître de sa voix, compre- nant le rythme, attentif, sans fatigue, différenciant les [modes] purs (śuddha) des modes mélangés (chāyālaga), connaissant toutes les nuances (kāku), et toutes les variations (sañcara) des thèmes (sthaya), sans fautes, expérimenté dans l'exécution, suivant le tempo (laya), à la voix bien formée (sughata), soutenue (dhārana), puissante et douce (sphūrjan-nirjavana) plaisante et subtile, brillant dans l'expression et appartenant à une bonne tradition.» (Samgīta- makaranda, 1. 4. 33-38) * Voir le Samgīta-ratnākara, 3. 82, pour la définition de susarīra, la voix naturelle indépendante de l'étude. 2 « Les cinq fautes sont: tremblant, agité, contracté, rauque et essoufflé.» (Nātya-śāstra, 33. 16) « Le mauvais chanteur a la voix rauque, est grimaçant, laisse pendre sa lèvre, chante du nez, n'observe pas la composition ou ne suit pas le rythme.» (Catvārimsacchata-rāga-nirūpaņa, 2. 7) .
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26 LE GĪTĀLAŅKĀRA
[कण्ठशुद्धिः] तस्मात् 'कण्ठविशुद्धर्च कार्यं भेषजमादितः । गीतोपजीविना सम्यक्छास्त्रोक्तं सततं हितम्॥। ११ ।।
'आम्र'पालाशविल्वानामपामार्गशिरीषयोः। 6स्वकण्ठस्य विशुद्धयर्थ भक्षयेदन्तधावनम्" ॥ १२ ॥
1 कष्ण au lieu de कण्ठ ms. 2 सम्यचूछास्त्रोक्तं ms. 3 Voir Bharata-kośa, p. 103 et Nāradīya-śiksā, 2. 8. 1-31. अथ गायनार्थमौपधानि कथ्यन्ते- गुड्च्यपमार्गविडङ्गशङ्गिनीवचाभयाकुष्ठशतावरीसमम्। घृतेन लीढं प्रकरोति पुंसां त्रिभिर्दिनैर्ग्रन्थसहस्त्रधारणम् । देवदारीशिरोद्भूतरसो मधुघृतन्वितः । पीतः पथ्याशिन: कुर्याद्गोतेन मुखरं भृशम् ॥ वासा व्राह्मी वचा कुष्ठं पिप्पली मधुसंयुता। सतरात्रप्रयोगेण किन्नरेस्सह गीयते॥ वृद्धदारुकमूलं हि यो लिहेन्मधुसर्पिपा। सताहं क्षीरयूषाशी किन्नरेः सह गीयते॥ बीजपूरदलं जातीपत्रं जम्बीरजं तथा। एलाधान्यकलायांश्र पिप्पल्या सह चूर्णयेत्। मधुना चावलीढं तु कण्ठं सुस्वरतां नयेत्।। (Gāndharva-veda, 144-149 et Samgīta-sārāvalī, pp. 153-154) 4 Le même distique se retrouve dans la Nāradīya-śikșā, 2. 8. 3, la rājña- valkya-śiksā, 33 et la Samgīta-sārāvalī, p. 123. 5 पासाल au lieu de पालाश ms. 6 वाग्यतः प्रातमत्थाय Naradiya-siksa, Yajnavalkya-siksa et Samgita-saravali. 7 आम्रपालाशबिल्वानामपामार्गशिरीषयोः। वाग्यतः प्रातरुत्थाय भक्षयेद्दन्सधावनम्।। खदिरश्र कदम्बं च करवीरकरञ्जकौ। एते कण्टकिन: पुण्याः क्षोरिणश्च यशस्विनः । तेनास्यकरणं सूक्ष्मं माधुर्यं चोपजायते। त्रिफलां लवणाकेन भक्षयेच्छिष्यकः सदा ॥ क्षीणमेधाजनन्येषा स्वरवर्णकरी तथा। (rājñavalkya-šiksā, 33-36, p. 5)
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CHAPITRE DEUXIÈME 27
C'est pourquoi, dès le début, le musicien professionnel doit prendre constamment les bons remèdes prescrits par l'art médical pour éclaircir la voix.1 11.
Pour s'éclaircir la voix il faut se nettoyer les dents avec des bâtonnets faits de bois de manguier, butea-frondosa (pālāśa), bél (bilva), achyranthes aspera (apāmārga) ou acaciasirissa (śirīșa).2 12.
1 « Une pâte, préparée avec du beurre clarifié en y mêlant, en parties égales, tinospora cordifolia (gudūcī), achyranthes aspera (apāmārga), embelia ribes (vidanga), andropogon aciculatus (śankhinī), acorus calanus (vacā), terminalia chebula (abhayā), costus speciosus ou arabicus (kustha), asparagus (śatāvarī) rend en trois jours les gens capables d'apprendre mille versets par coeur. En mangeant peu et en buvant le jus du devadārī (sorte de courge) mêlé de miel et de beurre clarifie on devient eloquent en musique. En prenant pendant sept jours, mélangée à du miel, de la poudre d'adhatoda vasica (vāsā), de l'hydrocotyle asiatica (brāhmī), de l'acorus calamus (vacã), de costus speciosus ou arabicus (kustha) et du poivre (pippalī) on peut chanter avec les Kinnara [les musiciens célestes]. Tous ceux qui, buvant de la soupe au lait, mangent pendant sept jours de la racine d'argyresa speciosa ou d'argentea (vrddha dāru) mêlée de miel et de beurre clarifié, peuvent chanter avec les Kinnara. Pour rendre la voix sonore, faire une pâte de miel mêlée de poudre de feuilles de citron (bījapura), de myristica fragrans (jatīpatra) et de citrons-lime avec du cardamome (ela), du blé (dhānya), des lentilles (kalāya) et du poivre (pippali).» (Gāndharva-veda, 144-149) 2 « Se levant à l'aube, sans parler, on doit se nettoyer les dents avec des batonnets faits [de branches] des arbres suivants: manguier, butea-frondosa (pālāśa), bél (bilva), achyranthes aspera (apāmārga), mimosa sirisa (śirīșa). Il est considéré comme méritoire de se servir [à cet effet] de plantes épineuses telles que acacia catechu (khadira), anthocephalus cadamba (kadamba), nerium adoratum (karavīra), galedupa arborea (karañja). Les arbres à sève laiteuse apportent le succès. L'utilisation de ces arbres pour les bâtonnets à dents rend la bouche délicate et douce. L'étudiant du chant doit toujours manger les trois-fruits (triphalā) (termi- nalia chebula, terminalia bellerica et phyllonthus emblica) avec du sel; cela augmente l'intelligence des faibles et donne de la couleur au ton de la voix.» (rajñavalkya- śikşā, 33-36 et Samgīta-sārāvalī, pp. 123-124)
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28 LE GĪTĀLAŅKĀRA
'सर्वे कण्ट[कि]नः शस्ता [:] शमीं8 त्यक्वाथ 'केतकीम्। क्षीरिणश्च तथा शस्ता 'विनाश्वत्थवटानपि॥ १३ ॥
कुशकाशोद्भ्वं यस्तु भक्षयेद्दन्तधावनम् । अङ्गुल्यग्रेण वा दन्तान् घर्षयेत्स्यात् स विस्वरः ॥१४॥।
त्रिफलां भक्षयेद्रात्रौ लवणेन समन्विताम्। यो: श्नाति खादिरं चूर्ण सपत्रं क्षणदागमे। प्रत्यूषे च सकर्पूरं संगीते तुम्बुरायते॥ १५ ॥
शुण्ठया विल्वदलं पाठां पटोलं बीजपूरकम्। काकोऽपि भक्षयेत्नित्यं' कलकण्ठः प्रजायते ॥ १६ ॥
पूगीफलं मुखे न्यस्तं प्रत्यूषे पत्रवर्जितम्। कण्ठस्य8 लेपनाशाय तथा शुद्धचै मजायते॥ १७ ॥।
तैलं वा तैलपक्वं वा भक्षयेद्यो नरः सदा। कलकण्ठोऽप्यसौ नूनं गायनो वायसायते॥ १८ ॥
1 Distique corrompu reconstitué à l'aide de divers textes médicaux. सर्वे कण्टकिन: पुण्याः क्षीरिणश्च यशस्विनः । (Nāradīya-sikșā, 2. 8. 4 et Samgīta-sārāvalī, p. 123) 2 शर्मी au lieu de शर्मी ms. 3 किं ... कि au lieu de केतकीमू ms. 4 विपालाश ... सपा: au lieu de विनाश्वत्थवटानपि mns. 5 रात्रौ सलवणं चापि भक्षयेत्त्रिफलां सुधीः। हृद्यकण्ठकरं रात्रौ खादिरं चूर्णमीरितम्। (Kumbha, Samgīta-raja reproduit dans le Bharata-koša, p. 103) 6 वि ... लयं? au lieu de बिल्वदलं ms. 7 नित्ये ms. 8 कण्ठा च ms.
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CHAPITRE DEUXIÈME 29
Tous les arbres épineux sont recommandés, excepté le mimosa suma (śamī) et le pandanus adoratissimus (ketakī). Tous les arbres à résine laiteuse sont bons aussi excepté le figuier sacré et le banian. 13.
Celui qui se nettoie les dents avec une touffe d'herbes kuśa (poa cynosuroides) ou kāśa (saccharum spontaneum) ou se les frotte avec le bout du doigt chantera de vilaines notes. 14.
Chaque soir on doit manger, avec du sel, les [fruits des] trois myrobolans. Celui qui au début de la [nuit mange de la] poudre de khādira (acacia catechu), avec ses feuilles, et du camphre à l'aurore devient, dans l'art du chant, l'émule du [musicien céleste] Tumburu.1 15.
Même un corbeau aura la voix juste s'il mange chaque jour du gingembre frais (śuņthī), des feuilles de bél, du gingembre séché (pāțhā), des fruits de gourde-serpent (patola) 2 et de citron (bīja-pūraka). 16.
Une noix d'areca, sans feuilles de bétel, le matin dans la bouche, enlève les défauts de la voix et l'éclaircit. 17.
Même s'il a la voix juste, le chanteur qui marge souvent de l'huile ou des fritures a l'huile devient comme un corbeau. 18.
1 A la nuit on doit manger, avec du sel, l'élixir des trois myrobolans. A la nuit on recommande la poudre d'acacia catechu qui adoucit la gorge. (Kumbha, Samgīta-rāja, reproduit dans le Bharata-kośa, p. 103) 2 Trichosanthes-anguina.
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30 LE GĪTĀLAŅKĀRA
यवान्नमारनालं च [माहिषक्षीरमादितः । गायनो वर्जयेत्क्षारं] चानं पर्युषितं तथा ॥ १९।।
कषायं वा[थ लवणं]2 तिक्तमम्लं विशुद्धये। 8तिक्तं कण्ठस्य विज्ञेयं मधुरं वा विशुद्धये॥ २० ॥
*गुणाढ्यमपि यद्गीतं न रङ्गमधिगच्छति। विना कण्ठेन शुद्धेन यथा वस्त्रवरं तथा ॥ २१ ॥
इति कण्ठशुद्धयध्यायो द्वितीयः
1 Le ms. donne यथान्नमारनालं च निव्या वा. . .. भयं न ता। Nous reconstruisons le texte d'après celui de Kumbha: आरनालं यवान्नं च वटुकं चापि यन्भ्वेत्। गुरुप्रायमिहान्यद्यन्माहिषक्षीरमादित:।। श्वेष्मकारि च यत्प्रायस्तदश्नीयान्न कर्हिचित्। (Kumbha, Samgīta-rāja, reproduit dans le Bharata-kośa, p. 103) 2 Le passage [ ] manque dans le ms. 3 Le mot tikta se trouve déjà dans la ligne antérieure. Il peut s'agir d'une répétition ou d'un passage plus important qui manquerait ici. 4 गुल्पशमपि ms.
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CHAPITRE DEUXIÈME 31
Dès 'le début, un chanteur doit éviter l'orge (yavanna), le gruau (āranāla), le lait de buffle, les choses acides et le riz réchauffé.1 19.
Les choses astringentes, salées, amères, ou aigres clarifient [la voix]. Il faut se rappeler que les goûts amers et sucrés clarifient la voix. 20.
Un chant plein de qualités ne porte pas au théatre si la voix n'est pas claire ou si [le chanteur] est mal habillé. 21.
Fin du deuxième chapitre « Pureté de la voix.»
1 « Il ne faut jamais manger du gruau, de l'orge, des grains de calosanthes indica, des choses lourdes, ni du lait de buffle ou des choses qui développent le phlegme.» (Samgīta-rāja, cité dans le Bharata-kośa, p. 103)
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तृतीयोऽध्यायः
[गीतदोषा:]
'शङ्कितं' भीतम् 8उद्घुष्टमव्यक्तमनुनासिकम्। काकस्वरं शिरोलीनं* तथा5 6स्थानविवर्जितम्" ॥ १॥
1 Les strophes 1 et 2 se retrouvent dans la Nāradīya-śikșā, 1. 3. 12-13, la Yājñavalka-śiksā, 26-28, le Bharata-bhāsya, 1. 94-95, la Samgīta-sārāvālī, p. 92, le Gāna-śāstra, 63-64, le Gāndharva-veda, 20-21, et de nombreux autres ouvrages. 2 सङ्कितं ms .; शङ्कितं rajnavalkya-siksa, Naradiya-siksa, Bharata-bhasya, Samgita- saravali; कम्पितं Gana-sastra, Gandharva-veda. 3 उद्घृष्टम् Gandharva-veda et Naradiya-siksa; उद्धष्टम Gana-sastra; उद्घुष्टम् Bharata-bhasya, Samgita-saravali; उद्घुष्टमव्यक्तं सानुनासिकम् rajnavalkya-siksa. 4 शिरोगतं Gana-sastra, Bharata-bhasya; शीर्यगतं rajnavalkya-siksa; शिरसि गतं Naradiya-Siksa; शिरःस्थं च Gandharva-veda; शिरोगतं काकरवं Gana-sastra. 5 यथा Bharata-bhasya. 6 स्थानविवर्तितम् Samgita-saravali. 7गीतमव्यक्तमुद्वुष्टं शङ्कितं सानुनासिकम्। विरसं(१) काकस्वरं [तथा] स्थानविवर्जितम्। व्याकुलं तालहीनं च विधमाहतमेव च। शिरोगतं च विश्िष्टं गीतदोषाश्चतुर्दश॥ (Soma-rāja-deva, cité dans le Bharata-kośa, p. 827) लज्तं भीतमु्कुष्टमव्यक्तमनुनासिकम्। कावस्वरः शिरःकम्पो लयस्थानविवजितम्। विस्वरं विरसं चैव विश्िष्टं विषमाहतम्। व्याकुलं तालहीनं च गातुर्दोषाश्चतुर्दश। (Samgīta-dāmodara, 5. 1-2)
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CHAPITRE III
[LES DÉFAUTS-DU-CHANT (GITA-DOȘA)]
Les défauts-du-chant sont au nombre de quatorze: hésitant (śankita), craintif (bhīta), criard (udghusta), imprécis (avyakta), nasal (anunāsika), rauque (comme le cri du corbeau, kāka-svara), de tête (śiro-līna), mal posé (sthāna-vivarjita), faux (vi-svara), sans- expression (virasa), saccadé (vi-ślista), pas en mesure (vișamāhata), agité (vyākula) et sans style-rythmique (tāla-hīna).1 1-2.
1 Le mot tāla, dans le sens général de rythme, ne semble pas faire partie de la terminologie du Gītālamkāra. Bhatta-śobhākara dans son commentaire de la Nāradīya-śikșā définit tāla- hina comme « sans vrtti », sans style-rythmique. La rājñavalkya-śiksā, qui reproduit ce distique, donne la lecture tālu-hīna (sans palais), correspondant à notre expression « pas dans le masque » pour une voix mal-posée. « Un chant hésitant et timide est appelé sankita (hésitant) et bhīta (effrayé). Le chant agité est udghusta (troublé), celui qui n'est pas clair est avyakta (non- manifesté). Le chant résonnant principalement dans la région du nez est anunāsika (nasal). Chanter en contractant la gorge est appelé kāka-svara (voix de corbeau, rauque). Le chant très aigu et sans volume est sirasi gata (de tête). Le chant qui devrait être posé dans un seul endroit, mais change de registre est appelé sthāna-vivarjita (mal posé). Ne pas s'arrêter exactement sur la note qui fait partie du mode est vi-svara (fausse note). Le manque de concentration pendant le chant le rend vi-rasa (sans expression). Des interruptions involontaires dans les notes rendent [le chant] vi-ślista (saccadé). Si une note pointée est chantée comme une longue ou une brève ou si des longues et des brèves sont prolongées [on appelle] cela vișamāhata (pas sur le temps). Si les syllabes ou les notes sont inégales, le chant est vyākula (agité). Si les styles-de-mesure * (vrtti) ne sont pas observés le chant est tāla-hīna (sans rythme).» (Bhatta- śobhākara, commentaire de la Nāradīya-sikșā, 1. 3. 12-13). * par croches, noires ou blanches. 3
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34 LE GĪTĀLAMKĀRA
विस्वरं विरसं चैव विश्िष्टं विषमाहतम् । व्याकुलं 'तालहीनं च 2गीतदोषाश्रतुर्दश३॥२॥
*अनुपास्य हि यः शास्त्रं गीतं बन्नाति मन्दधीः। अनुपास्य गुरुं तस्य तन्भ्वेज्जारजातवत् ॥ ३ ॥ परगीतापहरणं गन्घर्वाणामसंशयम्। कृतं 5हत्वा यशो वित्तं याति शङ्गनिधिर्यथा ॥ ४॥
यत्पापं ब्रह्महत्यायां "गुरुदारप्रधर्षणे। गोवधे 6भ्रूणहत्यायां गीतचौरस्य तद्द्रवेव ॥५॥
कृतन्नस्य च° यत्पापं यत्पापं 10भक्तवञ्चने। न्यासापहरणे11 यच्च गीतचौरस्य तद्द्रवेत् ॥ ६ ॥
1 तालुहीनं rajnavalkya-siksa. 2 गीति pour गीत Naradiya-siksa; गातुर Gandharva-veda; पाठ rajnavalkya-siksa. 3 शङ्कितस्य च भीतस्य च गानं शङ्कितं भीतं च। क्षुब्धं गानमुद्घृष्टम्। अव्यक्तमस्फुटम् । नासिकास्थानप्राधान्येन गानमनुनासिकम्। कण्ठस्थाननिष्पीडनेन गानं काकस्वरम्। अत्युच्चैरपरिपूर्ण गानं शिरसि गतम्। एकस्थानविषयस्य गानस्यानेकस्थानयोगात् स्थानविवर्जितम्। यस्मिन् वर्णे यः स्वरो विहितः तस्याविरामाद् विस्वरम्। गानमध्ये चित्तव्याक्षेपाद् विरसम्। पर्वणामप्राप्तव्यवधानकरणाद् विश्िष्टम्। प्लुतस्य दीर्घे ह्रस्वश्च, दीर्घहस्वयोश्च विलम्बितं पातनं विषमाहतम्। वर्णस्वरादिवैषम्येन गानं व्याकुलम्। वृत्तीनामनियमेन प्रवर्तनं तालहीनम् ॥ (Bhatta-sobhakara, commentaire de la Naradiya- śiksā, 1. 3. 12-13). 4 Les distiques 3 à 8 sont reproduits dans le Gana-sastra, 119-123. 5 हित्बा Gana-sastra. 6 याति सत्यमधोगतिमू Gana-sastra. 7 गुरुदारापमर्षणे Gana-sastra; गुरुं दाराप्रघर्षणे ms. 8 ब्रह्महत्यायां Gana-sastra. 9 तु pour च Gana-sastra. 10 परवञ्चने Gana-sastra. 11 न्यस्तापहरणे Gana-sastra.
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CHAPITRE TROISIÈME 35
Les· chansons du sot, qui compose sans étudier la théorie musicale et sans avoir appris d'un maître, sont [méprisées] comme le sont les bâtards. 3.
Sans nul doute celui qui s'approprie les chants des autres musiciens (gandharva) tue ses mérites. Sa gloire et sa fortune s'évanouissent comme [disparaissent] les trésors du serpent.1 4.
Le voleur de chansons commet un crime égal à celui de tuer un brahmane, d'abuser de la femme d'un maître (ou père), de tuer une vache ou un enfant encore à naître. 5.
Les voleurs de chansons commettent une faute égale à celle d'ingratitude, ou celle de décevoir ceux qui vous sont dévoués ou de s'approprier ce qui vous est confié. 6.
1 Allusion au serpent, gardien des trésors de Kubera, et aux richesses qui s'accumulent chez les hommes qui trouvent ces trésors; richesses qui disparaissent un jour par magie sans laisser de trace.
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36 LE GĪTĀLAŅKĀRA
ग्रामादयशुद्धिकर्तृणां यत्पापं गरदायिनाम् । विश्वस्तघातकानां च गीतचौरस्य तन्भ्रवेत् ।।७॥
स्वामिद्रोहरतानां च यत्पापं वहिदायिनाम्। 'कूटमानप्रसक्तानां' गीतचौरस्य तन्भ्रवेत् ॥ ८ ॥
कूपारामतडागानां यद्धङ्वेन भवेन्तृणाम्। तत्सर्व गीतचौराणां जायते भरतोऽब्रवीत् ॥ ९ ॥
हीनोपमानमुत्ग्रेक्षं नीचश्रेषं' च यद्धवेद्। तद्वाच्याय भवेद्रीतं ग्राम्यैः शब्दैश्च संयुतम् ॥ १० ॥
[हीनोपमI] एकेन बहवोऽ्यन्ते दुर्बलेनापि पीवराः। तत्तथा निर्जिताश्चित्रं *मृगेणेव यथैणवाः ॥ ११।
[हीनोत्प्रेक्षम ] सारसम्पन्नदेहानां तैक्ष्ण्यास्यानामपि 'प्रभो। पाषाण इव "शस्त्राणां 8त्वमभेद्यो [हि] विद्विषास् ॥ १२ ।।
1 विश्वासघातकानां च Gana-sastra. 2 प्रशक्तानां au lieu de प्रसक्तानां ms. 3 नीचशेषं ms. 4 मृगेणैव ms. 5 Un autre exemple de hīnopama, comparant la lune aux dents d'une femme et à un miroir, était donné ici. Comme le même passage se retrouve à- la fin du chapitre, nous avons conservé seulement la deuxième version. 6 प्रभो: ms. 7 शास्त्राणां ms. 8 त्वमभिद्यो ms,
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CHAPITRE TROISIÈME 37
La faute du voleur de chansons est égale à celle de ceux qui souillent le village, des empoisonneurs et de ceux qui trahissent la confiance placée en eux. 7.
La faute du voleur de chansons n'est pas moindre que celle de celui qui se plaît à trahir son maître, de l'incendiaire et de celui qui utilise de fausses mesures. 8.
Bharata 1 dit: Les voleurs de chansons commettent un crime égal à tous ceux des hommes qui détruisent puits, jardins et étangs. 9.
[Types de chansons à éviter.] Il faut éviter dans les chants les comparaisons et images peu flatteuses, les sous-entendus grossiers, les mots vulgaires. 10.
[Comparaison déplacée (hīnopamā)] N'est-il pas remarquable qu'un grand nombre de gros puissent être finalement vaincus par un maigre comme des antilopes par une gazelle. 11.
[Image peu flatteuse (hīnotprekșa)] Seigneur tu es comme un caillou que les armes, au corps de bon métal et au tranchant bien affilé des ennemis ne peuvent casser. 12.
1 Il est d'usage que l'auteur incorpore son nom dans une formule qui a valeur de proverbe.
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38 LE GĪTĀLAŅKĀRA
[नीचश्लेषम्] भूत्या कर्षितसर्वाङ्गो1 वरसाधनसंस्थितः । नित्यं प्रजापतेर्हष्टस्त्वं तथा 2रासभो यथा ॥ १३ ॥ [आ्ाम्यशब्दम्] उत्कारिकालड्डुकपूरभक्ष मञ्जूलकेलीरत केशशासिन्। अनेकनारीरतलब्धसौख्य गोपालवर्जो न समस्त्वयान्यः॥। १४॥ 'अमाङ्गल्याक्षरैर्युक्त मुत्तानार्थमलौकिकम्। अश्रद्धेयं च यद्गीतं 'निष्फलं तत्मजायते ॥ १५॥
[अमाङ्गल्याक्षरम्] श्वित्रकुष्ठ इव त्रासं कस्य नो कुरुते हृदि। यशस्ते धवलं राजन् समन्तात्पश्यतो रिपोः ॥ १६ ॥ [उत्तानार्थम्] गौरयं त्वं बलीवर्दो मूत्रं शिश्षेन मुश्चति। भारं वहति पृष्ठेन दन्तैरत्ति तृणानि च ॥ १७॥ [अलौकिकम्] शिरस्ते पर्वताकारं बाहू 6तालतरूपमौ। उदरं गगनाकारं त्वदन्यो नास्ति पूरुषः ॥ १८ ॥
1कृषितसर्वाङ्ग ms. 2 रसभो ms. 3 उक्तारिकालंडुकर्पूरभक्ष मञ्जुलकेचित्रत के ... शासिन् । ms. 4 अमाङ्गल्यतरर्युक्तम् ms. 5 उत्तमार्थम् pour उत्तानार्थम् ms. 6 निःफलं ms. 7शिरस्त au lieu de शिरस्ते ms. 8 तालसतोपमम् ms., बाहुस्तालशतोपमः "Le bras egal a cent palmiers".
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CHAPITRE TROISIÈME 39
[Sous-entendus grossiers (nīca-śleșa)] Le corps couvert de cendres, occupé sans répit à obtenir les dons dont le Seigneur-des-créatures te satisfait, tu ressembles à un âne. 13.
(ou, selon un autre sens des mots): Tu es un âne, tendu de tous ses membres, qui possède le plus beau des organes et jouit de sa virilité.
[Mots vulgaires (grāmya-śabda)] Toi qui règnes pareil à Vișnu1 mangeur de caramels,2 de pains d'épices3 et de galettes,4 enclin aux jeux d'amour sous les tonnelles, trouvant ton plaisir à te divertir avec de nombreuses femmes, nul, sauf le Vacher (Krsna) ne t'égale. 14.
Un chant dont les paroles sont de mauvais augure, simplistes, bizarres ou fantastiques n'a pas un bon effet. 15.
[Paroles de mauvais augure (amāngalyākșara)] Dans le coeur de quels ennemis ta pure renommée, brillant de tous côtés comme une lèpre blanche, ne créerait-elle pas la peur? 16.
[Paroles simplistes (uttānārtha)] Tu es un taureau, et voici un taureau qui lâche son urine par son pénis, porte les fardeaux sur son dos et mange l'herbe avec ses dents. 17.
[Comparaisons bizarres (alaukika)] Il n'existe pas un autre homme qui, comme toi, ait une tête de montagne, des bras pareils à des troncs de palmiers et un ventre semblable à la voûte céleste. 18.
1 ou, « Pareil à [Vișņu], tueur du démon Keśa ». 2 Utkārikā, faits de lait, de mélasse et de beurre. 3 Ladduka, faits de farine, de lentilles avec sucre et épices, frits dans l'huile. 4 Pūra, galettes frites dans le beurre ou l'huile.
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40 LE GĪTĀLAMKĀRA
[अश्रद्धेयम्] भिच्वा भूमितलं सर्वे तथा च 'त्रिदशालयम् । ऐश्वर्य कुरु लोकानां त्रयाणां त्वं वटो द्ुतम्॥ १९ ।
अनिष्टार्थपदन्यासं सर्वेषां निन्दकं च यत्। तथापशब्दसंकीर्ण न श्रोतव्यं विचक्षणैः ॥ २० ॥
[अनिष्टार्थपद्न्यासम्] आराध्यमान: सविता सर्वकामः समृद्धिमान। करिष्यति सुसंतुष्टः शीघ्रं राजन् तव क्षयम् ॥ २१ ॥।
[सर्वेषां निन्दकम् ] स्वमतापेन राजेन्द्र यथात्मीयं गृहं त्वया। उद्दीपितं 8न लोकेऽस्मिन् तथान्येन तु केनचित् ॥ २२ ॥
[अपशब्दसंकीर्णम्] हत्वा शत्रुगणान्संख्ये2 शुक्कौ सेनातिभूरिसः । सपुत्रवसुदारस्त्वं स्वस्थो भव महीपते ॥ २३ ॥
1 नृ ms. 2 La lecture du ms. est अनिष्टपदविन्यासं. Toutefois, apres avoir donne des exemples des trois fautes mentionnées ici, nous trouvons un vers incomplet enumerant d'autres fautes (apparemment quatre): अनिष्टपदविन्यासं पूर्वेषां निन्दकं, ces fautes sont décrites ensuite nous permettant de reconstituer le distique 24. Il semble que l'expression anista-pada-vinyasa correspond mieux au सलज. .. .
deuxième exemple (distique 25) qu'au distique 21. Nous adoptons donc ici la lecture अनिष्टार्थपदन्यासं car c'est l'implication du mot क्षय dans le distique 21 qui est considérée comme indésirable. 3 नि pour न ms. . 4 शत्रुगणात्संख्ये ms.
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CHAPITRE TROISIÈME 41
[Paroles peu-croyables (aśraddheya)] Jeune homme! Saisis vite la royauté des trois mondes ayant percé de part en part la face de la terre et la demeure des dieux.1 19.
Les gens de bien ne doivent pas entendre des [chants] contenant des mots aux implications indésirables, ou condamnant le monde entier, ou comportant des erreurs grammaticales. 20.
[Mots aux implications indésirables (anistārtha-pada-nyāsa)] Le soleil vénérable, riche en tout ce qui est désirable, content de toi te donnera sans tarder un empire [ou 'causera ta perte ']2 O Roi! 21.
[Mots condamnant tout le monde (sarveşām nindaka)] En ce monde, O Roi! nul autre que toi n'a fait resplendir sa maison par sa valeur. 22.
[Erreurs grammaticales (apaśabda)] Ayant exterminé en brillant bataille, le groupe ennemi et leurs grands armées,3 sois heureux, Maître de la Terre! avec tes fils, tes richesses et tes femmes. 23.
1 Allusion aux hauts faits du Vāmana avatāra de Vișņu. 2 Le mot ksaya pris ici dans le sens de « demeure » ou « empire », peut aussi signifier « destruction ». 3 Le locatif du mot śukla (brillant) est śukle et non pas śuklau. Le mot sena (armée) est féminin. L'objectif pluriel est senāh. Devant ati, le visarga tombe et la forme est senā ati et non pas senāti. On doit avoir bhūrisah au lieu de bhūrisah.
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42 LE GĪTĀLAŅKĀRA
[अनिष्टपदविन्यासं पूर्वेषां निन्दकं च यद्। सलज्जमतिकृच्चैव विधेयायुक्तता तथा]।२४॥
[अनिष्टपद्विन्यासम्] वज्रपातः पतत्वाशु तव मूर्धनि विद्विषाम्। भूयात् सुखं च भूपाल यावच्चन्द्रार्कतारकाः ॥ २५॥
[पूर्वेषां निन्दकम् ] न सिद्धं तव पूर्वेषामषि यत्कर्म भूतले। तत् त्वया साधितं राजन् स्वबाहुबलसंश्रयात् ॥ २६॥
[सलज्जमतिकृत्] मातरिश्वा सदायाति चोदयन्सर्वतो रजः। 2समेष्यन्ती यत्र सखे भाति या भवतः पिया ॥२७॥
[विधेयायुक्तता] देवद्विजप्रसादेन कुरु राज्यं महीपते यावद्वर्षसहस्त्र त्वं जहि शत्रूनशेषतः ॥ २८ ॥
उपमेयस्तु नीचेन *समो नोत्तमपूरुषः । न शरीरं कलत्रस्य *स्तवाङ्गं धर्मवित्कृतौ ॥ २९ ॥
1 Voir note du distique 20. 2 समेख्यन् ms. 3 सममूत्तमपूरुप: ms. 4 तवाङ़गं धर्मवित्पुमान् ms.
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CHAPITRE TROISIÈME 43
On doit éviter l'emploi de mots indésirables, irrespectueux envers les ancêtres, choquants et placés en séquence illogique.1 24.
[Arrangement indésirable des mots (anişta-pada-vinyāsa)] Protecteur de la terre! Que la foudre tombe sur la tête de tes ennemis et puisses-tu être heureux tant que dureront la lune et le soleil. 25.
ou: Que la foudre tombe sur ta tête et que tes ennemis soient heureux.2
[Paroles humiliantes pour les ancêtres (pūrveșām nindaka)] Ce que tu as réalisé sur la terre, O Roi! par la puissance de ton bras, tes ancêtres eux-mêmes n'avaient pu l'accomplir. 26.
[Paroles choquantes (salajjamatikrt)] Ami! comme le vent qui, sans répit, soulève la poussière, [ou incite les menstrues] ta bien aimée s'approche anxieuse de s'unir [à toi]. 27.
[Succession illogique (vidheyāyuktatā)] Maître de la terre! Par la grâce des dieux et des brahmanes, règne pendant mille ans, [puis] tue tes ennemis sans en laisser un seul. 28.
Un haut personnage ne doit pas être comparé à des choses ordinaires. Un honnête homme ne mentionne pas dans son éloge les parties du corps d'une épouse. 29.
1 Voir note du distique 20. 2 La position malencontreuse du mot tava avant mūrdhani (tête) peut impliquer un sens opposé de celui qui était désiré.
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44 LE GĪTĀLAŅKĀRA
[उत्तमस्याधमोपमानम्] मत्स्यकच्छपसंकीर्णः कल्ोलालिसमाकुलः । महासर इवोदग्रो रेजेडयं2च रसोदधिः ॥ ३०॥ [कलत्राङ्गस्तवम् ] मध्यक्षामा पृथुश्रोणी बिम्बोष्ठी मृगलोचना। अश्वत्थपत्रगुह्या च तव कान्ता रतक्षमा ॥ ३१॥
8अमाङ्गल्यार्थकं यच्च *लघूत्प्रेक्षं च यद्भवेत्। 5तत्तच् यत्रतो गीते त्याज्यं गीतविचक्षणैः ॥ ३२॥
[अमाङ्गल्यार्थकम् ] व्याप्य पृथ्वीतलं कृत्स्ं तव कीतिर्नराधिप०। स्वर्लोंकं च ततः प्राप्ता पातालं जाहवी यथा ॥। ३३ ॥। [लघूत्प्रेक्षम्]
चन्द्रोडयं पश्य राजेन्द्र पुरतो दर्पणो यथा ॥ ३४ ॥
एवमादिदुरुक्तानि दूरात्संत्यज्य यत्रतः । कार्य गीतविदा गीतं ततः सिद्धिमवासुयात् ॥३५॥
इति दूषणाध्यायस्तृतीयः
1 मच्छ pour मत्स्य ms. 2 रेजे पंजरसोदधि: ms. 3 अमाङ्गल्याक्षरं ms. Nons preferons la lecture अमाङ्गल्यार्थक qui differencie ce distique de 3. 16. 4 लघूत्प्रेक्ष्यं ms. 5 तत्तद्यततो ms. 6 कीर्ति नराधिप: ms. 7 Nous restaurons. Le ms. corrompu donne दाक्षिणात्या वलादन्तसन्माजिसम: प्रभः Cette strophe se trouvait répétée dans le manuscrit à la suite de la strophe 12 du même chapitre, comme exemple de hinopama. Nous l'avons conservée ici seulement. La version supprimee comportait les lectures दाक्षिणात्याः षलदन्त निर्ध्वा- जिंतसमप्रभ: et यस्य au lieu de पश्य dans la deuxieme ligne.
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CHAPITRE TROISIEME 45
[Comparaison du noble avec l'ordinaire (uttamasyādhamopamāna)] L'océan de sève brillait comme un grand lac furieux, aux vagues agitées,1 plein de poissons et de tortues. 30.
[Eloge du corps d'une épouse (kalatrānga-stava)] Ton aimée, très experte dans les jeux du plaisir, a la taille fine, la hanche large, des lèvres rouges, des yeux de gazelle et la vulve pareille à la feuille du figuier saint. 31.
Les experts en chansons doivent s'efforcer d'éviter dans le chant les phrases de mauvais augure et les comparaisons dépla- cées. 32.
[Phrase de mauvais augure (amāngalyārthaka)] Maître des hommes! ta renommée, ayant couvert la face de la terre, atteint le ciel comme le Gange les enfers. 33.
[Comparaison déplacée (laghūtprekșa)] Vois! Maître des rois! Le miroir devant toi est comme une lune qui aurait l'éclat des dents bien polies d'une fille du Sud. 34.
Ainsi les experts en musique créent des chants, s'efforçant d'eviter de loin ces expressions mauvaises. Ils obtiennent ainsi le succès. 35.
Fin du troisième chapitre « Les défauts du chant ».
1 L'océan primordial est ici comparé à un simple lac.
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चतुर्थोडध्यायः
[स्वर-लक्षणम्] [गीताङ्गानि] 'सप् स्वरास्त्रयो ग्रामा मूर्च्छनाश्रैकविशतिः2। ताना एकोनपश्चाशत्तिस्रो मात्रा लयास्रयः ॥ १ ॥
स्थानत्रयं 'यतीनां च 'षडास्यानि रसा नव। वर्णाः षद्त्रिशदित्युक्ता भाषाः स्युः सप्त षड्गुणाः"॥२।।
1 Ce passage se retrouve dans la Nāradīya-śikșā, 1. 2. 4, le Vāyu-pųrāņa, 86, 36, et de nombreux ouvrages, tels que le Nātya-cūdāmani, 6. 7, la Samgīta-sārāvalī, p. 88, le Bharata-bhāsya, p. 399, etc. Les distiques 1 à 3 de ce chapitre sont reproduits dans le Pañca-tantra (aparīkșita-kāraka, sixième histoire) comme une citation de Bharata. Le Pañca-tantra considère donc le Gitālamkāra comme l'oeuvre de Bharata. 2स्त्वेकविंशति: dans la Naradiya-siksa, 1. 2. 4, et le Panca-tantra, edition de Harvard ; मूर्छना चैकविंशति: dans le ms. et le Vayu-purana, 86. 36. 3 तान एकोनपञ्चाशदित्येतत्स्वरमण्डलम्। (Naradiya-siksa et Samgita-saravali) तानाश्रैकोनपञ्चाशदित्येतत्स्वरमण्डलम्। (Vayu-purana) ताना श्रैकोनपञ्चाशदित्येवं स्वरमण्डलम्। (Bharata-bhasya) तानासत्वेकोनपञ्चाशद्। (Panca-tantra, edition de Bombay) 4 यते: पञ् Panca-tantra, edition de Bombay. 5 La lettre डा dans पडास्यानि n'est pas nette dans le ms. La lecture pourrait etre बड़ास्यानि ou षडुभ्रास्यानि qui n'ont pas de sens. Une autre lecture possible est षड्ढास्यानि (les six "rires") ou षडास्यानि (les six "expressions du visage") qui sont decrites plus loin (chapitre 11) ainsi que dans le Natya-sastra. पडास्यानि est la lecture du Pañca-tantra. 6 ड्विंशद् d'apres la lecture du Bharata-kosa. 7रागा: पटत्रिशतिर्भाषाश्चत्वारिंशत्ततः स्मृताः। (Panca-tantra, edition de Bombay) वर्णाः षट्त्निंशतिर्भाषाश्चत्वारिंशत्ततः स्मृताः। (ibid., edition de Harvard)
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CHAPITRE IV
[DÉFINITION DES NOTES]
[ Eléments d'art-musical (gitanga)] Il existe sept notes (svara), trois bases-de-gammes (grāma) vingt-et-une gammes-modales (mūrchana), quarante-neuf tons (tāna), trois unités-de-temps (mătra), et trois tempos (laya).1 1.
Il y a trois octaves (sthāna) et trois rythmes (yati), six façons de sourire (āsya),2 neuf états-émotionnels (rasa), trente-six modes (varņa),3 et six fois sept styles-de-chant-populaires (bhāsā) 4. 2.
1 Les trois premiers distiques de ce chapitre sont cités dans le Pañca-tantra, aparīkșita-kāraka, sixième histoire, distiques 52-55, édition de Bombay (5. 5. 40-43, p. 271-272, édition de Harvard). 2 La version du Pañca-tantra donne: « Il y a trois octaves (sthäna), cinq (?) rythmes (yati), six façons de sourire (āsya), neuf états-émotionnels (rasa), trente six modes (varna), quarante styles- de-chant-populaires (bhasā). 3 L'utilisation du mot varna pour « mode » dans tout le texte du Gītālamkāra est importante car elle est extrêmement archaïque. Le changement de varna en raga dans l'édition de Bombay du Pañca-tantra est une correction ultérieure. Le texte jaina de l'édition de Harvard donne bien varna. 4 Bhāșā veut simplement dire « langage», mais il réfère aussi, dans les ouvrages sur la musique, à la manière de chanter des populations parlant ces langages. De nos jours encore on parle de musique tamoule, musique telougoue, musique bengalie, chant hindousthani, etc ... pour indiquer des styles-de-chant et même des systèmes musicaux distincts.
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48 LE GĪTĀLAŅKĀRA
पश्चाशीत्यधिकं ह्वेतद्रीताङ्गानां शतं स्मृतम् । स्वयमेव पुरा प्रोक्तं ब्रह्मणाव्यक्तजन्मना ।। ३ ।।
एकाङ्गेनापि संत्यक्तं यथा याति प्रवाच्यताम्। देहं तथा नृणां गीतं 'तद्यनेन विचिन्तयेत्॥ ४ ॥
8षड्जऋषभगान्धारा* मध्यपश्चमघैवताः। निषादसप्तमा® ज्ञेया नृणां" कण्ठोत्थिताः स्वराः॥५॥
1सत स्वरास्त्रयो ग्रामा मूर्छनाश्चैकर्विशतिः । तानास्त्वेकोनपञ्चाशत्तिस्रो मात्रा लयास्त्रयः ॥ स्थानत्रयं यते: पञ्च षडास्यानि रसा नव। रागा: षट्त्रिंशतिर्भावा (षा१)श्वत्वारिंशत्ततः स्मृताः॥ पञ्चाशीत्यधिकं ह्येतद्रीताङ्गानां शतं स्मृतम्। स्वयमेव पुरा प्रोक्तं भरतेन श्रुतेः परम् ॥ (Pañca-tantra, aparīkșita-kāraka, sixième histoire, distiques 52-55, édition de Bombay) L'édition de Harvard (5. 5. 40-43, p. 271-272) donne a au lieu de dars चैकविंशतिः, ताना एकोनपञ्चाशद् au lieu de तानास्त्वेकोनपञ्चाशद्, यतीनां च au lieu de यते: पञ्ञच वर्णाः au lieu de रागा:, भाषा: au lieu de भावा:, et गीतानां च au lieu de गीताङ्गानां. Elle omet la ligne स्वयमेव पुरा प्रोक्तं भरतेन श्रुते: परम् et ajoute la ligne de Gitalamkara, 1.14: सुवर्णरचितं शुद्धं गीताङ्गेः सकलैर्युतम्. सत स्वरास्त्रयो ग्रामा मूर्छनास्त्वेकविंशतिः । ताना एकोनपञ्चाशत्तिस्रो मात्रा लयास्त्रय: ।। स्थानत्रयं यतीनां च षडास्यानि रसा नव। वर्णाः षट्त्रिंशतिर्भाषाश्चत्वारिंशत्ततः स्मृताः ॥ पञ्चाशीत्यधिकं ह्वेतद्रीतानां च शतं स्मृतम्। सुवर्णरचितं शुद्धं गीताङ्गः सकलैयुतम् ॥ (Pañca-tantra, Harvard Oriental Series, p. 271-272) 2 यद au lieu de तद् ms. 3 पडुग ms. 4र Bharata-bhasya, 3. 34 et Gana-sastra,43. 5 दैवता: ms. 6 निखासपमो ms. 7नृत्यां ms .; तन्त्री Gana-sastra. 8 Des distiques presque identiques se trouvent dans la Samgīta-sārāvali, p. 6, le Gāndharva-veda, 110, le Gāna-šāstra, 43. षड्जर्षभगान्धारनिषादमध्यमधैवताः। पञ्चमश्चेत्यमी सप्त तन्त्रीकण्ठोत्थिता: स्वराः ।। (Gana-sastra, 48) षडजनउप्रभगान्धारा मध्यम: पञ्चमस्तथा। धैवतश्च निषादश्च तन्त्रीकण्ठोत्थिता: स्वराः।। (Samgita-saravli, p. 6)
निषादश्चेत्यमी सप्त तन्त्रीकण्ठोत्थिता: स्वराः।। (Gandharva-veda, 110)
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CHAPITRE QUATRE 49
Les éléments-de-l'art-musical (gitanga) sont donc au nombre de cent-quatre-vingt-cinq. Ils furent autrefois décrits par Brahmā luimême dont la naissance [se perd] dans le non-manifesté.1 3.
Le corps de l'homme, s'il lui manque un membre, est mépri- sable. Il en est de même pour une musique [à laquelle un de ses éléments fait défaut]. On doit s'efforcer d'y réfléchir. 4.
[Les notes (svara)] On reconnait sept notes (svara) pour la voix. Elles sont appelées : Sadja (Do), Rsabha (Ré), Gāndhāra (Mib), Madhyama (Fa), Pañcama (Sol), Dhaivata (La) et la septième Nișāda (Sib).2 5.
1 Le Pañca-tantra cite ces vers: Le nombre total des gitanga est cent quatre vingt cinq dans les deux textes mais le Gītālamkāra compte trois yati et quarante-deux bhāșā, le Pañca-tantra, édition de Bombay, compte cinq yati et quarante bhāsa, contre-trois yati et quarante bhașa dans l'édition de Harvard.
Il est intéressant de noter que le Gītālamkāra attribue ces vers au dieu Brahmā alors que le Pañca-tantra les cite comme étant de Bharata, reconnaissant ainsi le Gitālamkāra comme l'oeuvre originale de Bharata. Le vers mentionnant Bharata manque dans l'édition de Harvard (texte jaina) mais, comme il n'est pas remplacé, il s'agit certainement d'une lacune.
2 Le Gana-sāstra, en un passage similaire, donne ces notes dans un ordre different, la quatrieme est Nisada, la septieme Pancama. Contrairement au système de Narada, il semble que la tonique soit bien ici l'initiale Sadja, comme dans le système moderne. C'est pourquoi nous l'appelons Do. 4
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50 LE GĪTĀLAŅKĀRA
यत्किश्चिद्वाङमयं लोके शब्दो वा कृत्रिमो भवेत्। सर्वं सप्तस्वरैर्व्यापं तद्विज्ञेयं पृथक् पृथक् ॥ ६॥
[स्वर-वर्णा:] 'पद्मपत्रनिभः2 षड्ज ऋषभः शुकपिञ्जरः'। कनकाभस्तु गान्धारो मध्यमः कुन्दसन्निभः॥७
5पञ्चमस्तु भवेत्कृष्णः सुपीतं धैवतं विद्ुः । निषाद: 6सर्ववर्णस्तु सर्वे योज्यानुरूपतः" ॥ ८ ॥
1 Ce distique et le suivant se retrouvent dans la Nāradīya-śiksā, 2. 4. 1-2, la Brhaddeśi, 77-79, la Samgīta-sārāvalī, p. 92, le Svara-tālādi-lakșana, 69-71, p. 9, la Dakşiņī-rāga-mālā, 45-46, p. 6. 2 yH: Nāradīya-śikşā, Svara-tālādi-laksaņa, Brhaddeśī, Dakșiņī-rāgamālā. 3 शुकवर्णक: Brhaddesi; सूकपिक्जरः Daksini-ragamala. 4 कुन्दसप्रम: Samgita-saravali et Naradiya-siksa; कुन्दसन्निम: Brhaddesi. 5 La Naradiya-siksa, 1. 4.2, donne पीतकं pour सुपीतं, सर्ववर्णश्र pour सर्ववर्णस्तु et इत्येतत्स्वरवर्णता pour सर्वे योज्यानुरूपत :. La Brhaddesi, 78, donne पीतवर्णस्तु धैवतः pour सुपीतं घैवतं विदुः, सर्ववर्णोडयं pour सर्ववर्णस्तु et विज्ञेय: स्वरवर्णकः pour सर्वे योज्यानुरूपतः. 6 सर्ववर्ण्यस्तु ms. पञ्चमस्तु भवेत्कृष्णः पीतकं घैवतं विदुः । निषादः सर्ववर्णश्च इत्ये(ते)तत्स्वरवर्ण (काः)ता॥ (Nāradīya-sikșā, 1. 4. 2) पञ्चमस्तु भवेत्कृष्णः पीतवर्णस्तु धैवतः । निपादः सर्ववर्णोऽयं विज्ञेयः स्वरवर्णकः ॥ (Bṛhaddeśi, 78-79, et Svara-tālādi-lakșaņa, 70, p. 9) षडज; पद्मनिभो ज्ञेय ऋषभश्चापि पिञ्जरः। गान्धार: कलनावस्तु[कनकाभस्तु!]मध्यमः कुन्दसन्निभः ॥ पश्चमः सुस्वरस्तत्र(१) पीतवर्णश्र घैवतः । निषाद: कर्बुरो ज्ञेय एवंवर्णा: स्वरा इह ।। (Bharata-bhasya, 3.3-4) कमलाभ: स्वरः पड्ज ऋपभः पिज्रः स्वरः। हाटकाभस्तु गान्वारः कुन्दाभो मध्यमः स्वरः॥ पञ्चमस्तु स्वरः श्यामो घैवतः पीतवर्णयुक्। निपादः कर्बुरश्चेति स्वराणां वर्णनिर्णयः ॥ (Samgīta-pārijāta, 88-89)
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CHAPITRE QUATRE 51
Tout ce qui en ce monde appartient au verbe, que ce soit la parole ou les [sons] artificiels [des instruments], a pour matière les sept notes, c'est pourquoi il faut les bien connaître individuelle- ment. 6.
La note Sadja (Do) a la couleur [rouge] 1 du pétale de lotus. Rsabha (Ré) est jaune-vert comme le perroquet. Gāndhāra (Mib) est doré. Madhyama (Fa) est couleur de jasmin. 7.
Pañcama (Sol) est noir, Dhaivata (La) est jaune brillant, et Nișāda (Sib) multicolore: toutes ont l'aspect qui leur convient.2 8.
1 La couleur symbolique du lotus appelé padma est toujours le rouge. 2 Le mot sita (blanc), comme couleur de la note Pañcama (Sol) dans le Samgīta-makaranda, 1. 30-32, est probablement une erreur de copiste pour asita (noir). Il peut être intéressant de noter que, dans la musique chinoise de la même époque, la tonique (koung) est jaune, la seconde (shang) est blanche, la tierce (kyo) est bleue, la quinte (tchi) est rouge et la sixte (yù) est noire. La quarte et la septième ne font pas partie du système chinois.
श्वेतपझमं षड्जवर्ण प. । गान्धारः स्वर्णवर्णश्र मध्यमः शुकवर्णकः ॥ पञ्चम: कृष्णवर्णश्र घैवतः श्यामवर्णकः। निषादः पीतवर्णश्चेत्येष वर्ण[वि]निश्चयः॥ (Abhinaya-lakşana, 2. 43-45) पझ्माभः पिञ्जरः स्वर्णवर्णः कुन्दप्रभोऽसितः । पीतः कर्पू [र्बु १]र इत्येते वर्णाः पडजादिभि: स्वरैः ॥ (Nātya-cūdāmaņi, 166) पझ्मपत्रग्रभ: पड्ज ऋषभः सूकपिञ्जरः । कनकाभस्तु गान्धारो मध्यमः कुन्दसन्निमः ॥ पञ्चम: कृष्णवर्णश्र पीतवर्णश्र घैवतः। निषादः सर्ववर्णोऽयमित्येते स्वरवर्णकाः ॥ (Dakşiņī-rāga-mālā, 46, p. 6) पद्मपत्रप्रभः पड्ज ऋषभः शुकपिञ्जरः । कनकाभस्तु गान्धारो मध्यमः कुन्दसप्रभः ॥ पञ्चमस्तु भवेत्कृष्ण: पीतकं धैवतं विदुः। निषादः सर्ववर्णः स्यादित्येते स्वरवर्णकाः ॥ (Samgīta-sārāvalī, p. 93) पद्माभ: पिञ्जरः स्वर्णवर्णः कुन्दप्रभः सितः । पीतः कर्बुर इत्येते तेषां वर्णा निरूपिताः ॥ षड्जः कमलवर्णः स्यादषभः पिञ्जरस्तथा। गान्धारः स्वर्णवर्णः स्यान्मध्यमः कुन्दवर्णकः॥ पञ्चमः सितवर्णः स्याद्वैवतः पीतवर्णकः। नैषादः कर्बुरो वर्णः सतवर्णा निरूपिताः ॥ (Samgīta-makaranda, 1. 1. 30-32) पड्जं सरोजपत्राभमृषभं शुकसन्निभम्। सुवर्णवर्ण गान्धारं मध्यमं कुन्दसोदरम्। पञ्चमं जलदश्यामं धैवतं चम्पकप्रभम्। नानावर्ण वदन्त्यत्र निषादं स्वरवेदिनः ॥ (Samgīta-śiromaņi, 167-169)
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52 LE GĪTĀLAMKĀRA
[षड्ज:] वायुः समुत्थितो नाभेः क्रोडस्य हृदयस्य च2। पार्श्वयोर्मस्तकस्यापि षण्णां षड्जः प्रजायतेह। ९ ॥
1 Les distiques 9 à 14 et 16a sont identiques à 3. 3b-3. 9a et à 10b du Samgīta-dāmodara, reproduit avec des variantes dans le Samgīta-nārāyana, 1. 68-74. 2 वायुः संमर्दितो नाभेर्नाभ्याश्च हृदयस्य च*। (नाड्यश्रेद्दयस्पृश: Samgita-narayana) (Samgīta-dāmodara, 3. 3, cité aussi dans le Samgīta-nārāyaņa) Le deuxième vers est identique à celui du Gītālamkāra. 3 कण्ठोरस्तालुनासाभ्यो जिह्वाया दशनादपि। षड्भ्यः संजायते तेन षड्जस्वर इहोच्यते॥ (Samgīta-śiromaņi, 189) नासाकण्ठमुरस्तालुजिह्वां दन्तांश्र संश्रितः । षड्भि: संजायते यस्मात्तस्मात् षड्ज इति स्मृतः ॥ (* जिह्वादन्तांश्र Bharata-bhasya) (Bharata-bhāsya, 3. 26, Nāradīya-śikșā, 1. 5. 7, et Samgīta-sārāvalī, 22, p. 96) नासा च कण्ठोरस्तालुजिह्वादन्तास्तर्थव च। षड्भिः संजायते यस्मात् तस्मात् षड्ज इति स्मृत:॥
नासा कण्ठ उरस्तालु* जिह्वा दन्तास्तथैव च। (Svara-tālādi-lakșaņa, 56)
** षडभिः संजायते यस्मात् तस्मात् षडज इति स्मृतः ॥ (*तालुजिह्रा ** षड्भ्य: dans le commentaire du Samgita-darpana) (Samgīta-samaya-sāra, cité dans le commentaire de Simha-bhūpãla sur le Samgīta-ratnākara, 1. 3. 24, cité aussi dans le commentaire du Samgīta-darpana, 1. 170-171) षण्णां स्वराणां जनकः षड्भिर्वा जन्यते स्वरैः। षड्भ्यो वा जायतेऽङ्गभ्यः षड्ज इत्यमिधीयते॥ (Kallinatha, citant "Matanga et autres auteurs " dans le commentaire du Samgīta-ratnākara 1. 3. 23) नासा कण्ठ उरस्तालुजिह्वादन्ता: परिस्फुटम्। पड्भिः संजायते यस्मात्[षड्ज इत्यमिधीयते]॥ (Rāga-ratnākara de Gandharva-rāja, षड़म्यो जात: षड्जः । नासां कण्ठमुरस्तालु जिह्वां दन्तांश्र संस्पृशन्। षड्भ्यः संजायते यस्मात् तस्मात् षड्ज इति स्मृतः ॥ (Amara-kośa, commentaire de Kşīra-svāmin) नासाकण्ठपुट (मुर!) स्तालुजिह्वादन्तांश्र संस्पृशन्। षड्भ्य: संजायते यस्मात् तस्मात् षड्ज इतीरितः । (Rāga-sāgara, 1. 15) नासां कण्ठमुरस्तालु जिह्वां दन्तांश्र संस्पृशन। षड्ज: संजायते यस्मात् तस्मात् षड्ज इति स्मृत: । (Samgīta-nārāyana, 1. 67, p. 27) "कण्ठादुत्तिष्ठते षड्ज:" (Naradiya-siksa, 1. 5. 5, et Brhaddesi, 85)
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CHAPITRE QUATRE 53
[Sadja (né des six) (Do)] Un souffle s'élève du nombril, et Sadja (né-des-six) naît de six [emplacements]: [le nombril], la poitrine, le coeur, les deux côtés et la tête.1 9.
1 D'apres la Varadia-fik a. 1. 5. 7, Sadja provient des six emplacements de l'émission vocale: nez, gorge, poitrine, palais, langue et dents.
Le Rāga-ratnākara, 2. 7, le Rāga-sāgara, 15, le Bharata-bhāsya, 3. 26, la Samgīta- sārāvali, p. 96, le Samgīta-siromani, 189, le commentaire du Samgīta-darpana, 1. 170-171, ainsi que Simha-bhūpāla (commentaire du Samgīta-ratnākara), 1. 3. 23, et Kșīrasvāmin (commentaire d'Amara-kośa) suivent la théorie de la Nāradīya- śiksā.
Le Samgīta-dāmodara, 3. 3-4, reproduit le texte du Gītālamkāra avec deux différences mineures, probablement erreurs de copistes. Le Samgīta-nārāyana donne d'abord la version de la Nāradīya-śikșā puis la version du Gītālamkāra qu'il emprunte au Samgīta-dāmodara. Le sens originel du mot Sadja est probablement « né des six autres » ou plutôt « père des six autres », se référant à son rôle d'initiale dans la gamme de sept notes. Ce sens toutefois n'est mentionné que par quelques textes, en parti- culier Matanga, cité par Kallinātha, commentaire du Samgīta-ratnākara, 1. 3. 23.
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54 LE GĪTĀLAŅKĀRA
[ऋषभः] 'नाभिमूलादयदावर्त® उत्थितः कुक्षिमध्यतः। ऋषभस्येव* निर्याति हेलया 5ऋषभस्ततः॥ १० ॥
1 Voir note 1, p. 52. 2 वर्ण Samgita-damodara. 3 कुरुते ध्वनिम Samgita-damodara. 4 वृषभस्येव Samgita-damodara. 5 ऋपभः स्मृत: Samgita-damodara. 6 वायु: समुत्थितो नाभे: कण्ठशीर्षसमाहतः।
(Samgīta-śiromaņi, 190) वायुः *समुत्थितो नाभे: कण्ठतालुसमाश्रितः । जायते ऋषभश्चैव ऋपभोऽयमतन्द्रितः ॥ (*समुच्छित: Catva. raga.) (Rāga-ratnākara de Gandharva-rāja, 2. 8, et Catvārimśacchata-rāga-nirūpaņa, 2. 3) नाभे: समुत्थितो वायुः कण्ठशीर्षसमाहतः। ऋषभन्नदते यस्मादृषभो विप्रकीर्तितः ॥ (Svara-tālādi-lakșaņa, 57) शिरसस्त्वृषभ: स्मृत: (aradiya-siksa, 1. 5. 5) ऋपभः शिरस: स्थित: (Brhaddesi, 85) वायुः समुत्थितो नाभे: कण्ठशीर्षसमाहतः।
(Nāradīya-šikşā, 1. 5. 8) नाभे: समुदितो वायुः कप्ठशीर्यगनाहनः । ऋषभं वदते यस्मात्तस्माद्दषभ ईरितः । (Samgīta-sārāvalī, 11, p. 133) नाभे: समुत्थितो वायुः कण्ठशीर्षसमाहतः ।
(Samgīta-samaya-sāra, cité par Simha-bhūpāla, commentaire du Samgīta- ratnākara, 1. 3. 24) प्राम्नोति हृदयं शीघ्रमन्यस्मादषभः स्मृतः । स्त्रीगवीषु यथा तिष्ठन्विभाति ऋषभी महान्। स्वरग्रामे समुत्पन्नः स्वरोऽयमृपभस्तथा ॥ ("Matanga et autres" cités par Kallinātha, commentaire du Samgīta- ratnākara, 1. 3. 23)
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CHAPITRE QUATRE 55
[Rsabha (le taureau) (Ré)] Rsabha (le taureau) s'élève, comme un tourbillon, de la racine du nombril au milieu de la cavité du ventre et mûgit comme un taureau.1 10.
1 Le Samgīta-dāmodara donne varņa pour āvarta; kurute dhvanim au lieu-de kukși- madhyatah, ct smrtah au lieu de tatah. Le sens devient: « Parce qu'il s'élève, en se jouant, comme un son articulé de la racine du nombril et résonne comme le mûgissement d'un taureau, on l'appelle Rsabha (le taureau).» (Samgīta-dāmo- dara, 3. 5)
D'après la Nāradīya-śikșā, 1. 5. 8, et autres textes: « L'air, s'élevant du nombril, frappe la gorge et la tête, mugissant comme un taureau. Il est donc appelé le taureau (Rsabha).» D'après Matanga, cité aussi par Kallinātha (commentaire du Samgīta- ratnākara, 1. 3. 23): « Arrivant au coeur plus rapidement que les autres il est appelé le taureau (Rsabha). Il ressort parmi les autres notes comme un puissant taureau parmi les vaches, c'est pourquoi il est appelé Rsabha.»
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56 LE GĪTĀLAŅKĀRA
[गान्धारः] नाभेः 'समुत्थितो वायुर्गन्धस्रोतेन केवलम्®। *सशब्दो येन निर्याति गान्धारस्तेन कथ्यते ॥ ११ ॥
1 Voir note 1, p. 52. 2 समुद्गतो Samgita-damodara. 3 गन्वश्रोत्रे च चालयन Samgita-damodara. 4 सशब्दस्तेन Samgita-damodara. 5 नादो गन्धं गन्धवहमियदन्वेति यत्स्फुटम्। तेन गान्धार एवासी स्वरो गान्धार उच्यते॥ (Samgīta-śiromani, 191) नाभे: *समुत्थितो वायुः ** कण्ठे तालुसमाश्रितः । गान्धारस्यापि हेतुत्वात्स्वयं गान्धार उच्यते ॥(*समुच्छितो, ** कण्ठ Catva. raga.) (Rāga-ratnākara de Gandharva-rāja, 2. 9, et Catvārimśatcchata-rāga-nirūpaņa, 2. 4) वायुः समुत्थितो नाभे: कण्ठशीर्षसमाहतः । गन्धर्वसुखहेतुत्वाद्गान्धारस्तेन हेतुना। (Svara-tālādi-laksaņa, 58, p. 7) वायुः समुत्थितो नाभे: कण्ठशीर्षसमाहतः । *नासागन्धावहः पुण्यो गान्धारस्तेन हेतुना ॥ (नानागन्धवहः Bharata-bhasya) (Bharata-bhāsya, 3. 26, Nāradīya-šiksā, 1. 5. 9, Samgīta-sārāvalī, 23, p. 96) नाभे: पूर्ववत् । गन्धर्वसुखहेतुत्वाद्गान्धारस्तेन हेतुना। (Samgīta-sārāvalī, 12, p. 133) नाभे: समुत्थितो वायुः कण्ठशीर्षसमाहतः। गन्धर्वसुखहेतुः स्याद्गान्धारस्तेन हेनुना ** ॥ (*समुदितो ; ** कथ्यते commentaire du Samgīta-darpaņa) (Samgīta-samaya-sāra, cité par Simha-bhūpāla, commentaire du Samgīta- ratnākara, 1. 3. 24, et reproduit dans le commentaire du Samgīta-darpana, 170-171) गान्धारस्त्वनुनासिक्यः । (Naradiya-siksa, 1. 5. 5) नासायाश्चैव गान्धार: (Brhaddesi, 86) वाचं गानात्मिकां धत्त इति गान्धारसंज्ञकः । ("Matanga et autres" cités par Kallinātha, commentaire du Samgīta- ratnākara, 1. 3. 23)
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CHAPITRE QUATRE 57
[Gāndhāra (note du nez) (Mib)] Un souffle part du nombril et sort avec bruit par la seule voie du courant des odeurs (i.e. le nez, gandha). C'est pourquoi on l'appelle Gandhara (odorant).1 11.
1 Le ms. donne gandha-śrotrena (par le nez et l'oreille). Nous préférons la lecture gandha-srotena (par le souffle du nez) correspondant à l'idée du gandha- vahah (porteur d'odeurs) du Bharata-bhāsya, 3. 26, et de la Samgīta-sārāvalī, 23, p. 56 de notre ms. Mais le texte du Samgīta-dāmodara, qui reproduit le Gītālam- kāra avec de légères variantes, donne aussi gandha-śrotre ca cālayan (d'après notre ms.) ou gandham śrotre ca cālayan dans la citation qui en est donnée dans le Sabda- kalpa-druma.
La Nāradīya-śikșā, 1. 5. 9, reproduite également dans le Bharata-bāsya, 1. 3. 26, et la Samgīta-sārāvalī, 23, p. 93, donnent: « Le souffle, partant du nombril, frappe la gorge et la tête. Chargé de parfums, il est [plein] de mérites et appelé, en conséquence, souffle de l'odorat (Gam-dhāra).» Le commentateur Bhatța-śobhākara explique que le mot « tête » indique ici le nez.
Par ailleurs Simha-bhūpāla (commentaire du Samgīta-ratnākara) cite un vers similaire du Samgīta-samaya-sāra où le mot Gāndhāra est défini comme « faisant plaisir aux gandharva ou musiciens célestes ». Kallinātha (commentaire du Samgīta-ratnākara) cite Matanga qui dit que cette note est appelée Gandhara en tant que « véhicule du langage musical ».
La tierce mineure chantée en partant de la tonique semble résonner dans le nez.
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58 LE GĪTĀLAMKĀRA
[मध्यमः] मध्यमो मव्यमस्थानाच्छरीरस्य प्जायते2। नाभिमूलाच्च® गम्भीर: किश्चित्तारः स्वभावतः4॥१२ ।।
1 Voir note 1, p. 52. 2 स्थानाच्छरीरस्योपजायते Samgita-damodara. 3 नाभिमूलाश्च ms. 4 नाद: समुत्थितो नाभेरुरःकण्ठसमाहतः । नाभिं प्राप्तः पुनर्मव्यस्थानगो मध्यमः स्मृतः ॥ (Samgīta-śiromani, 192) उरसो मध्यम: स्वरः (aradiya-siksa, 1. 5. 5, et Brhaddesi, 86) नाभिहृत्कण्ठदेशे तु तस्मान्मध्यम उच्यते। (Catvārimśacchata-rāga-nirūpaņa, 2. 5, et Rāga-ratnākara de Gandharva-rāja, 2. 10) वायुः समुत्थितो नाभेरुरो हृदि समाहतः। मध्यस्थानभवत्वाच्च मध्यमस्तेन कीर्तितः।। (Svara-tālādi-lakșaņa, 59, p. 7) वायुः समुत्थितो नाभेरुरो* हृदि समाहतः । नाभिं प्रासो महानाद :** मध्यमत्वं समश्नुते ॥ (नाभे: भरो? Bharata-bhasya, ** नादैः Samgīta-sārāvalī) (Bharata-bhāsya, 3. 28, Nāradīya-śikā, 1. 5. 10, Samgīta-sārāvalī, 24, p. 96) वायुः समुदितो नाभेर्हृदये च समाहतः । मध्यस्थानो भवेच्छब्दो मध्यमस्तेन कीर्तितः ॥ (Samgīta-sārāvali, 12, p. 113) वायु: समुत्थितो नाभेहृदये चै समाहतः । मध्यस्थानोद्भवत्वात्तु मध्यमस्तेन ** कीरतेतः॥(*हृदयेषु, ** त्वाच्च मध्यमस्तेन Samgita-darpana) (Samgīta-samaya-sāra, cité par Simha-bhūpāla, commentaire du Samgīta- ratnākara, 1. 3. 24, et par le commentaire du Samgīta-darpana) स्वराणां मध्यमत्वाच्च मध्यमः स्वर इष्यते। ("Matanga et autres" cités par Kallinātha, commentaire du Samgīta- ratnākara, 1. 3. 23)
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CHAPITRE QUATRE 59
[Madhyamna (note médiane) (Fa)] Madhyama (Fa) provient du centre du corps. Venant de la racine du nombril, il est profond et un peu aigu par sa nature.1 12.
1 D'après la Nāradīya-śikșā, 1. 5. 10, reproduite aussi dans le Bharata- bhāsya, 3. 28, la Samgīta-sārāvalī, 24, p. 96, et le Samgīta-samaya-sāra, cité par Simha-bhūpāla (commentaire du Samgīta-ratnākara, 1. 3. 24):
« Le souffle, partant du nombril, frappe la poitrine et le coeur. [Cette note] est appelée Madhyama car elle atteint le nombril avec un grand bruit.»
Kallinatha, dans son commentaire du Samgīta-ratnakara, 1.3.23, cite Matanga qui dit: « Cette note, étant la note centrale, est appelée Madhyama (note médiane).»
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60 LE GĪTĀLAŅKĀRA
[पश्म:] 'पाणोऽपान: समानस्तु2 उदानो व्यान एव च। एतेषां समवायेन जायते पश्चम[:] स्वरः3।। १३ ।।
1 Voir note 1, p. 52. 2 समानश् Samgita-damodara, 3. 7; j'aurais prefere la lecture समानस्तूदानश्च. 3 नाभिहृत्कण्ठताल्वोष्ठपञ्चकात्पञ्चमो भवेत्। (Catvārimśacchata-rāga-nirūpaņa, 2.5, et Rāga-ratnākara de Gandharva-rāja, 2.10) स्वरान्तराणां विस्तारं यो मिमीते स पञ्चमः । पाठक्रमेण गणने संख्यया पञ्चमोऽथवा ॥ ("Matanga et autres" cités par Kallinātha, commentaire du Samgīta- ratnākara, 3. 23) वायुः समुत्थितो नाभेरुरःकण्ठशिरोहतः । पञ्चमस्थानसंजातः पञ्चमस्तेन संस्मृतः । (Svara-tālādi-laksaņa, 60, p. 7) वायुः समुत्थितो नाभेरुरोहृत्कण्ठशिरोहतः । *पञ्च स्थानस्थितस्यास्य पञ्चमत्वं विधीयते ॥ (पञ्चस्थाने Samgita-sara) (Nāradīya-šikșā, 1. 5. 11, et Samgīta-sārāvalī, 25, p. 96) उरसः शिरस: कण्ठादुत्थितः पञ्चम: स्वरः। ( Nāradīya-śikșā, 1. 5. 6, et Brhaddeśi, 86) वायुः समुदितो नाभेरोष्ठकण्ठशिरोहृदि। पञ्चस्थानसमुद्धूतः पञ्चमस्तेन संमतः॥ (Samgīta-sārāvalī, 13 p. 133) वायु: समुत्थितो नाभेर्हत्कण्ठोर:शिरोहतः । पञ्चस्थानस्थितस्यास्य पञ्चमत्वं विधीयते॥ (Bharata-bhāsya, 3. 29) वायु: समुत्थितो नाभेरोष्ठकण्ठशिरोहृदि। पञ्चस्थानसमुद्भूतः पञ्चमस्तेन कीर्तितः ** ॥ (*हृदः, ** संमत: Samgita-darpana) (Samgīta-samaya-sāra, cité par Simha-bhūpāla, commentaire du Samgīta- ratnākara, 1.3.24, et reproduit dans le commentaire du Samgīta-darpana 1. 170-171) मरुन्नाभिस्थितो वक्ष;कण्ठशीर्षाधराहतः। पञ्चस्थानोद्भ्वो यस्मात्पञ्चमः कथितस्ततः ॥ (Samgīta-śiromaņi, 193)
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CHAPITRE QUATRE 61
[Pañcama (cinquième note) (Sol)] Née de la combinaison des [cinq souffles vitaux]: Prāna (souffle respiratoire), Apāna (souffle excrétoire), Samāna (assimila- tion), Udāna (toux) et Vyāna (circulation), [cette] note est [appelée] Pañcama (des cinq).1 13.
1 Le Samgīta-dāmodara, 3. 8, lui-même cité par le Samgīta-nārāyaņa, 67-72, reproduit ce distique. La Nāradīya-śikșā, 1. 5. 11, reproduite dans la Samgīta-sārāvalī, 25, p. 96, ainsi que le Samgīta-samaya-sāra, cité par Simha-bhūpāla (commentaire du Samgīta-ratnākara, 1. 3. 24), et plusieurs autres textes expliquent: « Le souffle, partant du nombril, frappe le coeur (ou la lèvre), la poitrine, la gorge et la tête. Provenant de cinq emplacements [cette note] est appelée Pañcama (des cinq).» Kallinātha (commentaire du Samgīta-ratnākara, 1. 3. 23) cite Matanga qui dit: « Pañcama (la quinte) est l'intervalle qui mesure l'espacement des notes, de plus, si l'on compte les notes dans l'ordre, c'est la cinquième ».
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L2 LE GĪTĀLAŅKĀRA
[ धैवतः] गत्वा नाभेरधोभागं वस्ति 8प्राप्योद्गतः पुनः। धावन्निव द्रुतं याति* कण्ठदेशं च' घैवतः० ॥ १४ ॥
1 Voir note 1, p. 52. 2 भागे Samgita-narayana. 3 प्राप्योध्वंगं Samgita-damodara; प्राप्योव्वंग: Samgita-narayana. 4 धावयन्निव यो याति Samgita-damodara; धावन्निव च यो याति Samgita-narayana. 5 कण्ठदेशाच् ms .; कण्ठदेशं स Samgita-damodara. 6 स्वरान्दधात्ययं यद्ा धीमतामेष घैवतः। (Samgita-siromani, 194) * नाभेर्हृदयसंभूतो धैवतः परिकीर्तितः । (नाभिहृदय Catua. raga.) (Catvārimśacchata-rāga-nirūpaņa, 2. 6, et Rāga-ratnākara de Gandharva-rāja, 2.11) धीरस्यास्तीति धीवांस्तत्सवन्धी घैवतः स्मृतः । यद्वा-षष्ठस्थाने धृतो यस्मात्ततोऽसौ धैवतो मतः ॥ ("Matanga et autres " cités par Kallinātha, commentaire du Samgīta- ratnākara, 1. 3. 23) षष्ठस्थाने धृतो यस्मात्ततोऽसौ धैवतः स्मृतः। (Svara-taladi-laksana, 61, p. 7) तालुदेशात् समुत्पन्नो धैवतस्तु यशस्विनि ! ॥ (Brhaddesi, 87) ललाटाद्वेवतं विद्यात् (Naradiya-siksa, 1. 5.6) नाभे: समुदितो वायुस्तालुकण्ठशिरोहृदि। तत्र स्थाने धृतो यस्मात्ततोऽसौ घैवतो मतः ॥ (Samgīta-sārāvali, 14, p. 133) नाभे: समुत्थितो वायुः कण्ठतालुशिरोहृदि। तत्तत्स्थानवृतो यस्मात्ततोऽसौ धैवतो मतः ॥ (*स्थाने धृतो commentaire du Samgīta-darpaņa) (Samgīta-samaya-sāra, cité par Simha-bhūpāla, commentaire du Samgīta- ratnākara, 1. 3. 24, et aussi reproduit dans le commentaire du Samgila-darpana, 1.170-171)
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CHAPITRE QUATRE 63
[Dhaivata (harmonieux) (La)] Partant du nombril vers le bas et atteignant l'anus, puis tirée de nouveau, elle se meut rapidement comme en courant (dhāvan) jusqu'à la gorge. C'est pourquoi [on l'appelle] Dhaivata (courant, ou harmonieux),1 car il s'harmonise bien avec les notes précéden- tes. Certains le considèrent plus important que Nisāda.2 14-15.
1 Ce passage est reproduit dans le Samgīla-dāmodara, 3. 9.
2 Dans le système original de Narada il semble que Dhaivata était la tonique, le « Soleil des notes ». Cette fonction passa ensuite à Nisāda. Bhatta-śobhākara, commentant le texte de la Nāradīya-śiksā, s'efforça d'appliquer à Nișada une partie de la définition de Dhaivata. Nanya-deva, suivant l'interprétation de Bhatta-śobhākara et trouvant la définition de Dhaivata incomplète, y incorpora la fin de la définition de Pañcama. Il en résulte une grande confusion dans le texte et les commentaires. Le Gītālamkāra semble faire allusion ici à l'existence des deux écoles (tonique Dhaivata et tonique Nisāda).
D'après Kallinatha (commentaire du Sumgīta-ratnākara, 1.3.23) et d'après le Rāga-ratnākara, 2. 11, le Samgīta-śiromaņi, 194, et autres textes, Dhaivata est ainsi appelé à cause de sa connection avec une personne modérée (dhīvan), ou parce qu'il occupe la sixième place (?)
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64 LE GĪTĀLAŅKĀRA
अतिसंधयते यस्मादेनान्पूर्वोत्थितान् स्वरान्। स्वमाहात्म्यं ततः केचित् प्रोचुस्तन्निषदः स्वरात्' ॥ १५ ॥
[निषाद:] पूर्वोक्ता: सर्व एवैते हेलया सप्तमे स्वराः। 2निषीदन्ति स्वरा यस्मान्निषादस्तेन कीर्तितः ॥ १६ ॥
1 La Nāradīya-śikșā, 1. 5. 18-19, et la Samgīta-sārāvalī, 32-34, pp. 97-98, reproduisent le premier vers de ce distique et le deuxième du suivant. Les deux vers intermèdiaires sont remplacés par un vers différent attribuant le sens de ce premier vers à Dhaivata au lieu de Nișāda. Nous devons nous rappeler que les noms de ces notes sont parfois intervertis et que, par conséquent, la fonction de tonique peut passer à Dhaivata. अतिसन्धीयते यस्मादेतान्पूर्वोत्थितान्स्वरान्। तस्मादस्य स्वरस्यापि घैवतत्वं विधीयते॥ निषीदन्ति स्वरा यस्मान्निपादस्तेन हेतुना। सर्वाश्चाभिभवत्येप यदादित्योऽस्य दैवतम्। (Nāradīya-śiksā, 1. 5. 18-19, et Samgīta-sārāvalī, 32, 34, p. 97-98) मध्यमादीनां पूर्वोत्थितानां पूर्वमुत्पन्नानाम् अभिभवादतिसन्धानान्निवारणाननिर्वाणाद्वा अतो घैवतः रोधकरणात् निवारणात् पिबन्तीति पिदधाति? यथा आदित्यो ग्रहनक्षत्राणि रुणद्धि एवम्। यथा निषादे निषीदन्तीव अन्तर्भवन्तीव स्वराः तत्र पर्यवसानात् तेन च अभिभवोऽपसारणमिव क्रियते। सूर्येणेव ज्योतिषाम्। आदित्योऽस्य घैवतस्य निषादस्य च दैवतमित्यर्थः । (Bhaita-śobhākara, commentaire de la Nāradīya-śikșā, 1. 5. 19) अभिसन्धयते यस्मादेतान् पूर्वोदितान् स्वरान्। सोमवद्दद्विमापन्नो धवतः सोमदैवतः॥ निषीदन्ति स्वरा यस्यां निषादस्तेन हेतुना। सर्वाश्चाभिभवत्येष यदादित्योऽस्य दैवतम्॥
2 निषीदत्यस्मिन् रागो निषादः, निषदोऽपि। (Bharata-bhāsya, 3. 13-14)
(Amara-kośa, commentaire de Kşīra-svāmin) षड्जादयः षडेते च स्वराः सर्वे मनोहराः। निषीदन्ति यतो लोके निषादस्तेन कथ्यते॥
निषीदन्ति स्वराः सर्वे निषादस्तन कथ्यते। (Samgīta-dāmodara, 3. 9. 10)
(Brhaddeśi, 64; citée comme "Matanga et autres " commentaire du Samgīta-ratnākara, 1. 3. 23) par Kallinātha,
निषीदन्ति पुनः सर्वे निषादस्तेन कथ्यते। (Samgita-kautuka, 95) निषीदन्ति स्वरा यस्यां निषादस्तेन हेतुना। सर्वाश्चामिभवत्येष यदादित्योऽस्य दैवतम्॥ (Bharata-bhāsya, 3. 14) निषीदन्ति स्वरा अत्र निषादस्तेन हेतुना। (Samgita-Siromani, 194) निषादस्तु समुत्पन्नो विज्ञेय: सर्वसन्धितः (Brhaddesi, 87)
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CHAPITRE QUATRE 65
[Nişāda (assis) (Sib)] Toutes les autres notes, déjà mentionnées, trouvent aisément 1 leur repos dans ce septième son, c'est pourquoi on l'appelle Nisāda (assis). 16.
1 Voir: Samgīta-dāmodara, 3. 10, Bharata-bhāsya, 3. 13, etc. La Nāradīya-šikșā, 1. 5. 19, explique que « toutes les notes reposent sur Nișāda et y trouvent leur signification et que sa divinité est le Soleil », en faisant ainsį indubitablemtent la tonique. Le commentateur de la Nāradīya-śiksā, Bhatța-śobhākara, explique que toutes les autres notes, quand on les attaque, sont absorbées par celle-ci comme si elles étaient contenues en elle. Dans le Gītālamkāra, Nișāda ne semble pas jouer ce rôle de tonique.
निषीदन्ति स्वराः सर्वे निपादस्तेन कथ्यते। (Svara-taladi-laksana, 61, p. 7) नाभे: सुसंस्थितो वायु: कण्ठतालुशिरोहतः । निषीदन्ति स्वराः सर्वे निपादस्तेन कथ्यते। (Samgīta-sārāvalī, 15, p. 133) पडजादय: षडेतेऽत्र स्वराः सर्वे मनोहराः । निषीदन्ति यतो लोके निषादस्तेन कथ्यते॥ (Samgīta-nārāyaņa, 1. 74, citant le Samgīta-dāmodara, 3. 9-10) नाभे: समुत्थिते वायौ कण्ठतालुशिरोहते। निषीदन्ति स्वराः सर्वे निपादस्तेन कथ्यते॥ (Samgīta-samaya-sāra, cité par Simha-bhūpāla, commentaire du Samgīta- ratnākara, 1. 3. 24)
2.11) (Catvārimśacchata-rāga-nirūpaņa, 2. 6, et Rāga-ratnākara de Gandharva-rāja,
विद्यान्निषादं सर्वसन्धिजम्। (Naradiya-siksa, 1. 5. 6) नामिहृत्कण्ठतालुषु नासादन्तोष्ठयोः क्रमात्। घड्जश्रार्षभगान्धारौ मध्यमः पञ्चमस्तथा॥ धैवतश्र निषादश्च स्वराः सत प्रकीर्तिताः । (Samgīta-makaranda, 1. 1. 11-12) 5
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66 LE GĪTĀLAMKĀRA
[स्वर-जाति:] *पश्चमो मध्यमः षड्जो विप्रा एते स्मृतास्त्रयः। ऋषभो धैवतथ्वापि विज्ञेयौ5 क्षत्रियावुभौ ॥ १७॥
गान्धारस्तु तथा वैश्यो निषादो वृषलः स्मृतः । स्वजातौ पुष्टिमायान्ति स्वनाम्ना पायशो यतः ॥ १८ ॥
1 Ce distique et le suivant se retrouvent, avec des variantes mineures, dans la Nāradīya-śiksā, 1. 4. 3-4, la Samgīta-sārāvalī, 6. p. 93, le Gāna-šāstra, 45-46 ct le Bharata-bhāsya, 3. 5. 6. 2 षड्ज इत्येते व्राह्मणा: स्मृताः। (Nāradīya-siksā, 1. 4. 3, Samgīta-sārāvalī, 6, p. 93, Bharata-bhāsya, 3. 5) पञ्चमो मध्यम: षड्जस्त्रय एते द्विजाः स्मृताः। (Gana-sastra, 45) 3 इत्येतो Naradiya-siksa et Samgita-saravali. * Le premier vers se trouve dans le Gāna-sāstra, 46, mais pas le second. गान्धारश्च निषादश्च वैश्यावर्धेन *तत्समौ। शूद्रत्वं विद्धि चार्धेन पतितत्वान्न संशयः ॥ (*व स्मृतौ Samgita-saravali) (Nāradīya-šikșā, 1. 4. 4, et Samgīta-sārāvalī, 7, p. 93) गान्धारश्र निषादश्र वैश्यावर्धेन संस्मृतौ। अर्धेन पतितत्वाच्च शूद्रावेतौ प्रकीर्तितौ ॥ (Bharata-bhāsya, 3. 5. 6) मध्यम: पञ्चमः पड्जस्रयो ब्राह्मणजातयः। क्षत्रजाताविह प्रोक्तौ स्वरावृषभधैवतौ॥ स्वरौ निपादगान्धारौ वैश्यजाती समीरितौ। अन्तरः काकली चैव शूद्रजातिः प्रकीर्तितः ॥ (Samgīta-śiromaņi, 170-171) पञ्चमस्योत्कर्पाद् ननन्ोक्र ग्रामत्वाङ्वाह्मणत्वमुत्कर्षसामान्यात्। ऋषभधैवतयोश्च बलयोगात् क्षत्रियत्वम्। गान्धारस्य मध्यमादवरोहाद् धैवताच्च निषादस्यावरोहाद् वैश्यत्वं शूद्त्वं च प्रतिपाद्ते। (Bhatta-śobhākara, commentaire de la Nāradīya-śiksā, 1. 4. 3-4) समपा ब्राह्मणा ज्ञेया: क्षत्रियौ च रिधौ मतौ। वैश्यजाती गनी ज्ञेयौ शूद्रा: स्युर्विकृताः ख्वराः॥ इति स्वरगता जातिः प्रवदन्ति मनीषिण: । (Samgita-parijata, 86-87) ब्रह्मजाती समा ज्ञेयौ रिधौ क्षत्रियजातिकौ। निगौ वश्याविति प्रोक्तौ पञ्चमः शूद्रजातिकः ॥ (Samgīta-makaranda, 1. 1. 29) ब्राह्मणाः समपा ज्ञेया रिधौ क्षत्रियजातिजौ। निगौ वैश्याविति प्रोक्तौ काकल्यश्शूद्रजातयः॥ (Nātya-cūdāmaņi, 164) "ब्राह्मणा: समपञ्चमाः । रिधौ तु क्षत्रियौ ज्ञेयौ वैश्यजाती निगौ मतौ॥ शुद्रावन्तरकाकल्यौ स्वरौ" (Samgīta-ratnākara, 1. 3. 53-54, Samgīta-darpaņa, 1. 84-85, Samgīta-sārāmrta, 16, p. 3, Siva-tattva-ratnākara, 6. 7. 26-27)
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CHAPITRE QUATRE 67
[Svara-jāti (caste des notes)] Pañcama (Sol), Madhyama (Fa) et Sadja (Do) sont tous trois des prêtres. Rsabha (Ré) et Dhaivata (La) sont tous deux connus comme des chevaliers. 17.
Gāndhāra (Mib) est un marchand et Nişāda (Sib) un ouvrier. Ils ont grandi dans leur caste et sont fameux par leurs noms.1 18.
1 Le Samgita-ratnākara, 1. 3. 53-54, le Samgīta-pārijāta, 86-87, le Nātya-cūdā- maņi, le Samgīta-darpana, 1. 84-85, le Samgīta-sārāmrta, p. 3, le Siva-tattva-ratnākara, 6. 7. 26-27, le Samgīta-śiromani, 170-171, et bien d'autres textes incluent la note Nișāda parmi les marchands et font des ouvriers des notes intermédiaires (kākalī et antara).
Le Samgīta-makaranda, 1. 29, compte Nișāda parmi les marchands et fait de Pañcama un ouvrier. La Nāradīya-śiksā, 1. 4. 3-4, le Bharata-bhāsya, 3. 5-6, et la Samgīta-sārāvalī, p. 93, considèrent Gāndhāra et Nișāda comme en partie marchands et en partie ouvriers car ils sont abaissés (patita).
Bhatța-śobhākara, le commentateur de la Nāradīya-sikșā, explique que : « par sa position élevée, Pañcama, et parce qu'elles sont les initiales des gammes- de-bases, Sadja et Madhyama, sont de la caste des brâhmes. Par leur force, Rsabha et Dhaivata sont des chevaliers. Parce que Gāndhāra est en dessous de Madhyama, et Nișāda sous Dhaivata, ils sont en partie marchands, en partie de la plus basse caste.» Ceci implique que l'ordre des notes Nișāda et Dhaivata est bien inversé dans le système de la Nāradīya-śikșā.
Dans leur ensemble ces considérations impliquent les gammes de tonique différentes et peuvent être utiles pour déterminer les échelles modales. .
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68 LE GĪTĀLAŅKĀRA
'मयूर: षड्जमाख्याति' गावो रम्भन्ति चर्षभम्*। .
5अजाविके तु गान्धारं 6क्रौश्चो वदति मध्यमम् ॥ १९ ॥
"वसन्ते किल® संमाप्ते® पश्चमं कोकिलोSत्रवीत्' । 11अश्वस्तु घैवतं प्राह12 निषादं18 1कुञ्जरः स्वरम्" ॥ २० ॥
1 Même distique dans la Nāradīya-śikșā, 1. 5. 3, le Gāna-śāstra, 47, le Šiva- tattva-ratnākara, 6. 7. 33, et la Samgīta-sārāvalī, 18, p. 95, cité comme "de Kohala " dans le commentaire de la Brhaddesi, 63, p. 13. 2 षड्जं मयूरो वदति Naradiya-siksa, et Siva-tattva-ratnakara; पडजं वदति मयूरो Kohala, Bṛhaddeśi (commentaire) et Samgīta-sārāvalī. 3 चार्षभम् ms. 4 गावस्त्वृषभभाषिण: Siva-tattva-ratnakara;ऋषभं चातको वदेत् Kohala et Brhaddesi (commentaire). 5 अजाविक Gana-sastra et Siva-tattva-ratnakara; अजा वदन्ति Kohala et Brhaddesi (commentaire). 6 क्रौञ्चः क्वणति Gana-sastra et Siva-tattva-ratnakara. ? Même distique avec de légères variantes dans la Nāradīya-śikșā, 1. 5. 4, la Samgīta-sārāvalī, 19, p. 95, le Gāna-śāstra, 47, le Siva-tattva-ratnākara, 6. 7. 34, et Kohala, cité dans le commentaire de la Brhaddesi. 8 वसन्तकाले Gana-sastra. 9पुष्पसाधारणे काले Naradiya-siksa, Samgita-saravali, Siva-tattva-ratnakara et Kohala cité par la Brhaddesi (commentaire). 10 कोकिल: पञ्चमं वदेत् Kohala et Brhaddesi; कोकिलो रौति पञ्चमम् Gana-sastra; कोकिलो वक्ति पञ्चमम् Samgita-saravali; पिको वक्ति च पञ्चमम् Naradiya-siksa; पिकः कूजति पञ्चमम् Siva-tattva-ratnakara. 11 धैवतं हेषते वाजी Siva-tattva-ratnakara. 12 afr Nāradīya-sikşā et Samgīta-sārāvalī. 13 निखादं ms. 14 वक्ति कुञ्जरः Naradia-siksa et Samgita-saravali; बृह्मते गज: Siva-tatlva-ratnakara. 15 मयूरवृषभच्छागीक्रोष्ट [कोञ्च!] कोकिलवाजिनः। मातङ्गश्र क्रमेणाहुः स्वरानेतान्सुदुर्गभान् ॥ (Samgīta-dāmodara, 3. 2. 3) षड्जं रौति मयूरो हि गावो नर्दन्ति चर्षभम्। अजा विरौति गान्धारं क्रौञ्चो नदति मध्यमम् ॥ पुष्पसाधारण काले कोकिलो रौति पञ्चमम्। अश्वश्च घैवतं रौति निषादं रौति कुञ्जरः॥ (Narada, cité dans le commentaire du Samgita-darpana, 1. 170-171) शिखी चातो ह्यजः क्रौञ्चः पिकदर्दुरकुञ्जराः। सप्तस्वरसमालापा इति रागविदो विदुः॥ षड्जं मयूरो वदति ऋपभं चातको वदेत्। अजो वदति गान्धारं क्रौञ्चः क्वणति मध्यमम् ॥ (निषादं बृंहते नागो धेवतं दर्दुरो वदेत्)। ऋतौ वसन्तसमये पिको वदति पञ्चमम् ॥ (Catvārimśacchata-rāga-nirūpaņa, 1. 30-32) षड्जो वेदे[वेद्यो ?] शिखण्डा[ण्ड्या?]स्ये ऋपभः स्यादजामुखे। गावो रम्भन्ति गान्धारं क्रौञ्चाश्रैव तु मध्यमम् ॥ कोकिल: पञ्चमं ब्रूते निषादं तु वदेद्जः । आश्वश्च घैवतो ज्ञेयः स्वराः सप्तेति गीयते॥
तथा च कोहल:, महेश्वर :- (rājňavalkya-śiksā, 8-9)
षड्जं वदति मयूर ऋषभं चातको वदेत्। अजा वदन्ति गान्धारं क्रौञ्चो वदति मध्यमम् ॥
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CHAPITRE QUATRE 69
Le paon crie Sadja (Do). Le taureau mugit Rsabha (Ré). Le bélier (et le mouton) [bèlent] Gāndhāra (Mib), le coq chante Madhyama (Fa). 19. Le Kokila (coucou indien) dit Pañcama (Sol) quand le prin- temps arrive, le cheval hennit Dhaivata (La) et l'éléphant [fait entendre] Nişāda (Sib).1 20.
1 La Nāradīya-śikșā, 1. 5. 4-5, donne, avec des variantes mineures, ces mêmes vers qui se retrouvent aussi dans le Rāga-sāgara, 1. 16-17, le Gāna-śāstra, 46-47, le Siva-tattva-ratnākara, 6. 7. 33-34, la Samgīta-sārāvalī, p. 95, -bien que dans un autre passage (page 7 de notre ms.) ce dernier ouvrage attribue la note Rsabha à l'oiseau Cataka, comme le font le Samgīta-makaranda, 1. 1. 13-14, et le Samgīta- sudhākara, 1. 58. La Brhaddeśi, citant Kohala (commentaire, 63), le Samgīta- ratnākara, 1. 3. 46-47, le Samgīta-kāmada, 249, le Gīta-prakāśa, 5. 101, le Rasa- kaumudī, 1. 49, le Samgīta-śiromaņi, 165, le Samgīta-darpaņa, 1. 169-171, le Samgīta- sāroddhāra, 1. 14-15, le Samgīta-kautuka, 103-104, le Gāndharva-veda, 115-116, le Catvārimśacchata-rāga-nirūpaņa, 30-32, le Rāga-ratnākara, 2. 3-4, et la Dakșiņī-rāga- mālā, 47-48, attribuent la note Rsabha au Cātaka et le Dhaivata à la grenouille. L'Aumāpata, 3. 17-18, attribue le rugissement du lion à Madhyama. Une citation de Sārņga-deva, dans le Samgīta-sārāmrta, attribue la note Rsabha au taureau et non pas au Cätaka comme dans le texte imprimé.
पुष्पसाधारणे काले कोकिल: पञ्चमं वदेत्। प्रावृट्काले तु संप्राप्ते धैवतं दर्दुरो वदेत्। सर्व(ता १दा) च तथा देवि! निषादं वदते गजः। (Brhaddesi, commentaire, 63. p. 13) मयूरचातकौ छागक्रौञ्चौ कोकिलदर्दुरौ। गजश्च षड्जप्रमुखानुच्चरन्ति क्रमात्स्वरान्। (Samgīta-śiromaņi, 165) मयूरश्रातकश्चेति अजा क्रौञ्चो हि कोकिलः । दर्दुरः कुञ्जरश्चेति स्वराणां च रटन्ति ते॥
मयूरवृषभौ मेषः सिंहकोकिलवाजिनः ! गजश्चेति स्वराः प्रोक्तास्तत्तन्मेत्रीसुखप्रदाः॥ (Samgīta-sārāvalī, 3. p. 7)
घड्जो मयूरनादश्र ऋषभो गोवृषध्वनिः। अजध्वनिस्तु गान्धारो मध्यमं सिंहनादवत्॥ (Aumāpata, 20. 5-6)
पञ्चमं कोकिलानादं धैवतं वाजिशब्दवत्। निषादं गजनादं च इत्येष स्वरसंभव: ॥
मेघनिर्घोषसदशं षड्जमाहुः शिखण्डिनः । यस्माद्वृषभमादत्ते तस्माद्दृषभ उच्यते॥ (Aumapata, 3. 17-18)
अजश्चाविश्च कामारतो गान्धारं प्राहतु: स्वरम् । मदोन्मत्तः सदा क्रौञ्चो भाषते मध्यमं स्वरम् ॥ पुष्पसाधारणे काले पिको वदति पंञ्चमम्। वसन्ते सपयो हृष्टा भाषन्ते धैवतं पुनः॥ मदोन्मत्तगजेन्द्राणां क्रोधसंरक्तचक्षुषाम्। स्वरो निपादः प्रथमः भ्रयते कण्ठगजितैः ॥ (Bharata-bhāsya, 3. 15-18) मयूरस्य स्वरः षड्जो वृषभो वृषभध्वनिः। अजाविकं तु गान्धारं क्रौञ्चः क्वणति मव्यमम्॥ पञ्चमं कोकिलो वक्ति घैवतं हेषते हयः। निषादं जपते हस्तीत्येषोऽत्र स्वरसंभवः ॥ (Abhinaya-lakşana, 2. 42-43) पड्जं मयूरो वदति चातको? ऋषभं तथा। अजा विरौति गान्धारं क्रौञ्चः क्वणति मध्यमम् ॥ पुष्पसाधारणे काले पिकः कूजति पञ्चमम्। अश्वाश्च धैवतं चैव निषादं च गजस्तथा॥ (Samgīta-makaranda, 1. 1. 13-14)
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70 LE GĪTĀLAŅKĀRA
[स्वर-द्रष्टारः] 'अग्निगीतः स्वरः षड्ज2 ऋषभो ब्रह्मणा स्वयम्। गान्धारो रात्रिनाथेन विष्णुना चैव मध्यमः ॥ २१॥
पश्चमो नारदेनैव *शेषौ तुम्बुरुणा स्वरौ।
[स्वराणां वेदा:] षड्जश्र ऋषभश्चैव 5ऋग्वेदः परिकीर्तितः ॥ २२॥
1 Les distiques No. 21 à 23a se retrouvent avec des variantes dans le Gāna-śāstra, 48-51. 2 अमिना गीयते षड्ज: dans le Gana-sastra, 48. 3 शेषास्तुम्बुरुणा स्वरा: ms .; शेषौ तुम्बुरुणा स्वयम् Gana-sastra. 4 अग्निगीतः स्वरः षड्ज ऋषभो *ब्रह्मणोच्यते। सोमेन गीतो गान्धारो विष्णुना मध्यमः स्वरः॥ पञ्चमस्तु स्वरो गीतो नारदेन महात्मना । धैवतश्च निषादश्च गीतौ तुम्बुरुणा स्वरौ॥ ('ब्रह्मणोदित: Brhaddesi et Svara-taladi-laksana) (Samgita-saravali, 27-29, p. 97, Nāradīya-šikșā, 1. 5. 13-15, Svara-tālādi-laksaņa, 73-74, Brhaddeśī, 81-83) अभिर्ब्रह्मा मृगाङ्कश्च लक्ष्मीशो नारदो मुनिः । तुम्बुरुर्धनदश्चेति ते सप्तस्वरदशिनः ॥ (Samgīta-pārijāta, 91) वह्निर्वेधा: शशाङ्गश्र लक्ष्मीकान्तश्च नारदः । ऋषयो दददशुः पश्च षड्जादींस्तुम्बुरुर्धनी॥ (Samgīta-ratnākara, 1. 3. 56-57, Samgīta-darpaņa, 1. 88, Samgīta-sārāmrta. 3, p. 16, Sīva-tattva-ratnākara, 6. 7. 29-30) वह्निर्वेधा: शशाङ्कश्र लक्ष्मीनाथस्तथेव च। नारदस्तुम्बुरुश्चैव षड्जादिऋषयस्तथा॥
वह्निर्विधाता च निशाकरश्च लक्ष्मीपतिश्चाप्यथ नारदश्च। (Nātya-cūdāmaņi, 168-169)
सप् स्वरांस्ते दद्दशुर्मुनीन्द्राः स तुम्बुरुर्यक्षपतिः क्रमेण । (Samgīta-sudhā, 1, 171-172) दक्षोऽत्रि: कपिलश्चैव वसिष्ठो भार्गवस्तथा। नारदस्तुम्बुरुश्चेव षड्जादीनामृषीश्वराः॥ (Samgīta-makaranda, 1. 37) गीतोऽमिना स्वरः षड्ज ऋषभो ब्रह्मणोदितः । गीतः सोमेन गान्धारो विष्णुना मध्यमः स्वरः ॥ पञ्चमश्च स्वरो गीतो नारदेन महात्मना। धैवतश्च निषादश्च गीतौ तुम्बुरुणा पुरा ॥
5 ऋग्वेदे परिकीर्तितः ms .; ऋग्वेदः परिकोर्तित: Gana-sastra. (Bharata-bhāsya, 3. 9-11)
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CHAPITRE QUATRE 71
[Divinitės des notes] Șadja (Do) fut chanté par le dieu-du-feu (Agni), Rsabha (Ré) par le Seigneur-de-l'immensité (Brahmā), Gāndhāra (Mib) par le Maître-de-la-nuit (la lune), Madhyama (Fa) par l'Omniprésent (Vișņu). 21.
Pañcama (Sol) par [le sage] Nārada, les notes restantes (La et Sib) par [le musicien celeste] Tumburu.1 22a.
[Notes des Veda] Les notes Sadja (Do) et Rsabha (Ré) sont [les notes] bien con- nues du Rg-Veda (Hymnes). 22b.
1 La Nāradīya-šikșā, 1. 5. 13-15, la Bṛhaddeśī, 81-83, le Bharata-bhāsya, 3. 9-11, la Samgīta-sārāvalī, p. 97, le Svara-tālādi-lakșaņa, 73-74, le Samgīta-ratnākara, 1. 3. 56-57, le Samgīta-darpana, 1. 88, le Samgīta-sārāmrta, p. 16, le Siva-tattva- ratnākara, 6. 7. 29-30 et le Nātya-cūdāmaņi, 168-169, en des vers similaires, font les mêmes attributions.
Le Samgīta-sudhā, 1. 171-172, et le Samgīta-pārijāta, attribuent Nișāda à Kubera (Maître des trésors) par suite d'une erreur, ayant pris les notes Dha et Ni pour le mot Dhani (riche) dans le Samgīta-ratnākara. Le Samgīta-makaranda, 1. 37, attribue les sept notes aux sept sages Daksa Atri, Kapila, Vasiștha, Bhārgava, Nārada et Tumburu.
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72 LE GĪTĀLAMKĀRA
धैवतो मध्यमश्चैव1 यजुर्वेदात्मकावुभौ। गान्धारः पश्चमश्चैव सामवेदात्मकौ मतौ ॥ २३॥
निषाद:4 प्रोच्यते तज्ज्ैरथर्वणसमुद्भवः। एते सप्त स्वराः प्रोक्ता यैरव्यापं सकलं जगन् ॥ २४० ॥
विज्ञातव्या बुघैः सम्यग्गीतशास्त्रविशारदैः ॥ २५॥
इति स्वरलक्षणाध्यायश्चतुर्थः
1पञ्चमश्च निषादश्च Gana-sastra, 50. 2 गान्धारो? ऋषभश्चैव सामवेदात्मकः स्मृत: Gana-sastra, 51. 3 ऋग्वेदमाहुः षड्जस्य तथा तमृषभस्य च। गान्धारमध्ययो: प्रोक्तो यजुर्वेदो मनीषिभिः ॥ सामवेदस्य वेत्तारौ स्वरौ धैवतपञ्चमौ। अथार्व]वेदवेत्तारं निषादं मुनयो जगु:॥
4 घेवत: Gana-sastra, 51. (Samgīta-śiromaņi, 117-1-78)
5 अन्यच्च- ऋग्वेदजो नासिकयोः स्थितश्च षड्जस्वरो वह्नयधिदेवतश्च। घनागमानन्दितनीलकण्ठनिनादतुल्यो मुनिभि: प्रदिष्टः ॥ ऋग्वेदज: कण्ठभवो विरिश्चिर्देवः स्वरस्यास्यर्षभाभिधस्य। मुनिप्रदिष्टः सुरभेर्गभोरनादानुकारी जनचित्तहारी॥ उरःसमुत्थः किल सामजन्मा गान्धारनामा स्वर इन्द्रदेवः । प्रशस्तबस्तध्वननानुकारी संगीतशास्त्रैर्निरधारि धीरैः ॥ तालूत्थितः सामसमुन्भवोऽपि स्यान्मध्यमाख्यो हरिदैवतश्र। क्रौख्चोचनादानुकृति: स्वरोऽयमावेदितो नास्यविदां वरिष्ठैः ॥ दन्तोत्थित: पञ्चमनामधेयो यजुर्भवो नारददैवतश्च। वसन्तकाले प्रकटीकरोति पिकस्वरं तं मधुराभिरामी। अथर्वजातो रसनासमुत्थ: स्याद्वैवतस्तुम्बुरुदैवतश्च। सप्िस्वरोऽयं कथितो मुनीन्द्रैः सुरासुराणां हृदयं जहार। यजुर्भवो नाभिसमुत्थितोऽपि स्वरो निषादो गजराजशब्दः। संगीतविद्यागुरुतुम्बुरुश् सदा विनोदी स हि तस्य देव: ॥। (Gāna-šāstra, 52-58)
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CHAPITRE QUATRE 73
Les 'notes Dhaivata (La) et Madhyama (Fa) sont toutes deux celles du rajur-Veda (Rituels). Les notes Gandhāra (Mib) et Pañcama (Sol) sont essentiellement du Sāma-Veda (Psalmodies). 23.
Les spécialistes disent que Nisāda (Sib) appartient à l'Atharva (Rites-magiques).1 Ainsi ont été décrites les sept notes qui se rencontrent partout dans l'univers. 24.
Elles doivent êtres étudiées par les sages, experts dans la théorie musicale. 25.
Fin du chapitre quatre « Définition des notes ».
1 Le Gana-śāstra, qui reproduit par ailleurs fidèlement le Gītālamkāra, donne des notes différentes pour le chant des Veda, impliquant probablement des différences dans l'échelle musicale aux époques où furent écrits les deux ouvrages.
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पञ्चमोऽध्यायः
[ग्रामलक्षणम्]
'यत्र सभ्यः2 स्वरग्रामं हेलया गायति स्फुटम् । स ग्रामस्त्विति विज्ञेयस्तस्य भेदास्त्रयः स्मृताः॥ १ ॥
1 Sous le nom de Vādi-matta-gajānkuśa, ce chapitre est cité en entier dans le Bharata-kośa, p. 189-190, et dans le Fournal of the Andhra Historical Research Society, vol. XI, 3e et 4e parties, p. 178, et vol. III, lère partie, p. 26. 2 सभ्या ms. 3 Le Bharata-kosa donne la lecture ग्रामश्रुतिविज्ञेय: Le ms. donne ग्रामस्तुतिविज्ञेयः D'après le sens, comme d'après les autres textes, la lecture correcte ne peut être que ग्रामस्त्विति विज्ञेय: que nous avons adoptee. 4 Pour la définition des grāma, voir Nātya-sāstra, p. 433 (édition de Bombay), Brhaddeśi, 89-92, Samgīta-ratnākāra, 1. 4. 1-7, Samgīta-makaranda, 1. 1. 49-56, Samgīta-darpaņa, 1. 75-82. ग्राम: स्यात् स्वरसंदोहो मूर्च्छनादि भिराश्रित:। (Rasa-kaumudi, 1. 57) ग्राम: स्वरसमूह: स्यात्त्रिविध: स प्रकीर्तितः। (Samgita-saroddhara, 1.17) ग्राग: स्वरसमूहः स्यान्मूच्छना तु स्वराश्रया। (Samgita-makaranda, 1. 1.49) ग्राम: स्वरसमूह: स्यान्मूर्च्छनादेससमाश्रयः। (Siva-tattva-ratnakara, 6. 7.35 et Samgita- ratnākara, 1. 4. 1) त्रयो ग्रामा: स्वरास्सस तन्मे ब्रूहि महेश्वर। ईश्वर उवाच- नाभिमध्ये स्थितं घोरं मन्द्रकं हृदये स्थितम्। कण्ठदेशे स्थितं तारं त्रयो ग्रामा: प्रकीर्तिताः ॥ (Nāda-dīpaka, 71-72) अथ ग्रामलक्षणम्- ग्रामास्त्रीणि प्वक्ष्यामि तारमन्द्रादिघोरकम्।
एकैकं दह्यमानं तु त्राहि मां च महेश्वर। गर्जिते त्रिपुरलोकानां ग्रामस्तत्रैव जायते। नाभिमूले स्थितो घोरो मन्द्रको हृदये स्थितः । शिरोगतस्तथा तारस्त्रयो ग्रामा: प्रकीर्तिताः॥ (Samgīta-sārāvalī, 3-5, p. 6)
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CHAPITRE V
[DÉFINITION DES BASES-DE-GAMMES (GRĀMA)]
Lorsque l'accompagnement (sabhya) chante clairement, avec facilité, un groupe de notes [fondamentales], on appelle ce [groupe] base-de-gammes (grāma).1 Traditionnellement [ces bases-de- gammes] sont au nombre de trois. 1.
1 Dans le Gitālamkāra les grāma sont des accords de la harpe à quatre cordes, ou des bourdons chantés, servant de base d'accompagnement aux échelles modales. Ce ne sont pas des heptacordes comme dans les autres traités.
« Un grāma est un ensemble de notes dans lequel [se développent] les gammes-modales (murchana) et autres [aspects de la musique].» (Rasa-kaumudi, 1.57)
Commentant un distique presque identique du Samgila-ratnākara, Kallinātha (1. 4. 1-7) explique le mot adi (et autres) comme signifiant: tāna (figures-mélo- diques), varna (mouvement-mélodique), alamkāra (ornements), jāti (modes), etc. La Samgīta-sārāvalī, le Nātya-cūdāmaņi et le Samgīta-siromaņi sont les seuls ouvrages existants qui, à ma connaissance, définissent les grāma selon le même système que le Gītālamkāra. Dans la Samgīta-sārāvalī nous lisons: « Nous défi- nissons les trois bases-de-gammes (grāma) provenant de l'octave-aiguë (tāra), l'octave-grave (mandra) et l'octave-profonde (ghora), accompagnant les groupes- sonores (nada-grama) [partant] de Sadja (Ut), Rsabha (Ré) et Gāndhāra (Mib). Ces grama sont nés, un par un, lorsque chacune des trois cités [volantes] incendiées hurla: « Puisse le Grand-dieu (Siva) nous protéger.» Ces trois grama apparaissent: le profond au nombril, le grave dans le coeur, l'aigu dans la tête ». (Samgīla-sārāvalī, p. 6, versets 3-5 de notre ms.) Le Nāda-dīpaka, 71-72, et le Samgīta-vidyābhidhāna, 74-75, placent ces trois grāma, ghora au nombril, mandra dans le coeur et tara dans la gorge.
Nous verrons que les trois grama peuvent être connectés avec les trois octaves, la première partant du Sa (Ut) qui est la première note de l'octave aiguë, la deuxième du Ri (Ré) de l'octave moyenne et la troisième partant du Ga (Mib) de l'octave moyenne mais descendant jusqu'au Dha (La) de l'octave grave.
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76 LE GĪTĀLAŅKĀRA
[ग्रामा: ] 'नन्यावर्तोडथ जीमूतः सुभद्रस्तु 'तृतीयकः । तेषां [तु]* लक्षणं स्पष्टं कथयिष्ये पृथक् पृथकू । २।।
1 नन्दावर्त ms. 2 जीमूता: ms. 3 त्रितीयक: ms. 4 Bharata-kośa. 5 नन्धावर्तस्तु जीमूतः सुभद्र इति च क्रमात्। त्रीन् ग्रामान्केचन प्रोचुर्लक्षयन्ति तु तद्यथा ॥ स्वरं पड्जं समुच्चार्य गेयौ धैवतपञ्चमौ। ताभ्यां षड्जं वर्जयित्वा निषादे विरति श्रयेत्।। यदा तदा भवेद्धामो नन्यावर्ताभिध: किल। एकमात्रेण षड्जेन सहादावृषभग्रहः ॥ पोषो निषादमध्याभ्यां पञ्चमेन शमो भवेत्। यत्रासौ कीर्तितस्तज्जैर्ग्रामो जीमूतसंज्ञकः ॥ गान्धारेण ग्रहः पोप: षड्जर्षभकृतो भवेत्। न्यासश्र धैवतेनायं सुभद्रो ग्राम इष्यते।। क्रमेण सरिगास्त्वेषां त्रयाणां जन्मकारणम्। ग्रामाणामीदशं लक्ष्म प्रायो न बहुसंमतम् ।। रागलक्ष्मण्यसंस्पर्शान्न चास्माकमिहादरः। (Samgīta-śiromani, 207-212)
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CHAPITRE CINQ 77
[Les trois'grāma] [Les bases-de-gammes (grama) sont appelées] Nandyāvarta (réjouissant), fimūta (support, Soleil, ou nuage) et Subhadra (gra- cieux ou de bon augure).1 J'expliquerai clairement les particu- larites de chacune. 2.
1 Les noms des trois bases-de-gammes (grāma) diffèrent des noms habituels. Leur définition implique aussi un système différent. La définition des grāma du Gitalamkara, differente de celle de presque tous les autres ouvrages, semble la plus ancienne. Les grama d'initiales Sadja (Ut) et Gāndhāra (3e note, Mib) étant les principales; le grãma intermédiaire (madhyama) partant de la seconde note (Rsabha, Ré) et non pas de la note Madhyama (Fa). Les noms des grãma, comme ceux des tāna diffèrent de ceux mentionnés dans les Purana et presque tous les autres textes, en particulier ceux de l'école de Narada, ainsi que l'auteur du Gītālamkāra le remarque lui-même. Le Samgīta-siromaņi, une compilation faite par un groupe de lettrés au quatorzième siècle sur l'ordre de Sulata Shah, men- tionne les noms des grāma et des tāna du Gītālamkāra et les définit comme la théorie « de quelques auteurs » (kecana) sans en indiquer la source. Toutefois, dans la liste des ouvrages consultés, apparaît le Vadi-matta-gajankusa qui est l'autre nom donné au Gītālamkāra. Visiblement, au quatorzième siècle, ce système musical n'avait plus d'adeptes, aussi le Samgita-siromani le déclare-t-il hors d'usage. Seule la Samgīta-sārāvalī (3, p. 6) définit les trois bases-de-gammes de la même manière que le Gītālamkāra, c'est-à-dire comme partant de Sadja, Rsabha et Gāndhāra et non pas de Sadja, Madhyama et Gāndhāra comme dans tous les autres ouvrages. Cette différence est importante car il ne s'agit plus de deux grāma, Sadja et Madhyama, formes du diatonique, et d'un Gandhara-grāma théorique, mais de tétracordes de base dans lesquels prédominent certaines notes, et qui semblent bien être l'origine des grāma. « Certains mentionnent trois grama qui sont, dans l'ordre, Nandyavarta, Fimūta et Subhadra. Après avoir emis la note Sadja (Ut), on chante Dhaivata (La). et Pañcama (Sol). Puis de là, laissant Sadja, on s'arrête sur Nișāda (Sib). Ainsi on obtient la base-de-gammes (grama) appelée Nandyavarta. Quand, accompagné d'un [bref] Sadja d'une unité-de-temps (matra)*, Rsabha, l'initiale, s'augmente de Nișāda et de Madhyama puis s'arrête sur Pañcama, c'est le grāma appelé Fimūta célébré par les experts. On forme Subhadra en ayant comme initiale Gandhara augmenté de Sadja et Rsabha et la finale (nyasa) sur Dhaivata. La base de la naissance des trois est dans l'ordre Sa, Ri et Ga. Beaucoup n'acceptent pas cette définition des grama. Nous n'en tenons pas compte car elle n'a pas de rapport avec la définition des modes (raga).» (Samgīta-śiromani, 207-212). * La lecture du texte ekamātrena sadjena saha (avec Sadja d'un temps) est certainement erronée car l'initiale (graha), ici le Rsabha, est nécessairement une seule note. Nous l'interprétons en supposant que le Sadja est ici une note d'ornement utilisée seulement pour établir la tonique Rsabha au départ. Ceci semble toutefois assez improbable.
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78 LE GĪTĀLAMKĀRA
षड्जऋषभगान्धारा'स्त्रयाणां जन्महेतवः । नन्दावर्तो2 भवेत् षड़्जाज्जीमूत ऋषभात्तथा*॥ ३ ।।
गान्धाराच सुभद्राख्यो विज्ञातव्यास्त्रयः क्रमात्।
[नन्द्यावर्त-प्राम:] षड्जमादौ समुच्चार्य ततो ैवतपश्चमौ ॥४॥
वृद्धचर्थ योजयेत्तत्र निषादेन "श्मं नयेत्। ·नन्द्ावर्तो भवेदेवं ग्रामो गीतविदां "प्रियः९॥ ५।।
चतुःस्वरसमायोगादेकमात्रस्वरेण च।
[जीमूत-ग्राम:] 9यत्रादाव्टषभोत्थानं मध्यनिभ्यां1 विवर्धितम् ॥ ६ ॥
1 ₹ ms. 2 नन्दावर्तो ms. 3 ड्जो जीमूत ms. 4 नन्द्यावर्तो भवेत् षाड्जो जीमूतो ऋषभात्तथा। (Vadi-matta-gajankusa, d'apres le Journal of the Andhra Historical Research Society, vol. XI, 3e-4e parties, p. 178) नन्द्यावर्तो भवेत् षड्जाजीमूतश्वर्षभात्तथा। (Bharata-kosa, p.190) Le Nātya-cūdāmaņi, 188, et le commentaire de Gaurī-kānta sur la Saundarya- laharī, distique 69, qui cite ce texte sous le nom de Samgīta-śastra, le corrigent pour rétablir les notes de bases conventionnelles des grāma. नन्द्यावर्तोथ जीमूतः *सुभद्रो ग्रामकास्त्रयः । पदुज्मध्यनग,न्धाणन्त्रयाणा जन्महेतवः । (*शुभको(दो?) Gauri-kanta)
Le Samgita-siromani, maintient la définition ancienne. (Nātya-cūdāmaņi, 188)
क्रमेण सरिगास्त्वेषां त्रयाणां जन्मकारणम्। (Samgita-siromani, p.212 de notre ms., également cité dans le Bharata-kośa. p. 190, sans référence) 5 समं ms .; शमं dans le Bharata-kosa, p. 190. 6 नन्दावर्तो ms. et Journal of the Andhra Historical Research Society. 7 Le ms. ajoute वरः apres प्रिय :. 8 Voir note 5 du distique 2, p. 76 pour Samgīta-siromani, 208-209. 9 यत्रादावृपभस्थानं Bharata-kosa. 10 मध्यात्ताभ्यां ms.et Bharata-kosa.
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CHAPITRE CINQ 79
Sadja (Ut), Rsabha (Ré) et Gāndhāra (Mib) sont la cause de leur naissance. Nandyavarta (réjouissant) [part] de Sadja (Ut), Fimūta (support) part de Rsabha (Ré). 3. De Gāndhāra (Mib) [part] Subhadra (gracieux). C'est dans cet ordre qu'il faut comprendre les trois [bases-de-gammes]. 4a. [La base-de-gammes Nandyāvarta (réjouissant)] Sadja (Ut) est d'abord prononcé, puis Dhaivata (La) et Pañcama (Sol). 4b. Puis on s'efforce de les élever, les amenant au niveau de Nişāda (Sib).1 Ainsi est obtenu Nandyāvarta, cher aux connaisseurs en musique, en combinant quatre notes, [chacune] d'une unité de temps. 5-6a. [La base-de-gammes Jīmūta (support)] [La base-de-gammes obtenue] en prenant comme initiale Rsabha (Ré) auquel on ajoute la [note]-du-milieu (Madhyama, Fa) et Nişāda (Sib), et en s'arrêtant sur Pañcama (Sol) est appelée Fimūta (support).2 6b-7a.
1 Le Samgīta-siromani, 208-209, donne, en d'autres mots, la même définition mais semble prendre Nișāda pour tonique (repos, virati). Ce grāma couvre donc un tétracorde dont les quatre notes apparaissent dans l'ordre.
2 Voir note 1 du distique 2, p. 77. L'accord de ce grãma correspond donc à:
ou
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80 LE GĪTĀLAMKĀRA
प्रशान्ति पञ्चमेनापि जीमूतोऽयं प्रकीर्तितः* ।
[सुभद्र-ग्राम:] गान्धारमादितः कृत्वा वृद्धिं नेयस्ततः परम् ॥७॥
ऋषभेणाथ षड्जेन घैवतेन 'समं नयेद। सुभद्रोडयं भवेद्ग्रामो देवानामपि वल्लभः5 ॥८॥
6श्रोतृसौख्य[प्र]दः सम्यग्भरतेन प्रकीर्तितः ।
इति ग्रामलक्षणाध्यायः
1 Voir note 5 du distique 2, p. 76 pour le Samgīta-siromani, 209-210. 2 नेयं तत: ms. et Bharata-kosa. 3 ऋपमेनाथ ms. et Bharata-kosa. 4 शमं Bharata-kosa. 5 Voir note 5 du distique 2, p. 76 pour le Samgīta-siromani, 211. 6 श्रोतसौख्यद ms.
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CHAPITRE CINQ 81
[La base-de-gammes Subhadra (gracieux)] Faisant de Gandhāra (Mib) l'initiale, qui se développe ensuite sur Rsabha (Ré) et Sadja (Ut) pour trouver son équilibre sur Dhaivata (La), on constitue le grāma Subhadra (gracieux) qui plaît aux dieux.1 Il réjouit ceux qui l'écoutent. Bharata le décrit avec précision. 7b-9.
Fin du chapitre [cinq] « Définition des grāma ».
1 Voir note 1 du distique 2, p. 77. Le Subhadra grāma donne donc:
ou
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षष्ठोऽव्यायः
[मूर्छनालक्षणम्]
'ग्रामप्रोक्ता:' स्वरा यत्र मूर्छामायान्ति® हेलया। विज्ञेया मूर्छना सा तु त्रिः सप्तगुणिता* बुघैः ॥ १॥
1 Distique cité dans le Bharata-kośa, p. 501. 2 Le visarga manque dans le ms. 3 यत्रा मूच्छो यान्ति ms. Nous adoptons pour ce distique la lecture de la citation qui en est faite dans le Bharata-kośa, p. 501. 4 त्रिसतगुणिता: ms .; त्रिसप्तगुणिता Bharata-kosa.
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CHAPITRE VI
[DÉFINITION DES GAMMES-MODALES (MŪRCHANĀ)]
On appelle mūrchanā (échelle-modale) la montée aisée des notes mentionnées dans les bases-de-gammes (grāma). Les [mūrchanā] sont au nombre de trois fois sept.1 1.
1 Pour les diverses définitions des mūrchana voir le Nātya-sastra, 434-435, édition de Bombay, la Brhaddesi, pp. 21-24, le Samgīta-makaranda, 1. 1. 57-75, le Samgīta-ratnākara, 1. 4. 9-26, le Samgīta-darpaņa, 1. 92-100, et les Purāna, pp. 31-39 et 117-121 de notre édition.
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84 LE GĪTĀLAM̧KĀRA
[नन्द्ावर्त-ग्राम-मूर्छना:] नन्दी' विभा सुवक्त्रा च 'चित्रा 'चित्रवती सुखा"। सप्षमी सुबला0 नाम 'नन्दावर्तेऽत्र *मूर्च्छनाः'॥२ ॥
1 T dans tous les textes, sauf la Nāradīya-sikșā, la Samgīta-sārāvalī et le Samgīta-śiromaņi qui donnent at. Le Samgīta-makaranda donne une lecture corrompue संरा. 2 विशाला au lieu de विभा, et सुमुखी au lieu de सुवक्त्रा dans la Naradiya-siksa et "Narada " cité dans le Samgīta-ratnakara. 3 विचित्रा dans le Samgita-darpana. 4 चित्रावती dans le Samgita-makaranda; रोहिणी dans le Samgita-darpana. 5 RTHT dans le Samgita-makaranda. 6 बला dans la Naradiya-siksa et la Samgita-saravali; आलापा dans tous les autres textes. 7 नन्दावर्ते ms. 8 Le visarga manque dans le ms. après le mot mūrchanā. 9 नन्द्यावर्त्या[ता]दयो ग्रामा यैरुक्तास्तन्मते यथा। एकविंशतिसंख्याका मूर्छनास्ता [:] प्रचक्ष्महे । स्वरेषु सतसु यदा नन्द्यावत्ये[तें] कमात् पृथक्। मूर्छना द्यात्तदा[स्यात्तदा?] सत नन्द्यावर्तस्य मूर्छना:।। नान्दी ततो विभा तु स्यात्सुवक्त्रा च ततो भवेत्। चित्रा चित्रावती ज्ञेया ततश्र स्यात्सुखाभिधा।। सुबलेति च सप स्युर्नन्द्यावर्तस्य मूर्छना:। सुखदा चित्तहृत्पापहारिणी नागवल्लभा। मनोहर्षप्रदा योषित्प्रिया मृगकुलप्रिया। नन्द्यादीनां क्रमादासां मूर्छनानां स्मृतं फलम् ।। (Samgīta-śiromaņi, 238-242)
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CHAPITRE SIX 85
[Les échelles-modales (mūrchanā) de la base-de-gammes Nandyāvarta (Gamme de Sa, Do)] Dans la base-de-gammes Nandyāvarta (stimulante) (gamme de Sa), les échelles modales (mūrchanā) sont: Nandi1 (joyeuse), Vibhā 2 (lumineuse), Suvaktrā3 (au joli visage), Citrā (multicolore), Citravati 4 (colorée), Sukhā (heureuse), et la septième Subala 5 (robuste) 6. 2.
1 Nandā dans le Samgīta-ratnākara; Nandī dans le Samgīta-siromaņi. 2 Višālā dans la Nāradīya-siksā et le Samgīta-ratnākara. 3 Sumukhī dans le Samgīta-śiromaņi, la Nāradīya-śikşā et le Samgīta-ratnākara. 4 Citrāvatī dans le ms. mais dans la description ultérieure nous retrouvons Citravatī comme dans la Nāradīya-śikșā et le Samgīta-ratnākara. 5 Balā dans la Nāradīya-sikşā; Ālāpā dans le Samgīta-ratnākara. 6 Bharata, l'auteur, à la fin du chapitre, explique qu'il donne ces mūrchanã d'après le système de Nārada et autres sages après avoir étudié leurs théories. Elles n'appartiennent donc pas à son système. La classification des échelles modales d'après les sept formes plagales d'une gamme heptatonique est illogique dans un système où les bases-de-gammes sont de quatre notes. Les noms que donne le Gītālamkāra pour les mūrchanā se retrouvent dans la Nāradīya-śiksā, 1. 2. 9-12 et la Samgīta-sārāvalī. Le Samgīta-ratnākara mentionne ces noms comme ceux du système de Narada. Toutefois, dans tous ces ouvrages, ces mūrchana sont considérées comme appartenant au Gāndhara-grāma et non pas au Sadja (Nandyāvarta) grāma. La Nāradīya-śiksā, la Samgīta-sārāvalī et le Bharata-bhasya les appellent mūrchana des dieux. L'évolution des noms des mūrchana nous donne des éléments utiles sur la chronologie et la date relative des textes. La Naradīya-siksa donne les lectures Nandī et Balā (pour Subala) comme le Gitālamkāra alors que le Samgīta-ratnākara donne Nanda et Visala. Plus loin nous rencontrons Bārhaspatī qui devient Bārhati dans l'édition imprimée de la Nāradīya- śiksā (basée sur un seul ms.) et se change en Cāndramasī dans le Samgīta-ratnākara. D'autres noms sont remplacés par des synonymes: Suvaktrā du Gītālamkāra devient Sumukhi dans la Nāradīya-siksā et le Samgīta-ratnākara. Vājī devient Aśvakrāntā. Uttarā du Gītālamkāra devient Uttara-mandrā dans la Nāradīya-šikā et Uttara- varņā dans le Samgīta-ratnākara. Udgatā devient Atirudgatā dans la Nāradīya-sikșā et Abhirudgatā dans le Samgīta-ratnākara. Vājī devient Aśva-krāntā dans les deux textes. Sauvīrī devient Sauvīrā dans la Nāradīya-šikşā. Vidheyā et ratikā devien- nent Uttarāyatā et Rajanī dans la Nāradīya-śıksā et le Samgīta-ratnākara. Hrșikā ou Rsikā du Gītālamkāra devient Hrsyakā. Il apparaît donc que les noms des mūrchanā de Nārada, donnés dans le Gitālamkāra, sont la forme la plus ancienne, les noms dans l'édition de la Naradīya- sikșā et dans le Samgīta-ratnākara étant influencés par un autre système de grāma.
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86 LE GĪTĀLAMKĀRA
[नन्दी] 'नन्यावर्तोद्धवे2 ग्रामे मूर्छो8 याति यदादिजः4। स्वरो नन्दीति सा नाम मूर्छनां भरतोऽब्रवीत5॥ ३ ॥
[विभा] ऋषभस्तु यदा याति मूछी" सा च विभा रमृता। नारदेन स्वयं गीता8 गीतज्ञेन मनोरमा॥४॥
[सुवकत्रा] गान्धारमूर्छनादेव सुवक्त्रा मूर्छना भवेत्। सर्वपापहरा सा तु प्रगीता हरसन्निधौ" ॥५॥
1 Distique cité dans le Bharata-kośa, p. 308. 2 नन्दावर्त्तोन्भ्वे ms. 3 मूर्छा ms. 4 यदादिजा: ms. 5 Nous suivons pour ce vers la lecture qu'en donne le Bharata-kośa. नान्दीति नामान्तरमप्यस्या दृश्यते। नारदादिमते नन्द्यावर्तग्रामे प्रथमा मूर्छना। नारदादय इति नारदीयशिक्षाकारो वादिमत्तगजाङ्कुशकारेणोच्यते। (Bharata-kosa, p. 308) 6 Distique cité dans le Bharata-kośa, p. 615. 7 मूर्छ dans la citation du Bharata-kosa. 8 स्वसंगीता dans la citation du Bharata-kosa. 9 अस्या: विभाता विशालेति च नामान्तरं दृश्यते। नन्द्यावर्तग्रामे द्वितीया मूर्छना। ... इयं चित्ततापापहारिणीति पण्डितमण्डली। (Bharata-kosa, p. 615) 10 Distique cité dans le Bharata-kośa, p. 733. 11 अस्या: सुमुखीति नाम नारदशिक्षायां दृश्यते। ... नन्ावर्तग्रामे तृतीया मूर्छना। (वादिमत्त- गजाङ्कुशः) इयं नागवल्लभा (पण्डितमण्डली) (Bharata-kosa, p. 733)
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CHAPITRE SIX 87
[Nandī mūrchanā (echelle-modale de Sa, Do)] Lorsque dans la base-de-gammes Nandyāvarta, [la gamme] s'élève partant de la note Sa (Do). Cela [constitue], dit Bharata, l'échelle-modale (mūrchanā) Nandī (joyeuse).1 3.
. [Vibhā mūrchanā (échelle-modale de Ri, Ré)] [La gamme qui], partant de Ri (Ré), s'élève, est appelée Vibhā (lumineuse). Cette gamme plaisante pour l'esprit fut chantée par Nārada lui-même, expert dans l'art du chant.2 4.
[Suvaktrā mūrchanā (échelle-modale de Ga, Mib)] La gamme-plagale Suvaktrā (beau visage) s'obtient en montant [à partir] de Gāndhāra (Mib). Elle efface toutes les fautes et est chantée près de [Śiva], le rédempteur (Hara).3 5.
1 Le Bharata-kośa, p. 615, mentionne qu'elle est aussi appelée Nāndī (réjouissante). Le Samgīta-śiromani, 242, dit qu'elle donne le bonheur (sukhadā). 2 D'après le Bharata-kośa, p. 615, cette gamme est appelée aussi Vibhātā (lumineuse) ou Viśālā (vaste).
Le Samgīta-siromaņi, p. 242, dit que cette gamme captive l'esprit (citta-hrt). Le Bharata-kośa, citant le Samgīta-śiromani confond la description de Vibhā qui est citta-hrt avec celle de la mūrchanā suivante Suvaktrā qui est pāpahāriņī, formant, pour décrire Vibhā le mot citta-tāpāpahāriņī et décalant ainsi les qvalités de toutes les mūrchana suivantes.
3 Le Bharata-kośa, p. 733 remarque que cette gamme est appelée Sumukhi (belle face) dans la Nāradīya-šikșā.
Le Samgīta-śiromaņi, 242, dit que cette gamme efface les péchés (pāpa- hāriņī).
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88 LE GĪTĀLAŅKĀRA
[चित्रा] 'यदा संजायते सम्यङ्मध्यमस्य2 प्रमूर्छनम्। [नागानां वल्लभा सेयं]5 तदा चित्रा पजायते ॥ ६॥
[चित्रवती] पञ्चमस्य यदा तत्र [जायते च प्रमूर्छनम्]। तदा चित्रवती ज्ञेया *चित्तसौख्यकरा श्रुतेः5। ७॥
[सुखा] "मूर्छनां धैवतो याति "नन्दावर्ते यदा तदा। ग्रामे सुखा सुविज्ञेया मूर्छना यमिनां पिया॥८॥
1 Dans le ms. la première partie du deuxième vers manque et la deuxième partie est transportée à la fin du vers suivant qui manque également. Ceci conduit à un décalage d'un demi verset dans tout le passage qui suit. Nous reconstruisons la première partie du deuxième vers d'après le Samgītā-sīromani, et nous prenons, pour le premier vers du distique suivant, la lecture du Bharata- kośa, qui le cite. मनोहर्षप्रदा इयं नन्वावर्नत्राने चतुर्थी मूर्छना। (वादिमत्तगजाङ्कुशः) यदा संजायते सम्यङ्व्यमस्य प्रमूर्छनम् । तदा चित्रा । (पण्डितमण्डली) (Bharata-kosa, p. 214) La lecture du ms. est: यदा संजायते सम्यग्मध्यमश्र प्रमूछनम्। पञ्चमस्य यदा तत् तदा चित्रा प्रजायते॥ तदा चित्रावती etc. 2 § ms. 3 Passage [ ] reconstitue d'apres le Samgita-siromani. 4 चित्र ms. et Bharata-kosa. 5 चित्रवती नन्द्यावर्तग्रामे पञ्चमी मूर्छना। पचमस्य यदा तत्तु जायते च प्रमूर्छेनम्। तदा चित्रवती ज्ञेया चित्रसौख्यकरा श्रुतेः ॥ (वादिमत्तगजाङ्कुशः) अस्याश्चित्रावतीति नामान्तरमप्यस्ति। इयं योषित्प्रिया। (पण्डितमण्डली) (Bharata-kosa, p. 214) 6 Ce distique est cité dans le Bharata-kośa, p. 730. 7 नन्दावर्ते ms. 8 मूर्छनामिमां प्रिया ms. Nous suivons la lecture du Bharata-kosa. 9सुखा नन्द्यावर्ते षष्ठी मूर्छना। [इयं] मृगकुलप्रिया (पण्डितमण्डली) (Bharata-kosa, p. 730)
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CHAPITRE SIX 89
[Citrā mūřchanā (échelle-modale de Ma, Fa)] 1 Lorsque la montée [des notes] naît précisément de Madhyama (Fa) le résultat est [la gamme] Citrā (multicolore) [qui plaît aux éléphants]. 6.
[Citravatī mūrchanā (échelle-modale de Pa, Sol)] Lorsque la montée part de Pañcama on appelle [cette échelle- modale] Citravati (colorée). Son audition réjouit l'esprit.2 7.
[Sukhā mūrchanā (échelle-modale de Dha, La)] Lorsque, dans la base-de-gammes Nandyāvarta, Dhaivata est [base de] la montée, cette échelle-modale (mūrchanā) est connue [sous le nom de] Sukhā (heureuse). Elle est chère aux ascètes (yamin).3 8.
1 Ce distique est en partie reconstruit; voir note 1 du texte. 2 Le Bharata-kośa dit que cette gamme est aussi appelée Citrāvalī. Le Samgita-siromani la trouve plaisante pour l'esprit (mano-harsa-prada). 3 Le Samgita-siromani, 242, dit que cette gamme plaît aux femmes (yositām priyā), le Bharata-kośa qu'elle plaît aux biches.
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90 LE GĪTĀLAŅKĀRA
[सुबला] संमूरछति स्वरश्रान्त्यो यदा स्यात्सुबला तदा। मृगाणां वल्लभा नित्यं तथा विरहिणामपि१॥९॥।
[जीमूत-ग्राम-मूर्छना:] आप्यायिनी विश्वभृता चान्द्री हेमा कपर्दिनी। मैत्री "बार्हस्पती चैव जीमूताख्येऽत्र मूर्छनाः॥१०॥
[आप्यायिनी] ग्रामे जीमूतसंज्ञे च यदा षड्जः ममूर्छति। 1आप्यायिनीति विज्ञेया मूर्छना योगिनां मिया"॥ ११॥
1 Ce distique est cité dans le Bharata-kośa, p. 732. 2 सुबला नन्द्यावर्ते सतमी मूर्छना। अस्या वलेति नाम नारदशिक्षायां दृश्यते। आलापेति नान्यदेवः नाम आह। (Bharata-kosa, p. 732) 3 Dans tous les textes ces murchana sont celles du Madhyama-grama. La Nāradīya-sikșā, la Samgīta-sārāvalī, et le Bharata-bhāsya les appellent mūrchanā des ancêtres. 4 अपायिनी dans le ms., ici ainsi que dans la description donnee plus loin, mais tous les autres textes donnent आप्यायनी. 5 विश्वकता Samgita-ratnakara et Samgita-saramrta; विश्वदता Bharata-bhasya; विश्वहारा Siva-tattva-ratnakara. 6 हैमा Naradiya-siksa. 7 बार्हती Naradiya-siksa et Samgita-saravali; चान्द्रमसी Samgita-ratnakara, Samgita- saramyta et Siva-taltva-ratnakara; चान्द्रमती Bharata-bhasya. 8 स्वरेघु सतसु यदा जीमूताख्ये क्रमात् पृथक्। मूर्छना स्यात्तदा सप जीमूतग्राममूर्छना:। स्यादाद्याप्यायिनी विश्वभृता चान्द्री च हैमिका। कपर्दिनी तथा मैत्री वार्हस्पत्तौ[ती १]च मूर्छना:॥
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CHAPITRE SIX 91
[Subalā mūrchanā (échelle-modale de Ni, Sib)] [L'échelle modale formée] lorsque l'ultime note (Nișāda) est [base de] la montée est Subalā (vigoureuse). Elle plaît aux biches et à ceux qui sont séparés.1 9.
[Les échelles-modales (mūrchanā) de la base-de-gammes fīmūta (gamme de Ri, Ré] Āpyāyinī (aqueuse),2 Viśva-bhrtā (portée par l'Univers),3 Cāndrī (brillante, lunaire), Hemā (dorée),4 Kapardinī (nattée), Maitrī (amicale ou de Mitra) et Bārhaspatī (pieuse, ou du Grand-maître Brhaspati, prêtre des dieux) sont les gammes-modales de la base- de-gammes fimūta (support, Soleil). 10.
[Āpyāyinī mūrchanā (ėchelle-modale de Sa, Do)] Dans la base-de-gammes Fimuta (Rsabha-grama), lorsque [la gamme] s'élève [en partant de] Sadja (Do), cette échelle modale (mūrchanā) est appelée Āpyāyinī5 (aqueuse). Elle est appréciée des Yogin. 11.
1 Le Bharata-kośa, p. 732 remarque que cette gamme est appelée Balã (forte) dans la Nāradīya-śikșā et que Nānya-deva l'appelle Ālāpā (chantante). Le Samgīta-śiromaņi dit que cette gamme charme la famille des biches. 2 ou « du Dieu des eaux » (Varuņa), ou « de Soma », ou « des nymphes ».
3 ou « du protecteur du monde » (Vișņu). 4 ou « du dieu des montagnes », ou « la montagne d'or » (Meru), ou « de la nymphe Hema ». 5 Cette gamme est appelée Apayni dans le ms. Nous préférons la lecture de la citation donnée dans le Bharata-kośa.
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92 LE GĪTĀLAŅKĀRA
[विश्वभृता] 'द्वितीयस्वरमूर्छायां' यत्र विश्वभृता® भवेत्। तस्यास्तुष्यन्ति* मुनयो याज्ञिका विज्ञसंसदि ॥ १२ ॥ [चान्द्री] गान्धारो मूर्छनां याति ग्रामे जीमूतसंज्ञके। यदा तदा भवेच्ान्द्री® मूर्छना कुमुदपिया॥ १३॥ [हेमा] "मूर्छनान्मध्यमस्यैव8 हेमा नाम प्रजायते। प्रातः संकीर्तिता सा "तु नूनं वित्तमदा भवेत् ॥ १४ ॥
[कपर्दिनी] 1यदा पश्चस्वरो मूर्छी याति जीमूतसंज्ञके। ग्रामे कपर्दिनी1 नाम मूर्छना जायते तदा॥ १५॥ [मैत्री] 14 धैवतस्य'5 प्रमूर्छत्वाज्जीमूताख्ये पजायते। सुमैत्री'6 मूर्छना नाम गेया' मित्रसमागमे ॥ १६ ॥
1 Ce distique est cité dans le Bharata-kośa, p. 622. 2 मूर्छा या ms. et Bharata-kosa. 3 विश्वभृत-जीनृतग्रामे द्वितीया मूर्छना। (Bharata-kosa, p.622) 4 तस्य तुष्यन्ति ms .; तस्यास्तुष्यन्ति Bharata-kosa. 5 Ce distique est cité dans le Bharata-kośa, p, 202. 6 चन्द्रा-जीमूतग्रामे सृतीया मूर्छना। (Bharata-kosa, p. 202) 7 Ce distique est cité dans le Bharata-kośa, p. 781. 8 मूर्छना मव्यमस्यैव Bharata-kosa; मूर्छनामध्यमश्चेव ms. 9 हेमा-जीमूतग्रामे चतुर्थी मूर्छना (Bharata-kosa, p.781) 10 नु ms. 11 Ce distique est cité dans le Bharata-kośa, p. 105. 12 कपर्दिनी-जीमूतग्रामे पञ्चमी मूर्छना (Bharata-kosa, p. 105) 13 तथा ms. Nous preferons la lecture तदा du Bharata-kosa. 14 Ce distique est cité dans le Bharata-kośa, p. 732. 15 धैवतश्च ms .; धैवतस्य Bharata-kosa. 16 सुमैत्री-जीमूतग्रामे षष्ठी मूर्छना। (Bharata-kosa, p. 732) 17 ज्ञेया ms. et Bharata-kosa.
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CHAPITRE SIX 93
[Viśvabhṛtā mūrchanā (échelle modale de Ri, Ré)] En montant [à partir] de la deuxième note (Ri, Ré) on obtient [la gamme] Viśvabhrtā (portée par l'Univers). Elle plaît aux sages et aux prêtres-du-sacrifice, [réunis] dans l'assemblée des savants.1 12.
[Cāndrī mūrchanā (échelle modale de Ga, Mib)] Dans la base-de-gammes appelée Fimūta, Gāndhāra (Mib) devient [le point de départ de] la montée, cela forme la gamme modale Cāndrī (lunaire), chère au lotus blanc (kumuda).2 13.
[Hemā mūrchanā (échelle modale de Ma, Fa)] En montant [à partir] de Madhyama (Fa) on fait naître [l'échelle modale] Hemā (dorée). Chantée le matin elle donne la richesse. 14.
[Kapardinī mūrchanā (échelle modale de Pa, Sol)] Lorsque la cinquième note (Pa, Sol) devient [la base de] la montée dans la base-de-gammes Fimūta, cela donne naissance à l'échelle modale Kapardinī (nattée). 15.
[Maitrī mūrchanā (échelle modale de Dha, La)] La montée [partant] de Dhaivata dans la [gamme] nommée Fimūta est appelee l'échelle modale Maitrī (amicale ou de Mitra) que l'on chante quand des amis se rencontrent. 16.
1 La lecture du ms. est vijña-samsadi (assemblée de savants). Toutefois une meilleure lecture serait probablement yajña-samsadi (assemblée du sacrifice). 2 Le lotus blanc (kumuda), selon la convention poétique, s'ouvre au lever de la lune et se ferme à l'aurore.
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94 LE GĪTĀLAMKĀRA
[वार्हस्पती] मध्यग्रामे स्वरश्वान्त्यो यदा व्रजति मूर्छनाम्। तदा बार्हस्पती 'यज्ञे मूर्छना ब्रह्मणः मिया॥ १७॥ [सुभद्र-ग्राम-मूर्छना:] 'उत्तरा' चोदता' वाजी" सौवीरी हृषिका8 तथा। 'विधेया यतिका10 प्रोक्ता सुभद्राख्ये च मूर्छनाः1॥ १८ ॥
1 Ce distique est cité dans le Bharata-kośa, p. 419. "ज्ञेया Bharata-kosa. 3 बार्हस्पती जीमूतग्रामे सप्मी मूर्छना। (Bharata-kosa, p. 419) 4 Des mūrcnanā de noms similaires sont attribuées au Sadja-grāma dans tous les autres textes. 5 उत्तरमन्द्रा au lieu de उत्तरा dans la Naradiya-siksa, la Samgita-saravali, le Bharata-bhāsya, le Šiva-tattva-ratnākara; qui dans le Samgīta-ratnākara, le Samgīta-sārāmrta, le Nātya-cūdāmaņi. 6 अतिरुद्रता au lieu de उद्गता dans la Naradiya-siksa, et अभिरुद्रता dans les autres textes. अश्वक्रान्ता au lieu de वाजी dans tous les autres textes. Les mots वाजी et an sont synonymes. 8 हृष्यका au lieu de ह्वषिका dans tous les autres textes. 9उत्तरायता au lieu de विधेया et रञ्षनी ou रजनी au lieu de यतिका dans tous les autres textes. 10 Le ms. donne ici पतिका mais plus loin la lecture यतिका. Le Samgita- siromani, qui donne aussi aa, dit que cette gamme est chère aux ancêtres (पितृप्रिया) peut etre par reference a une ancienne lecture पितृका a moins que la lecture पिृप्रिया ne soit elle meme une erreur pour यतिप्रिया. 11 मूर्छनोत्तरवर्णाद्या पड्जग्रामेऽभिर्द्रता। अश्वक्रान्ता च सौवीरी हृष्यका चोत्तरायता ॥ रजनीति समाख्याता ऋषीणां सप् मूर्छना: । (Samgīta-ratnākara, 1. 4. 23-24, Samgīta-sārāmrta, p. 20, Nātya-cūdāmaņi, 125) मूर्छनोत्तरमन्द्राद्या पडजग्रामे समुद्रता। अश्वक्रान्ता च सौवीरी हृष्यका चोत्तरायता ॥ रञ्जनीति समाख्याता ऋषीणां सप् मूर्छना: । (Siva-tattra-ratnakara, 6. 7.57-58) षड़जे तूत्तरमन्द्रा स्यादषभे चा[भि]तिरुद्रता। अश्वकान्ता तु गान्धारे तृतीया मूर्छना स्मृता। मध्यमे खलु सौवीरा हृष्यका पञ्चमे स्वरे। धैवते चापि विज्ञेया मूर्छना तूत्तरायता।। निषादाद्रजनीं विद्यादृपीणां सप मूर्छना:। (Nāradīya-śīksā, 1. 2. 11-13, Samgīta-sārāvalī, p. 89, vers 25-27, Bharata- bhāsya, 4. 30-31) स्वरेषु सतसु यदा सुभद्राख्ये पृथक् क्रमात्। मूछना स्यात्तदा सप सुभद्रग्राममूर्छना: ॥ कविप्िया वृद्धिदा च शुद्धप्रीतिकरी तदा। पुत्रदा नृपसन्तोपकारिणी कामिनीप्रिया ॥ पितृप्रियेति सौभद्रमूर्छनानां स्मृतं फलम् । आद्योत्तरोद्रता वाजी सौवीरी हृषिका ततः ॥ विधेया यतिका चेति सौभद्रयः सप्त मूर्छना:। (Samgita-siromani, 246-249)
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CHAPITRE SIX 95
[Bārhaspațī mūrchanā (échelle modale de Ni, Sib)] Dans la base-de-gammes du milieu (madhya-grama) lorsque la dernière note (Ni, Sib) devient [le point de départ de] la montée. Cette échelle modale est connue [sous le nom] de Bārhaspatī (du Grand-maître, prêtre de dieux), chère au Créateur (Brahma). 17.
[Les échelles-modales (mūrchanā) de la base-de-gammes Subhadra (gamme de Ga, Mib)] Les échelles-modales (mūrchanā) de la [base-de-gammes] nom- mée Subhadra 1 sont appelées Uttarā (haute), Udgatā 2 (avançante), Vājī 3 (vigoureuse ou le cheval), Sauvīrī 4 (des Sauvīra), Hrşikā 5 (stimulante), Vidheyā6 (des sujets), et ratikā (des ascètes). 18.
1 Des mūrchanā de noms similaires sont attribuées au Sadja-grāma par les Purāna et les textes de l'école de Nārada, en particulier la Nāradīya-sikșā, 1. 2. 11-13, qui les appelle mūrchanā des Sages (rși) ainsi que le font la Samgīta-sārāvalī, le Śiva-tativa-ratnākara, le Samgīta-sārāmrta et le Nātya-cūdāmaņi. 2 Les noms Uttara et Udgata sont donnés à la cinquième échelle modale du Gāndhāra-grāma et à la septième échelle modale du Sadja-grāma dans les mss. du Vișnu-dharmottara. Udgatã est donc une gamme partant du Ri du Sadja-grāma dans les Purāna et du Ri du Gāndhāra-grāma dans le Gītālamkāra, alors que Uttarā serait une gamme partant de Dha dans le Gandhara-grama d'après le Visnu-dharmottara et une gamme partant de Sa (Ut) dans le même grāma d'après le Gitālamkāra. Toutefois la gamme partant de Sa dans le Sadja-grāma est appeléc Uttara-mandrā dans le Vișnu-dharmottara et c'est cette dernière qui correspondrait à l'Uttarā du Gītā- lamkāra. Il semble probable que les noms des mūrchanā, qui sont des échelles modales familières aux musiciens, sont plus permanents que les classifications théoriques telles que celle des grāma. 3 Vājī (le cheval), échelle modale partant de Ga (Mib), correspond à l'Aśva- krāntā (pas du cheval) des autres textes qui part aussi de Ga dans le Sadja-grāma. 4 Sauviri, échelle modale partant de Ma (Fa) est aussi une échelle modale de Ma dans le Visnu-dharmottara et tous les autres textes mais y est classée dans le Madhyama-grāma. 5 Appelée Rsikā (des sages) plus loin ainsi que dans le Bharata-kośa. 6 Les noms Vidheya (pour l'échelle modale de Dha, La) et ratikā (pour l'échelle modale de Ni, Sib) ne se rencontrent pas dans les autres textes qui prétendent représenter l'école de Narada, où ils sont remplacés par Uttarāyatā et Rajani (ou Ranjani). Mais les gammes du Madhyama-grama de même initiale sont, selon le Visnu-dharmottara et autres textes, Pauravi (gamme des citadins, partant de Dha) pour Vidheya (gamme des sujets) et Margi (gamme de la musique sacrée, partant de Ni) pour ratikā (gamme des ascètes).
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96 LE GĪTĀLAMKĀRA
[उत्तरा ] सुभद्रं ग्राममासाद यदाद्यो याति मूर्छनाम्। स्वरः स्यादुत्तरा2 नाम मूर्छना सा कविमिया॥ १९ ॥
[उद्रता] 4ऋषभस्य च मूर्छायामुद्रता नाम जायते०। वृद्धिकाले विशेषेण सा गेया गीतपण्डितैः ॥ २० ॥
[वाजी] "गान्धारश्च सुभद्रारूये यदा मूर्छी व्रजेत्स्वरः । तदा वाजीति विज्ञेया गेया "बुद्धयै विचक्षणैः०॥ २१॥
[सौवीरी] सौवीरी मूर्छना नाम जायते मध्यमूर्छनात्। ग्रामे 1सुभद्रसंज्ञे तु प्रवासे गीयते बुघैः ॥२२॥
1 Ce distique est cité dans le Bharata-kośā, p. 71. 2 L'échelle' modale partant de Sa dans le Sadja-grāma est appelée Utiara- mandra dans le Visnu-dharmottara et presque tous les textes ultérieurs. 3 सुभद्रग्रामे प्रथमा मूर्छना। नारदशिक्षायामुत्तरमन्द्रेति नामान्तरमस्या दृश्यते। (Bharala- kośa, p. 71) 4 Ce distique est cité dans le Bharata-kośa, p. 74. 5 उद्गता सुभद्रग्रामे द्वितीया मूर्छना। (Bharata-kosa, p. 74) 6 Ce distique est cité dans le Bharata-kośa, p. 596. 7बुद्विविचक्षणै: ms. et Bharata-kosa. 8 वाजी सुभद्रग्रामे सृतीया मूर्छना। नारदशिक्षायां अश्वकान्तो नाम दृश्यते।
9 Ce distique est cité dans le Bharata-kośa, p. 743. (Bharata-kośa, p. 596)
10 सौवीरी सुभद्रग्रामे चतुर्थी मूर्छना। इयं पुत्रदा (पण्डितमण्डली) (Bharata-kosa, p. 743)
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CHAPITRE SIX 97
[Uttarā mūrchanā (échelle modale de Sa, Ut)] Arrivant à la base-de-gammes Subhadra, la montée [à partir] de la note initiale (Sa, Ut), donne l'échelle-mcdale (mūrchanā) Uttarā (haute), chère aux poètes. 19.
[Udgatā mūrchanā (échelle modale de Ri, Ré)] En montant [à partir] de Rsabha (Ré) naît Udgatā (avan- çante).1 Les experts en musique la chantent particulièrement dans les moments de prospérité (ou de succès). 20.
[Vājī mūrchanā2 (échelle modale de Ga, Mib)] Dans la [base-de-gammes] appelée Subhadra, lorsque la note Gāndhāra (Mib) sert de point de départ à la montée, [l'échelle obtenue], connue [sous le nom de] Vājī (le cheval), est chantée par ceux qui désirent l'intelligence.3 21.
[Sauvīrī mūrchanā (échelle modale de Ma, Fa)] En montant à partir du Madhyama (Fa) naît, dans la base-de- gammes Subhadra, l'échelle modale Sauvirī (des Sauvīra). Elle est chantée en voyageant 4 par les [hommes] prudents. 22.
1 L'échelle modale partant de Ri dans le Sadja-grama est appelée Udgata ou Abhirudgatā dans le Visnu-dharmottara et tous les textes ultérieurs. 2 L'échelle de Ga dans le Sadja-grama est appelée Aśva-krāntā (pas du cheval) dans le Visnu-dharmottara et les textes ultérieurs. 3 Le ms. donne geya buddhi-vicaksanaih qui voudrait dire « chantée par les gens d'intelligence exceptionnelle », mais la fin du vers référant habituellement à l'effet produit par la gamme, nous préférons la lecture adoptée ici. Le Samgita- śiromani, 247, donne l'effet de cette gamme comme śuddha-prītikarī sadā « toujours inspirant l'amour pur » qui semble également incorrect. 4 D'après le Samgīta-siromani, cette gamme est « donneuse de fils » (putradā). Il se peut que le manuscrit du Gitālamkāra consulté par l'auteur du Samgīta- śiromaņi ait donné la lecture putradā au lieu de pravāse (en voyageant). 7
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98 LE GĪTĀLAŅKĀRA
[दृषिका] 'हृषिका नाम विज्ञेया मूर्छना नृपवल्लभा। मूर्छनात्पश्चमस्यैव8 *सुभद्राख्ये तु सा भवेत् ॥ २३ ॥।
[विधेया] "विधेया® संभवत्येव मूर्छना योषितां मिया। तृतीयग्राममासाद्य घैवतो मूर्छते यदा ॥ २४ ॥
1 Ce distique est cité dans le Bharata-kośa, p. 89. 2ऋष्िका ms. et Bharata-kosa; हृषिका au debut du chapitre. 3 मूर्छत्वा पश्चमस्यैव ms. 4 हृषिका सुभद्रग्रामे पञ्चमी मूर्छना ॥ इयं हृष्यकेति पठ्यते नारदशिक्षायाम्।
5 Ce distique est cité dans le Bharata-kośa, p. 612. (Bharata-kośa, p. 89)
6 विधेया सुभद्रग्रामे षष्ठी मूर्छना। तृतीयग्रामः सुभद्रग्रामः। इयमुत्तरायतेति नारदशिक्षायां नाम दृश्यते। (Bharata-kosa, p. 612)
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CHAPITRE SIX 99
[Hrşikā mūrchanā (échelle modale de Pa, Sol)] On sait que la gamme-modale Hrsikā 1 (stimulante), chère aux rois, est [obtenue], dans [la base-de-gammes] Subhadra, en montant [à partir] de Pañcama (Sol). 23.
[Vidheyā mūrchanā (échelle modale de Dha, La)] L'échelle modale Vidheya, qui plaît aux femmes, naît quand, prenant la troisième base-de-gammes, Dhaivata (La) [commence] la montée.2 24.
1 Le ms. appelait cette gamme Hrsikā dans la liste donnée plus haut mais donnait ici Rsikā. Nous avons préféré la première lccture. Les alternatives trouvées dans d'autres ouvrages sont Hrsyakā et Rsyakā. 2 Le Bharata-kośa, p. 612, remarque que cette gamme cst appelée Uttarāyatā dans la Nāradīya-śiksā.
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100 LE GĪTĀLAMKĀRA
[यतिका] 'ज्ञांतव्या यतिका नाम मूर्छना यतिवल्लभा। निषादस्य2 पमूर्छत्वादन्त्यग्रामे च8 सा भवेत्॥ २५॥
इत्येता मूर्छना: पोका नारदादैर्महर्षिभिः। मया तेषां मतं सम्यङ्ज्ञात्वा संक्षेपतः कृताः ॥२६॥
इनि मूर्छनालक्षणाध्याय:
1 Ce distique est cité par le Bharata-kośa, p. 513. 2निरादस्य ms. Nous reprenons l'orthographe usuelle निपाद donnee par le Bharata-kośa. Il faut toutefois mentionner que la prononciation et l'écriture frer sont une tradition populaire très ancienne et se retrouvent dans les vieux. textes en langue Hindie. 3 व ms .; तु Bharata-kosa. 4 यतिका .. सुभद्रग्रामे सतमी मूर्छना। अन्यग्राम: सुभ्द्रग्राम: । रञ्जनी[ति] नामान्तरं नारदशिक्षायाम्। इयं पितृप्रिया (पण्डितमण्डली) (Bharata-kośa, p. 513)
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CHAPITRE SIX 101
Į Yatikā mūrchanā (échelle modale de Ni, Sib)] Il faut savoir que l'échelle modale Yatikā (des ascètes), chère aux ascètes,1 naît, dans la dernière base-de-gammes, de la montée [partant] de Nişāda.2 25.
Telles sont les gammes-modales plagales définies par Narada et les autres Grands-voyants (Maharsi). J'ai condensé [la définition des gammes-modales] après avoir soigneusement etudie leurs opinions.3 26.
Fin du chapitre six « Définition des gammes-modales (mūrchanā) »
1 Le Samgīta-siromani dit que cette gamme plaît aux Ancêtres (pitr). 2 Le Bharata-kośa remarque que cette gamme est appelée Rañjani (charmante) dans la Nāradīya-śikșā. 3 L'auteur du Gitalamkara reconnaît donc ici, ainsi que plus tard (chap. 14), l'existence d'une tradition de Narada et reproduit des classifications que nous trouvons dans la Nāradīya-śikșā et le Samgīta-makaranda qui passent pour des oeuvres de Narada. Dans ses autres chapitres le Gītālamkāra représente une tradition différente. Le Samgita-siromani (un ouvrage du 14e siècle) indique séparément les classifications de l'Ecole de Nārada et celles du Gītālamkāra, séparant ainsi nettement les traditions de Narada et de Bharata. Il est toutefois très important de noter que, bien que les mūrchanā soient données comme celles de Narada dont elles portent les noms, leurs connec- tions avec les grāma ainsi que leurs notes de base diffèrent de celles définies dans les textes connus de l'école de Nārada tels que la Nāradīya-sikșā. (Voir tableau appendice I) En particulier les mūrchanā du Gāndhāra-grāma deviennent celles du Sadja-grāma et vice versa.
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सप्तमोऽध्यायः
[तानलक्षणम]
गीतग्रामं तनोत्येव यतस्तानमिति स्मृतम् । तस्य भेदाः समाख्याताः सप् सप्गुणा बुधैः॥ १ ॥
1 Ce vers et les distiques 2 à 9 sont cités dans la Samgita-sārāvali, 2-10. p. 11-13, et le Bharata-kośa, p. 246. *धूमो ज्योतिश्र आपश्च सन्निपातशरीरिणः । अथातो गर्जिंता मेघास्ताना रागाश्च ते तथा॥ तस्य भेदा: समाख्याताः सत सतगुणा बुधैः। एकमेकस्वराणां तु सप सप्तेव तानकाः ॥ ताना एकोनपञ्चाशदभवंश्च पृथक् पृथक्। (Samgīla-sārāvalī, 1-3, p. 11) तानं क्ीबम्। तनदुञ विस्तारे + भावे घञ् विस्तारः। ज्ञानविपयः। इति शब्दकल्पतरुः ॥ तान: पुं(तन्यते गीतमनेनेति तन् + घञ्)गानाङ्गविशेष:। (Sabda-kalpa-druma) qsy est erroné dans le cas du Gitālamkāra qui considère tāna comme un neutre, car les mots en ghan sont necessairement masculins. (Pāņini) [पुमान् ] घञबन्त:
Pour les tāna voir le Nātya-śāsțra, p. 436 (édition de Bombay), la Bṛhaddešī, 106-117, le Vāyu-purāņa, 86. 21-30, le Bharata-bhāsya, chapitre 4, le Samgīta- ratnākara, 1. 4. 72-91, le Samgīta-makaranda, 1. 1. 97-100, et le Samgīta-darpaņa, 1. 106-138
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CHAPITRE VII
[DÉFINITION DES TONS (TANA) OU BASES-DE-MODES]
Les tons (tāna)1 sont ainsi appelés parce qu'ils font apparaître les gammes du chant. Les experts disent qu'il en existe sept fois sept différents. 1.
1 Grec Tovos, latin tonus. Voir l'Introduction. Nous traduisons ici tentativement le mot tana par « base-de-modes » ou « ton ». Les expressions, que nous avons utilisées dans les traductions d'autres textes, telles que « figures mélodiques » ou « modes défectifs » ne pouvant s'appliquer aux tāna du Gītālamkāra. Le mot tāna vient de la racine tan qui veut dire, tendre (un arc), durer, tisser, préparer, montrer, manifester, diriger, mais aussi accorder (tendre une corde), parler. Tāna est employé dans le sens de « ton » (dans le Mahābhārata, II, 133 et 191) et aussi dans le sens de « ton-persistant d'une seule note » (eka-śruti) (Kātyāyana-śrauta-sūtra, 1. 8. 18). Tana-karman veut dire accorder, chercher la tonique. Eka-tāna veut dire concentration et harmonie de la mélodie. Tāna peut vouloir dire, étendue, ambitus. « Par lui le chant se développe. C'est un des éléments du chant.» (Śabda- kalpa-druma) La plupart des textes ainsi que les dictionnaires considèrent le mot tana comme masculin. Les noms des divers tana sont pour la plupart masculins, mais dans le Gītālamkāra, le mot tāna est neutre et tous les noms de tāna sont neutres. Ceci exclut la possibilité d'une erreur de copiste. Toutefois le Samgita-siromani ainsi que le Bharata-kośa, qui par ailleurs suivent le Gītālamkāra, font un masculin du mot tāna et mettent au masculin une partie des noms des tana probablement pour se conformer à la convention grammaticale. Il est certain que le mot tāna a, dans le Gītālamkāra, un sens différent de celui qu'il a dans les autres ouvrages et il se peut donc qu'on lui ait donné intentionnellement un genre différent. Le Samgita-śiromani (distiques 388-399) donne la définition des quarante- neuf tana d'après l'école de « ceux qui prennent pour grama Nandyavarta, etc. . .», c'est-à-dire le Gītālamkāra. La Samgīta-sārāvalī (p. 11-13) définit les tāna d'une manière qui peut s'appliquer à la conception qu'en a le Gītālamkāra. « La fumée, la lumière et l'eau forment un corps composé d'où [provient] le tonnerre des nuages. Les tons (tana) des modes (raga) sont formés de même. Les experts reconnaissent quarante-neuf tons (tana) différents. Il y en a sept pour chaque note, donc les tons sont quarante-neuf ». (Samgīta-sārāvalī, 1-3, p. 11)
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104 LE GĪTĀLAMKĀRA
[तान-नामानि] 'जयं च विजयं चैव 'माङ्चल्यं रिपुमर्दनम्। *अपतीकं विशालं च वारुणं मित्रसंज्ञकम् ॥२।।
1 Les distiques 2 à 9 sont reproduits dans le Samgīta-śiromani, 388-396, le Bharata-kośa, p. 246, et la Samgīta-sārāvalī, 3-10, pp. 11-13, en changeant le neutre des noms pour un masculin. Les quatorze premiers noms appartiennent à la base-de-gammes, ou accord de harpe, Nandyavarta (Sa Dha Pa Ni; Do La Sol Sib), 2मङ्गल्य: Samgita-siromani. 3 Le mot रिपुमर्दन est remplace plus loin par un synonyme शत्रुक्षय; le Samgita- siromani, donne शत्रुघातक. La lecture de la Samgita -- sarāvali est, pour ce distique: जयश्र विजयश्चैव माङ्गल्यो रिपुमर्दनः । अप्रतीको विशालश्र वारुणं मित्रसंज्ञकम् ॥ 4 La partie du texte qui explique plus loin ce nom manque dans le ms. La Samgita-saravali donne अप्रतीक:, le Samgita-siromani सुप्रतीक. Cette conception particulière des tāna est expliquée, ainsi que leurs noms, dans le Samgīta-śiromani, 388-399. नन्द्यावर्तादयो ग्रामा यैरुक्तास्तन्मते यथा। ताना एकोनपञ्चाशदसु [धु?]ना तच्च वार्यते॥ चत्वार आर्चिकास्तानास्त्रयतानास्तु गाथिकाः । एवं ताना: स्वरास्तथा॥ सुभद्रस्य च चत्वारस्ताना एकस्वरास्तु ते। आद्यस्यान्त्यैस्त्रिभिर्योगात्ताना: स्युर्द्विरवरास्त्रयः ॥ एवं सप्त प्रतिग्रामं ताना: स्युस्तद्विविच्यते। षड्जश्च पञ्चमश्चैव घैवतश्च निघादक:। सपौ सधौ सनी चेति ताना: सत यथाक्रमम् । एकमात्रा एत एव द्विमात्रा: सत तानकाः ॥ नन्द्यावर्ते ततस्ताना मिलित्वा स्युश्चतुर्दश। द्विमात्रेषु सपावत्र त्रिमात्रौ जगदुः परे ॥ जयश्च विजयश्चव मङ्गल्यः शत्रुघातकः । सुप्रतीको विशालश्च वरुणश्चैकमात्रकाः ॥ मित्राख्यो गारुडश्चेति दैवक: सौम्यसंज्ञकः । श्वेतः पीतः सुवर्णश्र ससतैते स्युर्द्विमात्रका: ॥ एते चतुर्दश प्रोक्ता नन्द्यावर्तस्य तानकाः । इति नन्द्यावर्तग्रामतानाश्चतुर्दश। ऋपभो मध्यमश्चैव निषादः पञ्चमस्तथा। रिमौ रिनी रिौ चेति तानाः ससैकमात्रकाः ॥ एत एव द्विमात्रा: स्युस्त्रिमात्रा एत एव चेत्। एकविंशतिताना: स्युर्जीमूतग्रामगास्तदा ॥ द्विमात्रेष्वत्र मन्यन्ते त्रिरात्रं मध्यमं परे। चित्रशित्रपदः कृष्णस्ततः सूक्ष्मस्तथाभिघः । रक्त: स्वरूपसंज्ञोऽस्मादश्वक्रान्त इति क्रमात् ॥ एकमात्रा गजकान्तो भीमो भीमाकृतिर्बलः । स्थिरो दीर्घों हस्व इति तानाः सप् द्विमात्रकाः ॥ (Texte incomplet dans le manuscrit de la Société Asiatique du Bengale) (Samgīta-śiromani, 388-399)
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CHAPITRE SEPT 105
[Les noms des tons (tãna) sont les suivants:] [dans le Nandyāvarta-grāma:] Faya (victoire), Vijaya (triomphe), Mangalya (bon augurc), Ripu-mardana 1 (écraseur d'ennemis), Apratīka (sans image), Viśāla (vaste), Vāruņa ("de Varuņa", dieu des eaux, ou "du dieu de la nuit ") puis celui appelé Mitra2 (ami, ou dieu du jour), 2.
1 Appelé Śatru-ksaya (destruction de l'ennemi), plus loin ct Satru-ghātaka (tueur de l'ennemi), dans le Samgīta-śiromani. 2 Appelé Maitra (amitié ou « de Mitra ») plus loin.
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106 LE GĪTĀLAKĀRA
'गारुडं दैवकं2 सौम्यं श्वेतं पीतं सुवर्णकम्। 5चित्रं चित्रपदं कृष्णं सूक्ष्मं रक्तं स्वरूपकम् ॥ ३ ॥
'अश्वक्रान्तं गजक्रान्तं भीमं भीमकृतं" चलम्। स्थिरं दीर्घ तथा [हस्वं ब्राह्मं राक्षसमातुरम्0]॥ ४ ॥
11विभवं साच्विकं भैंकं तथा च गुणसंज्ञकम्। आयुष्यं पूर्णगेहे च सुभगं च सुखावहम्12॥ ५॥
1 Voir note 1, page 104. 2 दैविकं ms. 3 स्वेतं ms .: श्वेतं (Bharata-kosa) 4 गोतुको दैवतः सौम्य श्वेतः पीतस्तथैव च। (Samgita-saravali) 5 चित्रं चित्रपदं कृत्स्नं सूक्ष्मरक्तस्वरूपकम्। (Samgila-saravali) 6 Voir note 1, page 104. 7भीमाकृति ms. et Bharata-kosa; भीमाकृतिः Samgita-stromani; भोमकृतो Samgita- saravali, भीमाकृति est incorrect, भीमाकृति ne convient pas au metre, भीमाकृतिर qui se rencontre plus loin est masculin alors que les noms des tana sont ici tous neutres. 8 वलिम् ms .; चलं Bharata-kosa; बल: Samgita saravali, et Samgita-siromani. 9 अश्वकान्तो गजक्रान्तो भीमो भीमकृतो बलः। (Samgita-saravali, 5, p. 12) 10 La partie [ ] manque dans le ms. La citation dans le Bharata-kośa, donne: स्थिरं दीर्ध तथा हृस्वं ब्राह्मं राक्षसमेव च; celle de la Samgita-saravali: छिद्र दीर्घ तथा हस्वं ब्राह्मं राक्षसमारुतम्। 11 Voir note 1, page 104. 12 Le ms. donne संविरपं pour विभवं, पूर्णगेहं pour पूर्णगेहे, et स pour च apres सुभगं: la Samgita-saravali donne विभय pour विभव, सार्थक pour सास्विक, अन्यगुण pour गुण, पूर्व et हंस pour पूर्ण et गेह, शुभग pour सुभग et शुभदावह pour सुखावह. La citation du Gitālamkāra dans le Bharata-kośa, p. 246, donne pour ce distique la lecture: आतुरं विभवं चैव संविद्रू्प च सात्त्विकम्। मैंकं शृणिसंज्ञकम् ॥ आयुष्यं पूर्णगेहं च सुभगं ससुख वहम्। donnant राक्षसमेव च au lieu राक्षसमातुरम् dans le vers precedent et transferant आतुरं au début du distique, 5. Toutefois cette version semble incorrecte, l'espace vide ne pouvant être rempli faute de noms possibles. La version de la Samgīta-sārāvalī supporte celle du texte. La version de la Samgīta-sārāvalī est: वरिभयं सार्थकं चैव तथा चान्यगुणः स्मृतः । आयुष्यं पूर्वहंस च शुभगं शुभदावहम्।।
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CHAPITRE SEPT 107
Gāruda (du roi des oiseaux), Daivaka (des dieux), Saumya1 (du Soma, de la lune, ou doux), Śteta (blanc), Pita (jaune), Suvarnaka2 (doré). [dans le Fimūta grāma:] Citra (merveilleux), Citrapada (marche brillante), Krsna3 (sombre), Sūkşma (subtil), Rakta (rouge), Svarūpaka (bien fait), 3.
Aśva-krānta (pas du cheval), Gaja-krānta (pas de l'éléphant), Bhīma (terrible), Bhīma-krta (créé par Bhīma4), Cala (mobile),5 Sthira (immobile), Dirgha (long), et aussi [6 Hrasva (court), Brāhma (de Brahmā), Rākșasa (des démons), Ātura (tourmenté),7] 4.
Vibhava (puissant), Sāttvika (vertueux), Bhaika (des grenouilles), ainsi que celui qu'on appelle Guna (qualité). [dans le Subhadra-grāma:] Āyusya (de longue vie), Pūrņa (complet), Geha (demeure), Subhaga (fortuné), Sukhāvaha (qui rend prospère),8 5.
1 Appelé Soma-daivatya (du dieu Soma) plus loin. 2 La Samgīta-sārāvalī omet Suvarņaka; le Samgīta-siromaņi donne Suvarņa (doré). 3 La Samgīta-sārāvalī donne Krtsna (entier) pour Krsna. 4 Le second des Pandava, souvent mentionné dans les textes sur la musique. 5 Le ms. donne valim ou balim mais reprend plus loin la lecture calam qui semble la bonne puisqu'on chante ce tana en voyage et qu'il est ici rapproché de Sthira (immobile). 6 Les noms [ ] manquent dans le ms. Nous les restituons d'après leur description qui se trouve plus loin dans le texte. 7 La Samgita-sārāvalī donne Māruta (du vent) au lieu de Atura. Le Bharata- kośa omet ce tāna. 8 Le ms. donne Samvirūpa, forme corrompue de Samvid-rūpa (forme percep- tible), mais plus loin decrit Vibhava, et remplace Subhaga par Subhadra (gracieux). La Samgīta-sārāvalī donne Vibhaya (sans peur) pour Vibhava, Sārthaka (sensé) pour Sattvika, Anya-guņa (autre qualité) pour Guna, Pūrva (anterieur) pour Pūrņa, Hamsa (l'oie) pour Geha, Subhaga (presque de'bon augure) pour Subhaga, Subha- dāvaha (apportant ce qui donne la chance) pour Sukhāvaha. Le Bharata-kośa donne Śrni pour Guņa.
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108 LE GĪTĀLAMKĀRA
पौण्डरीकमजाख्यं च सुरात्रं तारकामयम्। [विधेयं याज्ञिकं पुण्यं]2 वात्सल्यं सत्यमन्त्यमम्॥ ६॥
*सुवर्णान्तानि तानानि जयादीनि चतुर्दश। 5नन्यावर्ते भवन्तीह "ग्रामे ज्ञेयानि तानि वै"॥७॥
8चित्रादीनि [च तानानि गुणान्ता]नि विदुर्बुधाः। एकविशतिसंख्यानि द्वितीयग्रामजानि च ॥ ८॥
'आयुष्यादीनि तानानि "तथान्यानि चतुर्दश। तृतीयग्रामजा[तानि तेषां वक्ष्यामि]12 लक्षणम । ९।।
1 Voir note 1, page 104. 2 Le passage [ ] manque dans le ms. Nous l'empruntons à la citation du Bharata-kośa. La Samgīta-sārāvalī en donne une version corrompue avec जम्बुक: au lieu de याज्ञिक 3 वात्सल्यं सत्यमेव च Bharata-kosa; वात्सल्योपालितानि च Samgita-saravali. $ Voir note 1, page 104. 5 नन्दावर्त्ते ms .; नन्द्यावर्ते Bharata-kosa. 6 ग्रामज्ञेयानि ms .; ग्रामे ज्ेयानि Bharata-kosa. 7 खे ms .; वै Bharata-kosa. 8 Voir note 1, page 104. 9 Le passage [ ] qui manque dans le ms. est emorunté à la citation du Bharata-kosa, p. 246. Nous corrigeons toutefois श्ृणान्तानि en गुणान्ता न. La Samgīta-saravali, p. 13, donne la lecture: चित्रादीनि गुणान्तानि तथान्यानि विदुर्बुधाः । एकविंशतिसंख्यानि द्वितीयग्रामजानि च ।। 10 Voir note 1, page 104. 11 Je prefererai la lecture सत्यान्तानि (finissant avec Satya), mais nous man- quons d'évidence textuelle, le Bharata-kosa et la Samgita-saravali donnant la même lecture que le ms. 12 Te passage [ '] manque dans le ms. Nous le prenons dans la citation du Bharata-kośa, p. 246, et celle de la Samgīta-sārāvali, p. 13. La Samgita-saravali donne la lecture तृतीयग्रामतानानि pour सृतीग्रामजातानि.
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'CHAPITRE SEPT 109
Paundarīka (guirlande de lotus, ou "du sacrifice Pundarīka, " sacrifice du Soma des onze jours), puis celui appelé Aja (jamais-né ou bouc), Surātra (belles nuits), Tārakā-maya (fait d'étoiles), Vidheya (commandé, ou soumis), rajñika1 (des sacrifiants), Punya (méritoire), Vātsalya (affectueux), et le dernier Satya (vérité). 6.
[Les tons (tāna) de la base-de-gammes (grama) Nandyavarta (réjouissart) (Sa Dha Pa Ni: Do La Sol Sib)] Les quatorze tons (tana) commençant par Faya et finissant par Suvarna sont connus comme appartenant à la base-de-gammes Nandyavarta. 7.
[Les tons (tāna) de la base-de-gammes fimūta (support) (Ri Ma Ni Pa: Re Fa Sib Sol ou Do Mib Lab Fa)] Les experts savent que les vingt-et-un tons (tāna) commençant par Citra et finissant par Guna naissent de la deuxième base-de- gammes (Jīmūta). 8.
[Les tons (tāna) de la base-de-gammes Subhadra (gracieux) (Ga Ri Sa Dha: Mib Re Do La ou Do Si La Fa#)] Les quatorze autres tons (tana) commençant par Ayusya [et finissant avec Satya] sont nés de la troisième base-de-gammes (Subhadra). Je vais
1 La Samgīta-sārāvalī donne Fambuka (chacal) au lieu de rājnika.
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110 LE GĪTĀLAMKĀRA
[जयम ] [नन्द्यावर्तग्राम-तान-लक्षणम्]
'आद्यग्रामे2 यदा पड्ज एकमात्रः पगीयते। जयं नाम भवेत्तानं तत्पस्थाने प्रगीयते ॥ १० ॥
[विजयम् ] 'तेनैव विधिना तत्र5 पश्चमो गीयते यदा"। [तत्तानं वि]जयं नाम" युद्धकाले मशस्यते ॥ ११ ॥
[माङ्गल्यम्] यदा धैवत8 आदे च तथा ग्रामे प्रगीयते। माङ्गल्यमिति सुव्यक्तं तदा तानं प्रजायते ॥ १२ ॥
[रिपुमर्दनम् ] यदा निपाद [आद्ये च]2 तन्मात्रश्च प्रजायते। तानं शत्रुक्षयं10 नाम तद्गेयं सङ्गरे बुधैः ॥ १३॥
1 Ce vers et le distique suivant sont reproduits dans la Samgīta-sārāvalī, 10-11, p. 13. 2 आदिग्रामे Samgita-saravali. 3 एकमात्रा Samgita-saravali. * Voir note 1, ci-dessus. 5 तेन वा विधिना चात्र Samgita-saravali. 6 तदा au lieu de यदा Samgita-saravali, p. 13. 7तदादिविजयं नाम Samgita-saraali. 8 धवतमाद्य ms. 9Le passage [ ] manque dans le ms. Nous le reconstruisons d'après le Samgīta-siromaņi, 394. 10 रिपुमदन dans la liste des tana et शत्रुघातक dans Ic Samgita-siromani; les trois mots sont synonymes.
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CHAPITRE SEPT 111
[Description des tons (tāna) de la base-de-gammes Nandyāvarta (réjouissant) (Sa Dha Pa Ni: Do La Sol Sib)] [1. Le tāna Jaya (victoire)] Dans la première base-de-gammes [la note] Sadja (Do, l'ini- tiale), jouée pour un temps (mātrā), donne le ton (tāna) [appelé] Jaya (victoire), que l'on joue au début d'un voyage. 10.
[2. Le tāna Vijaya (triomphe)] De la même manière, la cinquième note (Pañcama, Sol), jouée [pour un temps dans la base-de-gammes Nandyavarta], donne le ton (tāna) appelé Vijaya (triomphe) recommandé en temps de guerre. 11.
[3. Le tāna Māngalya (bon augure)] Lorsque, dans la première base-de-gammes on joue de même (pour un temps) Dhaivata (La), le ton (tāna) Māngalya (bon augure) apparaît clairement. 12.
[4. Le tāna Ripu-mardana (écraseur d'ennemis)] Lorsque, [dans la première base-de-gammes]1 Nişāda (Sib) dure le même temps (un temps), le tāna Satru-ksaya 2 (destruction de l'ennemi) est né. Il est chanté par les hommes prudents dans la bataille. 13.
1 Le passage [ ] qui manque est reconstitué d'après une analyse des tāna dans le Samgīta-śiromani, 39-40. 2 Dans la liste des tana le mot était Ripu-mardana remplacé ici par un synonyme. Le Samgīta-śiromaņi nomme ce tāna Śatrughātaka (tueur de l'ennemi). Un tel usage de synonymes implique que les tana étaient réellement nommés d'après leur usage et leur expression et n'étaient pas seulement des classifications conventionnelles.
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112 LE GĪTĀLAŅKĀRA
[अप्रतीकम् ] एकमात्रौ स्वरौ यत्र गीयेते षड्जपश्चमौ। आद्यग्रामे तदा तानम[मतीकं पजायते]'॥ १४॥
[विशालम्] षड्जघैवतकौ स्यातां स्वरौ वा विस्तरं भवेत। तद्वेयं व्यवहारेषु मित्रवर्गागमेषु च ॥ १५ ॥
[वरुणम्] पथमान्त्यस्वरौ मुख्यौ यदा ग्रामे व्यवस्थितौ। [पजायते तदा तानं] वारुणं बुद्धिदं भवेत्॥ १६ ।!
[मित्रम्] यदा षड्जो द्विमात्रस्तु नन्द्ावर्ते* प्रगीयते। तदा मैत्रं भवेत्तानं संध्याकाले5 प्रशस्यते ॥ १७ ॥
[ग.रुडम्] पश्चमो वा द्विमात्र[स्तु नन्यावरतें प्रगीयते]"। तदा तद्रारुडं नाम7 तानं सर्पभयावहम् ॥ १८ ।।
1 Le passage qui manque dans le ms. est reconstitué d'après la liste donnée au début du chapitre ainsi que d'après le Samgita-siromani, 394, qui toutefois donne la lecture Supratīka (extérieur ou bien formé); la Samgīta-sārāvalī appelle ce tāna Aprītikah (sans-amour) Aucun indice dans la description ne permet de déterminer quel est le mot original. 2 विस्तरं cst employe ici comme synonyme de विशालम्. 3 Nous suggérons le passage [ 4 नन्दावर्ते ms. ] qui manque dans le ms.
5 संख्याकाले ms. 6 Nous suggérons le passage [ 7तद्वारुणंडंणाम ms. ] qui manque dans le ms.
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CHAPITRE SEPT 113
[5. Le tāna Apratīka (sans image)] Lorsque les deux notes Sadja (Do) et Pañcama (Sol), d'une durée d'un temps, sont jouées dans la première base-de-gammes cela donne naissance au tāna Apratīka (sans image). 14.
[6. Le tāna Višāla (vaste)] Lorsque les notes Sadja et Dhaivata (Do et La) sont [jouées ensemble pour une durée d'un temps dans la base-de-gammes Nandyāvarta, le ton (tãna)] devient Vistara 1 (étendu) qui doit être chanté dans les rapports sociaux et pour accueillir un groupe d'amis. 15.
[7. Le tāna Vāruņa (du dieu des eaux)] Lorsque les deux notes principales, l'initiale (Sa, Do) et la finale (Ni, Sib) sont établies dans la base-de-gammes (Nandyāvarta), ceci donne naissance au ton (tāna) [appelé] Vāruņa (du dieu des eaux) 2 qui donne la prospérité. 16.
[8. Le tāna Maitra 3 (amitié ou « du dieu Mitra »)] Lorsque Sadja (Do) est joué pour deux temps (mātrā) dans Nandyāvarta, le ton (tāna) devient Maitra (du dieu Mitra), recom- mandé aux crépuscules.4 17.
[9. Le tāna Gāruda (du roi des oiseaux)] Lorsque le Pañcama (Sol) est joué pour deux temps [dans la base-de-gammes Nandyavarta] on obtient le ton (tāna) Gāruda (de Garuda) qui fait peur aux serpents.5 18.
1 Le mot Viśāla est remplacé par son synonyme Vistara. 2 Ou, « du dieu de la nuit ». 3 Appelé Mitra plus haut. 4 Le ms. donne Samkhya-kale (en temps de guerre), probablement une erreur pour Sandhyā-kāle. Mitra, divinité du jour, toujours associé à Varuna (voir tāna précédent), est vénéré durant les crépuscules du soir et du matin. 5 Garuda, roi des oiseaux, est l'ennemi des serpents. 8
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114 LE GĪTĀLAŅKĀRA
[दैवकम्] तद्वदूपाद्धैवतात्तदैवकं जायते स्फुटम् । तानं तदैवसान्निध्ये गीतं स्वर्ग[वहं भवेत]। १९ ।।
[सौम्यम् ] 2[निषादो] वा द्विमात्रस्तु मुख्यग्रामे प्रकीर्तितः । जनयेत्सोमदैवत्यं5 तानं चन्द्रमसः मियम्*॥ २० ॥
[श्व्वेतम्] षड्जश्र पश्चमश्रैव यदादे तौ स्थितौ स्वरौ। ह[दिवा गीतौ द्विमात्रौ] वा तदा श्वेतं प्रजायते ॥ २१॥
[पीतम्] "[षड्ज]घैवतकावास्तां' तदा पीतं प्रकीर्तितम्। 8तद्विशेषाद्भ्वेद्रेयं यात्राकाले विचक्षणैः ॥ २२॥
[सुवर्णम] निषाद: षड्जसं[युक्तो मात्राद्वयस] 1माश्रितः । नन्धावते"1 सुवर्णाख्यं जनयेत्तानमुत्तमम् ॥२३॥
1 La fin du deuxième vers manque dans le ms. 2 निषादो manque dans le ms. 3 सोमदेवत्यं ms. 4 प्रियाम् ms. 5 Le passage [ ] manque dans le ms. Nous n'avons pas d'évidence pour la reconstruction que nous proposons si ce n'est la probabilité que śvetā (blanc) est considéré comme l'opposé de krsna (noir) qui se joue la nuit. 6 व ms. 7पडुज manque dans le ms. 8 Le ms. donne आस्तं pour आस्तां. 9तद्विशेषां भवेद्गेयं ms. 10 Nous suggérons le passage [ 11 नन्दावर्ते ms. ] qui manque dans le ms.
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CHAPITRE SEPT 115
[10. Le tāna Daivaka (des dieux)] De la même manière, le ton (tāna) Daivaka (des dieux) naît clairement de Dhaivata (La) joué de même (pendant deux temps). Il mène au ciel. 19.
[11. Le tāna Saumya (de la lune 1)] [Nișāda (Sib)] de deux temps glorifié dans la principale base- de-gammes produit le ton (tna) cher à la lune, dont Soma est le dieu. 20.
[12. Le tāna Śveta (blanc)] Lorsque les deux notes Sadja (Do) et Pañcama (Sol), établies dans la première [base-de-gammes, durent deux temps] on fait naître Sveta (blanc) [qui se joue de jour].2 21.
[13. Le tāna Pīta (jaune)] Si ce sont [les notés Șadja] et Dhaivata (Do et La), on appelle [le ton] Pīta (jaune), joué spécialement par les connaisseurs en voyage. 22.
[14. Le tāna Suvarņa (doré)] Nișāda (Sib) et Sadja (Do), [réunis et] contenus [dans deux temps] dans Nandyavarta, font naître l'excellent ton (tāna) Suvarna 3 (d'or). 23.
3 ou « du Soma », ou « doux ». 2 Le Samgita-siromani, 393, mentionne que, d'après quelques auteurs, les notes Sadja et Rsabha dans ce tāna durent trois temps. 3 Appelé précédemment Suvarnaka. Le suffixe ka, ajouté suivant la nécessité du mètre, ne change pas le sens.
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116 LE GĪTĀLAMKĀRA
[जीमूतग्राम-तान-लक्षणम] [चित्रम् ] ऋषभश्चैकमात्रस्तु 'मध्यग्रामे यदा भवेत्। तदा चित्रं भवेत्तानं चित्रं सौख्यकरं श्रुतेः ॥ २४॥
[चित्रपदम् ] ग्रामे जीमूतसंज्ञे च यदा स्यान्मध्यम: स्वरः। एकमात्रस्तदा तानं भवेच्चित्रपदात्मकम् ॥ २५ ।।
[कृष्णम्] तद्रूपेण निषादेन *कृष्णतानं प्रजायते। तस्मिन् ग्रामे सदा सौर्यं तद्रात्रौ जनयेच्छूतेः ॥ २६ ॥
[सूक्ष्मम्] पश्चमस्त्वेकमात्रस्तु जीमूताख्ये यदा भवेत्। तदा सूक्ष्मं च विज्ञेयं तानं विद्वज्जनप्ियम् ॥ २७॥
[रक्तम् ] मध्यर्षभौ स्वरौ स्यातां यदा ग्रामे च मध्यमे। एकमात्रौ तदा रक्तं रक्तं नाम प्रजायते ॥ ॥ २८॥
[स्वरूपम् ] ऋुषभश्च निषादश्च तद्ूपौ '[द्ा]वपि स्थितौ। तस्मिन्नेव 'यदा ग्रामे स्वरूपं जायते तदा ॥ २९ ॥।
1 आद्यग्रामे ms. 2 चित्रसौख्यकरं ms. 3 कृष्टतानं ms. 4 La syllabe [ ] manque dans le ms. 5 सदा ms.
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CHAPITRE SEPT 117
[Description des tons (tāna) de la base-de-gammes Jimūla (support) Ri Ma Ni Pa: Re Fa Sib Sol, ou Do Mib Lab Fa)] [1. Le tāna Citra (merveilleux)] Rsabha (Do), d'un temps, dans la base-de-gammes du milieu (Jīmūta), forme le ton (tāna) Citra (merveilleux) qui donne à l'oreille un curieux plaisir. 24.
[2. Le tāna Citrapada (marche brillante)] Dans la base-de-gammes appelée Jimūta, la note Madhyama (Mib) durant un temps forme le ton (täna) Citrapada (brillante marche). 25.
[3. Le tāna Krsņa (sombre)] Quand Nişada (Lab) est [joué] de même, le ton (tana) Krsna (sombre) apparaît dans cette même base-de-gammes. Il rend toujours joyeux quand on l'entend la nuit. 26.
[4. Le tāna Sūksma (subtil)] Lorsque le Pañcama (Fa) est d'un temps dans la [base-de- gammes] appele fimūta, ce ton (tana) est alors connu [sous le nom de] Sūksma (subtil), cher aux lettrés. 27.
[5. Le tāna Rakta (rouge ou passionné)] Dans la base-de-gammes du milieu (Jimūta) quand Madhyama (Mib) et Rsabha (Do) sont [joués] pendant un temps, le ton (tāna) passionné (rouge) appelé Rakta (rouge) apparaît. 28.
[6. Le tāna Svarūpa (bien fait)] Lorsque Rsabha (Do) et Nișāda (Lab) demeurent tous deux fixes dans leur propre forme pour un temps, le ton (tāna) Svarūpa (bien fait) apparaît, dans la même base-de-gammes. 29.
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118 LE GĪTĀLAMKĀRA
[अश्वकरान्तम् ] ऋषभः 'पश्चमासक्तो ग्रामे स्यान्मध्यमे यदा। अश्वकान्तं तदा तानं विज्ञातव्यं विचक्षणैः ॥ ३०॥
[गजक्रान्तम्] द्विमात्रो मध्यमे ग्रामे यदा स्यादृषभः स्वरः। गजक्रान्तं भवेत्तानं तदा *हस्तिवशंकरम् ॥ ३१॥
[भीमम् ] जीमूते स्याददा ग्रामे द्विमात्रो मध्यम: स्वरः। तदा तानं मनोऽभीष्टं भीमं नाम प्रजायते ॥ ३२ ॥
[भीमकृतम् ] अन्त्यस्वरो द्विमात्रस्तु मध्यग्रामे भवेददा। तदा *भीमकृतं नाम तानं विद्याट्विचक्षणः।। ३३।।
[चलम् ] द्विमात्र: पश्चमो वाडय तस्मिन् ग्रामे यदा भवेत्। तदा चलं विजानीयात्तानं यात्रासु संमतम् ॥ ३४ ॥।
1पञ्चमाशक्तो ms. 2 आश्वात्क्ान्तं ms. 3 हस्तिकसंकरम् ms. 4 भीमाकृतिर्नाम ms. La forme भीमाकृति: etant un masculin est en desaccord avec le genre de tous les autres tana, qui sont neutres. Dans la liste des tãna, le ms. donnait भीमाकृतिम qui est incorrect. Si le mot est un neutre il devrait etre भीमाकृति qui ne convient pas au metre. La Samgita-saravali appelle ce tana . भीमकृत (cree par Bhima) qui conviendrait comme genre et pour le metre dans les deux cas:
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CHAPITRE SEPT 119
[7. Le tāna Aśva-krānta (pas du cheval)] Lorsque la note Rsabha (Do) [est jouée] avec Pañcama (Fa) dans la base-de-gammes du milieu, les experts doivent y reconnaî- tre le ton (tana) Aśva-krānta (pas du cheval). 30.
[8. Le tāna Gaja-krānta (pas de l'éléphant)] Dans la base-de-gammes du milieu, lorsque la note Rsabha (Do) est de deux temps, ce ton (tāna) est Gaja-krānta (le pas de l'éléphant) qui contrôle les éléphants. 31.
[9. Le tāna Bhīma (terrible)] Lorsque dans la base-de-gammes Fimuta la note Madhyama (Mib) est de deux temps, cela donne le ton (tāna) Bhima 1 (terri- ble) attrayant pour l'esprit. 32.
[10. Le tāna Bhīma-krta (créé par Bhīma)] Lorsque la dernière note Nișāda (Lab) a deux temps dans la base-de-gammes du milieu, les experts reconnaissent le ton (tāna) Bhīma-krta 2 (créé par Bhīma). 33.
[11. Le tāna Cala (mobile)] Ou, dans la même base-de-gammes, quand Pañcama (Fa) a deux temps on reconnaît le ton (tāna) Cala (mobile) agréable en voyage.3 34.
1 Le Samgīta-siromani, 398, mentionne que certains considèrent le Madhyama du tana Bhīma comme ayant trois temps, toutefois, en ce cas, il serait identique au tāna Rākșasa. 2 Bhīmākṛti (de forme terrible) d'après le manuscrit; voir note du texte. 3 Dans la liste des noms des tana (voir vers 4 de ce chapitre), le ms. donnait Vali (ride) ou Bali (offrande). Toutefois le mot Cala semble plus probable à cause de son voisinage avec Sthira (immobile); la Samgīta-sārāvalī et le Samgīta- śiromaņi donnent la lecture bala (force).
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120 LE GĪTĀLAMKĀRA
[स्थिरम्] ऋषभो मध्ममश्चैव द्विमात्रौ1 द्वावपि स्थितौ। तदा स्थिरं भवेत्तानं प्रवेशे गीयते बुधैः॥ ३५॥
[दीर्घम्] 2द्विमात्रौ ऋषभश्चैव निषादश्च तथा स्वरौ। जीमूतगौ* यदा स्यातां तदा दीर्घ प्रजायते॥ ३६॥
[हस्वम्] द्विमात्र: पश्चमश्चैव ऋषभश्च तथा स्वरः। द्वावेतौ मध्यमग्रामे यदा स्याद्ध्रस्वकं तदा ॥३७ ॥
[ब्राह्मम्] द्विमात्र ऋषभो ग्रामे मध्यमे जायते तदा। "ब्राह्मं तानं तदा विद्यात्सामवेदपवर्तकम् ॥३८॥ [राक्षसम्] त्रिमात्रो मध्यमः स्याद्वै ग्रामे 'जीमूतसंज्ञके। यदा "गीतं परिज्ञेयं राक्षसं तानमेव हि॥ ३९ ।।
[आतुरम् ] त्रिमात्रश्च निषादस्तु यदा ग्रामे तु मध्यमे। भवेत्तदातुरं तानं गेयं गीतविचक्षणैः ॥ ४० ॥
1 द्विमात्रो ms. 2 द्विमात्रो ms. 3 स्वर: ms. 4 जीमूतगों ms. 5 ब्राहयं ms. 6 जीमू तसंज्ञकौ ms. 7गीतपरिज्ञेयं ms.
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CHAPITRE SEPT 121
[12. Le tāna Sthira (immobile)] Lorsque les deux [notes] Rsabha (Do) et Madhyama (Mib) sont fixées à deux temps, cela donne le ton (tna) Sthira (immo- bile) joué en rentrant chez soi par les hommes prudents. 35.
[13. Le tāna Dīrgha (long)] Lorsque les notes Rsabha (Do) et Nişāda (Lab) d'une durée de deux temps entrent dans Jimūta, cela donne naissance à Dirgha (long). 36.
[14. Le tāna Hrasva (court)] Les notes Pañcama (Fa) et Rsabha (Do), de deux temps, toutes deux dans la base-de-gammes du milieu, donnent Hrasva (court). 37.
[15. Le tāna Brāhma (Védique ou de Brahma)] Lorsque, dans la gamme du milieu, le Rsabha (Do) a trois temps on obtient le ton (tāna) Brāhma (Védique) 1 par lequel est mené le chant du Sāma Veda. 38.
[16. Le tāna Rākșasa (des dėmons)] Lorsque, dans la base-de-gammes appelée Fimūta, Madhyama (Mib) dure trois temps, ce chant est reconnu comme le ton (tāna) démoniaque (Rākșasa). 39.
[17. Le tāna Ātura (tourmenté)] Lorsque dans la gamme du milieu Nișāda (Lab) a trois temps, ceci forme le ton (tāna) Atura (tourmenté) 2joué par les musiciens experts. 40.
1 Le ms. donne ici Brāhmya qui a presque le même sens. 2 Ce tāna enlève la douleur.
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122 LE GĪTĀLAMKĀRA
[विभवम्] त्रिमात्र: पञ्चमो वा स्यात्तस्मिन् ग्रामे यदा स्वरः। विभवं तद्विजानीयाद्रसे गेयं विशेषतः ॥ ४१ ॥
[स:स्विकम्] द्विमात्र ऋषभो यत्र मध्यमश्च तथा स्वरः। ग्रामे जीमूतके तानं साच्विकं हि प्रजायते ॥ ४२॥
[भैकम् ] ऋषभ्च निपादश् तद्ूंपावेव संस्थितौ। तस्मिन्नेव यदा ग्रामे तदा भैकं विनिर्दिशेत् ॥ ४३ ॥
[गुणम्] ऋपभः पञचमाख्यस्तु त्रिमात्रौ द्वावपि स्वरौ। यदा स्यातां च जीमूते ग्रामे तानं गुणं भवेत् ॥ ४४ ॥
[सुभद्रग्राम-तान-लक्षणम] [आयुष्यम्] सुभद्राख्ये यदा ग्रामें गान्धारो वै द्विमात्रिकः । आयुष्यं नाम विज्ञेयं तदा तानं पठेत्सदा ॥ ४५॥
[पूर्णम ] ऋषभाख्यो द्विमात्रस्तु यदा ग्रामे तृतीयके । तदा पूर्ण भवेत्तानं गृहकृच्छ्रे पठेत्सदा । ४६॥
1 घिरात्र: ms. 2 पञ्चमाद्यस्तु ms.Cette lecture donnerait le sens"Rsabha precede de Pancama" qui semble improbable d'après l'ordre des notes dans le Fimūta-grama.
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CHAPITRE SEPT 123
[18. Le tāna Vibhava (puissant)] Ou, dans la même base-de-gammes, lorsque la note Pañcama (Fa) a trois temps, on reconnaît le tana Vibhava (puissant) joué surtout pour le sentiment (rasa).1 41.
[19. Le tāna Sāttvika (vertueux)] Le ton (tāna) Sāttvika (vertueux) apparaît lorsque, dans la base-de-gammes Fimūta, les notes Rsabha (Do) et Madhyama (Mib) durent trois temps. 42.
[20. Le tāna Bhaika (des grenouilles)] Lorsque Rsabha (Do) et Nișāda (Lab) sont fixés dans la même forme (trois temps) de la même base-de-gammes cela indique [le tāna] Bhaika (des grenouilles). 43.
[21. Le tāna Guņa (qualité)] Lorsque deux notes, Rsabha (Do) et celle appelée Pañcama (Fa), ont trois temps, dans la base-de-gammes Fimūta, cela donne le ton (tāna) Guņa (qualité). 44.
[Description des tons (tana). de la base-de-gammes Subhadra (gracieux) (Ga Ri Sa Dha: Mib Re Do La, ou Do Si La Fa #)] [1. Le tāna Āyusya (de longue vie)] Lorsque dans la base-de-gammes appelée Subhadra, Gāndhāra (Do) est de deux temps (mātrā), ce tāna est connu comme Ayusya (de longue vie). On doit sans arrêt le répéter. 45.
[2. Le tāna Pūrņa (complet)] Lorsque la note appelée Rsabha (Si) de deux temps est [jouée] dans la troisième base-de-gammes, ce ton (tāna) est Pūrņa (complet) à répéter toujours en cas de troubles domestiques. 46.
1 Le ms. donne rasa (sentiment) mais il n'est pas impossible que le mot original soit rana (bataille) qui répondrait mieux au nom de ce tna. La variante Vibhaya (sans peur) donnée par la Samgīta-sārāvali s'accorde mieux avec le mot raņa (bataille).
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124 LE GĪTĀLAŅKĀRA
[गेहम] प ड्जो वा स्याद्द्विमात्रस्तु ग्रांममन्त्यं समाश्रितः । तद्रेहं जायते तानं रते गेयं विशेतः ॥ ४७॥
[सुभगम्] द्विमात्रो घैवतो ग्रामे यदान्ते च व्यवस्थितः । सुभगं तद्भवेत्तानं दुर्भगानां सुखप्दम् ॥ ४८ ॥
[सुख,वहम] ऋषभ्चैव गान्धारो द्विमात्रौ द्वावपि स्वरौ। यदा स्यातां सुभद्राख्ये' तदा तानं सुखावहम्॥ ४९ ॥
[पौण्डरीकम् ] उभौ च षड्जगान्धारौ तृतीयं ग्राममाश्रितौ। द्विमात्रौ पौण्डरीकं च तदा तानं प्रजायते ॥ ५०॥
[अज ख्यम्] यदा धैवतगान्धारौ सुभद्रं ग्राममाश्रितौ। द्विमात्रौ जायते तानमजाख्यं साधुसंमतम् ॥ ५१।।
[सुरात्रम्] द्विमात्रश्चैव गान्धारो यदान्त्यग्रामसंस्थितः। सुरात्रं जायते तानं तदा गेयं निशागमे॥ ५२॥
ILe ms. ajoute avant ce vers: ऋष्रभाख्यौ द्विमात्रस्तु च repetant, par erreur le premier quart du distique précédent. 2 तारं ms. 3 द्विमात्रो ms. 4 सुभद्राख्यो ms. 5 द्विमात्रं ms. 6 यदा ते ग्रामसंस्थित: ms.
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CHAPITRE SEPT 125
[3. Le tāma Geha (demeure)] Lorsque Sadja (La), de deux temps est installée dans la troisieme base-de-gammes, cela fait apparaître le ton (tana) Geha (demeure ou maison) qui se joue pendant l'amour. 47.
[4. Le tāna Subhaga (fortuné)] Dans la dernière base-de-gammes, Dhaivata (Fa #) de deux temps est établi. Cela donne le ton (tāna) Subhaga qui donne la fortune aux infortunés. 48.
[5. Le tāna Sukhāvaha (qui rend prospère)] Les deux notes Rsabha (Si) et Gāndhāra (Do) de deux temps dans la base-de-gammes Subhadra font naître le ton (tāna) Sukhāvaha (qui rend prospère). 49.
[6. Le tāna Paundarīka (du sacrifice du Soma 1)] Lorsque dans la troisième base-de-gammes sont établies les deux [notes] Sadja (La) et Gāndhāra (Do) de deux temps, le ton (tāna) Paundarīka (du sacrifice Puņdarīka) apparaît. 50.
[7. Le tāna Aja (jamais né, ou le bouc) ] Le ton (tāna) nommé Aja («jamais né », ou « le bouc »), approuvé par les saints, est formé des deux notes Dhaivata (Fa #) et Gāndhāra (Do). de deux temps dans la base-de-gammes Subhadra. 51.
[8. Le tāna Surātra (des belles nuits) ] Gāndhāra (Do) de trois temps dans la dernière base-de-gammes donne le ton (tāna) Surātra (des belles nuits) joué au début de la nuit. 52.
1 Le sacrifice Pundarīka dure onze jours. Le terme Paundarīka peut aussi signifier « guirlande de lotus ».
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126 LE GĪTĀLAMKĀRA
[तारकामयम्] ऋषभो वा द्विमात्रस्तु यदा ग्रामे तृतीयके। तारकाख्यं तदा तानं रात्रिज्ञानं पजायते ॥ ५३ ॥
[विधेयम] षड्जोऽथवा द्विमात्रस्तु 2सुभद्रे वर्तते यदा। विधेयं जायते तानं विद्याकामो नरः पठेत् ॥ ५४॥
[याज्ञकम्] द्विमान्नो घैवतो ग्रामं यदा 8भाप्तस्तृतीयकम्। तदा स्याद्याज्ञिकं तानं यज्ञकाले समुचरेत् ॥ ५५॥
[पुण्यम्] उभावृषभगान्धारो द्विमात्रौ तु यदा स्वरौ। तृतीयग्रामसंप्राप्तौ पुण्यतानप्रवर्तकौ ॥५६ ॥
[चात्सल्यम्] षड्जगान्धारकौ वापि 'तमेव ग्राममाश्रितौ। तद्रूपौ "चक्रतुस्तानं वात्सल्यं सुजनप्ियम् ॥ ५७॥
1 राक्षसाख्यं ms. 2 तद् pour सुभद्रे ms. 3 ग्रामे यदा प्रात्ततृतीयके ms. * तृतीयकं ग्रामसंप्रात्तौ ms. 5 तदेव ms. G L'usage du parfait चक्रतु: est ici incorrect (अपरोक्षे लिट) mais peut etre un usage archaique (arsa). La forme usuelle serait le present कुरुत :.
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CHAPITRE SEPT 127
[9. Le lāna Tāraka (des étoiles) ou Tārakā-maya (fait d'étoiles)] Rsabha (Si) de trois temps dans la troisième base-de-gammes donne le ton (tāna) appelé Tāraka1 (des étoiles) qui fait com- prendre la nuit. 53.
[10. Le tāna Vidheya (soumis 2)] Ou, lorsque Sadja (La) a trois temps, dans Subhadra, cela donne le ton (tana) Vidheya (soumis), répété par l'homme anxieux d'apprendre. 54.
[11. Le tāna rājñika (des sacrifiants)] Prenant Dhaivata (Fa #) de trois temps dans la troisième base- de-gammes on obtient le ton (tāna) rājñika (des sacrifiants) à répéter durant les sacrifices-rituels (yajña). 55.
[12. Le tāna Punya (méritoire)] Les deux notes Rsabha (Si) et Gāndhāra (Do) de trois temps dans la troisième base-de-gammes causent le ton (tāna) Punya (méritoire). 56.
[13. Le tāna Vātsalya (affectueux)] Ou, dans la même gamme, si ce sont Sadja (La) et Gāndhāra (Do) sous la même forme (à trois temps), cela devient le ton (tāna) Vātsalya (affectueux), cher aux gens de bien. 57.
1 Le ms. donne Rākșasa (des démons nocturnes) mais la liste donnée plus haut, la Samgīta-sārāvalī et la citation de ce distique dans le Bharata-kośa donnent Tārakā-maya. Voir distique 39 pour le ton Rāksasa. 2 ou commandé.
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128 LE GĪTĀLAŅKĀRA
[सत्यम] तथा घैवतगान्धारौ त्रिमात्रौ ग्राममन्त्यमम्। संस्थितौ 'चक्रतुस्तानं सत्यं नाम सुखावहम् ॥ ५८॥
एवमेतानि नामानि कीर्तितानि पृथक् पृथक्। गीतज्ैः पुरुषैः सम्यग् ज्ञातव्यानि प्रसिद्धये ॥ ५९॥
इति तानलक्षणाध्याय:2
1 Voir note 6, page 126. 2 इति तानकलक्षणमध्याय: ms.
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CHAPITRE SEPT 129
[14. Le tāna Satya (vérité)] Puis, dans la dernière base-de-gammes, on établit Dhaivata (Fa #) et Gāndhāra (Do) de trois temps, cela donne le ton (tāna) nommé Satya qui porte bonheur. 58.
Tels sont les noms [des tana] expliques, l'un après l'autre, et qui doivent être étudiés à fond par les hommes connaissant la musique, afin d'obtenir le succès. 59.
Fin du chapitre [Sept] « Définition des tāna »
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अष्टमोऽव्यायः
[मात्रालक्षणम्]
हस्वः स्वरः परो दीर्घः प्लुतश्वात्र तृतीयकः। मात्राभेदेन विज्ञेयास्त्रयोऽपयेतेऽक्षरा: क्रमात्'॥ १॥
1 ह्रस्वं दीर्घ प्लुतं चैव त्रिविधं चाक्षरं स्मृतम् ।
निमेषकालो मात्रा स्यात् (Nātya-śāstra, 18. 73, édition de Bombay)
(Bhāva-prakāśana, p. 195) मात्रा तु लौकिकी नेह किंतु पञ्चगुणा ततः । (Dattila, 117) पञ्चल्वक्षरोच्चारमिता मात्रेह कथ्यते। अनया मात्रयात्र स्यालवुगुर्वादिकल्पना ।। (Samgīta-ratnākara, 5. 16) एकमात्रो लघुः; मात्राद्वयं गुरुः; मात्रात्रयं प्लुतः; मात्रार्ध दुतः; इति। अनुद्रुतादयोऽपि भेदाः कैश्रिदुक्ताः । ते भरतादिप्रयोगेषु ग्रन्थे चानुक्तत्वात् लक्ष्येऽप्यप्रसिद्धत्वाच्च्ोपेक्षिताः । (Commentaire de Simha-bhūpāla sur le Samgīta-ratnākara, 5. 16) लघ्वक्षराणां पञ्चानां मानमुच्चारणे हि यत्। तत्प्रमाणपरिज्ञेया मात्रा तालगता बुधैः ॥ (Samgīta-makaranda, 2. 3. 60, et Samgīta-samaya-sāra, 7. 13-14) छन्दोगतत्वादेव मात्राशब्देन लव्वक्षरमुच्यते। तालगतत्वे तु पञ्चलव्वक्षरोच्चारमितकालो द्रष्टव्यः । (Commentaire de Kallinatha sur le Samgīta-ratnakara, 4. 233-241) मात्रा कला लघुर्ल इत्यादिशब्दैर्मात्रेच्यते। (Commentaire de Simha-bhūpāla sur le Samgīta-ratnākara, 4. 63-76) या लौकिका कला काष्ठा निमेषश्र स्मृतो बुधैः। न सा तालकला ज्ञेया ह्वन्यैषा तालजा कला ॥ निमेषा: पञ्च विज्ञेया गीतकाले कलान्तरम्। (Nātya-śāstra, 31. 2. 3, édition de Bombay) या लौकिकी कला काष्ठा निमेपाश्च स्मृता बुधैः। न सा तालकला ज्ञेया ह्यन्येषा तालजा कला॥ निमेपा: पञ्च मात्रा निमेषा: पञ्च विज्ञेया गीतकाले कलान्तरम् ॥ (ibid. édition de Bénarès)
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CHAPITRE VIII
[DÉFINITION DES UNITÉS-DE-TEMPS (MĀTRĀ)]
D'après les différences d'unités-de-temps (matra) on distingue trois sortes de syllabes (aksara) 1 correspondant respectivement à des notes (svara) 2 brèves (hrasva), puis longues (dirgha) et la troisième prolongée3 (pluta). 1.
1 « Les syllabes (aksara) soni de trois sortes: brèves, longues et prolongées.» (Nātya-śāsira, 18. 73, édition de Bombay) 2 ou voyelles. 3 « La durée de l'unité-de-temps (mātrā) est celle du clin d'oeil (nimesa).» (Bhāva-prakāśana, p. 195, cité dans le commentaire de Kallinātha sur le Samgīta- ratnākara, 5. 13) « L'unité-de-division-rythmique (kala), dans le temps musical, a la durée de cinq clins d'oeil.» (Bhāva-prakāśana, p. 195, et Nātya-śāstra, 31. 3, cités par Kallinātha, ibid.) « En musique l'unité-de-temps (mātrã) n'est pas celle en usage ordinaire mais est cinq fois plus longue.» (Dattila, 117) « L'unité-de-temps (mātrā) est déterminée ici par le temps nécessaire pour prononcer cinq syllabes brèves. C'est par cette unité-de-temps que sont créées les longues, brèves, etc.» (Samgīta-ratnākara, 5. 16) « Une brève (laghu) dure un temps (mātra); une longue (guru) deux temps; une prolongée (pluta) trois temps. Un demi temps est [appelé] druta. Certains parlent d'autres divisions telles que anudruta (quart de temps) et autres. Comme elles ne sont pas mentionnées dans les ouvrages de Bharata et des autres [autorités] ni connues dans la pratique nous ne les définissons pas.» (Simha- bhūpāla, commentaire du Samgīta-ratnākara, 5. 16) "L'espace [de temps nécessaire] pour prononcer cinq syllabes brèves est connu des savants comme la mesure de l'unité-de-temps (mātra) employée en rythmique.» (Samgīta-makaranda, 2. 3. 60, et Samgīta-samaya-sara, 7. 13-14) « Le mot unité-de-temps (mātrā), dans les mètres poétiques, désigne une syllabe brève (laghu). En rythmique-musicale il apparaît comme le temps nécessaire à prononcer cinq syllabes brèves.» (Kallinatha, commentaire du Samgīta-ratnākara, 4. 233-241) « L'unité-de-division-rythmique (kalā), l'instant (kāșțhā) et le clin d'oeil (nimesa) usuels sont différents de l'unité-rythmique (kalā) employée dans les rythmes musicaux. Cette dernière est considérée comme ayant la durée de cinq clins d'oeil (nimesa).» (Nātya-śāstra, 31. 2-3, édition de Bombay) « L'unité-de-temps (matrā) est représentée par les mots mātrā, kalā (unité- rythmique), laghu (brève), la (abréviation pour laghu), etc.» (Simha-bhūpāla, commentaire du Samgīta-ratnākara, 4. 63-76)
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132 LE GĪTĀLAMKĀRA
हस्वः स्वरश्वैकमात्रो' द्विमात्रो दीर्घ उच्यते। 2त्रिमात्रश्च प्लुतः प्रोक्तः सर्वेषां लक्षणं त्विदम् ॥ २ ॥
एकमात्रं बको रौति द्विमात्रं चातकोऽत्रवीत्। वसन्तकाले संपाते त्रिमान्रं कोकिलस्वरम्।। ३।।
एकमात्रस्वरा योज्या हास्यशृङ्गारकर्मणि। भयानके तथा वीरे रौद्रे बीभत्ससंजञिके ॥ ४ ॥ प्रशान्ते च द्विमात्रस्तु2 त्रिमात्रः करुणेडद्ुते ॥ ५॥
इति मात्रालक्षणाधयायः
1 स स्वरश्चैतमात्रस्तु ms. 2 नृमात्रश् ms. 3 चाषस्तु वदते मात्रां द्विमात्रां वायसोऽब्रवीत्। मयूरस्तु त्रिमात्रां वै मात्राणामिति संस्थिति: ॥ ( rājñavalkya-śiksā, 15-16) 4 Le ms. ajoute त्रिमात्रस्तु entre द्विमात्रस्तु et त्रिमात्र: par suite d'une erreur de copiste. 5 लक्षणमध्याय: ms.
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CHAPITRE HUIT 133
Une note (ou voyelle) brève (hrasva) dure un temps (mātrā); une longuc (dīrgha) deux temps; une note prolongée (pluta) trois temps. C'est la définition donnée dans tous les cas. 2.
Le cri de la grue dure un temps. Le cri [de l'oiseau] Cātaka deux temps. La note du coucou, quand le printemps arrive, dure trois temps.1 3.
[Sentiments (rasa) connectés avec les unités-de-temps (mātrā)] Les notes d'un temps sont appropriées pour les actions gaies, ou amoureuses; pour la peur, l'heroïsme, la fureur et l'horreur, ainsi que pour la paix, les [notes de] deux temps; pour la tristesse et la stupeur, celles de trois temps. 4-5.
Fin du chapitre [huit] « Définition des unités-de-temps »
1 « Le geai bleu parle par [syllabes d'] un temps. Le cri du corbeau dure deux temps, celui du paon trois temps. Ainsi sont établies les unités-de-temps.» ( rājñavalkya-śiksā, 15-16)
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नवमोऽध्यायः
[लयलक्षणम्]
लम्बितद्रुतमध्याश्र लयास्त्रय उदाहृताः। त्रयाणामपि वक्ष्यामि' लक्षणानि पृथक् पृथक्2 ॥ १ ॥
[लम्बित:] उदिते वर्धमाने च दूशह्वाने तथैव च। त्रिमात्रान्योजयेद्वर्णान लम्बितो जायते लयः ॥२ ॥
1 वक्षामि ms. 2 ततः कलाकालकृतो लय इत्यभिसंज्ितः । त्रयो लयास्तु विज्ञेया द्रुतमध्यविलम्बिताः ॥ (Nātya-śāstra, 31. 3) तालान्तरालवर्ती यः कालोऽसौ लयनाल्लयः। त्रिविध: स च विज्ञेयो द्वुतो मध्यो विलम्बितः ॥ (Samgīta-samaya-sāra, 7. 15, et Svara-tālādi-lakșaņa, 286) मार्गभेदाचिचिर क्षि प्रमध्यभावैरनेकथा। लयोऽक्षरे पदे वाक्ये योऽसौ नात्रोपयुज्यते। (Samgīta-ratnākara, 5. 46) विलम्बितं दुतं मध्यं तत्त्वमोघो घनं क्रमात्। (Amara-kośa) विलम्बितादीनां लयानां तत्त्वाद्या: पर्याया इत्यभिधानकारः। नाटये तु विलम्बितानुसारेण क्रमात् तत्त्वाद्या वाद्यप्रकाराः । (Amara-kośa, commentaire de Kșīra-svāmin) लयः साम्यमथास्त्रियाम्। (Amara-kośa) मा[गा]नमेगे]ययोरन्यूनाधिक्ये क्िष्टता लयो द्रुतादिः। वाद्यादीनामन्योन्यं समत्वमिति यावत्। तालविशेषस्तु लयो अन्यः । (Amara-kośa, commentaire de Kșīra-svamin)
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CHAPITRE IX
DÉFINITION DES TEMPOS (LAYA)
Trois tempos (laya) sont mentionnés: le lent (lambita),1 le rapide (druta) et le moyen (madhya). Nous en expliquons séparé- ment les caractéristiques.2 1
[Le tempo lent (lambita laya)] En montant, en progressant,3 en appelant de loin, on emploie des syllabes (varņa) de trois temps (mātrā) et cela fait le tempo lent (lambita). 2.
1 Appelé vilambita dans le dernier vers de ce chapitre comme dans les autres textes. 2 « On appelle tempo (laya) la durée (kãla) de l'unité-de-temps (kalā.) On connaît trois tempos, le rapide, le moyen et le lent ». (Nātya-śāstra, 31. 3, édition de Bombay) « Le temps qui sépare les frappes-rythmiques (tāla) étant un repos (layana) est appelé laya (tempo). Ce tempo est de trois sortes, rapide, moyen et lent.» (Samgīta-samaya-sāra, 7. 15, et Svara-tālādi-lakșaņa, 286) Voir sur les tempos: Bharata-bhāsya, p. 1616 (de notre ms.), Samgīta-sārāvalī, p. 10, Bhāva-prakāśana, 7. 126, Samgīta-ratnākara, 5. 44, 45, Dattila, 151, etc ... Voir aussi notre note sur le Vișnu-dharmottara, III. 18. « A cause de la différence de style, lent, modéré ou rapide, et des émotions [correspondantes], le tempo est de plusieurs espèces. Le tempo des syllabes des mots et des phrases dans le langage parlé est différent ». (Samgīta-ratnākara, 5.46) « Les mots représentant les tempos, lent (vilambita), rapide (druta) et moyen (madhya), sont respectivement synonymes des mots tattva, ogha et ghana » (Amara-kośa). Le commentateur Kșīra-svāmin remarque toutefois que les mots tattva, etc. .. , dans l'art dramatique et la danse (natya), se rapportent à des manières de jouer les instruments (vādya). Il distingue deux usages du mot laya, l'un s'appliquant au rythme proprement dit, l'autre au fait de jouer « en mesure » lorsque plusieurs instruments jouent ensemble. 3 Ou « en temps de prospérité », ou « dans le style-musical appelé Vardhamāna ».
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136 LE GĪTĀLAMKĀRA
[द्रुतः] मृगाणां1 वर्णना यत्र क्रियते शीघ्रगामिनाम्। तथान्येषामपि भवेदेकमात्रो® द्रुतो लयः4 ॥ ३ ॥
[मध्यः] मिश्रैर्वणैर्भवेन्मध्यो मिश्रवर्णनया पुनः। मिश्रमात्रो लयः सम्यग् द्विमात्रोऽत्र5 प्रशस्यते ॥ ४ ॥
द्रुतो बालजनस्येष्टो मध्यमो यौवनात्मनाम्। लोके सौख्यकरो नित्यं वृद्धानां लम्बितो लयः ॥ ५ ॥
द्रुते षड्जर्षभौ योज्यौ स्वरौ गीतविचक्षणैः। गान्धारमध्यमौ मध्ये त्रयः शेषा विलम्बिते ॥ ६ ॥
इति लयलक्षणाध्यायः7
1 मृगाश्चा ms. 2 कृयन्ते ms. 3 भवेदेकमात्रे ms. 4 शीघ्रत्वं वर्तते यत्र स द्रुताख्यो लयः स्मृतः । (Samgīta-sārāvalī, 2, p. 10) 5 लम्बितोऽत्र ms. 6 क्षिप्रमन्थरगत्या यो मध्यमः स लयः स्मृतः । (Samgīta-sārāvalī, 2, p. 10) 7इति लयलक्षणमध्याय: ms.
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CHAPITRE NEUF 137
[Le tempo xapide (druta laya)] En décrivant les animaux rapides et autres choses similaires on utilise le tempo rapide à un temps (eka-mātrā).1 3.
[Le tempo moyen (madhya laya)] Dans le cas de syllabes mélangées (longues et courtes) ainsi que pour la description de choses variées, le tempo basé sur l'unité- de-temps (mātrā) mixte est indiqué. C'est pourquoi on recom- mande, en ce cas, [l'unité de] deux temps (dvi-mātrā).2 4.
En ce monde, le tempo rapide convient à l'enfance, le moyen à la jeunesse. Le tempo lent plaît toujours aux hommes mûrs. 5.
Les notes Sadja (Do) et Rsabha (Ré) sont indiquées par les musiciens experts pour le tempo rapide, les notes Gāndhāra (Mib) et Madhyama (Fa) pour le tempo moyen, les trois autres (Sol, La, Sib) pour le tempo lent. 6.
Fin du chapitre [neuf] « Définition des tempos »
1 « Partout où la vitesse existe, le tempo appelé rapide (druta) est indiqué.» (Samgīta-sārāvalī, 2, p. 10) 2 « Le tempo qui convient à un mélange [d'éléments] rapides et lents est le tempo moyen (madhyama).» (Samgīta-sārāvalī, 2, p. 10)
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दशमोऽव्यायः
[स्थानलक्षणम्]
स्थानानि त्रीणि वर्णानामुरः कण्ठः शिरस्तथा। 'सव[ना]न्याहुरेतानि गीते शास्त्रविदो जनाः2 ॥ १ ॥
1 सव ... न्याहुरेति गीते ms. 2 उर: कण्ठः शिरश्रैव स्थानानि त्रीणि वाङ्ये। सवनान्याहुरेतानि *साम्नश्चाप्यधरोत्तरे॥ (*साम वाप्यर्थतोऽन्तरम् Bharata-bhasya et Sam .- sara.) (Nāradīya-šiksā, 1. 1. 7, Bharata-bhāsya, 2. 18, Samgīta-sārāvalī, 17, p. 86) नीचमध्यमोत्तमरूपतया वाकू उरसि कण्ठे शिरसि च अभिव्यज्यते। उरसि वक्षःस्थाने शब्दोच्चारणं प्रातःसवनमुच्यते। नीचैरुच्वारणं प्राप्तःसवनशब्दस्येत्यर्थः। कण्ठस्थाने मध्यमेन स्वरेणोच्चारणं माध्यंदिन- सवनम्। शिरोलक्षणे स्थाने उच्चैरभिव्यज्यमानं शब्दजातं तृतीयसवनम्। (Bhatta-sobhakara, com- mentaire de la Nāradīya-śikșā 1. 1. 7) मार्तस्तूरसि चरन् मन्द्रं जनयति स्वरम्। प्रातःसवनयोगं तं छन्दोगायत्रमाश्रितम्।। कण्ठे माध्यंनियुतं मध्यमं त्रैष्ठुभानुगम्। तारं तार्तीयसवनं शीर्षण्यं जागतानुगम्॥ (Pāņinīya-śiksā, 7-8) व्यवहारे त्वसौ त्रेधा हृदि मन्द्रोऽभिधीयते। कण्ठे मध्यो मूर्ध्नि तारो द्विगुणश्चोत्तरोत्तरम् ॥ (Samgīta-ratnākara, 1. 3. 7) अथ गीतलक्षणं भवति। तस्य त्रीणि स्थानानि। उरः कण्ठः शिरश्च। तेभ्यो मन्द्रमध्यतारोत्पत्तिः ॥
अष्टौ स्थानानि वर्णानामुर: कण्ठः शिरस्तथा। (Vişņu-dharmottara, III. 18. 1)
जिह्वामूलं च दन्ताश्च नासिकोष्ठौ च तालु च ।। (Māņdūkya-śiksā, 68) त्रीणि स्थानानि हृत्कण्ठशिरांसीति समासतः । एकेकमपि तेषु स्याद्द्वाविंशतिविधायुतम् ॥ (Samgīta-samaya-sara, cité par Kallinātha)
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CHAPITRE X
[DÉFINITION DES [TROIS] REGISTRES (OU OCTAVES) (STHĀNA)]
Les syllabes peuvent être [prononcées] dans trois registres (ou octaves) (sthana) [appelés voix de] poitrine, de gorge et de tête. Les gens qui connaissent les Ecritures disent qu'on appelle, en musique, [ces trois registres] les trois libations (savana) [ou offrandes de Soma du matin, de midi et du soir].1 1.
1 Nous corrigeons le texte incomplet d'après la Nāradīya-śikșā. Le com- mentateur de la siksā, Bhatța-śobhākara, explique cette connection des trois registres avec les trois libations. « La voix apparaît dans la poitrine, la gorge, et la tête, étant de ce fait, grave, moyenne ou haute. Les paroles prononcées dans la poitrine sont appelées libation du matin car les paroles des offrandes du matin sont chantées d'une voix grave. L'émission des notes dans l'octave moyenne, dans la gorge, cor- respond à la libation de midi. Les mots émis dans l'octave de tête qui semble haute, forment la troisième libation, [celle du soir].» (Bhatta-śobhākara, com- mentaire de la Nāradīya-śikșā, 1. 1. 7) « Le souffle part de la poitrine, engendrant les notes graves, dans le mètre gayatrī, associees à la libation du matin. A midi on chante l'octave moyenne dans la gorge suivant le mètre tristup. L'aigu, de tête, est la troisième libation qui suit le mètre jagatī.» (Pāninīya-śiksā, 7. 8) « En pratique elles sont trois. Dans la poitrine ce qu'on appelle [l'octave] grave (mandra), la moyenne (madhya) dans la gorge, l'aiguë (tāra) dans la tête, chacune étant le double de la précédente.» (Samgīta-ratnākara, 1. 3. 7) Le Samgīta-samaya-sāra remarque que dans chaque octave il y a vingt-deux micro-intervalles (śruti). Les huit sthāna (places) de la Māndūkya-sikșā sont des « places d'articulation parlée» qui n'ont rien à voir avec les sthãna (registres) des textes sur la musique.
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140 LE GĪTĀLAŅKĀRA
त्रिमात्रो जायते कण्ठाद्द्विमात्र उरसस्तथा। शिरसस्त्वेकमात्रस्तु सर्वेषां योगतः 'प्लुतः ॥ २ ॥
स्वस्थानसंभवो वर्णः2 सौभाग्यं जनयेत्परम्8। गीते सौख्यं च गात्रस्य स्वरव्यक्तिं तथैव च । ३ ।।
अस्थाननिर्गतः केशं शरीरस्य करोति च। विस्वरत्वं तथा याति विरङ्गाय प्रजायते ॥ ४॥
इति स्थानलक्षणाध्याय:4
1 Je prefererais la lecture द्रुतः (demi-temps ou अर्धमात्रा) au lieu de प्लुत: (de trois temps). 2 वर्ण्य: ms. 3 पराम् ms. 4 इति स्थानलक्षणमध्याय: ms.
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CHAPITRE DIX 141
Les [notes] de trois unités-de-temps (mātrā) (blanches pointées) viennent de la gorge, celles de deux unités (blanches) de la poitrine, celles d'une unité (noires) de la tête. Les syllabes prolongées (pluta, i.e., de trois temps) 1 conviennent partout. 2.
Dans le chant, un son (varna), émis dans sa propre octave (sthāna) rend le chant mélodieux, est agréable au corps et [permet] la production juste de la note (svara). 3.
Ceux qui tombent dans la mauvaise octave font mal au corps. On chante alors faux et le déplaisir naît. 4.
Fin du chapitre dix « Définition des registres »
1 Je préfèrerais ici la lecture druta au lieu de pluta, donnant le sens « Lorsque les trois [octaves] s'unissent, celles d'un demi-temps (croches) [conviennent].»
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एकादशोऽध्यायः
[यतिलक्षणम् ]
गोपुच्छा 'वज्रसारा च महाभैरवसंज्ञका। विश्वैता यतयः पोक्ता गीते गीतविचक्षणैः2 ॥ १ ॥
1 वज्रसारी ms. 2 अङ्गभूता हि तालस्य यतिपाणिलया: स्मृताः ॥ तिस्रस्तु यतयश्चान्या मार्गेषु लयसंश्रया[:] ! समा स्रोतोगता चैव गोपुच्छेति यथाक्रमम् ॥ पादवर्णप्रकर्षाणामक्षराणामथापि च। नियमे या यतिः सा तु गीतवाद्यसमाश्रया ॥ (Nātya-śāstra, 31. 530 et 532-534, édition de Bénarès)
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CHAPITRE XI
[DÉFINITION DES RYTHMES (YATI) 1]
Partout, les rythmes (yati) sont appelés Go-pucchā (régulier comme le mouvement de la queue d'une vache, c'est-à-dire à quatre temps), Vajra-sārā (de la nature, étroite au milieu, de la foudre,2 c'est-à-dire à trois temps) et Mahābhairavā (du grand Bhairava (Siva) c'est-à-dire à cinq temps) 3 par les experts en musique. 1.
1 Le Gitālamkāra utilise le mot yati qui veut dire « ordre, mouvement » dans un sens très différent de celui des autres textes. Partout ailleurs le mot yati est un aspect particulier du laya (tempo) et veut dire « mouvement». Ce mouve- ment est défini comme étant régulier (samā), ralentissant ou accélérant (sroto- gatã), ou « variable comme les mouvements de la queue d'une vache » (Go-pucchā). Dans le Gitālamkāra le mot yati veut dire « rythme » et est employé au lieu du mot tāla qui n'apparaît point dans ce sens. Les trois yati sont des rythmes à quatre, trois et cinq temps, définis en termes de métrique poétique. Le mot tāla, voulant dire rythme, n'est pas extrêmement ancien et il semble probable que le Gitālamkāra qui l'utilise deux fois dans le sens de « battement de main donnant la mesure » appartient encore à la tradition plus ancienne qui l'ignorait dans le sens général de « rythme » qui lui fut donné par la suite. Le mot yati aurait été conservé ultérieurement (dans les Purāna, le Nātya- śāstra, les oeuvres de Nārada, etc.), dans un sens déformé, pour représenter des variations du tempo (laya) qui sont peu importantes, car il n'y a pas d'évidence qu'un rythme variable puisse être fréquemment employé en musique modale. Le mot tāla, (« rythme », de tād, battre) n'est pas védique dans le sens de « rythme ». Il apparaît dans quelques Upanisad tardives, dans le Mahābharata et les Purāna. Le Nātya-śāstra mentionne les deux usages du mot yati: « Les éléments du rythme (tala) sont le mouvement (yati), les battements [du tambour] (pāņi) et le tempo (laya) ... Il existe trois autres yati, dépendant du tempo dans les genres-musicaux classiques (mārga): samā (égal), srotogatā (accélérant ou ralentissant) et go-pucchā (variable). Le yati du chant et des instruments contrôle la durée (prakarsaņa) des syllabes-rythmiques (pāda), des sons musicaux (varna) ainsi que des syllabes.» (Nātya-śāstra, 31, 530-533) 2 La foudre est représentée comme ayant la taille étroite, la forme d'un X fermé aux deux bouts. 3 Le nombre « 5 » est le nombre sacré de Siva.
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144 LE GĪTĀLAMKĀRA
[गोपुच्छा] चतुःपादसमं गीतं यद्भवेत्सममात्रकम् । गोपुच्छा सा यतिर्जेया तुल्याक्षरविभूषिता॥२॥
[वज्रसारा] आद्यन्तावतिदीघौं* च यत्न पादे2 बभूवतुः। वज्रसारा तु सा ज्ञेया मव्यक्षामा यतिर्भवेत् ॥ ३ ॥
[महाभैरवा] यस्यामेको गुरुः पादे त्रयोऽन्ये लघवः स्थिताः । महाभैरवसंज्ञा सा यतिर्वा [पश्चमान्रिका]।४॥
[यति-शुद्धि:] यतिशुद्धौ* विशुद्धिः स्याद्रीतस्य मुनयोऽब्रुवन्। "अशुध्या तुम्बुरोश्ापि ज्ञेयं पालालभक्षणम् ॥ ५॥
इति यतिलक्षणाध्यायः
1 दीघों ms. 2 पादौ ms. 3 सा यतिर्वा मचसापि च ins. Le texte est dépourvu de sens et trop long pour le mètre. Nous suggérons comme une possibilité le passage [ ] qui n'est en rien une certitude. Une autre suggestion serait मध्यपीवरा (elargie au centre) par contraste avec le rythme précédent qui est "rétréci au centre", mais cette description ne semble pas convenir au rythme représenté. 4 शुद्धे ms. 5 अमुध्या तुम्बुरुस्यापि शेयं पालाललक्षणम् ms.
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CHAPITRE ONZE 145
[Go-pucchāyati (v v v v ou ---- )] On appelle, en queue de vache (go-pucchã, c'est-à-dire régu- lier) un rythme (yati) formé de [quatre] syllabes (aksara) équivalentes dans un chant où les quatre demi-hémistiches sont semblables et les unités rythmiques identiques.1 2.
[Vajra-sārā yati (- - )] Lorsque, dans un semi-hémistiche, la première et la dernière [syllabes] sont longues,2 le rythme, au centre rétréci, est appelé Vajra-sārā (comme la foudre).3 3.
[Mahābhairavā yati (-)] Lorsque le demi-hémistiche est fait d'une longue, les trois autres étant brèves,4 ce rythme (yati) [à cinq temps] est appelé du grand Bhairava (Siva). 4.
Les sages disent que le chant est sans faute quand le rythme (yati) est sans faute. Le musicien céleste Tumburu lui-même, si [son rythme] est fautif, n'est qu'une bête herbivore. 5.
Fin du chapitre onze « Définition des rythmes »
1 ou p p Rythme à quatre temps.
Cette définition diffère donc de celle de tous les autres ouvrages qui con- sidèrent Go-puccha comme un mouvement variable et non un rythme régulier. 2 . C'est un rythme a trois ou six temps.
3 Voir note 2, p. 143. 4 . Ceci donne un rythme à cinq temps. Le nombre cinq
est consacré à Siva (Bhairava). 10
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[आस्यलक्षणम् ]
सहासेन मुखेनैव1 गीतं गेयं विचक्षणैः। उत्साहाय प्ररङ्गाय श्रोतु: प्रह्लादनाय च ।। १ ।।
1 सहासान मुखेनव ms.
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CHAPITRE XII
[DESCRIPTION [DES EXPRESSIONS] DU VISAGE (ĀSYA) 1]
Les chants sont chantés par les experts avec un visage souriant, pour stimuler, séduire et réjouir l'auditeur. 1.
1 Dans le ms. ce chapitre et le suivant « Définition des états-émotionnels (rasa) » sont groupés en un seul chapitre XII. Comme nous l'avons déjà remarqué (chapitre IV) il est difficile de déter- miner, d'après le ms. si le nom de l'élément-d'art-musical (gitänga) envisagé est asya (expression du visage) ou hasya (rire). La lecture dans le chapitre IV est sadbhrāsyāni ou sadrāsyāni, visiblement erronnée, qui peut être une faute de copiste pour saddhāsyāni (les six rires) mais plus probablement sadāsyāni (les six expressions du visage). On pourrait en conclure que ce passage fait partie de celui sur les rasa. Les six façons de rire sont décrites à propos de « l'état émotionnel du rire » (hāsya-rasa) dans beaucoup de textes, en particulier le Nātya-śāstra, 6. 52-53, le Nātya-darpaņa, 115, le Samgīta-dāmodara, 5. 76-77, le Samgīta-ratnākara, 7. 1423-1425, le Samgīta-candra, 1828-1829, etc. Aucune référence à āsya (expression du visage), envisagé comme l'un des éléments-de- l'art-musical (gītanga), ne se rencontre dans les autres textes sur la musique. Toutefois nous avons préféré le mot āsya au mot hāsya pour les raisons suivantes: Les vers du Gitālamkārą qui donnent la liste des cent-quatre-vingt-cinq gītānga (éléments-de-l'art-musical) n'ont de parallèle dans aucun autre texte et ne sont cités nulle part sauf dans le Pañca-tantra qui les appelle « différents aspects de l'art musical » (gitasya bhedah). Dans l'édition de Harvard, comme dans celle de Bombay, la lecture est sad-āsyāni (les six expressions du visage). De plus le Gitālamkāra spécifie que « les chants doivent être chantés avec un visage souriant » et indique six façons de sourire. Il ajoute à la fin du chapitre qu'il a indiqué les « six manières de rire employées dans le chant ». S'il s'agissait ici de l'état émotionnel du rire (hasya-rasa) faisant partie du chapitre suivant, cet état émotionnel devrait se placer après celui de l'amour (śrngāra) comme c'est le cas dans tous les ouvrages de rhétorique et de musique, et non avant, et le rire ne serait pas de nouveau décrit à sa propre place dans le chapitre sur les états-émotionnels. Il est vraisemblable qu'un copiste, voyant ce chapitre de quelques lignes et y lisant le mot hāsya, l'a incorporé à celui sur les émotions (rasa) qui le suit. Il est évident, toutefois, d'après la dernière ligne du chapitre, que l'auteur le considérait comme un chapitre indépendant. Ce sujet est d'ailleurs mentionné parmi les douze gītānga chacun desquels est décrit dans un chapitre particulier.
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148 LE GĪTĀLAŅKĀRA
स्मितं च हसितं चैव तथोपहसितं पुनः। विहासमपहासं च तीव्रहासं तथैव च ॥ २ ।। गीतार्थ भरतेनोक्तं षड्धं हास्यलक्षणम् ॥ ३ ॥
[इत्यास्यलक्षणाध्यायः]
1 षड्भेदाश्रास्य विज्ञेयास्तांश्च वक्ष्याम्यहं पुनः ॥ स्मितमथ हसितं विहसितमुपहसितं चापहसितमतिहसितम्। दौ दौ भेदौ स्याताभुत्तममध्यमाधमप्रक्ृतौ ।। (Natya-sastra, 6. 52-53) विहासश्चोपहासश्र मध्ये ज्येष्ठे स्मितं हसः। अपहासोऽतिहासश्र नीचे प्रायोऽधमे रसः ॥ (Nātya-darpaņa, 115) स्मितं च हसितं चैव तथा विहसितं पुनः। भवेत्प्रहसितं चापि तथातिहसितं मतम् । सन्भ्रावसंवृतं हास्यमेवं षड्विधमुच्यते ॥ (मतान्तरम्) (Samgīta-dāmodara, 5. 76-77) स्मितं विहसितं च स्यादट्टहासस्तथा परः । उपहास; प्रहासश्र हास्यं पञ्चविधं स्मृतम् ॥ (Samgīta-dāmodara, 5. 51) उत्तमानां मध्यमानां नीचानामप्यसौ भवेत्। त्र्यवस्थ: कथितस्तस्य षड्भेदाः सन्ति चापरे॥ स्मितं च हसितं प्रोक्तमुत्तमे पुरुषे बुधैः। भवेद्विहसितं 'चोपहसितं मध्यमे नरे॥ नीचेऽपहसितं चातिहसितं परिकीर्तितम्। (Samgita-ratnakara, 7.1423-1425) षड्भेदाश्रास्य विज्ञेयास्त्रिविधां प्रकृति श्रिताः । स्मितं च हसितं च स्यादुत्तमप्रकृतौ नरे॥ भवेद्विहसितं चोपहसितं मध्यमे नरे। नीचेऽपहसितं चातिहसितं च प्रवर्तते ॥ ईषद्विहसितैर्गण्ड: कटाक्षैरप्यनुल्वणैः । अलक्षितद्विजं धीरं स्मितमित्युच्यते बुधैः॥ उत्फुल्लानननेत्रं च गण्डैविंहसितैर्युतम्। किञ्चिल्क्षितदन्तं च हसितं तत् प्रकीर्तितम्॥ आकुञ्चिताक्षिगण्डं यत् सुस्वरं मधुरं तथा। कालागतं स्वास्यरागं तद्व विहसितं स्मृतम्॥ निकुञ्चितांसशीर्षे यज्जिह्रदृप्टिनिरीक्षणन। उत्फुल्नासिकं यत्स्यान्नाम्नोपहसितं तु तत् ।। अस्थानप्रभवं साश्रुनेत्रमुत्कम्पितांसकम्। शिरःकम्पयुतं यच्च तच्चापहसितं स्मृतम् ।। संरब्धसाश्रुनयनं विकृष्टस्वरमुद्धतम् । करोपगूढपार्श्व यत्तच्चातिहसितं भवेत् ।। वाङ्नेपथ्याङ्गिकात्मायं शृङ्गारश्च त्रिधा स्मृतः । यद्यत्प्रहसन वाक्यं स हासो वाचिक: स्मृतः ॥ विपर्यासेन विक्षेपो माल्याभरणवाससाम्। यः स नेपथ्यजो हास्य इति निर्णीयते बुधैः ॥ विकटाभिनयत्वं च यदङ्गानां विलोक्यते। स्वभावाद्वाथ कपटात्स हास्यस्त्वाङ्गिको मतः॥ इति हास्य: ॥ (Samgīta-candra, 1826-1836)
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CHAPITRE DOUZE 149
Bharata décrit les six formes du rire (hāsya) employées en musique qui sont; sourire (smita), rire (hasita), rire contenu (upa-hasita), rire composé (vi-hāsa), rire moqueur (apa-hāsa) et rire violent (tīvra-hāsa).1 2-3.
Fin du chapitre douze « Description [des expressions] du visage (āsya) »
1 « Le rire est de six sortes: sourire (smita), rire (hasita), rire composé (vi-hasita), rire contenu (upa-hasita), rire moqueur (apa-hasita), rire violent (ati-hasita). Ces formes de rire, prises deux par deux, conviennent respective- ment aux gens de caractère élevé, moyen ou vil ». (Nātya-śāstra, 6. 52-53) Même description dans le Nātya-darpana, 115, le Samgīta-ratnākara, 7. 14. 23-1425, et le Samgīta-candra, 1826-1827. Le Samgīta-dāmodara, 5. 76-77, après une liste semblable, dit que « Ces six formes de rire, définies d'après l'opinion d'autres auteurs, sont celles des gens de bien ». L'auteur lui-même envisage cinq sortes de rire: sourire (smita), rire composé (vi-hasita), rire de cheval (atța-hāsa), rire contenu (upa-hāsa) €t éclat de rire (pra-hāsa). (Samgīta- dāmodara, 5. 51) Dans le Samgita-candra de Vipradāsa (distiques 1828-1836) se trouve une description détaillée des six formes de rire. « Les gens d'esprit appellent sourire (smita) une expression dans laquelle les joues sont légèrement gonflées, le regard ordinaire, les dents invisibles. Dans le rire (hasita), le visage et les yeux sont élargis, les joues gonflées, les dents légèrement apparentes. Dans le rire-composé (vi-hasita) les joues et les yeux sont contractés, le son est net.et agréable, le moment choisi, le visage change peu à peu de couleur. Dans le rire-contenu (upa-hasita) les épaules et la tête se contractent, les yeux regardent en coin, les narines sont large ouvertes. Le rire-moqueur (apa-hasita) apparaît à contre-temps, des larmes viennent aux yeux, il secoue les épaules et la tête. Dans le rire-violent (ati-hasita) les yeux pétillent et s'emplissent de larmes, le son est bruyant, les mains se placent sur les hanches. Cet [état émotionnel du rire] comme celui de l'amour, est [provoqué] par trois [choses], les paroles (vācika), le costume (nepathya) ou les gestes (angika). Le rire dû aux paroles provient de tout ce qui paraît drôle dans une phrase ou une conversation. Les gens d'esprit disent que le rire dû au costume naît de guirlandes, d'orne- ments ou de vêtements placés de travers. Les gestes, les regards, les mouvements des membres, inattendus dans un personnage particulier, causent le rire dû aux gestes.» (Samgīta-candra, 1828- 1836)
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त्रयोदशोऽध्यायः
[रसा:] [रसलक्षणम् ]
'शृङ्गारवीरबीभत्सरौद्रहास्यभयानकाः । करुणाद्दुतशान्ताश्च नव काव्ये रसाः स्मृताः ॥ १॥
1 Ce distique est reproduit dans le Bharata-bhāsya, vers 22, p. 999 de notre ms., qui donne la lecture नवैवात au lieu de नव काव्ये. शृङ्गारहास्यकरुणा रौद्रवीरभयानकाः । बीभत्सान्भुतशान्ताख्याः स्वभावाच्चतरो (१) रसाः।।
शृङ्गारवीरकरुणाद्ुतहास्यभयानकाः । (Agni-purāņa, 339. 8)
बीभत्सरौद्रौ च रसाः शान्तन च नव स्मृताः ॥ (Abhinaya-lakşaņa, 2. 18) शृङ्गारहास्यकरुणा रौद्रवीरभयानकाः । बीभत्साद्ुतसंज्ञौ चेत्यष्टौ नाटये रसाः स्मृताः ॥
शृङ्गारहास्यकरुणरौद्रवीरभयानकाः । (Nātya-śāstra, 6. 16)
बोभत्साद्भुतशान्ताख्या नव नाट्यरसाः स्मृताः ॥
शृङ्गारहास्यकरुणा रौद्रवीरभयानकाः । (Samgīta-candra, 1760)
बोभत्साङ्भुत*शान्ताश्च ** ंनव नाटये रसाः स्मृताः ॥ (*शान्ताख्या Rasa-kaumudi. ** रसाः सन्भिर्नव स्मृता: Natya-darpana) (Rasa-kaumudī, 7. 7, Nātya-darpaņa, 111, Samgīta-dāmodara, 5. 16) शृङ्गारहास्यौ करुणो रौद्रो वीरो भयानकः । बोभत्सश्चाद्भुतः शान्तो नवधेति रसो मतः ॥ (Samgīta-ratnākara, 7. 1358-1359) हास्यशृङ्गारकरुणा रौद्रवीरभयानकाः । बीभत्साद्भ्ुतशान्ताश्र नव नाटये रसाः स्मृताः ॥ (Visnu-dharmotiara, III. 30. 1)
बीभत्सश्चापि रौद्रश्च नाटयेष्वष्टी रसाः स्मृताः ॥ शान्तोऽपि कथितः कैश्विदन्यैरन्ये च सूरिभिः । (Samgīta-muktāvalī de Devaņācārya, 1316-1317) शृङ्गारो हास्यनामा च बीभत्सः करुणस्तथा। वीरो भयानकाह्वानो रौद्राख्योऽद्द्ुतसंज्ञकः ॥ शान्तो ब्रह्माभिध: पश्चाद्वात्सल्याख्यस्ततः परम्। संभोगो विप्रलम्भ: स्याद्रसास्त्वेते त्रयोदश ॥ (Samgīta-sudhākara de Haripāla, 4. 5. 7)
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CHAPITRE XIII
[DÉFINITION DES ÉTATS-ÉMOTIONNELS (RASA)]
Les états-émotionnels (rasa) sont, dans le chant-poétique (kāvya), au nombre de neuf: l'amour (śrngāra), l'héroïsme (vīra), l'horreur (bībhatsa), la fureur (raudra), le rire (hāsya), la peur (bhayānaka), la tristesse (karuņa), la stupeur (adbhuta) et la paix (śānta).1 1.
1 Le Nātya-śāstra, 6. 16, déclare que « dans l'art dramatique » huit états- émotionnels seulement sont envisagés. Il est imprudent d'en déduire que le neuvième rasa, la paix, n'avait pas été inventé car plusieurs auteurs, en parti- culier Abhinava-gupta dans son commentaire du Nātya-sāstra mentionnent le fait que la paix n'est pas un sentiment qui peut être exprimé dans l'art drama- tique. Le passage sur le santa-rasa, donné dans l'édition de Bombay du Nātya- śāstra comme une interpolation, en est possiblement une, car les textes qui citent le Natya-sāstra parlent toujours de huit rasa. Toutefois Abhinava-gupta men- tionne une version où les rasa sont neuf. La Samgīta-muktāvali, parlant des huit rasa de l'art dramatique, dit que certains en ajoutent un neuvième. L'Abhinaya-darpana, 2. 180, l'Agni-purāna, 339. 8, le Vișnu-dharmottara, III. 30.2, le Bharata-bhāsya, p. 999, le Nātya-darpaņa, III, le Samgīta-candra, 1760, le Samgīta-ratnākara, 7. 1358-1359, le Rasa-kaumudī, 7. 7, etc., parlent des neuf rasa. Haripāla dans son Samgīta-sudhākara, 4. 5. 7, en ajoute quatre de plus.
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152 LE GĪTĀLAŅKĀRA
शृङ्गाराज्जायते हास्यो रौद्राच्च करुणो रसः। वीराचैवाद्भुतोत्पत्तिर्वीभत्साच्च भयानक:2 ॥। २ ॥।
5एकः शान्तो रसः स्वर्गे स गन्धवैंः प्रगीयते। विरलैरतिकृच्छ्रेण न तु मत्यैंः क्थंचन ॥। ३॥
[रस-वर्णा:] शुक्को भवति शरृङ्गारो रक्तो रौद्रः प्रकीर्तितः । *कपोताभस्तु बीभत्सः कषायः करुणस्तथा ॥ ४॥
1 Ce distique est reproduit dans le Nātya-šāstra, 6. 40, l'Agni-purāņa, 337. 7, le Vișnu-dharmottara, III. 30. 2. 2 शृङ्गाराजायते हासो रौद्रात्तु करुणो रसः । वीराच्चाद्भुतनिष्पत्तिः स्याद्वीभत्सान्रयानकः । (Agni-purāņa, 339. 7) शृङ्गाराद्धि भवेद्ास्यो रौद्राच करुणो रसः*। वीराच्चैवाद्भुतोत्पत्तिर्बीभत्साच्च भयानक: ॥ (*करुणोदय: Visnu-dharmottara) (Nātya-šāstra, 6. 40, et Visnu-dharmottara, III. 30. 2) शङ्गाराजायते हासो रौद्राच्च करुणोदयः । भयानकोऽपि बोभत्साद्वीरादुत्प[द्य] तेऽद्भुतः ।
शृङ्गाराद्धि भवेद्धास्यो रौद्रात्तु करुणो रसः । (Samgīta-dāmodara, 5. 17)
भयानकस्तु बीभत्साद्वीराद्वै वाद्भुतो भवेत्।। (Samgita-candra, 1770-1771) शृङ्गाराद्याश्र चत्वारो हास्यादीनां च हेतवः । (Samgīta-muktāvalī de Devaņācārya, 1318) 3 शान्तो रसः स्वतन्त्रोऽत्र पृथगेव व्यवस्थितः ।
4 कपोताभत्पु ms. (Visnu-dharmottara, III. 30. 2)
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CHAPITRE TREIZE 153
Le rire est dérivé de l'amour, la tristesse de la fureur, la stupeur de l'héroïsme, et la peur de l'horreur.1 2.
L'état émotionnel de la paix (śanta) est chanté constamment au paradis par les musiciens-célestes (gandharva) qui n'ont point d'attachements. Il ne trouve point sa place parmi les mortels.2 3.
[Couleurs des états-émotionnels] L'amour est blanc,3 la fureur rouge, l'horreur est couleur de pigeon, la tristesse est brune (kașāya). 4.
1 Ce distique est à peu près identique au Nātya-śāstra, 6. 40. Le chapitre sur les rasa est le seul dont les définitions soient sensiblement les mêmes dans le Gītālamkāra et le Nātya-šāstra. Pour la définition détaillée des rasa et de leurs effets, voir Nātya-sāstra, chapitres 6 et 7, Samgīta-ratnākara, chapitre 7, Samgīta-candra, 1669-1887, Samgīta- mīmāmsā (Rasa-lakșaņollāsa), Bālarāma-bharata, p. 117-121, Rasa-kaumudī, 7, Bhāva-prakāśana, chapitres 2 et 3, Srngāra-prakāśa, premier chapitre, etc. 2 « Le sentiment de paix est indépendant des autres états-émotionnels. Il est donc décrit séparément.» (Vişnu-dharmottara, III. 30. 2) 3 Tous les autres textes sur la musique ou l'art littéraire considèrent l'amour comme sombre (syāma) car c'est la couleur de Vișnu, de Krsna; le blanc est la couleur de Siva. La couleur de la tristesse est généralement le gris (kapota ou dhūsara). Le Samgīta-cintāmaņi le dit fauve (kapila). L'horreur est le plus souvent bleue (nīla). Le sentiment de la paix est blanc pour le Samgīta-ratnākara, blanc-éclatant (ati-śveta) dans le Samgīta-candra. Le Kāvya-prakāśa et le Sāhitya-darpaņa le disent couleur de lune ou de jasmin.
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154 LE GĪTĀLAŅKĀRA
सितो हास्यस्तु विज्ञेयः कृष्णश्रैव भयानकः । गौरो वीरस्तथा पीतश्वाथाद्ुतः प्रकीर्तितः- ॥५॥
[श्ृङ्गारः] सुखोपायेष्टसंपन्न *ऋतुमाल्योपसेवकः । पुरुषः प्रमदायुक्तः शृङ्गारे च प्रगीयते ॥६॥
1 शृङ्गारस्तु भवेच्छ्यामो रक्त्ो रौद्र: प्रकीर्तितः । सितो हास्यश्च विज्ञेयः कृष्णश्चैव भयानकः । गौरो वीरस्तु विज्ञेयः पीतश्रेवाद्द्ुतः स्मृतः। कापोन: करुणश्चैव नीलो बीभत्स एव च।। (Visņu-dharmotlara, III. 30. 4-6) शृङ्गारः कृष्ण(श्याम)वर्णोऽयं कथितो विष्णुदेवतः। रुद्राधिदेवः किल रक्तवर्णो रौद्राभिधानो रस उक्त एषः ॥ (Samgīta-dāmodara, 5. 26 et 103) श्याम: सितो धूसरश्च रक्तो गौरोसितस्तथा। नील: पीतस्ततः श्वेतो रसवर्णाः क्रमादिमे ॥ (Samgīta-ratnākara, 7. 1377) श्यामो भवति शृङ्गारः सितो हास्यः प्रकीतितः । कपोत: करुणश्चैव रक्तो रौद्र: प्रकीर्तितः ॥ गौरो वीरस्तु विज्ञेय: कृष्णश्चैव भयानकः। नीलवर्णस्तु बीभत्स: पीतश्चैवाद्भुतः स्मृतः ॥ (Nātya-šāstra, 6. 43-44, édition de Bombay) श्यामः श्वेतश्र गौरश्र पीतो रक्तश्र पञ्चमः । कपोतश्चैव नीलश्र कृष्णश्चेति यथाक्रमम् ॥ यथाधिदैवतं वर्णः कथित: पूर्वसूरिभिः । (Bhāva-prakāśana, 3. 163-164) श्यामो भवति शृङ्गारः श्वेतो हासः प्रकीर्तितः । कपोतः करुणाख्य: स्याद्रक्तो रौद्रः प्रकीर्तितः । गौरो वीरो रसो ज्ञेयः कृष्णश्चैव भयानकः । नीलवर्णस्तु बीभत्स: पीतश्चैवाद्ुतः स्मृतः ॥ अतिश्वेतस्तु शान्त: स्याद्रसवर्णा इतीरिताः ।
2 स तु pour ऋतु ms. (Samgita-candra, 1778-1779)
3 सुरप्रायेष्टसंपन्न ऋतुमाल्यादिसवकः । पुरुषप्रमदायुक्त: श्रङ्गार इति संज्ञितः । (Nātya-śāstra, 6. 47) सुखोपायेष्टसंपन्नो यत्र माल्यानुलेपकः । पुरुपप्रमदायुग्म: शङ्गार इति संज्ञितः ॥ (Vişņu-dharmottara, III. 30. 21-32)
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CHAPITRE TREIZE 155
Le rire est blanchâtre (sita), la peur bleue-noir, l'héroïsme d'un jaune pâle (gaura), la stupeur jaune.1 5.
[L'amour (śrńgāra)] On chante, dans l'humeur amoureuse, un homme uni à une femme sensuelle, possédant tous les instruments désirables du plaisir,2 servi [dans ses desseins] par la saison et par les guirlandes de fleurs. 6.
1 Ces deux distiques sont identiques au Visnu-dharmottara, III. 30. 4-6. 2 Le Nātya-šāstra donne sukha-prāyesta-sampanna « possédant les choses qui généralement sont agréables » au lieu de sukhopāyesta-sampanna, du Gītālamkāra dont la lecture semble meilleure. Il existe, à partir d'ici, une très grande similitude entre les vers de ce chapitre (sauf le dernier) et certains passages du Nātya-sāstra (6. 47, 69, 74, 65 et 50) appelés kārikā et qui sont très probablement des citations (excepté le premier distique de 6. 47). Le mètre du Gitālamkāra qui jusqu'ici était anustup devient soudain āryā. Le dernier chapitre sur le langage (bhāsā) des chants est aussi en āry. Ce chapitre provient donc des mêmes sources que le chapitre six du Nātya- āstra, à moins que le Nātya-śāstra ne se soit servi ici du Gītālamkāra.
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156 LE GĪTĀLAŅKĀRA
[बीरः] स्मृतिशौर्यवीर्यगवैरुत्साहपराक्रम [प्रभावैश्च]2। अपवादैराक्षेपकृतैर्गेयो वीररसस्तज्जैः ॥७॥
[बीभत्स:] 8अनिष्टदर्शनाद्वा रसनाद्घ्राणात्तथा च संस्पर्शात्। *उद्देजनाच्च गीते बीभत्सः प्रोच्यते [वि]बुघैः ॥८॥
1 Le ms. donne: स्मृति सौर्यवीर्योर्ये तुत्साहाय पराक्रमः .. ..! विषादैश्चापवादैराक्षेपकृतैगेंयो वीररसस्तज्ञैः ॥ 2 स्थितिधैर्यवीरगर्वैरुत्साहपराक्रमप्रभावैश्च। वाक्यैश्राक्षेपकृतैर्वीररसः सम्यगभिनेयः । (Nātya-śāstra, 6. 69, édition de Bombay) स्मृतिधैर्यवीर्यशौर्योत्साहपराक्रमप्रभावैश्च। (ibid 6. 68, édition de Bénarès) इत्थमत्र भवन्द्विरासितव्यं योद्व्यमिति बलस्य व्यापारणादितिकर्तव्यानां भृत्यानां प्रभावना प्रभाव- संपादनम् (Abhinava-gupta, commentaire du Natya-sastra, 6. 83-84) 3 Le ms. donne: अनिष्टदशनाद्वासंवाघ्राणात्तथा च संस्पर्शाद्। उद्गेजनाच्च गीते बीभत्सः प्रोच्यते बुधैः॥ 4 अनभिमतदर्शनेन च गन्धरसस्पर्शशब्ददोषैश्च। उद्देजनैश्र बहुभिर्वीभत्सरसः समुद्भवति॥ (Natya-sastra, 6. 74) जुगुप्सया च भवति बीभत्सस्य समुन्भवः । नासाविघूर्णनात्तस्य चोद्वगेन तथैव च।। (Vişņu-dharmottara, III. 30. 25-26)
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CHAPITRE TREIZE 157
[L'héroïsme (vīra)] Ceux qui comprennent le sentiment héroïque doivent célébrer la présence d'esprit (smrti), l'endurance (śaurya), l'audace (virya), la fierté (garva), l'enthousiasme (utsaha), le courage dans l'attaque (parākrama), la stratégie (prabhāva),1 la modestie (apavāda),2 les défis (ākșepa). 7.
[L'horreur (bībhatsa)] Les connaisseurs attribuent l'horreur (bībhatsa), dans le chant, à tout ce qui concerne la vue, le goût, l'odeur, le toucher de choses indésirables, ainsi qu'à la crainte (udvejana).3 8.
1 « Prabhāva: la puissance donnée à une armée par l'arrangement des mouvements dans la bataille.» (Abhinava-gupta, commentaire du Nātya-śāstra, 6.83-84) 2 Le Nātya-śāstra, 669, omet la modesție (apavāda), et la remplace par vākya (paroles) qui, comme attribut de āksepa-krta, donne le sens « les paroles lancées en défi.» 3 « L'horreur naît de la vue de choses indésirables ou de défauts dans les odeurs, le goût, le toucher ou les paroles entendues ainsi que des causes variées de la crainte ». (Nātya-śāstra, 6. 74) « Le sentiment de l'horreur naît de la répulsion et des odeurs répugnantes.» (Visnu-dharmottara, III. 30. 25-26)
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158 LE GĪTĀLAMKĀRA
[रौद्र:] उत्साहव्यवसायैर्विषादित्वाद्विस्मयान्मोहात्। युद्धादिवर्णनाद्वा गेयो रौद्रो रसो विबुधैः ॥ ९ ॥
[हास्य:]
विकृतैश्वार्थविशेषैर्गीते रसो भवेद्धास्यः॥१० ॥
1 Le ms. donne: उत्साहव्यवसायैश्च प्राणत्वादविस्मरयं मोहैः। युद्धावर्णतयापि च गेयो रौद्रो विबुधैः ॥ 2 युद्ध प्रहारघातन विकृतच्छेदनविदारणैश्चैव। सङ्ग्रामसंभ्रमाद्यैरेभि: संजायते रौद्रः ।। (Natya-sastra, 6. 65) क्रोधान्भवति रौद्रस्य रसस्य तु समुन्भवः ।
पीडनैः शस्त्रसंघातैस्तस्येहाभिनयो भवेत् ।। (Vişnu-dharmottara, III. 30. 24-25) 3 अविषादित्वादविस्मयादमोहाच्च योऽव्यवसायो निश्चयः स चोत्साह्यतीत्युत्साहः। एतदुक्तं भवति। आपद्यङ्ग कनिमग्नतां, स्वल्पे सन्तोषं, मिथ्याज्ञानं चापास्य यस्तत्वनिश्चयः स एवोत्साहहेतुः प्रधानतया, रौद्रे तु तमःप्राधान्याद् अनुचिताशास्त्रिकबन्धाद्यपीति मोहविस्मयप्राधान्यम् ॥ (Abhinava-gupta, commentaire du Nātya-śāstra, 6. 83) 4 La lecture du ms. est: विपरीतालङ्कारैविकृताचाचर .वेयैश्च। एतैश्चार्थविशेषैश्च गीते तत्र रसो भवेत् ॥ 5 विपरीतालङ्कारैर्विकृताचाराभिधानवेपश्च। विकृतरङ्गविकारैर्हसतीति रसः स्मृतो हास्य: ।
विरुद्वैर्विकृतैस्तैस्तैविकृतैरपि भूषणैः । (Nātya-śāstra, 6. 50, édition de Bombay)
विकृतैरेव वचनैरन्यैर्हास्यरसोदयः । (Samgīta-dāmodara, 5. 87) हास्यस्य तु समुत्पत्तिरसंबद्धप्रलापतः । असंबद्धात्तथा वेशान्भवतीति विनिश्चयः ॥ (Vişnu-dharmottara, III. 30. 11-12)
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CHAPITRE TREIZE . 159
[La fureur (raudra)] Le sentiment de la fureur (raudra) est chanté par les gens d'esprit pour exprimer l'ardeur de l'entreprise (utsāha-vyavasāya), née du chagrin (vișāda), de l'étonnement (vismaya), de l'illusion (moha), des récits guerriers ou autres.1 9.
[Le rire (hāsya)] Dans le chant, les ornements placés de travers, les gestes, vocables et vêtements bizarres, un sens inhabituel [des mots] causent l'état-émotionnel du rire.2 10.
1 « La fureur naît. de la guerre, de l'attaque, des coups, des visages tailladés, des corps lacérés et de la confusion des batailles.» (Nātya-śāstra, 6. 65) « L'état émotionnel de la fureur (raudra) naît de la colère (krodha). Il est mimé avec des yeux rougis, des sourcils froncés, des signes de colère, d'impatience, de violence, de douleur, et en donnant des coups avec des armes.» (Vişnu- dharmottara, III. 30-24-25) Le premier vers de ce distique du Gitālamkāra est presque identique au premier vers du Nātya-śāstra, 6. 68 (édition de Bombay), mais avec le sens con- traire (avişāda pour vişāda, avismaya pour vismaya, amoha pour moha). Bien que ce vers ne corresponde pas à la description du raudra-rasa dans le Nātya-śāstra, une remarque de Abinava-gupta suggère qu'il a vu un tel vers dans le Nātya- śāstra ou ailleurs. « [Dans l'héroïsme] la volonté sans dépression, sans étonnement, sans illusion, crée l'enthousiasme; c'est pourquoi ils sont une inspiration. Ce qui veut dire que le fait d'être satisfait avec des résultats même petits, de rejeter les illusions, d'évaluer les réalités avec justesse, sans inquiétude ou dépression dans l'infortune, sont les causes principales de l'enthousiasme, alors que, dans la fureur, l'obscurcissement [de l'esprit] est prédominant, on emploie des moyens impropres et impies, l'illusion et l'étonnement prédominent.» (Abhinava-gupta, commentaire du Nātya-šāstra, 6. 83, édition de Baroda) 2 « L'état-émotionnel du rire est incité par tout ce qui est inhabituel ou contradictoire comme de porter des ornements à l'envers ou d'employer les mots de travers.» (Samgīta-dāmodara, 5. 87) Le Nātya-śāstra, 6. 50, édition de Bombay, donne anga-vikāra (mouvements des membres) au lieu de artha-visesa (sens inhabituel). « Le sentiment du rire naît vraiment d'un parler décousu et de vêtements bizarres.» (Vişnu-dharmottara, III. 30. 11-12)
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160 LE GĪTĀLAŅKĀRA
[भयानक:] विकृतरवसत्वदर्शनसंग्रामारण्यशून्यभवनानाम्। गानान्नृपस्य भीतेश्रोरस्य च भयानको भवति2॥ ११ ॥।
[करुणः] परिदेवितैर्विलपितैः सशब्दरुदितैविमोहनस्वनैश्र। विनियोज्यः करुणरसो गीते देहाभिपातैश्र* ॥ १२ ॥
1 La lecture du ms. est: स्य: विककृतसत्वरवद्दर्शनसत्राससून्यभवनानाम्। 2 Le Nātya-śāstra reproduit le premier vers et altère légèrement le second. विक्कृतरवसत्त्वदर्शनसङ् ग्रामारण्यश्ून्यगहगमनात्। गुरुनृपयोरपराधात्कृतकश्च भयानको ज्ञेयः ॥ (Nātya-šāstra, 6. 70) 3 La lecture du ms. est: परिदेवितैर्विलपितैः सशब्द उदितैः विमोहनमनैश्र। 4 सस्वनरुदितैर्मोहागमैश्र परिदेवितैर्विलपितेश्च। अभिनेय: करुणरसो देहायासाभिघातैश्च ॥ (Nātya-śāstra, 6. 64, édition de Bombay) इष्टभ्रंशधनापायवियोगवधबन्धनैः । शापैरेवंविधैरन्यैर्जायते करुणो रसः ॥
शोकान्भ्वति राजेन्द्र तथैव करुणो रसः। (Samgīta-dāmodara, 5. 97)
त्रस्तगात्राद्विनि:श्वासपरिदेवितरोदनै: ॥ मुखवैवर्ण्यशोषैश्च तस्येहाभिनयो भवेत्।। (Vişnu-dharmottara, III. 30. 23)
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CHAPITRE TREIZE 161
[La peur (hhayānaka)] Les chants inciteront la peur en [décrivant] des sons bizarres, des êtres surnaturels, des batailles, des forêts, des maisons aban- données, la crainte du roi ou des voleurs.1 11.
[La tristesse (karuņa)] Dans le chant, le sentiment de la tristesse (karuņa) s'exprime par des lamentations, des gémissements, des sanglots bruyants, des bruits d'évanouissements, et en se frappant soi-même.2 12.
1 Commentant sur la version du Nātya-sāstra de ce distique, Abhinava- gupta explique que la peur n'est pas un véritable état émotionnel. Elle en prend toutefois le caractère, si elle persiste longtemps. Aussi, bien que tous les sentiments soient artificiels quand ils sont mimés par un acteur, celui-ci est considéré comme artificiel (krtaka) en soi. Le Nātya-śāstra, 6. 70, donne guru-nrpayor aparādhāt (les fautes envers son maître ou le roi) au lieu de « la crainte du roi et des voleurs ». 2 « L'état-émotionnel de la tristesse se mime par des sanglots bruyants, des évanouissements, des lamentations, des gémissements, l'épuisement et en se meurtrissant soi-même.» (Nātya-śāstra, 6. 64) « Maître des rois! le sentiment de la tristesse vient du chagrin (śoka). Il se mime par un corps qui tremble, des soupirs, des lamentations, des larmes, des changements de couleur, un visage creusé.» (Visnu-dharmottara, III. 30. 23) « La tristesse provient de l'échec dans l'accomplissement des désirs, des pertes d'argent, de la séparation, du meurtre ou de l'emprisonnement d'êtres aimés, des malédictions et autres choses similaires.» (Samgīta-dāmodara, 5. 97) 11
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162 LE GĪTĀLAMKĀRA
[अद्भुतः] यदतिशयेन युक्तं नृणां कर्म पगीयते [वान्यन]2। अश्रद्धेयमनूनं वा रसोऽद्दुतो नाम ैस ज्ञेयः4॥ १३ ॥
5न शान्तस्य रसस्यात्र शक्यो भावो विवर्णितुम्। गीते वा यदि वा नृत्ये काव्ये वा तुम्बुरुं विना०॥ १४ ॥
इनि रसलक्षणाध्यायः
1 यदातिशयेन ms. 2 [ 7 manque dans le ms. 3 संज्ञेय: ms. 4 यत्त्वतिशयार्थयुक्तं वाक्यं शिल्पं च कर्म रूपं वा। तत्सर्वमद्भुतरसे विभावरूपं हि विज्ञेयम् ॥ (Natya-sastra, 6. 76) चित्रेन्द्रजालक्षितिकम्पसूर्यवैवर्ण्यदिग्दाहविलोकनेन। स्यादद्भुतो नाम रसः प्रसिद्धो यो विस्मयाख्यादुदितश्र भावात्। (Samgīta-dāmodara, 5. 148) आश्चर्येण समुत्पत्तिरद्भतं परिकीर्तितम्। प्रस्फुरिताक्षिरोमाञ्चैरङ्गुलीभ्रमणादिभिः । स्वेदेन चाभिनयः स्याद्गुतस्तु तथा रसः ॥ (Visnu-dharmottara, III. 30. 26-27) 5 La lecture du ms. est, pour la première ligne: रस्यास्तस्य रसस्यात्र स यो भावे विवणितुम्। 6 शान्तस्य तु समुत्पत्तिर्नृप वैराग्यतः स्मृता। स चाभिनेयो भवति लिङ्गग्रहणतस्तथा ॥ सर्वभूतदयाध्यानमोक्षमार्गप्रवर्तनः । नास्ति यत्र सुखं दुःखं न द्वेषो नापि मत्सरः । सम: सर्वेषु भूतेषु स शान्तः प्रथितो रसः । (Vişnu-dharmottara, III. 30. 9-11) न यत्र दुःखं न सुखं न द्वेषो नापि मत्सरः। समः सर्वेषु भूतेषु स शान्त: प्रथितो रसः । भावा विकारा रत्याद्याः शान्तस्तु प्रकृतिमेतः । विकार: प्रकृतेर्जातः पुनस्तत्रैव लीयते॥ स्वं स्वं निमित्तमासाद्य शान्तान्भावः प्रवर्तते। पुनर्निमित्तापाये च शान्त एवोपलीयते। एवं नव रसा दष्टा नाट्यज्ञैर्लक्षणान्विताः। (Nātya-śāstra, p. 104, édition de Bombay)
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CHAPITRE TREIZE 163
[La stupeur {adbhuta)] Lorsque sont chantés des actes extraordinaires pour des hommes et qui semblent incroyables et improbables, cela produit le sentiment de la stupeur.1 13.
[La paix (sānta)] Nul autre que Tumburu (le musicien céleste) ne peut décrire le sentiment de la paix, par le chant, la danse ou la poésie.2 14.
Fin du chapitre treize « Définition des états-émotionnels »
1 « Des paroles, des monuments, des actions, des formes extraordinaires créent un conditionnement-psychologique (vibhāva) qui est le sentiment de la stupeur.» (Nātya-śāstra, 6. 76) « En voyant des images, de la magie, des tremblements de terre, le solcil changeant de couleur, on éprouve le sentiment de la stupeur.» (Samgīta-dāmo- dara, 5. 148) « De l'étonnement (ascarya) naît la stupeur. Le mime de l'état émotionnel de la stupeur se fait par des yeux agrandis, des poils qui se dressent, des doigts qui tournent et [le corps] qui transpire.» (Visnu-dharmottara, III. 30. 26-27) 2 Le Nātya-śāstra, 6. 16, décrit seulement huit rasa, le neuvième la paix, ne pouvant être exprimé par l'art dramatique. Mais Abhinava-gupta mentionne qu'il existe des lectures du Nātya-śāstra mentionnant «la paix » (śānta) et il décrit ce sentiment disant « selon ceux qui lisent ici neuf sentiments ». Il discute la question de la possibilité d'exprimer le sentiment de la paix par l'art dramatique. « Là où n'existe ni tristesse, ni joie, ni hostilité, ni envie, et tous les êtres semblent pareils, apparaît le sentiment de la paix. L'état naturel est la paix. Les émotions (bhäva) en sont des dérangements (vikāra). Les sentiments surgis- sent de l'état de paix incités par quelque cause. Lorsque cette cause disparaît Je sentiment se dissout à nouveau dans la paix. On reconnaît donc neuf rasa dont les experts en art dramatique expliquent les caractéristiques.» (Nātya- sāstra, texte interpolé (?) p. 104, édition de Bombay)
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चतुर्दशोऽध्यायः
[वर्णलक्षणम्] [वर्ण-नामानि] श्रीरागः कौशिको मार्गो मेघरगोऽय भैरवः । मालव्य: कण्ठकादिश्र चतुर्मूल: सुरोद्भवः ॥ १ ॥
गान्धारो रक्तगान्धारो 2नर्तनारायणस्तथा। भासा मधुकरी® लाटी दाक्षिणात्या कपर्दिका ॥ २ ॥
*गौडी देवालया सौरी माङ्गल्या मृगवल्लभा। 5शीतला गण्डकारावा नर्ता धान्यसमात्मका॥ ३॥
1 पुरोन्द्रवः ms. 2 Le ms. donne नृत्यनारायण: plus loin. 3 मधुका au lieu de मधुकरी ms. 4 गौरी au lieu de गौडी ms. 5 सीतला ms. 6 धान्यकात्मका dans la description donnee plus loin.
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CHAPITRE XIV
[DÉFINITION DES MODES (VARNA)]
[Les trente-six modes (varna) 1] [Modes mâles] 1. Śrī-rāga (délice de la fortune), 2. Kauśika (du sage Viśvā- mitra 2), 3. Mārga (la voie), 4. Megha-rāga (délice du nuage), 5. Bhairava (du dieu terrible, Siva), 6. Mālavya (portion-de-soma ou fragment-de-lune), 7. Kanthakādi (ou Kanthādi, de la gorge ou de l'octave moyenne), 8. Catur-mūla (racine des quatre [buts de la vie]), 9. Surodbhava (de l'ivresse), 1.
- Gāndhāra (des musiciens célestes), 11. Rakta-gāndhāra (porte parole de la passion), 12. Narta-narāyana (ou Nrtya-Nārāyaņa, Vișņu dansant). [Modes féminins] 13. Bhāsā (de la lumière), 14. Madhu-karī (l'abeille), 15. Lāțī (du pays lāta), 16. Dākşiņātyā (du pays du Sud), 17. Kapardikā (ou Varāțikā, du coquillage), 2. 18. Gaudi (de la province de Gauda), 19. Devālayā (demeure des dieux), 20. Sauri (du Soleil), 21. Māngalyā (de bon augure), 22. Mrga-vallabhā (chère aux biches), 23. Sītalā (fraîche), 24. Ganda- kārāvā (cri du rhinocéros), [Modes engendrés. (apatya)] 25. Nartā (portant à la danse), 26. Dhānya-samātmakā (pareille au blé) (ou Dhānyakātmakā, de la nature du blé), 3.
1 Les modes musicaux sont appelés varna (couleur) dans le Gitālamkāra et non pas rāga (sentiment) bien que le mot răga apparaisse dans le sens de « sentiment » et non pas de « mode » dans les noms de deux des principaux varna et la définition d'un troisième. Le terme varna est certainement dans ce sens plus ancien que le mot rāga. 2 Viśvāmitra, petit-fils du sage Kuśika, est appelé Kauśika.
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166 LE GĪTĀLAŅKĀRA
अन्धाली द्राविडी चैव कामोदा रामराविका। आभीरी प्रस्तवाख्या' च मूर्छा देवकृतेत्यपि? ॥ ४॥
तृतजा वाक्पतीष्टा च8 तथान्याः संप्रकीर्तिताः । षट्त्रिशदेते संप्रोक्ता* वर्णाः प्राधान्यतो मया5 ॥५॥
1 प्रस्तावा dans la description donnce plus loin. 2 देवकृता चेव ms. 3 श्र au lieu de च ms. 4 एते षट्त्रिंशति: संप्रोक्ता ms. 5 चतुस्त्रिंशदिमे रागा: प्राक् प्रसिद्धाः प्रकीर्तिताः ।
सर्वेषामपि रागाणां मिलितानां शतद्वयम्। (Samgīta-ratnākara, 2. 2, 9)
चतुःषष्टयघिकं ब्रृते शार्ज्गी श्रीकरणाग्रणी: ।
"रागार्णवमते तु षट्त्रिंशत्प्रवर्तकरागाः" । (Samgita-rainakara, 2. 2. 19)
"केषांचिन्मते तु षट्षष्टी रागाः"। "अपरेषां तु मतेऽष्टचत्वारिंशत्प्रसिद्धरागाः"। (Rāga-vibodha, commentaire, p. 102-103) सर्वेषामिह रागाणां मिलितानां शतद्वयम्। चतुष्षष्टयधिकं प्रोक्तं भरतादिमुनीश्वरैः ॥ (Samgīta-sāroddhāra, 2. 25) अन्येऽपि बहवो जाता रागा देशविशेषतः । मरुप्रभृतयो लोक एते तद्देशिका: स्मृताः। न रागाणां न तालानामन्तः कुत्रापि विद्यते। संतोषाय शिवस्यैते ज्ञेया बुधजनैः सदा ॥ यथा नयति कैलासं न गङ्गा न सरस्वती। तथा नयति कैलासं नगं गानसरस्वती।। (Gāna-šāstra, 93-95)
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CHAPITRE QUATORZE 167
- Andhali (des aveugles), 28. Drāvidī (des gens du Sud), 29. Kāmodā (qui réjouit à volonté, ou donnant ce qu'on désire), 30. Rāma-rāvikā (ou Rāma-rāvā, bruit de [Bala]-rāma), 31. Ābhīrī (des Ābhīra), 32. Prastāvā (du prélude), 33. Mūrchā (évanescente), 34. Deva-krtā (créée par les dieux). 4. 35. Nrtajā (née du menteur, ou née de la danse), 36. Vākpa- tīșțā (chère au Seigneur-du-verbe, Brhaspati), et autres bien connus, sont les trente-six modes (varna) décrits par moi.1 5.
1« Trente-quatre raga bien connus autrefois, sont fameux.» (Samgīta-ratnā- kara, 2. 2. 9) « Prenant ensemble tous les modes, deux-cent-soixante-quatre de plus furent chantés par Sarnga-[deva] chef des Karana (caste de clercs à laquelle appartenait l'auteur du Samgīta-ratnākara).» (Samgīta-ratnākara, 2. 2. 19) Une citation du Skanda-purāna dans le Gāna-sāstrā, 68-75, dit que les raga sont au nombre de quarante-huit, six mâles, six femelles et six enfants pour chaque cou, le. Le Gāna-śāstra, 78-92, indique quatre autres écoles pour la division des rāga. 1. D'après Kaśyapa, il y a huit rāgānga qui sont toujours sans-altérations (śuddha). Ce son! Madhyamādi, Todi, Bhairava, Šrī-rāga, Mālavaśrī, Mārgahindola, Gauri, Velāvalī. 2. Selon Jagaddhara, il y a six raga mâles et trente femelles. 3. Selon « d'autres » (apare) il y a trente-six rāga. 4. D'après une ' autre école ' (matäntare) il y a trente-six rāga, six princi- paux et trente dérivés. « Il existe bien d'autres rāga, tels que Maru qui portent le nom de pays particuliers, on les appelle modes régionaux (desika). Le nombre des modes et des rythmes est sans fin puisqu'ils sont inventés par les experts pour plaire à Śiva. Le courant-de-la-science-musicale (gāna-sarasvatī) mène au mont Kailāsa (le paradis) plus sûrement que le Gange ou la rivière-du-savoir (Sarasvati).» (Gāna-śāstra, 93-95) Dans le Samgita-makaranda (1. 3. 53-64) attribué à Narada, nous trouvons d'abord vingt raga mâles, vingt-quatre femelles et quatorze neutres. Puis (I. 3. 68-73) nous trouvons trente deux raga, dont huit sont mâles et vingt-quatre femelles. Plus loin (I. 3. 73-79), d'après une autre école, les rāga mâles seraient six et les femelles trente six. Le Catvārimsacchata-rāga-nirūpaņa (3. 1-10), attribué lui aussi à Nārada, compte dix rāga mâles, cinquante femelles, quarante fils et quarante belles-filles. D'après le Samgita-darpana, selon l'école de Hanuman, il y a six raga mâles dont chacun a cinq épouses. Soit trente-six en tout. La classification du Ragarnava de Nandikeśvara est la meme. Le Samgīta-saroddhara attribue à Matanga une division des modes en huit mâles et vingt quatre femelles, à Hanuman une division en six modes mâles et trente femelles, et à Bharata un système de deux cent soixante quatre modes. Le Pañcama-samhitã, 1. 4. 3-9, compte six raga mâles et trente-six femelles. Au total quarante-deux. Le Siva-tattva-ratnākara attribue à Matanga le système de huit rāga mâles dont chacun a trois épouses. Le Rāga-sāgara, 17-46, compte huit rāga mâles, vingt- quatre femelles, vingt-quatre fils, vingt-huit amis, douze modes mélangés et douze servantes, au total cent-huit rāga. Le Rāga-vibodha dit que d'après le Rāgārnava [de Nandikeśvara], les rāga sont au nombre de trente-six.
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168 LE GĪTĀLAŅKĀRA
तेषामेव च ये भेदास्तेषां संख्या न विद्यते।
[वर्ण-विभाग:] पुनरेव हि सर्वेषां कीर्तयिष्यामि लक्षणम् ॥ ६॥ नामद्वारेण यत्पोक्तं नारदायैः पुरा द्विजैः ।
आद्या द्वादश वर्णा ये ते ुमांसः प्रकीर्तिताः ॥७॥ तेषामेव कलत्राणां द्वादशैव ततः परम्। ततः परमपत्याख्यं वर्णद्वादशकं विद्ुः ॥ ८ ॥
1 "तथाह मतङ्ग :- देशजानां रागाणामानन्त्यादनिबद्धत्वाच्च संख्या नास्तीति मन्तव्यम्" इति। (Matanga cité dans le Samgīta-ratnākara, commentaire de Kallinātha, 2. 2. 9. 19 et le Rāga-vibodha, commentaire, 4. 2) एवं प्रधानरागा: स्युर्लक्षणोक्तं यथाक्रमम् । अनन्ताः सन्ति सन्दर्भा: नानादेश्याः प्रकीर्तिताः । (Samgīta-makaranda, 1. 3. 51) न रागाणां न तालानामन्तः कुत्रापि विद्यते। (Gāndharva-veda, 127, Gāna-šāstra, 94, Samgīta-sudhākara de Apātulasi, 2. 509) न रागाणां न तालानामन्तो जगति विद्यते॥ (Gāna-śāstra, 103, Samgīta-dāmodara, 3. 106) न तालानां न रागाणामन्तः कुत्रापि विद्यते॥ (Samgīta-darpana, 2. 45)
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CHAPITRE QUATORZE 169
On ne peut estimer le nombre des variantes de tous ces niodes.1 Je vais maintenant de nouveau en détailler la défini- tion 6. et expliquer les noms qui leur furent donnés jadis par Nārada et autres deux-fois-nés. 7.
[Modes mâles et femelles] Les premiers douze modes (varna) sont considérés comme mâles (pumāmsaḥ). 7. Puis viennent les douze qui sont leurs epouses. Les douze modes suivants sont considérés comme leur progéniture. 8.
1 « Le nombre des modes [populaires] des différents pays doit être considéré comme sans limites puisqu'ils ne sont pas liés [par des règles].» (Matanga, cité par Kallinātha, commentaire du Samgīta-ratnākara, 2. 2. 9-19, et par le commentaire du Rga-vibodha, 4. 2) « Les modes principaux ont donc été définis dans l'ordre de leur classifica- tion. Les modes populaires des divers pays sont innombrables.» (Samgīta- makaranda, 1. 3. 51) « Il n'existe aucune limite possible au nombre des modes et des rythmes.» (Gāndharva-veda, 127, Gāna-śāstra, 94, Samgīta-sudhākara, 2. 509, et Rāgārņava cité dans le commentaire du Raga-vibodha, p. 103). Un vers presque identique se trouve dans le Gana-sastra, 103, le Samgīta-dāmodara, 3. 106, et le Samgīta-darpana, 2.45.
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170 LE GĪTĀLAMKĀRA
[पुरुष-वर्णा:]
[श्रीरागः] आद्यो वर्णः पुरा गीतः स्वयमेव श्रिया यतः। श्रीरागः प्रोच्यते तेन 'सुरोत्साहविवर्धनः ॥ ९ ॥
[कौशिक:] कौशिकेन यतो गीतो वसिष्ठस्य जिगीषया। कौशिक: प्रोच्यते तेन 'गीतसंधुक्षणावहः ॥ १०॥
1 सरोत्साह ms. 2 संदुक्षय au lieu de संघुक्षण ms.
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CHAPITRE QUATORZE 171
[Les modes mâles (Purusa-varņa)] [1. Śrī-rāga 1 varņa (délice de la Fortune)] Le premier mode (varņa), chanté jadis par la déesse-de-la- fortune (Srī=Laksmī) elle même, est appelé Srī-rāga (délice de la Fortune) car il augmente l'allégresse (utsāha), des dieux. 9. [2. Kauśika varņa (mode du sage Viśvāmitra)] Chanté par le sage Viśvāmitra (Kauśika),2 quand il voulait vaincre Vasistha, on appelle [ce mode], aux chants enflammés, Kauśika. 10.
1 Le mot rāga apparaît ici comme un adjectif dans les noms de deux varna, ou modes, appelés Srī-rāga et Megha-rāga. Il veut dire « délice ». Etant donné l'importance de ces deux modes il semble probable que cet adjectif fut ensuite ajouté aux autres noms de modes et finit par remplacer varna (couleur ou caste) dans le sens de mode. Voir l'introduction. D'après Tulaja-rāja: Sri est le « roi des modes » (rāga-rāja) et « le premier issu d'une des cinq bouches de Siva.» (Samgīta- sārāmrta, pp. 70 et 72) D'après le Samgīta-samaya-sāra, Srī-rāga est un mode penta- tonique exprimant l'héroīsme. Le Samgita-makaranda en fait un mode de six notes. Sa forme traditionnelle est donnée par le Rāga-candrikā-sāra, 641, et le Samgīta-pārijāta:
On ajoute aujourd'hui un Mi naturel et un Lab dans la forme courante du Nord de l'Inde. 2 Viśvāmitra était le petit-fils du roi Kuśika (aux yeux louches), lui même fils de Kuśa (herbe-sainte) qui était né du Créateur Brahma. Dans un combat avec le sage Vasiștha, Viśvāmitra réalisa que la puissance du roi-chevalier (kşatriya) n'est rien devant le pouvoir du prêtre (brāhmana). Il se livra donc à de grandes austérités et obtint de devenir brahmane. Voir Rāmāyana, I. 51-65, et les Purāna. Kauśika est un mode pentatonique d'après le Samgīta-samaya-sāra, 3. 42-43. La Brhaddesi lui attribue six notes dont une peu employée. C'est l'un des cinq modes principaux de la Nāradīya-śikșā, 28. 54. D'après le Samgīta- samaya-sāra, la gamme semble être:
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172 LE GĪTĀLAMKĀRA [मार्ग:] दर्शितः शम्भुना मार्गो गन्धर्वाणामनेन तु। वर्णेन गीतसिद्धचर्थ तेन मार्ग इहोच्यते॥ ११ ॥
[मेधराग:] मेघागमे 'यथोत्साहं व्यसनेष्वपि देहिनाम्। करोति मेघरागाख्यस्ततः ख्याति परां गतः ॥ १२ ॥
1 यसोत्साह ms.
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CHAPITRE QUATORZE 173
[3. Mārga varna (la voie, ou mode des chants sacrés)] Le Pacificateur (Sambhu=Siva) montra par ce mode (varņa) la voie (mārga) aux musiciens célestes (gandharva) pour atteindre la perfection (siddhi) par la musique. C'est pourquoi on l'appelle Mārga (la voie, ou mode-des-chants-sacrés).1 11.
[4. Megha-rāga varņa (délice du nuage)] Comme le nuage, en arrivant, apporte l'allégresse aux êtres dans leurs souffrances, [le mode] appelé Megha-rāga (délice du nuage) fait de même et obtint grande renommée.2 12.
1 La Caturdandi-prakāsikā donne deux versions de ce mode l'une dans la gamme de Riti-gaula l'autre dans celle de Bhairava. La forme semble être:
ou
2 Un mode pentatonique d'après le Samgīta-makaranda, le Rāga-sāgara, la Caturdandi-prakāśikā, il semble avoir été appelé plus tard Megha-rañjanī. Il exprime le sentiment de l'amour (śrngāra). La forme semble être:
La forme moderne dans l'Inde du Nord est:
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174 LE GĪTĀLAŅKĀRA
[भैरव:] भैरवं रूपमास्थाय 'तृन्यकाले पिनाकिना। उद्गीर्णस्तेन विख्यातो भैरवो जगतीतले ॥ १३ ॥
[मालव्यः] माः सोमः कीर्त्यते लोके तस्य लव्यो यतः सदा। सौख्यं कुर्यात्ततो नाम मालव्य इति भूतले ॥ १४ ॥
1 नित्यकाले ms.
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CHAPITRE QUATORZE 175
[5. Bhairava varņa (mode du dieu-terrible, Siva)] Emis par le porteur de l'arc (Pinaka) [Śiva] lorsqu'il prend la forme du dieu-terrible (Bhairava) lors de la danse, ce [mode] est appelé Bhairava (du dieu terrible) sur la face du monde.1 13.
[6. Mālavya varņa (portion-de-Soma, ou fragment-de-lune)] La liqueur de Soma est célébrée dans le monde par la syllabe Mã. La [moindre] portion d'elle apporte la joie au monde. C'est pourquoi [ce mode] est appelé Mālavya (portion de Soma).2 14.
1 La forme traditionnelle de ce mode est aujourd'hui appelée Gunakalī.
Le mode. Bhairava est considéré comme pentatonique dans le Samgīta- samaya-sāra, la Samgīta-sudhā, le Samgīta-pārijāta, ctc. 2 ou fragment-de-lune. Les dictionnaires donnent la syllabe Mã comme représentant la lune plutôt que le Soma. Les deux notions ne sont jamais nettement différenciées; la lune étant le calice du Soma céleste. Un autre équivalent du Soma est le sperme. Un mode pentatonique est appelé Mālava dans le Siva-tattva-ratnākara, Mālavī dans le Samgīta-darpana, Mālavaśrī d'après le Samgīta-makaranda. Il peut correspondre:
au Mālavaśrī moderne
ou à Mālakośa
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176 LE GĪTĀLAMKĀRA
[कण्ठादि:] रम्यत्वान्मुख्यतां याति वर्णः कण्ठगतो यतः । कण्ठादिः प्रोच्यते तेन कामिनामपि 'वल्लभः ॥ १५॥
[चतुर्मूल:] धर्मार्थकाममोक्षाश्च चत्वारोऽपि भवन्ति वै। मूल्यं सम्यकू प्रगीतस्य 2चतुर्मूलस्ततः स्मृतः ॥ १६॥
[सुरोद्भवः] सुरापानाद्विशेषेण यतः सौभाग्यमावहेतु। सुरोद्भ्वस्ततः 'पोक्तः 'सुरापानां सुसंमतः ॥ १७ ॥
1 वलभा ms. 2 चतुर्मूलास्तत: स्मृता ms. 3 Le ms. donne ici सुरोभव et, au debut du chapitre, पुरोभव. La lectur correcte serait सुराभव ou सुरोद्व qui ont le meme sens. 4 प्रोक्तो ms. 5 सुरापानात् ms.
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CHAPITRE QUATORZE 177
[7. Kanthādi varņa (mode de gorge, ou de l'initiale de l'octave moyenne)] Parce que ce mode (varna), qui plaît aux luxurieux, est important par son charme quand il vient de la gorge (de l'octave moyenne), on l'appelle Kanthādi (mode de gorge, ou mode de l'initiale de l'octave moyenne).1 15.
[8. Caturmūla varņa (racine des quatre buts de la vie) ] Le bénéfice de celui qui le chante étant [la réalisation] des quatre [buts de la vie], la vertu, le succès, le plaisir et la libération finale, ce [mode] est appelé Caturmūla (racine des quatre).2 16.
[9. Surodbhava varna (mode de l'ivresse)] Parce qu'il crée le bien-être après boire il est appelé Surodbhava (né-du-vin). Les buveurs l'apprécient.3 17.
1 Un mode pentatonique appelé Madhyamadi (de l'initiale de l'octave moyenne) est décrit dans le Samgīta-sārāmrta, la Caturdaņdi-prakāśikā, la Rāga- candrikā, le Samgīta-darpaņa, le Šiva-tattva-ratnākara, etc. Sa forme est aujourd'hui:
Madhyamādi
2 Un mode pentatonique sans Ri ni Dha est décrit sous le nom de Catu- rangiņī dans la Caturdandi-prakāšikā.
3 Ce mode semble correspondre à Soma mode de la liqueur sacrée. C'est un mode pentatonique pour le Samgīta-ratnākara. Il est mentionné dans le Samgita-makaranda et est l'un des modes principaux pour Bhava-bhatta.Le sentiment produit est l'héroïsme (vira). La forme moderne est:
12
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178 LE GĪTĀLAŅKĀRA
[गान्धार:] गन्धर्वैः प्रथमं गीतं गान्धारस्तेन गीयते। सभ्यग्गीतः करोत्याशु नराणां व्यसनक्षयम् ॥ १८ ॥
[रक्तगान्धारः] रक्तानायान्ति सदो वै विरक्ता अपि योषितः । यतः श्रवणमात्रेण 'रक्तगान्धारकस्ततः ॥ १९ ॥
1रक्तगान्धारकस्तव: ms.
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CHAPITRE QUATORZE 179
[10. Gāndhāra varņa (mode des musiciens-célestes)] Chanté d'abord par les musiciens-célestes (gandharva), [ce mode] est célébré [sous le nom de] Gāndhāra.1 Bien chante il attenue bientot les malheurs des hommes. 18.
[11. Rakta-gāndhāra varņa (porte-parole de la passion)] Les femmes les plus insensibles courent vers leurs amants en entendant [ce mode]. C'est pourquoi on l'appelle Rakta-gāndhāra (porte-parole de la passion).2 19.
1 Ce mode, chanté par Siva d'après le Brhaddharma-purana est pentatonique d'après le Rāga-sāgara. Il semble être appelé Gāndhārī dans le Catvārimsacchata- rāga-nirūpana, etc. Le Samgīta-ratnākara lui attribue le sentiment de la tristesse (karuņa). Un mode Gāndhārī est mentionné par le Nātya-šāstra. Sa forme est aujourd'hui:
2 Rakta-gāndhāra est mentionné dans le Nātya-śāstra, la Samgīta-sudhā, le Panditārādya-carita, etc. Sa gamme semble être celle de la moderne Rañjanī (passionnée).
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180 LE GĪTĀLAŅKĀRA
[नर्तनारायण:] श्रुत्वा च कुरुते गीतं स्वयं नारायणो यतः । -आनन्दात्कीर्त्यते लोके नर्तनारायणस्ततः ॥ २० ॥
[स्त्री-चर्णा:] [भासा] उद्योतयेद्यतो गीतं सम्यक् प्रान्त्ये पकीर्तिता। ततोऽस्या नाम निर्दिष्टं भासेति धरणीतले ॥। २१ ॥
[मधुकरी] भ्रमरीव वसन्तान्ते यथा सौख्यकरी श्रुतेः । तद्वद्वा स्यान्सदा पुंसां ततो मधुकरी स्मृता ॥ २२॥
1 आनन्द्यात्कीर्त्यते ms. 2 नृत्य ms. 3 उद्यातयेष्वतो गीतं सम्यकप्रान्त्यः प्रकीर्तित: ms.
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CHAPITRE QUATORZE 181
[12. Narta-nārāyaņa varņa (mode de Vișnu dansant)] Parce que le Refuge-des-hommes (Narayana=Visnu) 1 lui- même en entendant ce chant se met à [danser] de joie, on l'appelle, en ce monde, Narta-narayana 2 (de Visnu-dansant). 20.
[Les modes féminins (Strī-varna)] [1. Bhāsā (de la lumière)] Parce que bien chantée elle illumine le chant tout alentour, le nom qui lui est assigné est Bhāsā (lumineuse) sur la face de la terre.3 21.
[2. Madhu-karī (l'abeille)] Comme l'abeille qui réjouit l'oreille des hommes à la fin du printemps, ce [mode] est connu sous [le nom de] Madhu-karī (faiseuse de miel).4 22.
1 Nārāyana est aussi interprété comme signifiant celui-dont-les-eaux-sont-la- demeure. C'est en ce cas aussi un nom de Vișnu. 2 Au début du chapitre le nom de ce mode est Narta-nārāyana. Ici le ms. donne Nrtya-nārāyaņa. Les deux expressions ont le même sens. Narta-nārāyaņa semble plus probable car la forme dans les textes ultérieurs devient Natta- nārāyaņa. Le mode Natta-nārāyaņa est l'un des six modes principaux du Samgīta- makaranda. Il est mentionné dans le Samgīta-ratnākara, le Rāga-vibodha, le Rāga- mālā, le Svara-mela-kalā-nidhi, la Caturdandi-prakāśikā, etc. Sa forme pentatonique est donnée comme sans Pa et Ni ou comme sans Ga et Ni. Sa forme moderne est appelée Nārāyaņī.
3 Un mode appelé Bhāsā est mentionné dans le Samgīta-sārāmrta et par Lakșmīdhara dans son commentaire de la Saundarya-lahari. 4 Madhu-kari est mentionnée dans la Brhaddesi sous deux formes.
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182 LE GĪTĀLAMKĀRA
[लाटी] लाटदेशे पुरन्ध्रीणां यतः कण्ठाद्विनिर्गता। आह्ादं परमं धत्ते श्रुतेर्लाटी ततः स्मृता ॥ २३ ॥
[दाक्षिणात्या] दाक्षिणात्यम्नोद्ीता विशेषात् सौख्यमावहेद। श्रुतेर्यतस्ततो लोके दाक्षिणात्या प्रकीर्तिता ॥२४॥
[कपर्दिका ou वराटिका] जलाज्जाता यथा रावं प्रकरोति कपर्दिका। तद्वय्या कण्ठनिर्जाता तेन ख्याता वराटिका ॥ २५॥
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CHAPITRE QUATORZE 183
[3. Lāțī (du pays Lāța)] Lorsqu'il sort de la gorge des femmes du pays Lata ce [mode] cause un plaisir extrême à l'oreille. C'est pourquoi on l'appelle Lāțī (du Lāța).1 23.
[4. Dākşiņātyā (du pays du Sud)] Chanté par les gens du Sud il apporte un plaisir extrême à l'oreille. C'est pourquoi on l'appelle dans le monde Dāksiņātyā (du pays du Sud).2 24.
[5. Kapardikā (ou Varāțikā) (du coquillage)] Comme le coquillage, né des eaux, produit un son, ce mode en produit un semblable venant de la gorge. C'est pourquoi on l'appelle Varātikā (du coquillage).3 25.
1 Kallinātha mentionne le mode Lāți comme heptatonique d'après Matanga et Āñjaneya. 2 Ce mode généralement considéré comme hexatonique est mentionné par Matanga, Āñjaneya, Sārngadeva, etc. 3 Au début du chapitre ce mode est appelé Kapardikā. Ce nom est remplacé ici par un synonyme Varāțikā. Ce second vocable était probablement le plus employé car c'est celui qui est demeuré dans la littérature ultérieure. Varāțikā est mentionnée dans le Samgīta-makaranda, le Samgīta-ratnākara. Il est connu de Āñjaneya, Yāsțika, le Samgīta-samaya-sāra, le Samgīta-pārijāta. C'est un des modes principaux de Bhāva-bhatta. D'après le Samgīta-pārijāta ce mode serait:
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184 LE GĪTĀLAŅKĀRA
[गौडी] गौडदेशो·्वैरमर्त्यैर्यतो गीता पजायते। विशेषेण प्रसौख्याय गौडी तेनोच्यते जनैः ॥२६॥
[देवालया] सान्निध्यं देवता यान्ति यतः सम्यकू प्रगीतया। यया यतः समादिष्टा लोके देवालया ततः ॥ २७॥।
[सौरी] स्वयं भगवता गीता यतः 'सूर्येण सा जनैः। ततः सौरीति लोकेऽस्मिन् कीर्त्यते श्रुतिसौख्यदा॥ २८॥
[माङ्गल्या] यस्याः प्रोच्चार्यमाणाया माङगल्यं जायते तृणाम्। अमङ्गल्यं क्षयं याति माङ्गल्या तेन कथ्यते ॥ २९॥
[मृगवल्लभा] यां श्रुत्वा कीर्तितां सदो मृगास्त्यक्त्वा तृणादिकम् ! लुब्धकानां वशं यान्ति सा ख्याता मृगवल्लभा ॥ ३०॥
1 सूर्येन ms.
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CHAPITRE QUATORZE 185
[6. Gaudī (des Gauda)] Comme ce chant, né des mortels du pays de Gauda 1, est très égaant, il est appelé par les gens Gaudī (de Gauda). 26.
[7. Devālayā (demeure des dieux)] Lorsqu'elle est bien chantée, les dieux approchent. C'est pourquoi elle est appelée en ce monde Devālaya (demeure des dieux).2 27.
[8. Saurī (du Soleil)] Chantée par le Soleil lui même, elle rend heureux tous ceux qui l'entendent et est appelée Saurī (du Soleil) par les gens de ce monde. 28.
[9. Māńgalyā (de bon augure)] Elle fait apparaître les bons augures pour ceux qui la chantent et détruit les mauvais présages. Elle est pour cette raison, appelée Māngalyā (de bon augure). 29.
[10. Mrga-vallabhā (chère aux biches)] En l'entendant clamer, les biches, abandonnant aussitôt l'herbe et [les pâturages], tombent au pouvoir des chasseurs. C'est pourquoi on l'appelle Mrga-vallabha (chère aux biches). 30.
1 Gauda est la partie du Bengale actuel s'étendant entre le Vanga (bengale central) et l'Orissa. Gaudi est mentionné dans le Samgīta-makaranda, la Rāga-tarangiņī, le Catvā- rimśacchata-rāga-nirūpaņa, le Samgīta-ratnākara, la Rāga-mālā, etc. C'est un mode hexatonique d'après le Siva-tattva-ratnākara. La forme moderne est:
2 Kallinātha définit Devāla d'après Āñjaneya et Matanga.
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186 LE GĪTĀLAMKĀRA
[शीतला] ग्रीष्मकालेऽपि संप्राप्ते कीर्तिता शीतमावहेत्। यतस्ततः समादिष्टा' शीतला गीतपण्डितैः ॥ ३१॥
[गण्डकारवI] आरावं गण्डकस्येव धत्ते यत्कीर्तिता यतः। ततोऽत्र गण्डकारावा गीतजैः सा प्रचक्ष्यते ॥ ३२॥
[अपत्य-वर्णाः] [नर्ता] नृत्योत्साहं यतो धत्ते नर्तकानां श्रुतेः सदा। ततो नर्तेति लोकेऽस्मिन् रुयाना कर्णसुखावहा॥ ३३ ॥
[धान्यकात्मका] बुभुक्षितोऽपि यात्येव सुतस्ति श्रुतया यया। यथान्नास्वादनात्तेन सा प्रोक्ता धान्यकात्मका ॥ ३४॥
1 समाविष्टा ms. 2 गलकस्थेय धने ms 3 प्रचक्षते ms.
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CHAPITRE QUATORZE 187
[11. Śītalā (fraîche)] Clamée, même pendant l'été, elle apporte la fraîcheur. C'est pourquoi elle est appelee, par les savants musiciens, (fraîche). 31. Śītalā
[12. Gandakārāvā (grondement du rhinocéros)] Chantée, elle ressemble au formidable cri (a-rāva) du rhino- céros, c'est pourquoi les connaisseurs en musique l'appellent Gandakārāvā (grondement du rhinocéros). 32.
[Les modes engendrés (apatya)] [1. Nartā ( portant à la danse)] Agréable à entendre, elle incite l'impulsion de la danse chez les danseurs et est donc appelée, en ce monde, Nartã (portant à la danse).1 33.
[2. Dhānyakātmakā (de la nature du blé)] Un affamé en l'entendant est rassasié comme par le goût de la nourriture,2 c'est pourquoi elle est appelée Dhānyakātmakā (de la nature du blé). 34.
1 Mentionnée par Kaśyapa, Durgā-śakti et Matanga. Le sentiment est celui du rire. 2 Au début du chapitre ce mode est appelé Dhānya-samātmakā (de la même nature que la blé). Le mot Dhānyakātmakā semble plus probable. Ce mode deviendra plus tard Dhanyāsī. Dhanyāśrī est mentionnée par le Samgīta-makaranda, le Samgīta-samaya-sāra, la Caturdandi-prakāśikā, le Rāga-sāgara, etc. Elle est considérée parfois comme pentatonique, parfois comme hexatonique. La forme moderne dans le Sud de l'Inde est:
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188 LE GĪTĀLAŅKĀRA
[अन्धाली] यस्या: संश्रवणात्सद्यो भवन्त्यन्धास्त्रपालयाः-। अन्धाली प्रोच्यते तेन श्रुतिसौख्यकरा नृणाम् ॥ ३५॥
[द्राबिडी] द्राविडै: कीर्त्यते यम्माद्विशेषात्सौख्यमावहेतु। 2तेषां कृतित्वात्सौभाग्यं द्राविडीति ततः स्मृता ॥ ३६ ॥
[कामोदI] कः प्रोच्यते चतुर्वक्त्रः कामान्मोदयति द्रुतम् । कृता यतस्ततः प्रोक्ता कामोदा विज्ञसंजञिता ॥ ३७ ॥
I Le ms. donne तपालय: au lieu de त्रपालया :. 2 Le ms. donne तेषां कृत्यं त्वा au lieu de तेषां कृतित्वात्. 3 Une meilleure lecture serait कोऽस्मान्मोदयति द्रुतम्, qui semble plus claire et justifie mieux l'étymologie proposée. Le sens devient alors: " Ka est Brahma. Ce [mode] lui plaît aussitôt. Créé dans ce but, il est appelé Kāmodā (plaisir de Brahmā) par ceux qui savent."
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CHAPITRE QUATORZE 189
[3. Andhālī (des aveugles)] Lorsque les aveugles entendent ce [mode] qui rend joyeux les hommes qui l'écoutent, la pudeur s'installe en eux.1 C'est pourquoi on l'appelle Andhali (des aveugles). 35.
[4. Drāvidī (des gens du Sud)] Chantée par les Dravidiens, elle est extrêmement plaisante. Elle porte chance quand ils la chantent. C'est pourquoi on l'appelle Dravidi 2 (des gens du Sud). 36.
[5. Kāmodā (qui réjouit à volonté, ou joie de Brahmā)] [La syllabe] Kah représente le [dieu] au quatre visages (Brahmā) qui, à volonté, donne à l'instant la joie. Faite ainsi [cette gamme], que les experts connaissent, est appelée Kāmodā3 (joie de Brahmā). 37.
1 L'aveugle n'a point le sens de la pudeur. La naissance de ce sentiment implique qu'il commence à voir. D'apres la Caturdandi-prakasika et le Svara-mela-kalānidhi, Andhali est un mode pentatonique dans la gamme de Srī-rāga.
2 Dravidī est mentionnée par la Brhaddesī et le Samgīta-ratnākara comme un mode heptatonique dérivé de Țakka-kaušika. 3 ou « qui réjouit à volonté ». Kāmodā est décrite dans le Catvārimśacchata-rāga-nirūpaņa, le Samgītāloka, le Samgīta-ratnākara, la Rāga-tarangiņī. Elle est mentionnée par Bhāva-bhatța, Locana, Pundarīka-vitthala. La forme moderne est:
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[रामरावा] मदोद्धतस्य रामस्य दृन्दावननिवासिन: । कण्ठाद्विनिर्गता यस्माद्रामरावा ततः स्मृता ॥ ३८ ॥
[आभीरी] आभीरदेशनारीणां कण्ठस्था जनयेत्सुखम्। विशेषेण अ्रुतेर्यस्मादाभीरी तेन कथ्यते।। ३९॥
[प्रस्तावा] मस्तावो नित्यकालं तु गीतस्यैव प्रकीर्तितः । 2तस्मिन् कृते भवेद्ग्रामः प्रस्तावा तेन चोच्यते॥ ४०
[मूर्छा] सुमूर्छति परं तारं 'यद्ुद्वीर्णा सदा श्रुतेः। मू्छेति चोच्यते तेन 'गीतज्ञानां प्रवल्लभा ॥ ४१ ॥
1 मन्दोद्वतस्य ms. 2 तस्मिन् कृता भवेद्राम: ms. 3 सुष्टच्छति ms. 4 यतोद्गीर्णा ms. 5 गीताज्ञानं ms.
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CHAPITRE QUATORZE 191
[6. Rāma-rāvā (bruit de Rāma)] Ce mode est appelé Rāma-rāvā (bruit de Rāma) parce qu'il sortit de la gorge de [Bala-] Rāma (frère de Krsna) alors que, installé dans la forêt des troupeaux (Vrnda),1 il était exalté par l'ivresse. 38.
[7. Ābhīrī (le mode des vachers)] Né du gosier des femmes du pays Ābhīra,2 ce [mode] réjouit extrêmement l'oreille. C'est pourquoi on l'appelle Abhiri ([mode] des Ābhīra). 39.
[8. Prastāvā (mode du prélude)] Le prélude d'un chant, dans lequel la base-de-gammes 3 (grāma) est donnée, n'est jamais omis. Ce [mode] est appelé Prastāvā (du prélude). 40.
[9. Mūrchā (évanescente)] Le [mode], très cher aux experts-musiciens, qui, dès qu'il commence, se perd dans l'octave aiguë (tāra), à la limite de l'audible, est pour cette raison dit Mūrchā (évanescente). 41.
1 Vrndā veut dire troupeau, urndāvana est la forêt des troupeaux. Toutefois le nom de Vrndā (bergère) fut donné à Rādhā, l'amante de Krsna et la forêt devint la forêt de Vrndā. Deux modes Rāma-kriyā (ou Rāmakrī) et Reva sont mentionnés dans les ouvrages anciens et sont encore connus de nos jours. Tous deux ont une forme pentatonique. 2 Les Abhira étaient une tribu de vachers originaires du Rajasthan. Aujourd'hui appeles Ahira, ils forment encore une caste de laitiers. Abhirī est décrite dans la Brhaddesi, dans Kallinātha citant Matanga et Āñjaneya. Abhīrika est mentionné dans le Samgīta-ratnākara, le Samgīta-pārijāta, Abhīra et Ahīrī dans la Caturdandi-prakāšikā, Ambarika dans le Rāga-sāgara. La forme moderne est:
Ahīra
3 ou « l'expression » (rāga). Le ms. donne rāma. Matanga et Añjaneya connaissent un mode Prasava.
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192 LE GĪTĀLAMKĀRA
[देवकृता] देवैः सवैंः कृता यस्माच्छंकरस्य मतुष्टये। ततो देवकृतां माहुस्तां गीवज्ञा महर्षयः ॥४२॥
[नृतज] नृनो1 नाम द्विज: कूपे पतितस्तेन कीर्तिता। तुष्टचर्थ सर्वदेवानां नृतजा प्रोच्यते यतः ॥ ४३॥
[वाक्पतीष्ट] वाक्पतिस्त्रिदशाचार्यस्तस्याभीष्टा च निर्मिता। तेनैवं कथ्यते तस्माक्वक्पतीष्टा धरानले ॥ ४४॥
एतेषां मुख्यनामानि कर्मजातानि वै मया। प्रोक्तानि सर्ववर्णानां विज्ञेयानि विचक्षणैः ॥ ४५॥
इति वर्णलक्षणाध्यायः
1 Le ms. donne मृतो au licu de नृतो. 2 तृतीया ms.
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CHAPITRE QUATORZE 193
[10. Deva-krtā (créée par les dieux)] Créée par tous les dieux pour réjouir le Pacificateur (Śankara =Śiva), les Grands-Voyants (Maharsi), savants dans l'art musical, l'appolèrent Deva-krtā (créée par les dieux).1 42. [11. Nrtajā (née du menteur, ou née de la danse)] Le brahmane appelé Menteur (Nrta), tombé dans un puits, la chanta pour se rendre agréable à tous les dieux. C'est pourquoi on l'appelle Nrtajā (née du menteur).2 43. [12. Vākpatīștā (chère au Seigneur-du-Verbe, Brhaspati)] Créée par lui et chère au Seigneur-du-Verbe, mentor des dieux, elle fut pour cette raison appelée « chère au Seigneur-du- Verbe » (Vākpatīșțā) sur la face de la terre.3 44. Ainsi ont été exposés par moi les principaux noms, nés de l'effet produit, de tous les modes (varņa) bien connus de ceux qui désirent [la science]. 45. Fin du chapitre quatorze 4 « Définition des modes (varna) »
1 Appelée plus tard Deva-krī ou Deva-krti, c'est un mode pentatonique décrit dans le Samgīta-makaranda, le Catvārimśacchata-rāga-nirūpaņa, le Samgīta- ratnākara, la Caturdaņdi-prakāśikā. La forme moderne est:
ou
2 Cette histoire n'est pas connue des Purāna ni des fables. Nrtaja est probablement le nom ancien de Nața raga. C'est un mode penta- tonique connu du Samgīta-makaranda, de la Rāga-tarangiņī, du Rāga-sāgara, du Samgīta-pārijāta, du Catvārimsacchata-rāga-nirūpana. C'est l'un des six modes principaux de Pundarīka-vitthala. La forme moderne est:
3 Deux modes Vākpatīștā et Vāgeśvarī sont mentionnés dans les textes ultérieurs. 4 chapitre treize dans le ms. 13
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पञ्चदशोऽव्यायः
[भाषालक्षणम्]
महाराष्ट्री किराती च '[सौराष्ट्री मागधी तथा। लाटी गौडी च काश्मीरी पौरस्त्या पश्चिमोत्कला । १ ॥
पाश्चाला चापि पैशाची] म्लेच्छी चैव तुरा[नि]का। सोमकी चोलकी काश्ची मालवी काशिसंभवा ॥ २ ॥
1 Le passage [ ] manque. Nous le reconstituons tentativement d'après les exemples donnés plus loin. 2 तु ... रिका ms.
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CHAPITRE XV
[DÉFINITION DES STYLES-DE-CHANT POPULAIRES DANS LES DIVERS LANGAGES ' (BHĀȘĀ)]
(1) Mahārāstrī (du pays Marāțha), (2) Kirātī (des Kirāta, chasseurs des monts Vindhya), (3) [Saurāșțrī (des Saurāșțra du Gujerat), (4) Māgadhī (du Maghada, Bihar du Sud), (5) Lāțī (du Lāța, à l'ouest d'Ujjain), (6) Gaudi (du Gauda, Bengale du Sud), (7) Kāśmīrī (du Kāshmīr), (8) Paurastyā (des Orientaux), (9) Paścimā (des Occidentaux), (10) Utkalā (de Utkala, Orissa), 1.
(11) Pāñcālā (du Pañcāla entre le Gange et la Jumna), (12) Paiśācī (l'un des plus anciens prākrt)],2 (13) Mlecchī (des Mleccha, barbares du Nord-Ouest), (14) Turā[ni]kā3 (des Toura- niens?), (15) Somaki4 (des Somaka), (16) Colakī (des Cola, tamouls de la côte de Coromandel), (17) Kāñcī (de Kāñcī au Nord du pays tamoul), (18) Mālavī (du pays Mālva dans l'Inde centrale), (19) Kāśi-sambhavā (né de Kāśī, Bénarès), 2.
1 Les noms des langages donnés dans ce chapitre sont parfois difficiles à identifier. Certains sont ceux de peuples non-indiens. Nous en proposons une interprétation sous toutes réserves. Nous donnons les textes dans ces divers langages tels qu'ils sont dans le manuscrit. N'ayant pas de sens pour les copistes, ils ont de fortes chances d'être très déformés selon des similitudes graphiques et non phonétiques. 2 Le passage [ ] manque dans le ms. Nous le reconstituons hypothétique- ment tentativement d'après l'interprétation la plus probable des exemples donnés plus loin. 3 Le ms. donne Tu ... rikā et plus loin i ... intapușkā pour ce langage. Placé après Mlecchi, il réfère vraisemblablement à un langage des barbares du Nord. Nous pouvons suggérer Uttara-kurukī (des habitants de la Russie du Sud) ou Turuga (des cavaliers) ou Turanika des Touraniens. Turuşka (des Turcs) semble improbable à l'époque. : 4 Un peuple du Nord mentionné dans: le Katha-sarit-sagara, le Mahabhārata et le Vāyu-purāna.
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196 LE GĪTĀLAŅKĀRA
वेदिका1 च कुशावर्ता तथान्या 'शूरसेनिका। भोजी च गूर्जरी चैव रोमकी मेदसंभवा ॥ ३ ॥
5मारवी कानमूखी च देवकी पश्चपत्तना। सैन्धवी कौशिका भद्रा तथान्या भद्रभोजिका ॥ ४ ॥
कुन्तला "कोसला पारा यावनी कुर्कुरी तथा। मध्यदेशी च काम्बोजी "[मलया चा]न्त्यमा स्मृता ॥५॥।
द्विचत्वारिशतिः प्रोक्ता एता भाषा: प्रसंख्यया । एता विमृश्य कर्तव्यं गीतं गीतविचक्षणैः ॥ ६ ॥
लक्षणानि च सर्वेषां कथयिष्ये यथाक्रमम्। संक्षेपेण समस्तं तु न शक्यं त्रिदशैरपि ॥ ७॥
1 देविका ms. 2 सूरसेनिका ms. 3 वौधी ms. 4 मोदसंभवा ms. 5 मालवी ms. 6 कोशला ms. 7 Nous suggérons le passage [ ] d'après une interprétation probable des exemples donnés plus loin.
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CHAPITRE QUINZE 197
(20) Vedikā (des Vedda) (ou Vaudhikā du pays Oudh, région de Lucknow), (21) Kuśāvartā (des Kuśāvarta, Nord du Deccan), (22) Śūrasenikā (des Sūrasena, région de Mathura), (23) Bhoji (des Bhoja, région de Patna et Bhagalpur), (24) Gūrjarī (du Gujarat), (25) Romakī1 (du Ruma, pays du sel, au Sud d'Ajmer. Un peuple appelé Roman est mentionné dans le Vāyu- purāņa et le Mahābhārata), (26) Meda-sambhavā (ou Medī, des Mèdes), 3. (27) Māravī (du Maru ou Marvar à l'Est du Gujerat et au Sud de Dvārakā), (28) Kāna(ma?)-mūkhī (Egyptien?), (29) Devakī (des Devaka, peuple esclave vivant sur le continent-de-la-mouette, Krauñca-dvīpa2), (30) Pañcapattanā (de Pañca-pura, une ville mentionnée dans le Suka-saptati), (31) Saindhavi (du Sindh), (32) Kauśikā (des Kuśika, à l'Est du Bihar), (33) Bhadrā (des Bhadra ?), (34) Bhadra-bhojikā (des Bhadra-bhoja), 4. (35) Kuntalā (des Kuntala au Sud-Ouest de l'état d'Hydera- bad), (36) Kosalā (du Kosala, près d'Ayodyā), (37) Pārā (des Pāra, à l'Ouest des Monts Vindhya), (38) Yāvani (des grecs, Yavana), (39) Kurkurī (ou Kukkurī) (des Kurkura ou Kukkura, une peuplade mentionnée dans le Mahābhārata, le Visņu-purāņa et la Brhat-samhitā), (40) Madhya-deśī (du pays du centre), (41) Kām- bojī (des Kāmboja, au Nord de l'Afghanistan), (42) [Malayā (des Monts Malaya, pres de Mysore)].3 5.
Tels sont les langages décrits, au nombre de quarante-deux. Les experts en musique doivent composer des chants après les avoir etudies. 6. Je les définirai tous brièvement maintenant dans le même ordre. Les dieux mêmes ne sauraient les décrire entièrement. 7.
1 Romakī peut aussi vouloir dire des romains, mais cela semble improbable étant donné l'époque du texte. 2 Ce continent, entouré par la mer, semble être l'Afrique. 3 Le passage [ ] manque dans le ms. nous suggérons ce nom d'après une interprétation possible des exemples donnés plus loin.
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198 LE GĪTĀLAMKĀRA
[1. महाराष्ट्री] अथ देशी रल्ली भलवो सीहो कइया तिणतदियषिणे यथा। तह हलिओं2 विदुवग्घो णा इत्थो5 पडमभासाए।।८।।
[2. किराती] लिज्जाइअ अन्ने 'द्विट्ठं मंजिट्ठज्जं जुअं मुलायत्थं। तह गुत्थिओ पहट्ठो सुहियं रीणं किराई7ए ।। ९।।
[3. सौराष्ट्री] 1दुल्खं अजलजुत्तं गाहुडिगाहो तरो मंडो। सोरट्ठियाये भणिओ" तं दोहथीहओ'5 णासो ॥ १० ॥
[4. मागधी] अणकं डोअलसमओ14 मागहे भासाए पट्टभारयली। साहाला कंकोली 1भूवहुं तामरं भणियं ॥। ११ ।।
[5. लाटी] 1सुत्था एसा लत्थी" विरहं कुसुंभजं वत्थं18। 28दुलंघं अणजुत्तं तुंगीरयणी धवो भत्ता॥। १२ ॥
1 म्भी au lieu de ली Katre. 2 au lieu de ओं Katre. 3 हु au lieu de दु Katre. 4 जा au lieu de णा Katre. 5 त्थो (च्छो) au lieu de त्यो Katre. 6 स au lieu de सा ms. 7दि au lieu de द्वि Katre. 8 जं au lieu de जं Katre. 9च्छिउं au lieu de त्थिओ Katre. 10 इ au lieu de ई ms. et Katre. 11 डु au lieu de दु Katre. 12 3 au lieu de ओ Katre. 13 उ au lieu de ओ Katre. 14 3 au lieu de ओ Katre. 15 रू au lieu de भू Katre. 16 मुच्छा au lieu de सुत्था Katre .. 17 चछी au lieu de त्थी Katre. 18 2j au lieu de f2 ms. et Katre. 19 डुल्लांघं au lieu de दुललंघं Katre. 20.ख au lieu de रय Katre.
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CHAPITRE QUINZE 199
[1. Mahārāșțrī] Atha deśī Ralli1 bhalavo sīho kayiyā tiņataddiyașiņe yathā taha haliom2 vidu3vaggho na4ittho5 padamabhasā6ye. 8.
[2. Kirātī] Lijjāyia anne 7dvițtham mamjitthajjamjuam8 mulāyattham taha gutthio9 pahattho suhiyam rīņam kirāī10e. 9.
[3. Saurāșțrī] 11 Dullakham ajalajuttam gāhudigāho taro mamdo Soratțhiyāe bhanio12 tam dohathīhao13 ņāso. 10.
[4. Māgadhī] Aņakaņ doalasamao14 māgahe bhāsāye pațțabhārayalī sāhālā kamkolī 15bhūvahum tāmaram bhaņiyam. 11.
[5. Lāțī] Sutthā16 esā latthī17 viraham kusumbhajam vattham18 19dullamgham aņajuttam tumgīraya20nī dhavo bhattā. 12.
1 mbhī au lieu de lli, édition de S. M. Katre. 2 um au lieu de om, Katre. 3 hu au lieu de du, Katre. 4 jā au lieu de na, Katre. 5 ttho (ccho) au lieu de ttho, Katre. 6 sa au lieu de sã, ms. 7 ddi au lieu de dvi, Katre. 8 jam au lieu de jjam, Katre. 9 cchium au lieu de tthio, Katre. 10 ¿ au lieu de i, ms. et Katre. 11 du au lieu de du, Katre. 12 u au lieu de o, Katre. 13 u au lieu de o, Katre. 14 u au lieu de o, Katre. 15 rū au lieu de bhū, Katre. 16 mucchā au lieu de sutthā, Katre. 17 cchi au lieu de tthi, Katre. 18 tham au lieu de ttham, ms. et Katre. 19 dullamgham au lieu de dullamgham, Katre. 20 kha au lieu de raya, Katre.
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200 LE GĪTĀLAŅKĀRA
[6. गौडी] जाइलो जोइडवा1 पल्ली वग्घो परं सुवो सदो। आलासो विसकीडो 2त्थारो विरिवोअ गोलाए ॥ १३ ।।
[7. काश्मीरी] कासीरी अपयट्ठो मोरो केलो नरा हिवो तुंगो। विच्छेए तु विलासो तह सूरो पूरणो भ णओ&॥ १४ ॥
[8. पौरस्त्या] पज्जाए तासु पुरिसो दिट्ठं भणिअं महीसज्ञा। तह पुर हिल्लं खिचं अत्तासा सूहरो हीरो ॥ १५ ॥
[9. पश्चिमभाषा] मेहुणिहं तह भणिए तीरोपवलो अयंजुलो नउलो। अंपंचायाय मोरो रीहो मंकारो ॥ १६ ॥
[10. उत्कला] गिरियं लिये विघोसं तु .... पीवरो तदा भणिओ । सारंगो तह भसलो सारो सय उक्कवला ॥ १७ ॥
[11. पाख्चाली] पंचयभासो भणिया मयण. ........ रो तीरं। गीयं गुट्ठावद्ध . . . उ जांजा'लं वर्त्थं० व ।। १८ ।।
[12. पैशाची] तह वोलिया सहारो भल्लइ पिसु .... सव्वेयं"। पिंगलं तं नारी कंटार इत्तेहो॥ १९ ॥
1 वो au lieu de वा Katre. 2 छा au lieu de त्था Katre. 3 यं au lieu de ओ Katre. 4 उ au lieu de ओ Katre. 5 ज au lieu de जा Katre. 6 च्छं (त्थं) au lieu de तथं Katre. 7 Probablement पिसाइअं नेयं.
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CHAPITRE QUINZE 201
[6. Gaudī Jāyillo joyidavā1 pallī vaggho param suvo saddo ālāso visakīdo tthāro2 virivoa golāe. 13.
[7. Kāśmīrī] Kāsīrī apayattho moro kelo narā hivo tumgo vicchee tu vilāso taha sūro pūraņo bhaņio.3 14.
[8. Paurastyā] Pajjāe tāsu puriso dittham bhaņiyam mahīsajñā taha pura hillam khiccam attāsā sūharo hīro. 15.
[9. Paścima-bhāșā] Mehuņiham taha bhaņie tīropavalo ayamjulo naulo ampamcāyāya moro rīho maņkāro. 16.
[10. Utkalā] Giriyam liye vighosam tu ..... pīvaro tadā bhaņio4 sāramgo taha bhasalo sāro saya ukkavalā. 17.
[11. Pāñcālī] Pamcayabhāso bhaņiyā mayaņa ..... ro tīram giyam gutthāvaddha ... u jām5jālam vattham6 va. 18
[12. Paiśācī] Taha voliyā sahāro bhallai pisu ..... savveyam7 pimgalam taņ nārī kamțāra itteho. 19.
1 vo au lieu de vã, Katre. 2 chāro au lieu de tthāro, Katre. 3 yam au lieu de o, Katre. 4 um au lieu de o, Katre .- 5 ja au lieu de jã, Katre. 6 ccham (ttham) au lieu de ttham, Katre. 7 Peut être pisāiam neyam.
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202 LE GĪTĀLAMKĀRA
[13. म्लेच्छी] म्लेच्छीए पुल भणिओ2 तप्पिलि चहारा. .. गुज्जीतेलं आट्ठी जहा पुद्लं ।। २०।।
[14. तुरानी] तुरंवाराए स सघो3 सत्थारो भहिओ तहा कल्हो। इ० .... इत पुष्ककाकोओ आभणिया ॥२१॥
[15. सोमकी] इंदवहू ईदो "ओदासा लोहरिलो .... । [सो]म® या हि ओ० भ. .... ॥। २२ ॥
[16. चोलकी] ए ण1रणाहो भल्इ वहलो सुराहिओ" मसलो। वसुआ वदि हुसुकं सदं पुण पुरी इयत्थं।। २३।।
[17. काञ्ची] रलि15चछामो असमत्थो कंवीए पट्टव्वमणो तुंडं। सूवखयणं अरिपल्ली भणए बग्घो ॥ २४ ॥
[18. मालवी] रत्था1 .... असुलहो कूलग्घोणोअ . .... भणिओ15। "6उडअं तणव"कुरीरं मालिविए मेयलो विगो ॥ २५॥
1 मेच्छीए au lieu de म्लेच्छीए Katre. 2 3 au lieu de ओ Katre. 3 द्ो au lieu de घो Katre. 4 तहिउ au lieu de भहिओ Katre. 5 Katre omet इ. 6 3 au lieu de ओ Katre. 7 3 au lieu de ओ Katre. 8 मा au lieu de म Katre. 9 3 au lieu de ओ Katre. 10 न au lieu de ण Katre. 11 3 au lieu de ओ Katre. 12 त्थं (चछं) au lieu de थं Katre. 13 मिछा au lieu de लिच्छा Katre. 14 च्छा (त्था) au lieu de त्था Katre. 15 g au lieu de ओ Katre. 16 उज au lieu de उड Katre. 17 च au lieu de व Katre.
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CHAPITRE QUINZE 203
[13. Mlecchī] 1Mlecchīe pula bhaņio2 tappili cahārā ... gujjītelam ātțhī jahā pullam. 20.
[14. Turānī] Turamvārāe sa sagho3 satthāro bhahio4 tahā kalho i5 ... itta pușkakākoo6 ābhaņiyā. 21.
[15. Somakī] Imdavahū īdo 7odāsā loharilo ... [so]ma8yā hi 0 bha .... 22.
[16. Colakī] E na10ranaho bhallai vahalo surahio11 masalo vasuā vadi husukkam saddam puņa purī iyattham12. 23.
[17. Kāñcī] Rali 13cchāmo asamattho kamvīe patțavvamaņo tumdam sūvakhayaņam aripallī bhaņae vaggho. 24.
[18. Mālavī] Ratthā14. .. asulaho kūlagghoņoa .... bhaņio15 16udaam taņava17 kurīram mālivie meyalo viņgo. 25.
1 mecchie au lieu de mlecchīye, Katre. 2 u au lieu de o, Katre. 3 dyo au lieu de gho, Katre. 4 tahiu au lieu de bhahio, Katre. 5 Katre omet i. 6 u au lieu de o, Katre. 7 u au lieu de o, Katre. 8 ma au lieu de ma, Katre. 9 u au lieu de o, Katre. 10 na au lieu de na, Katre. 11 u au lieu de o, Katre. 12 ttham (ccham) au lieu de ttham, Katre. 13 bhicha au lieu de liccha, Katre. 14 cchā (tthã) au lieu de tthã, Katre. 15 u au lieu de o, Katre. 16 uja au lieu de uda, Katre. 17 ca au lieu de va, Katre.
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204 LE GĪTĀLAŅKĀRA
[19. काशी] लंपि उच्चा तह वोरी कासीए 'पिडरी चोरी। वेलुं पट्टउ वारं नाहणी ....... ॥ २६ ॥
[20. वेदी (वौधी?)] लुट्टं मोसो भणियं वेदीए कुरमरी तहा वंदी। हे*रंवो तह पडहो थेणो चोरो चलं पीलं ॥ २७ ॥
[21. कुशावर्ता] कुसुमउत्तय भासा तह च्छुरीच्छुरीया मुणेयत्था। पिडवलो . . ... द्वग्गो कूहंवाहापि 6अंजाला ॥ २८॥
[22. शूरसेनी ] संगा भल्लइ वग्गा सा पंतिकं च सूरसेणाए। भाइल ओं वर उर ओं अरिया असई मुणे अत्थ० ॥ २९॥।
[23. भोजी ] कूलं सेणा वच्छं' पुंडीए अंवियं च विवरीरं। भोजीका इरपुरिसो भडिल असई करीनाजी॥ ३॥
[24. गुर्जरी] छिंभु विभलइ असई गुज्जरभासाए माहरं संगं। वालुं किं 'हडियाजत1सं घासं खलं जुस्सं ।। ३१ ।।
1 पिजरी au lieu de पिंडरी Katre. 2 चेलं au lieu de वेलुं Katre. 3 दूं au lieu de टूठं Katre. 4 ₹ au lieu de ₹ Katre. 5 ओ au lieu de अं Katre. 6 त्था (च्छा) au lieu de त्थ Katre. 7 च्छं (त्थं) au lieu de च्छं Katre. 8 छिचु au lieu de छिंभु Katre. 9 हु au lieu de ह Katre. 10 Katre omet सं घा. 11 हुसं au lieu de जुस्सं Katre.
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CHAPITRE QUINZE 205
[19. Kāśī]- Lampi uccā taha vorī kāsīe 1piņdarī corī 2velum patțau vāram nāhaņī .... 26.
[20. Vedī (Vaudhī ?)] Luțtham3 moso bhaņiyam vedīe kuramarī tahā vamdī hera4mvo taha padaho theņo coro calam pīlam. 27.
[21. Kuśāvartā] Kusumauttaya bhāsā taha cchurīcchurīyā muņe yatthā piņdavalo ... davaggo kūhamvāhāpi 5amjālā. 28.
[22. Śūrasenī] Saņgā bhallai vaggā sā pamtikkam ca sūraseņāe . Bhāyila om vara ura om ariyā asayī muņe attha6. 29.
[23. Bhojī] Kūlaņ seņā vaccham7 pumdīe amviyam ca vivarīram Bhojīkā irapuriso bhadila asaī karīnājī. 30.
[24. Gūrjarī] Chim8bhu vibhalaī asaī gujjarabhāsāe māharam samgam vālum kim 9hadiyājata10sam ghāsam khalam jussaņ11. 31.
1 pijarī au lieu de pimdarī, Katre. 2 celam au lieu de velum, Katre. 3 ddham au lieu de ttham, Katre. 4 ra au lieu de ram, Katre. 5 o au lieu de am, Katre. 6 tthã (ccha) au lieu de ttha, Katre. 7 ccham (ttham) au lieu de ccham Katre. 8 chicu au lieu de chimbhu, Katre. 9 hu au lieu de ha, Katre. 10 Katre omet sam ghā. 11 husam au lieu de jussam, Katre.
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206 LE GĪTĀLAMKĀRA
[25. रोमकी] रोमयभासा भणिओ1 पावी सघो सहारवो वडवो। वंगं तह अकलंकं विसलं सज्जं वियाणेहि॥ ३२॥
[26. मेदी] गंदी मंगलतूरं जगरं कवचं मुणेयत्थं। परिघो परिवारो कलिवं कंठं च मेयभासाए॥ ३३ ॥
[27. मारवी] मारवभासा भणिओ धवलो सूरो अमंगलो अग्गी। चंपं तह विट्ठु8 पुत्थं4 पुरिसो 'कलो मली घुसिउं॥ ३४॥
[28. कानमूखी] इम्हो तह यवलद्दो हरिसो चंदो अकाचपओ। साहीलं सुपउत्तं मंकं दिस"हं तु लावंदी ॥ ३५ ॥।
[29. देवकी] हयमीए. . भालच्छी 'फलो कूओ1 सुहासिअं11 सेलं। उददासो संताओ12 चडे'5 णअं लज्जियं भणियं ॥ ३६॥
[30. पञ्चपत्तनी] आहच्चं अंसं .... सीलं हसससिअं च पंचपट्टली भणिए। मंडलओ14 तह सुणओ15 ताही लि16त्थणि सा"लिदा । ३७।।
1 3 au lieu de ओ Katre. 2 3 au lieu de ओ Katre. 3 चुछु au lieu de ट्ट Katre. 4 wg au lieu de थ Katre. 5 कीरो au lieu de कलो Katre. 6 ॐ au lieu de ओ Katre. 7 य au lieu de स Katre. 8 ता au lieu de भा Katre. 9 फारो au lieu de फलो Katre. 10 g au lieu de ओ Katre. 11 हं au lieu de अ Katre. 12 3 au lieu de ओ Katre. 13 ढे au lieu de डे Katre. 14 3 au lieu de ओ Katre. 15 3 au lieu de ओ Katre. 16 =g au lieu de थ Katre. 17 भि au lieu de लि Katre.
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CHAPITRE QUINZE 207
[25. Romakī] Romayabhāsā bhaņio1 pāvī sagho sahāravo vadavo vamgam taha akalamkam visalam sajjam viyāņehi. 32.
[26. Medi] Gamdī mamgalatūram jagaram kavacam muņeyattham parigho parivāro kalivam kamțham ca meyabhāsāe. 33.
[27. Māravī] Māravabhāsā bhaņio2 dhavalo sūro amamgalo aggī campam taha vitthu3 puttham4 puriso 5kalo malī ghusium. 34.
[28. Kānamūkhī] Imho taha yavaladdo hariso camdo akācapao6 sāhīlam supauttam mamkam disa7ham tu lāvamdī. 35.
[29. Devakī] Hayamīye .... 8bhalacchi phalo9 kuo10 suhāsiam11 selam uddāso samtāo12 cade13 ņaam lajjiyam bhaņiyam. 36.
[30. Pañcapattanī] Āhaccam amsam ... sīlam hasasiam ca pamcapațțalī bhaņie mamdalao14 taha sunao15 tahi littha16ni sali17ddha. 37.
1 u au lieu de o, Katre. 2 u au lieu de o, Katre. 3 cchu au lieu de tthu, Katre. 4 ccham au lieu de ttham, Katre. 5 kīro au lieu de kalo, Katre. 6 um au lieu de o, Katre. 7 ya au lieu de sa, Katre. 8 tā au lieu de bhā, Katre. 9 pharo au lieu de phalo, Katre. 10 u au lieu de o, Kare. 11 ham au lieu de am, Katre. 12 u au lieu de o, Katre. 13 dhe au lieu de de, Katre. 14 u au lieu de o, Katre. 15 u au lieu de o, Katre. 16 ccha au lieu de ttha, Katre. 17 bhi au lieu de li, Katre.
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208 LE GĪTĀLAMKĀRA
[31. सैन्धवी] सिंदयभासा भणिए तहापवलो भूपियासिओ2 हेरो। दोलं व ओ महो सहउं गवलं अवसेहिसं भलियं॥ ३८ ॥
[32. कौशिका] तहा कासिया4 भल्इ दुहिया .... ..... र्सो। [सो]हि णवो पिंडारो मउली थूणी "पअमधरे०॥ ३९॥
[33. भद्रा] "भद भणाए तह . 'वियगो रोगी ... सीसी।
[34. भद्रभोजिका] जलणं भल्लइ दीणं हत्थो साहापवो ईवा ॥ ४० ॥
[35. कुन्तला] कु ..... व इषहीरा लज्जा खलो कोणो। पासंडं 1नितुवेदव्वं घीओ"1 पहरो स1इ सन्नी ॥ ४१॥
[36. कोसला] तह 1कोसलय भणिओ" मुखो ठेरो असीविओ'5 साही। गोला भणई नाई थेरो कसरो मओ1 न हरो ॥ ४२॥
1 सिद्ध au lieu de सिंद्द Katre. 2 उ au lieu de ओ Katre. 3 उ au lieu de ओ Katre. 4 Probablement कोसिआ. 5 पऊ au lieu de पअ Katre. 6 धरो au lieu de धरे Katre. 7सद्द au lieu de भद्द ms. et Katre. 8 ह au lieu de ह ms. 9 चि au lieu de वि Katre. 10 निड au lieu de नितु Katre. 11 3 au lieu de ओ Katre. 12 g au lieu de ₹ Katre. 13 कोम au lieu de कोस Katre. 14 g au lieu de ओ Katre. 15 उ au lieu de ओ Katre. 16 नुं au lieu de ओ Katre.
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CHAPITRE QUINZE 209
[31. Saindhavī] Siņdda1yabhāsā bhaņiye tahāpavalo bhūpiyāsio2 hero dolam va o3 maho sahaum gavalam avasehisam bhaliyam. 38.
[32. Kauśikā] Tahā kāsiyā4 bhallayi duhiyā ..... sso. [so]hi ņavo pimdāro maulī thūņī paa madhare6. 39.
[33. Bhadrā] 7bhadda bhaņāe taha8 .. 9viyago rogī .. . sīsī
[34. Bhadrabhojikā] Jalaņam bhallai dīņam hattho sāhāpavo īvā. 40.
[35. Kuntalā] Ku ..... va ișahīrā lajjā khalo koņo pāsamdam nitu10vedavvam ghīo11 paharo sa 12i sannī. 41.
[36 .. Kosalā] Taha ko13salaya bhanio14 mukho thero asīvio15 sāhī gola bhanai nai thero kasaro mao16 na haro. 42.
1 siddha au lieu de simdda, Katre. 2 u au lieu de o, Katre. 3 u au lieu de o, Katre. 4 Peut être kosiā. 5 pau au lieu de paa, Katre. 6 dharo au lieu de dhare, Katre. 7 sadda au lieu de bhadda, ms. et Katre. 8 ham au lieu de ha, ms. 9 ci au lieu de vi, Katre. 10 u au lieu de tu, Katre. 11 u au lieu de o, Katre. 12 ha au lieu de i, Katre. 13 ma au lieu de sa, Katre. 14 u au lieu de o, Katre. 15 u au lieu de o, Katre. 16 num au lieu de o, Katre. 14
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210 LE GĪTĀLAŅKĀRA
[37. पारा] टिघी भणइ विलओ' पूसोकीलो पलेविअं सरिअं। मल्लाणियाय जणणी पाराए अट्किया वहिणा ।। ४३ ।।
[38. यवनी] जारणभासा ..... ओ' गोडुखिली तहा वेशा। ... लिरि 'भल्लई स सवो कुहुणी रत्था० महो जत्ता"॥ ४४॥
[39. कुर्कुरी] सुणह वाकुरी एसेट्ठी8 ...... • होतघो। अलु अंगो कलपन्नो सवलो णचलो फरोक . . . . ॥ ४५॥
[40. मध्यदेशी] भणइंद वीरंरा मंशिमभासाए वारिअं पीअं। लंवोसा . . . . 1ठ ठ ठ ठ कुट्ठिलिदो"लासर .... ॥ ४६ ॥
1 3 au lieu de ओ Katre. 2 ui au lieu de णा Katre. 3 3 au lieu de ओ Katre. 4 दु au lieu de ड ms. 5 भल्लारि au lieu de भल्लई Katre. 6 च्छा (त्था) au lieu de त्था Katre. 7 सां au lieu de ता Katre. 8 ट्ो au lieu de ह्वी Katre. 9 au lieu de g Katre. 10 Katre omet ठ ठ ठ ठ. 11 द्दा au lieu de द्दो Katre.
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CHAPITRE QUINZE 211
[37. Pārā] Țighī bhaņai vilao1 pūsokīlo paleviam sariam mallāņiyāya jaņaņī pārāe ațkiyā vahiņā2. 43.
[38. Yavanī] Jāraņabhāsā . .. o3 godu4khilī tahā veśā . . lliri 5bhallaī sa savo kuhuņī ratthā6 maho jattā7. 44.
[39. Kurkurī] .. . suņaha vākurī esetthī8 .. hotagho alu9 amgo kalapanno savalo ņacalo pharoka ... 45.
[40. Madhyadeśi] Bhaņaiņda vīramrā mamsimabhāsāe vāriam pīam lamvosā ... 10țha tha tha tha kutthiliddo11lāsara ... 46.
1 u au lieu de o, Katre. 2 nām au lieu de nā, Katre. 3 u au lieu de o, Katre. 4 du au lieu de du, ms. 5 bhallāri au lieu de bhallai, Katre. 6 cchā (tthâ) au lieu de tthã, Katre. 7 ttām au lieu de ttā, Katre. 8 ttho au lieu de tthi, Katre. 9 lum au lieu de lu, Katre. 10 Katre omet tha tha tha tha. 11 dda au lieu de ddo, Katre. '
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212 LE GĪTĀLAMKĀRA
[41. काम्बोजी] ..... भणइद'रो 'ओकंडोव' *कंबुजाईए।
[42. मलया] संखो वंदीह जीहो गावोकसलो मलोयीले॥ ४७ ॥
उदाये गेयं भलं सुकलं तुली वीणा। तोलो तह यपसारो "सुत्थाणयलो भणिअ ॥४८ ॥
इति भाषालक्षणाध्यायः8
इति भरतकृतो10 गीतालंकारो11 वादिमत्तगजाङकुश:12 समाप्त. 13
1 दो au lieu de दं Katre. 2 ओं au lieu de ओ Katre. 3 ठोव au lieu de डोव Katre. 4 कंचु au lieu de कंबु Katre. 5 भीलो au lieu de यीले Katre. 6 En Prakrt dans le texte. 7मुच्छा au lieu de सुत्था Katre. 8 ॐ au lieu de अ Katre. 9 भाषालक्षणमध्याय: ms. 10 कृतं ms. 11 कारं ms. 12 गजांकुशं ms. 13 समाप्तम् इति ms. Après le colophon, le ms. ajoute le mot sfa et les vers suivants qui sont probablement un exercice de copiste et dont la terminologie est très postérieure. नादग्रामपदस्वरा विधिगुणा वर्णालयास्तानका आलप्तिर्गमकाश्च तालरचना ज्योति: कला मूर्छनाः। शुद्धाख्या गुरुरागरंगभरणा देशी च सालंगका नादस्यापि समस्त,सूत्रघटनास्थानान्तरं पातु वः ॥
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CHAPITRE QUINZE 213
[41. Kāmbojī] ... bhaņaidam1ro 2okamdo3va kambujāīe. [42. Maļayā] Saņkho vamdīha jīho gāvokasalo maloyīle.5 47.
6 Uddāye geyam bhallam sukalam tulī vīņā tolo taha yapasāro ?sutthāņayalo bhaņia8. 48.
(Tous ces [styles-de-chant] doivent être chantés sans timidité (uddāma), élégamment (bhadra), mélodieusement (sukala) en suivant la vinā dont le jeu doit être de même et le temps et le lieu bien choisis.)
Fin du chapitre [quinze] « Définition des langages (bhāsā) »
Fin du Gītālamkāra (Rhétorique musicale), le crochet qui contrôle les éléphants ivres que sont les adversaires, composé par Bharata.
1 do au lieu de dam, Katre. 2 om au lieu de o, Katre. 3 tho au lieu de do, Katre. 4 cu au lieu de bu, Katre. 5 bhīlo au lieu de yīle, Katre. 6 En Prākrt dans le texte. 7 muccha au lieu de suttha, Katre. 8 om au lieu de a, Katre.
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APPENDICE
TABLEAU COMPARATIF DES ÉCHELLES MODALES (MŪRCHANĀ) DANS LES DIFÉERENTS GROUPES DE TEXTES
I IIa IIb Purāņa, Nātya-šāstra, Nārada cité par le Nāradīya-śikșā Nānya-deva citant Bha- Samgīta-ratnākara et Sam- rata, Samgīta-makaranda gīta-makaranda (pour le (pour le Sa et le Ma Ga grāma) grāma) et la plupart des textes classiques
Şadja-grāma Sadja-grāma Mūrchanā des sages Mūrchanā des sages
d'après Kallinatha (1. Uttaramandrā de Sa) 1. Uttaravarnā1 de Sa de Sa 1. Uttaramandrā de Sa 7. Abhirudgata de Ri 2. Abhirudgata de Ri de Ni 2. Atirudgatā de Ri 6. Aśvakranta de Ga 3. Asvakranta de Ga de Dha 3. Aśvakrāntā de Ga 5. Matsarīkrtā de Ma 4. Sauvīrī de Ma de Pa 4. Sauvira de Ma 4. Suddha-sadjā de Pa 5. Hrsyakā de Pa de Ma 5. Hrsyaka de Pa 3. Uttarāyatā de Dha 6. Uttarāyatā de Dha de Ga 6. Uttarāyatā de Dha 2. Rajanī de Ni 7. Rajanī de Ni de Ri 7. Rajanī de Ni 1. Uttaramandrã de Sa
Madhyama-grāma Madhyama-grāma Mūrchanā des Ancêtres Mūrchanā des Ancêtres
(1. Sauvīri de Ma) 1. Āpyāyanī 1. Āpyāyanī 7. Hrsyakā de Pa 2. Viśvabhrtā 2. Viśvabhrtā 6. Pauravi de Dha 3. Candrã 3. Cāndrã 5. Mārgī de Ni 4. Hema 4. Haimā 4. Śuddha-madhyā de Sa 5. Kapardini 5. Kapardinī 3. Kalopanatā de Ri 6. Maitri 6. Maitri 2. Harināśvā de Ga 7. Cāndramasī 7. Bārhatī 1. Sauvīrī de Ma
1 L'interprétation de Kallinatha qui fait partir Uttaravarņā de Sa, Abhirudgatā de Ni, etc. dans le système de Nārada semble erronée. Nänya-deva en donne l'interprétation correcte conforme à la Nāradīya-siksā et au Gītālamkāra.
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216 LE GĪTĀLAŅKĀRA
Gāndhara-grãma Gāndhāra-grāma (Purāņa et Nānya-deva) Mūrchanā des Dieux Mūrchanā des Dieux
(1. Alāpī(ou Ālāpa) de Ga) 1. Nandā 1. Nandī 7. Pañcāyatā de Ma 2. Viśālā 2. Viśālā 6. Sadjā de Pa 3. Sumukhi 3. Sumukhi 5. Uttara-gāndhārī de Dha 4 Citrā 4. Citrā 4. Śuddha-gāndhārī de Ni 5. Citravati 5. Citravati 3. Nandani de Sa 6. Sukhā 6. Sukhā 2. Krtrimā de Ri 7. Ālāpā 7. Balā 1. Alāpā de Ga
IIc III Gītālamkāra (VI. 12, 19 & 28) Samgīta-dāmodara et Samgīta-šāstra(cité dans le Sabda-kalpa-druma)
Subhadra-grāma (Gāndhara-grāma) Sadja-grāma 1: Uttarā de Sa (1. Lalitā de Sa) 2. Udgatā de Ri 7. Şaņdamadhyā de Ri 3. Vājī de Ga 6. Sauviri de Ga 4. Sauvīri de Ma 5. Matangajā de Ma 5. Hrsikā (Rşikā?) de Pa 4. Rohiņī de Pa 6. Vidheyā de Dha 3. Citra de Dha 7. Yatikā de Ni 2. Madhyama de Ni 1. Lalitā de Sa
Jīmūta-grāma (Rșabha-grāma) Madhyama-grāma 1. Āpyāyanī de Sa (1. Pañcamā de Ma) 2. Viśvabhṛtā de Ri 7. Tīvrā de Pa 3. Candrä de Ga 6. Kalāvatī de Dha 4. Hemā de Ma 5. Antā de Ni 5. Kapardinī de Pa 4. Śuddhā de Sa 6. Maitri de Dha 3. Mrdu-madhyā de Ri 7. Bārhaspatī de Ni 2. Matsari de Ga 1. Pañcamā de Ma
Nandyāvarta-grāma (Șadja-grāma) Gāndhāra-grāma 1. Nandi de Sa (1. Raudrī de Ga) 2. Vibhā de Ri 7. Viśālā de Ma 3. Suvaktrā de Ga 6. Nādavatī de Pa 4. Citrã de Ma 5. Surā de Dha 5. Citravati de Pa 4. Khecari (Khedari) de Ni 6. Sukhā de Dha 3. Vaişnavī de Sa 7. Subalā de Ni 2. Brāhmī de Ri 1. Raudri de Ga
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INDEX
AUTEURS, OUVRAGES ET TERMES SANSCRITS
Abhaya, 27 Abhinava-bhāratī, xxx apa-hāsa, 149
Abhinava-gupta, viii, xxx, 151, 156, apa-hasita, 149
157, 158, 159, 163 apāmārga, 27
Abhinaya-darpana, 151 Apāna, 61
Abhinaya-lakşaņa, xxxii, 51, 69, 150 apatya, 164
Abhīra, 191 apatya-varna, 186, 187
Abhīra, 167, 191 apaśabda, 41
Ābhīrī, 167, 190, 191 apaśabda-samkīrņa, 40, 41
Ābhīrika, 191 apavāda, 157
Abhirudgatā, 85 Apāyinī, 91
abhyāsa, 20, 21 Apratīka, 105, 112, 113
Ādi-Bharata, vi, xxxii Apyaini, 91
adbhuta, 151, 162, 163 āranāla, 31 ārāva, 187 Agni, vi, 71 Agni-purāņa, 150, 151, 152, 153 artha-viśesa, 159
Ahira, 191 ārya, 155
Ahīrī, 191 āścarya, 163
Ahobala, xxxi asita, 51
Aja, xxiv, xxvi, 109, 124, 125 aśraddheya, 40, 41 Aśva-krānta, xxii, xxv, 85, 95, 107, akşara, 131, 145 118, 119 āksepa, 157 Aśvatara, ix, 5 alamkāra, xvi, 75 āsya, 47, 147, 149 alamkrta, 9, 14, 15 asya-laksana, 146 ālāpa, 25 Atharva, 73 Ālāpā, 85, 91 ati, 41 alaukika, 38, 39 ati-śveta 153 amāngalyāksara, 38, 39 ati-hasita, 149 amāngalyārthaka, 44, 45 Atri, 71 Amara-kośa, xxx, 52, 53, 64, 134, 135 atța-hāsa, 149 Ambarikā, 191 Ātura, xxv, 107, 120, 121 amoha, 159 Aumāpata, 69 Andhāli, 167, 188, 189 avişāda, 159 anga-vikāra, 159 āngika, 149 avismaya, 159
Āñjaneya, viii, 183, 185, 191 avyakta, 33 Ayodhyā, 197 anişta-pada-vinyāsa, 40, 42, 43 Āyuşya, xxiii, xxvi, 107, 109, 122, 123 anișțārtha-pada-nyāsa, 40, 41 antara, 67 Balā, 95, 91 antara Gāndhāra, xix bala, 119 anudruta, 131 Bala-rāma, 167, 191 anunāsika, 33 Bālarāma-bharata, 153 Anūpa-rāga-sāgara, xxxii Bali, 119 Anūpa-simha, xxxii Bārhaspatī, 85, 91, 94, 95 anustup, 155 Bārhatī, 95
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218 LE GĪTĀLAMKĀRA
Basava-rāja, xxxi Brahma, xxv, 107, 120, 121 bhadra, 213 Bhadra, 197 brāhmaņa, 171 brāhmī, 27 Bhadra, 197, 208, 209 Brāhmya, 121 Bhadra-bhoja, 197 Brhaddeśi, vii, xi, xiii, xv, xix, xxvii, Bhadra-bhojikā, 197, 208, 209 xxx, 50, 52, 54, 56, 58, 60, 52, 64, Bhaika, xxv, 107, 122, 123 68, 69, 70, 71, 74, 83, 102, 171, 181, Bhairava, 143, 145, 164, 167, 173, 189, 191 174, 175 Brhaddharma-purāna, 179 Bharata, v, vi, vii, viii, ix, 3, 37, 46, 49, 85, 101, 131, 149, 167, 213 Brhaspati, ix, 91, 167, 193 Brhat-samhitā, 197 Bhārata, v Bharata-bhāsya, xi, xxxii, 9, 32, 46, 48, 50, 52, 53, 56, 57, 58, 59, 60, 64, cācapuța, xv
65, 66, 67, 69, 70, 71, 85, 90, 94, caccatpuța, xv
102, 135, 138, 150, 151 Cala, xxv, 107, 118, 119 Cāndramasī, 85 Bharata-kośa, x, xi, xxx, xxxii, xxxiii, 8, 9, 10, 14, 18, 26, 28, 29, 30, 31, Cāndrī, 91, 92, 93
32, 46, 74, 76, 78, 80, 82 86, 87, 88, Cataka, 69, 133
89, 90, 91, 92, 94, 95, 96, 98, 99, Caturangiņī, 177
100, 101, 102, 103, 104, 106, 107, Caturdandi-prakāśikā, xxx, 173, 177, 181, 187, 189, 191, 193 108, 127 Bharata-kalpa-latā-mañjarī, xi, xxx Catur-mūla, 164, 176, 177
Bharata-vrddha, vi Catvārimśacchata-rāga-nirūpaņa, ix, xxxi,
Bhāratī, 23 24, 25, 52, 54, 56, 58, 60, 62, 65,
Bharga, 5 68, 69, 167, 179, 185, 189, 193
Bhārgava, 71 chāyālaga, 25
bhāsā, xi, 21, 47, 49, 195, 213 Citra, xxii, xxv, 107, 116, 117
Bhāsā, 164, 180, 181 Citrā, 85, 88, 89 Citra-pada, xxii, xxv, 107, 116, 117 bhasanga, 25 bhāsā-lakșaņa, 194 Citravati, 85, 88, 89
Bhāşika-sūtra, xiv Citrāvatī, 85, 89
Bhatta-śobhākara, xv, xxxi, 33, 34, 57, citta-hṛt, 87
63, 64, 65, 66, 67, 138, 139 citta-tāpāpahāriņī, 87 Cola, 195 bhāva, 163 Bhava-bhatta 177, 183, 189 Colaki, 195, 202, 203
Bhāva-prakaśana, 130, 131, 135, 153, Daivaka, 107, 114, 115 154 bhayānaka, 151, 160, 161 Daivika, XXV
Bhīma, xxv, 107, 118, 119 Daksa, 71
Bhīma-krta, xxv, 107, 118, 119 Dakşiņī-rāga-mālā, xi, xxxii, 50, 51, 69
Bhīmakrti, 119 Dākşiņātya, 164, 182, 183 Dāmodara, xxxi Bhīma-sena, ix Dattila, xv, 5, 130, 131, 135 bhīta, 33 Bhoja, 197 deśika, 167
Bhojī, 197, 204, 205 devadārī, 27
bhūriśaḥ, 41 Devaka, 197
bībhatsa, 151, 156, 157 Devakī, 197, 206, 207
bījapūra, 27 Deva-krī, 193
bīja-pūraka, 29 Deva-krta, 167, 192, 193
bilva, 27 Deva-krti, 193
Brahmā, vi, 71, 95, 107, 171 188, 189 Devāla, 185 Devālaya, 164, 184, 185
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INDEX 219
Devaņācārya, xxxiii, 150, 152 Dhaivata, 49, 51, 61, 62, 64, 67, 69, Garuda, 113
73, 77, 79, 81, 99, 111, 113, 115, Gāruda, xxv, 107, 112, 113 125, 127, 129 garva, 157
dhani, 71 Gauda, 164, 185, 195 dhānya, 27 Gaudi, 164, 184, 185, 195, 200, 201 Dhānyakātmakā, 164, 186, 187 gaura, 155
Dhānya-samātmakā, 164, 187 Gaurī, 3, 167
Dhanyāsī, 187 Gaurī-kānta, xi, xxxiii, 7 Dhanyāśrī, 187 gāyana-doșa, 24, 25
dharma-gīta, 5 gayana-guņa, 24, 25
dhāraņa, 25 gāyatrī, 139
dhāvan, 63 Geha, xxiv, xxvi, 107, 124, 125
dhīvān, 63 ghana, 135
dhūsara, 153 ghora, 75
Dīrgha, xxv, 107, 120, 121 gīta, 3, 8
dīrgha, 131, 133 gītābhyasa-samaya, 22
Drāvidī, 167, 188, 189 gīta-doșa, 32, 33
druta, 131, 135, 141 gīta-guņa, 22, 23
druta laya, 137 gītaka, 5
Durgā-śakti, 187 Gītālamkāra, vi, vii, viii, ix, x, xi, xii, Dvārakā, 197 143
dvi-mātra, 137 Gīta-lakşaņa, 2, 3 gītānga, 7, 46, 47, 49, 147 Gīta-prakāśa, xxxii, 69 eka-mātrā, 137 Gīta-śāstra, xi eka-tāna, xx, 103 eka-tāra, xx gītasya bhedāh, 147
elā, 27 gitopāya, 20, 21 Gir, 3
Ga grāma, xviii Gopucchã, xv, 143, 145
Gaja-krānta, xxv, 107, 118, 119 Go-pucchã yati, 145
gamaka, 25 grāma, xi, xiii, xiv, xvi, xvii, xviii, xix, xx, xxix, 47, 74, 75, 76, 77, gana-sarasvatī, 167 Gāna-śāstra, viii, x, xiii, xxxii, 2, 3, 4, 8, 78, 83, 85, 101, 191
22, 24, 32, 34, 36, 48, 49, 66, 68, 69, grama-laksana, 74
70, 72, 73, 166, 167, 168, 169 grāmya-śabda, 38, 39 Grīsma, 23 Gaņdakārāvā, 164, 186, 187 gandha, 57 gudūcī, 27
Gāndhāra, xiii, xvii, 13, 49, 51, 56, 57, Guņa, xxv, 107, 109, 122, 123
67, 69, 71, 73, 75, 77, 79, 81, 87, Gunacandra, xxxi Gunakali, 175 93, 97, 123, 125, 127, 129, 137, 164, Gūrjarī, 197, 204, 205 178, 179 Gāndhāra-grāma, xiii, xvii, xxviii, xix, guru, 131
77, 85, 96, 101 Hahā, ix, 5 Gāndhārī, 179 Hamsa, 107 gandharva, ix, 5, 35, 57, 153, 173, 179 Hanumān, 167 Gandharva-rāja, ix, xxxii, 52, 54, 56, Hanumat, viii 58, 60, 62,65 Hara, 87 Gāndharva-veda, v, ix, xi, xxxii, 20, 21, 22, 23, 26, 27, 32, 34, 48, 69, 168, Haripāla, xxxi, 150, 151 hasita, 149
Gāndharva-vidyā, xxxii 169 -hāsya, 147, 149, 151, 158, 159 hāsya-rasa, 147
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220 LE GĪTĀLAMKĀRA
Hema, 91, 92, 93 Hemanta, 23 kapila, 153
hīnopama, 36, 37, 44 kapota, 153
hīnotpreksa, 36, 37 karaņa, 167
Hrasva, xxv, 107, 120, 121, 131, 133 karañja, 27
hrdya-śabda, 25 karavīra, 27
Hrsīkā, 85, 95, 98, 99 kārikā, 155
Hrsyakā, 85, 99 Karnāțaka, viii
Huhū, ix, 5 karuņa, 151, 160, 161, 179 kāśa, 29 kaşāya, 153 Jagaddhara, 167 Kāśī, 195, 204, 205 jagatī, 139 Kāśi-sambhavā, 195 Jambuka, 109 Kāśmīrī, 195, 200, 201 Janaka, ix, 5 kāsthā, 131 jāti, 75 Kaśyapa, viii, xiii, 167, 187 jātīpatra, 27 Kathā-sarit-sāgara, 195 Jaya, xxi, xxv, 105, 110 Jīmūta, xvii, xviii, 77, 79, 91, 93, 109, Kātyāyana-śrauta-sūtra, xiv, 103
117, 121, 123 Kauśika, 164, 170, 171 Kauśikā, 197, 208, 209 Jīmūta-grāma, xvii, xxii, xxv, xxviii, 107, 109, 122 kāvya, 21, 151
Jīmūta-grāma-mūrchanā, 90, 91 Kāvya-prakāśa, 20, 21, 153
Jīmūta-grāma-tāna, 116 Keśa, 39 ketakī, 29 khadira, 27 Ka, 188, 189 khādira, 29 kadamba, 27 Kailāsa, 9, 167 Kīkarāja, xxxiii
kākalī, xix, 67 Kinnara, 27 Kirāta, 195 kāka-svara, 33 Kirati, 195, 198, 199 kāku, 25 Kohala, viii, 68, 69 kāla, 131, 135 Kohala-Bharata, vi kalā, 135 kalatrāngastava, 44, 45 Kosala, 197
kalāya, 27 Kosalā, 197, 208, 209
Kallinātha, viii, xxix, xxxi, 52, 53, 54, Krauñca-dvīpa, 197
55, 56, 57, 58, 59, 60, 61, 62, 63, 64, kriyanga, 25
75, 130, 131, 138, 168, 169, 183, krodha, 159 Krsna, xxii, xxv, 39, 107, 114, 115, 185,191 116, 117, 153, 191 Kāma-deśa, xvi Kambala, ix, 5 krtaka, 161
Kāmbhoja, 197 Krtsna, 107
Kāmbhojī, 197, 212, 213 kşatriya, 171
Kāmoda, 167, 188, 189 ksaya, 41
Kāna(ma)mūkhī, 197 Ksīra-svāmin, xxx, 52, 53, 64, 134, 135 Kanamūkhī, 206, 207 Kāñcī, 195, 202, 203 Kubera, 35, 71
Kanthādi, 164, 176, 177 Kukkura, 197
Kanthakādi, 164 Kukkurī, 197
kaņtha-śuddhi, 20, 21, 26 Kumbha, xxxiii, 28, 29, 30
Kapardikā, 164, 182, 183 kumuda, 93
Kapardini, 91, 92, 93 Kuntala, 197
Kapila, 71 Kuntalā, 197, 208, 209 Kurkura, 197
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INDEX 221
Kurkurī, 197, 210, 211 kuśa, 29, 171 Mangala, xxv
Kuśāvarta, 197 Māngalya, 105, 110, 111
Kuśāvartā, 197, 204, 205 Māngalyā, 164, 184, 185
Kuśika, 164, 171, 197 Māravī, 197, 206, 207
kușțha, 27 Marga, 143, 164, 172, 173 Mārga-hindola, 167
ladduka, 39 Mārgī, 95
laghu, 131 Mārkandeya-purāna, ix, XV
laghūtpreksa, 44, 45 Maru, 167, 197
Laksmi, 3, 171 Māruta, 107
lambita, 135 Matanga, vii, 52, 53, 54, 55, 56, 57,
lambita-laya, 135 58, 59, 60, 61, 62, 64, 167, 168, 169,
Lāța, 164, 183, 195 183, 185, 187, 191
Lāțī, 164, 182, 183, 195, 198, 199 Matanga-Bharata, vi
laya, xv, xvi, 25, 47, 135, 143 Mathura, 197
laya-laksana, 134 mātra, 47, 77, 131, 133, 135, 137, 141
layana, 135 mātrā-lakșana, 130 Meda-sambhavā, 197 Locana, xxxi Medi, 197, 206, 207 Megha-rāga, xii, 164, 171, 172, 173 Mã, 175 Megha-rañianī, 173 madhura, 9, 16, 17 Meru, 91 Madhu-karī, 164, 180, 181 Mitra, xxi, xxv, 91, 93, 105, 112, 113 Madhu-mādhava, 23 madhya, 135, 139 Mleccha, 195
Madhya-deśī, 197, 210, 211 Mlecchi, 195, 202, 203
Madhya-laya, 137 moha, 159
Madhyama, xiii, xvii, xviii, 49, 51, 58 moksa, 4
59, 67, 69, 71, 73, 77, 89, 93, 97, Mrga-vallabha, 164, 184, 185
117, 119, 121, 123, 137 Mūrchā, 167, 190, 191
Madhyamādi, 167, 177 mūrchanā, viii, xii, xvi, xxvi, xxvii, xxviii, xxix, 47, 83, 84, 85, 87, 89, madhya-grāma, xvii, xxviii, 95 90, 91, 93, 94, 95, 97, 99, 101 Madhyama-grāma, xxviii, xxix, 90, 95 mūrchanā-laksana, 82 Magadha, 195 Māgadhī, 195, 198, 199 Nāda-dīpikā, xxxii, 74, 75 Ma grāma, xxviii Mahabharata, ix, xiv, xv, 103, 143,195,197 nāda-grāma, 75 nāga, ix Mahābhairava, 143 Nandā, 85 Mahabhairava yati, 145 Nandi, 85, 86, 87 Maharsi, 193 Nandi-bharata, vi Mahārāstrī, 195, 198, 199 Nandikeśvara, viii, xxxii, 167 Maheśvara, 68 Nandin, 9 Maitra, 105 Nandyavarta, xvii, xviii, xxviii, 77, 79, Maitrī, 91, 92, 93 85, 87, 104, 109, 111, 113, 115 Mālakośa, 175 Nandyāvarta-grāma, xvii, xix, xx, xxv, Mālavaśrī, 167, 175 xxviii, 85, 103, 105, 109 Mālavī, 175, 195, 202, 203 Nandyāvarta-grāma-mūrchanā, 84 Mālavya, 164, 174, 175 Nandyāvarta-tāna-laksaņa, 110 Malaya, 197 Nānya-deva, viii, xi, xxix, xxxii, 63, 91 Malayā, 197, 212, 213 Nārada, vii, viii, ix, xii, xxvi, xxviii, mandra, 75, 139 xxxii, 5, 49, 63, 68, 71, 77, 84, 85, Māņdūkya-šikşā, 138, 139 95, 101, 143, 167, 169
Page 254
222 LE GĪTĀLAMKĀRA
Nāradīya-śikșā, viii, xiii, xv, xix, xxvii, Pañcama-samhitā, xxxii xxviii, xxix, xxxi, 8, 9, 10, 11, 12, 13, 14, 15, 16, 17, 18, 19, 22, 23, 26, Pañca-pattana, 197
28, 32, 33, 34, 46, 50, 52, 53, 54, 55, Pañca-pattani, 206, 207
56, 57, 58, 59, 60, 61, 62, 63, 64, 65, Pañca-pura, 197
66, 67, 68, 69, 70, 71, 84, 85, 90, 91, Pañca-tantra, vii, x, xiii, xxxi, 6, 7, 46,
94, 95, 99, 101, 138, 139, 171 47, 48, 49, 147
Nārāyaņa, 181 Pāņdava, 107 Pānditārādhya-carita, 179 Nārāyaņasvāmi Dīkșita, xxxi Nārāyaņī, 181 pāņi, 143 panigha, xv Narta, 164, 186, 187 Narta-nārāyana, 164, 180, 181 Pānini, xv, 102
Nața-rāga, 193 Pāninīya-śikşā, 138, 139
Natța-nārāyaņa, 181 pāpa-hāriņī, 87 Pāra, 197 nātya, 135 Nātya-cūdāmani, x, xi, xxxii, 8, 10, 12, Pārā, 197, 210, 211
14, 46, 51, 66, 67, 70, 71, 75, 78, parākrama, 157 pārśva-deva, viii, 12, 14 94,95 Nātya-darpaņa, xxxi, 147, 148, 149, Parvata, ix, 5
150, 151 Paścima, 195
Nātya-śāstra, vi, vii, viii, ix, x, xi, xiii, Paścima-bhāșā, 200, 201 pāțha, 29 xv, xvi, xviii, xix, xxix, xxx, xxxi, 5, 24, 25, 46, 74, 83, 102, 130, 131, pațola, 29
134, 135, 142, 143, 147, 148, 149, Pauņdarīka, xxiv, xxvi, 109, 124, 125 150, 151, 152, 153, 154, 155, 156, 157, 158, 159, 160, 161, 162, 163, 179 Paurastyā, 195, 200, 201 Pauravī, 95 nepathya,, 149 Pināka, 175 nīca-śleșa, 38, 39 pippalī, 27 nīla, 153 nimeșa, 131 Pita, 107, 114, 115 pluta, 9, 131, 133, 141 nipuņatā, 21 Nisāda, xviii, 49, 51, 63, 64, 65, 67, 69, prabandha, 25
71, 73, 79, 111, 115, 117, 121, 123 prabhāva, 157
Nişkala, 5 pra-hasa, 149
Nrta, 193 prakarśana, 143
Nrtaja, 167, 192, 193 prākrt, 195
Nrtya-nārāyaņa, 164, 181 Praņa, 61 prasanna, 9, 12, 13 nyāsa, 77 Nyāyamālā-vistara, xiv Prasava, 191 Prastāvā, 167, 190, 191 Prāvrd, 23 ogha, 135 pumān, 169 Pundarīka, 125 pada, 143 Paiśācī, 195, 200, 201 Puņdarīka-vitthala, 189, 193 Puņya, xxvi, 109, 126, 127 palāśa, 27 pallavi, xx pūra, 39 Purāna, vii, xiii, xv, xvi, xviii, xix, Pañcāla, 195 Pāñcāla, 195 xxvii, xxix, 77, 83, 95, 143, 171, 193 Pāñcalī, 200, 201 Pañcama, 49, 51, 60 61, 63, 67, 69, Pürņa, xxiv, xxvi, 107, 122, 123
71, 73, 77, 79, 99, 111, 113, 115, pūrņa, 9, 10, 11
117, 119, 121, 122, 123 Purusa-varna, 170, 171 pūrveșāņ nindaka, 42, 43
Page 255
INDEX 223
Rādhā, 191, rāga, xii, xiii, xxvi, 25, 47, 77, 103, 117, 119, 121, 122, 123, 125, 127,
164, 167, 171, 191 137
Rāga-candrikā, xxxi, 177 Rsabha-grama, 91
Rāga-candrikā-sāra, 171 rsi, 95
Rāga-mālđ, 181, 185 Rsikā, 85, 95, 99
rāgānga, xiii, 25, 167 Rsyakā, 99
rāga-rāja, 171 Rudra, vi
Rāga-ratnākara, xi, xxxii, 52, 53, 54, 56, 58, 60, 62, 63, 65, 69 Śabda-kalpa-druma, xxxi, 57, 102, 103
Rāgārņava, xxxii, 167 Sabda-kalpa-taru, 102
Rāga-sāgara, xxxii, 52, 53, 69, 167, sabhya, 75
173, 179, 187, 191, 193 sadāsyāni, 147
Rāga-tarangiņī, xxxi, 185, 189, 191, 193 sadbhrasyani, 147
Rāga-vibodha, xxxi, 166, 168, 169,181 şaddhāsyāni, 147
Raibhya, ix, 5 Sadja, xiii, xvii, xviii, 49, 51, 52, 53,
Rajani, 85, 95 67, 69, 71, 75, 77, 79, 81, 85, 111,
Rājā Rādhākānta deva, xxxi 115, 125, 127, 137 Sadja-grama, xviii, xxviii, xxix, 85, 94, rāksasa, ix Rāksasa, xxv, 107, 119, 120, 121, 127 95, 96, 97, 101
rakta, 9, 10, 11 șadrāsyāni, 147
Rakta, xxii, xxv, 107, 116, 117 Sa grāma, xviii, xxviii
Rakta-gāndhāra, 164, 178, 179 Sāhitya-darpana, 153
Rāma, 191 śailendra, vii, xxvii Saindhavi, 197, 208, 209 Rāmacandra, xxxi Rāmakrī, 191 śakti, 20, 21
Rāma-kriyā, 191 salajja-mati-krt, 42, 43
Rāmakrsņa Kavi, x, xi, xxx sama, xv, 9
Rāmāmatya, xxxi Samā, xv, 143
Rāma-rāva, 167, 190, 191 sāmya, xv, 9
Rāma-rāvikā, 167 Samāna, 61
Rāmāyaņa, ix, 9, 171 Sambhu, ix, 173 Sāma-veda, 9, 73, 121 rana, 123 Rañjanī, 95, 101, 179 samdyā-kāla, 113 Samgīta-candra, xxxii, 147, 148, 149, rasa, xvi, 47, 133, 147, 150, 151, 163 Rasa-kaumudi, xxxii, 69, 74, 75, 150, 150, 151, 152, 153, 154 Samgīta-cintāmaņi, 153 151, 153 Samgīta-darpana, xxxi, 2, 52, 53, 56, rasa-laksaņa, 150 58, 60, 62, 66, 67, 68, 69, 70, 71, rasa-varna, 152 74, 83, 84, 102, 167, 168, 169, raudra, 151, 158, 159 175, 177 raudra-rasa, 159 Rāvaņa, ix, 5, 9 Samgīta-dāmodara, x, xi, xxix, xxxii, 32, 52, 53, 54, 55, 56, 57, 58, 60, Ravana-hasta, ix, 9 61, 62, 63, 64, 65, 68, 147, 148, Ravanāstra, ix 149, 150, 152, 154, 158, 159, 160, Reva, 191 161, 162, 163, 168, 169 Rg-veda, vi, 71 Ri grāma, xviii Samgīta-kāmada, xxxii, 69
Ripu-mardana, 105, 110, 111 Samgīta-kautuka, xxxii, 64, 69
Rīti-gaula, 173 Samgītāloka, xxxii, 189 Samgīta-makaranda, vii, ix, xiii, xv, Romaki, 197, 206, 207 Rșabha, xiii, xvii, xviii, 49, 51, 54, xxvii, xxxi, 2, 8, 10, 12, 14, 18,
55, 67, 69, 71, 75, 77, 79, 81, 115, 24, 25, 51, 65, 66, 67, 69, 70, 71, 74, 83, 84, 101, 102, 130, 131,
Page 256
167, 168, 169, 171, 173, 175, 177, 181, 183, 185, 187, 193 samkhyā-kāla, 113
Samgīta-mīmāmsā, 153 Samvirupa, 107
Si Ia-md'ed, xxxiii, 150, 151, 152 sañcâra, 25
Samgīta-nārāyaņa, xi, xxxii, 52, 53, 61, Śańkara, 193 śankhini, 27 62, 65 śańkita, 33 Samgīta-pārijāta, xxxi, xxxii, 10, 12, 14, 18, 50, 66, 67, 70, 71, 171, śānta-rasa, 151
175, 183, 191, 193 śānta, 151, 153, 161 Śarad, 23 Samgīta-rāja, xxxiii, 28, 29, 30, 31 Sarasvatī, ix, 3, 23, 167 Samgita-ratnākara, ix, xv, xviii, xxvii Sarasvatī-hrdayālamkāra, xxxii xxix, xxxi, 2, 8, 10, 12, 14, 16, 18, 20, 21, 24, 25, 52, 53, 54, 55, 56, Sarnga-deva, viii, ix, 69, 167, 183
57, 58, 59, 60, 61, 62, 63, 64, 65, sārthaka, 107 sarveşām nindaka, 40, 41 66, 67, 69, 70, 71, 74, 75, 84, 85, 94, 130, 131, 134, 135, 138, 139, sa-tāla, xiv, 19
147, 148, 149, 150 151, 153, 154, śatāvarī, 27
166, 167 168, 169, 177, 179, 181, Satpita-putra, XV Śatru-ghātaka, xxi, xxv, 105, 111 183, 185, 189, 191, 193 Satru-kşaya, 105, 111 Samgīta-ratnāvalī, xxxiii, 8, 14, 18 Samgīta-samaya-sāra, xv, xxvii, xxxi, 52, Sāttvika, xxv, 107, 122, 123
54, 56, 57, 58, 59, 60, 61, 62, 65, Satya, xxvi, 108, 109, 128, 129
130, 131, 134, 135, 138, 171, 175, Saumya, xxv, 107, 114, 115 Saundrya-laharī, xi, xxxiii, 78, 181 183, 187 Saurastra, 195 Samgīta-sāra, xxxiii Samgīta-sārāmrta, xxxi, 66, 67, 69, 70, Saurāstrī, 195, 198, 199
71, 94, 95, 171, 177, 181 Sauri, 164, 184, 185
Samgīta-sārāvalī, x, xiii, xxxiii, 8, 9, śaurya, 157
10, 12, 14, 16, 18, 22, 23, 26, 27, Sauvīra, 95, 97 Sauvīra, 85 28, 32, 46, 48, 50, 51, 52, 53, 54, 56, 57, 58, 59, 60, 61, 62, 64, 65, Sauvīrī, 85, 95, 96, 97
66, 67, 68, 69, 70, 71, 74, 75, 84, savana, 139
85, 90, 94, 95, 102, 103, 104, 106, senā, 41 siddhi, 173 107, 108, 111, 112, 118, 119, 123, Šikşā-samgraha, xxxi 127, 135, 136, 137, 138 Simha-bhūpāla, xxxi, 12, 52, 53, Samgīta-sāroddhara, xxxiii, 2, 3, 4, 8, 10, 12, 14, 18, 69, 74, 166, 167 54, 56, 57, 58, 60, 61, 62, 65, 130, 131 Samgīta-śāstra, xi, 78 Samgīta-śāstra-dugdhābdhi, 10 śirasi gata, 33 śirīșa, 27 Samgīta-siromani, x, xiii, xiv, xxxiii, 51, 53, 54, 56, 58, 60, 62, 63, 64, śirolīna, 33 Sisira, 23 66, 67, 69, 72, 75, 77, 78, 79, 80, 84, 85, 87, 88, 89, 90, 91, 94, 101, sita, 51 Śītalā, 164, 186, 187. 103, 104, 105, 106, 107, 109, 111, Śiva, v, vi, viii, ix, xxvi, xxvii, 3, 9, 112, 115, 119 75, 87, 143, 145, 153, 164, 167, Samgīta-sudhā, xxxi, 11, 20, 21, 70, 71, 175, 179 171, 173, 175, 179, 193 Śiva-tattva-ratnākara, xi, xxxi, 10, 66, Samgīta-sudhākara, xxxi, 4, 69, 150, 151, 168, 169 67, 68, 69, 70, 71, 74, 83, 94, 95, 102, 167, 175, 177, 185 Samgīta-vidyābhidhāna, xxxiii, 75 Skanda-purāna, xxxii, 167 Samgīta-cūdāmaņi, 2 śamī, 29 ślaksna, 9, 16, 17 ślista, 9
Page 257
INDEX 225
smita, 149 . smrti, 157 Śūraseni, 204, 205
śoka, 161 Šūrasenikā, 197
Soma, 107, 109, 115, 164, 175, 177 Suratra, 109, 124, 125
Soma-daiyatya, 107 Surodbhava, 164, 176, 177
Somaka, 195 suśārīra, 25
Somaki, 195, 202, 203 Suvaktrā, 85
Somanārya, xxxii Suvarņa, 107, 114, 115
Somanätha, xxxi Suvarņaka, 107
Soma-rāja-deva, xxxiii, 8, 10, 32 svara, xix, 47, 49, 131, 141
sphūrjan-nirjavana, 25 svara-drastr, 70
Śrī, 3, 171 svara-jāti, 66, 67
Śrī-raga, xii, 164, 167, 170, 171, 189 svara-laksana, 46
śrngāra, 147, 151, 154, 155, 173 Svara-mela-kala-nidhi, xxxi, 2, 181, 189
Śrngāra-prakāśa, 153 Svara-tālādi-lakșaņa, xi, xxxiii, 50, 52,
Srņi, 107 54, 56, 58, 60, 62, 65, 70, 71, 134, 135 sroto-gata, xv, 143 śruti, xv, xix, 139 svara-varna, 50
sthāna, xvi, 25, 47, 139, 141 svara-veda, 70 Svarupa, xxii, xxv, 116, 117 sthana-laksana, 138 sthana-vivarjita, 33 Svarūpaka, 107 Śveta, xxi, xxv, 107, 114, 115 sthaya, 25 Sthira, xxv, 107, 119, 120, 121 śyāma, 153
Strī-varna, 180, 181 Subalā, 85, 90, 91 tād, xv, 143
Śubhadāvaha, 107 tādagha, xv
Subhadra, xvii, xviii, 77, 79, 95, Takka-kauśika, 189
97, 99, 107, 123, 125, 127 tāla, xiv, xv, 33, 135, 143
Subhadra-grama, xvii, xxii, tälagha, xV
xxviii, 80, 81, 107 xxvi, tala-hīna, xiv, 33
Subhadra-grāma-mūrchanā, 94 tana, xiii, xvii, xviii, xix, xx, xxi,
Subhadra-grāma-tāna, 122 xxii, xxiii, xxv, 47, 75, 77, 102, 103, 104, 105, 107, 109, 111, 115, Subhaga, xxiv, xxvi, 107, 124, 125 117, 119, 121, 123, 125, 127, 129 śuddha, 25 Sudhākalaśa, xxxiii, 2 tāna-karman, xx, 103 tāna-laksaņa, 102 sughața, 25 tāna-nāma, 104 su-gīta, 23 tāna-pūrā, xix Sukhā, 85, 88, 89 tāra, 139, 191 sukhadā, 87 Tāraka, 127 sukala, 213 Śuka-saptati, 197 Tārakā-maya, xxvi, 109, 126, 127
Sukhāvaha, xxiv, xxvi, 107, 124, 125 tattva, 135 tikta, 30 śukla, 41 Sūksma, xxii, xxv, 107, 116, 117 tīvra-hāsa, 149 Todi, 167 sukumära, 9, 18, 19 Sulata Shāh, 77 triphala, 27
Sumukhī, 85, 87 trișțup, 139 tṛtīya-grāma, xxviii śuņthī, 29 Supratīka, xxi, xxv, 112 Tulaja-rāja, xxxi, 171
Supratīka tāna, xix Tumburu, ix, 29, 71, 145 Turāni, 202, 203 surakta, 9 Surasena, 197 Turā(ni) kā, 195 Turuga, 495 15
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Turuşka, 195 Vasistha, 71, 171
Udāna, 61 Vātsalya, xxvi, 109, 126, 127 Vaudhī, 204, 205 uddāma, 213 Udgatā, 85, 95, 96, 97 Vaudhikā, 197 Vāyu, XV udghrsta, 33 Vāyu-purāna, viii, xi, xvi, xxxi, 46, 102, udvejana, 157 195, 197 upa-hasa, 149 Veda, v, 7, 71, 73 upa-hasita, 149 Vedda, 197 upānga, 25 Upanişad, v, xV, 143 Vedi, 204, 205
Utkala, 195 Vedikā, 197
Utkalā, 195, 200, 201 Velãvalī, 167
utkārikā, 39 Venkata-makhin, XXx
uttamasyādhamopamāna, 44, 45 veņu, 5
uttānārtha, 38, 39 Vibhā, 85, 86, 87 Vibhāta, 87 Uttarā, 85, 95, 96, 97 Uttara-kurukī, 195 Vibhava, xxv, 107, 122, 123
Uttara-mandrā, 85, 95, 96 vibhāva, 163
Uttara-varnā, 85 Vibhaya, 107, 123
Uttarāyatā, 85, 99 vidanga, 27 Vidheya, xxvi, 109, 126, 127 utsāha, xii, 157, 171 utsāha-vyavasāya, 159 Vidheyā, 85, 95, 98, 99 vidheyāyuktatā, 42, 43
vacā, 27 vi-hāsa, 149 vi-hasita, 149 vācika, 149 Vādi-matta-gajānkuśa, xii, xiv, 74, Vijaya, xxi, xxv, 105, 110
77, 78, 88 Vijña-samsad, 93
vādya, 135 vikāra, 163
Vāgeśvarī, 193 vikrsța, 9
Vaitana-sūtra, xiv vikșipta, 9
Vājasaneyi-samhitā-prātišākhya, xiv vilambita, 135
Vājī, 95, 96, 97 vīņā, 11, 213 Vīnā-prapāțhaka, xxxiii, 2 Vajra-sārā, 143, 145 Vindhya, 195, 197 Vajra-sāra-yati, 145 Vakpatīstā, 167, 192, 193 Vipradāsa, xxxii, 149
Vali, 107, 119 vira, 151, 156, 157, 177
Vāmanāvatāra, 41 virasa, 33
Vanga, 185 virati, 79
Varāțikā, 164, 182, 183 vīrya, 157
Vardhamāna, 5, 135 vişāda, 159 Viśāla, xxi, xxv, 105, 112, 113 varna, xii, xiii, xxvi, xxvii, 7, 19, 23, 47, 75, 135, 141, 164, 167, Viśalā, 85
169, 171, 173, 175, 177, 179, 181, viśamāhata, 33
193 visarga, 41
varņa-lakșaņa, 163 viślista, 33 Vișnu, 39, 41, 71, 91, 135, 164, 181 varņa-nāma, 163 varna-vibhāga, 168, 169 Vişnu-dharmottara, x, xv, xxviii, xxxi,
Varuņa, 91, 105 5, 95, 96, 135, 138, 150, 151, 152,
Vāruņa, xxi, xxv, 105, 112, 113 153, 154, 155, 156, 157, 158, 159,
Vāruņa tāna, xix 160, 161, 162, 163 Vişnu-purāņa, 197 vāsā, 27 Vistara, 113
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INDEX 227
Viśvabhrtā, 91, 92, 93 Viśvāmitra, ix, 164, 171 yajña, 127
vi-svara, 33 Yājnavalkya-śikşā, xi, xxxi, 26, 27, 32,
vrddha-dāru, 27 33, 34, 68, 132, 133
Vrka, 5 Yājñika, xxvi, 109, 126, 127
Vrndā, 191 yajña-samsad, 93
Vrndāvana, 191 Yajur-veda, 73
vrtti, xv, 33 Yāstika, 183
vyakta, 9, 12, 13 yati, xiv, xv, 47, 49, 143, 145 Yatikā, 85, 95, 100, 101 vyākula, 33 Vyāna, 61 yati-laksana, 142 Yavana, 197 vyasana, 3 Yavani, 197, 210, 211 vyutkrsta, 9, 14, 15 vyutpatti, 20, 21 yavānna, 31 yoşitām priya, 89